Les mutations des systèmes agricoles : entre productivisme et durabilité

Les modes de production agricole divergent souvent d'un agriculteur à l'autre, au sein même d'une région naturelle donnée. Dans les faits, les exploitants agricoles empruntent souvent des pratiques agricoles à différents types d'agriculture, pour constituer leur propre manière de mener à bien leur entreprise. La catégorie la plus utilisée par la population est certainement celle ciblant l'intensité des pratiques. Mais d'autres types se définissent par le matériel utilisé, les débouchés ciblés, les pratiques utilisées par les agriculteurs ou le cahier des charges certifié.

Schéma illustrant la diversité des modèles agricoles contemporains

Les vecteurs de transformation de l'agriculture contemporaine

Sous l’effet de la mondialisation, la localisation des activités industrielle change. Les industries traditionnelle du Nord et de l’Est, fondées sur l’exploitation des matières premières (charbon, fer) sont en crise. Ce sont les métropoles qui bénéficient le plus du redéploiement de l’industrie, grâce aux technopôles. La mondialisation renforce la concurrence entre les territoires. Les métropoles sont de plus en plus attractives. L’agriculture française s’est modernisée depuis les années 1960, sous l’effet de la Politique agricole commune (PAC). Grâce à la mécanisation, à l’irrigation, et à l’utilisation des produits chimiques et de semences sélectionnées, les rendements ont été améliorés. Les agriculteurs ont spécialisé leurs productions [céréaliculture, viticulture, etc.]. En réaction, de nouvelles pratiques agricoles moins néfastes pour l’environnement se développent.

Le vieillissement de la population, la diminution du temps de travail, de nouvelles habitudes de consommation entrainent l’essor des entreprises fournissant des services à la population dans la santé, les loisirs, la culture, le tourisme. Les activités de services emploient 78 % de la population active et contribuent à 80 % de la richesse nationale. La France est la première puissance touristique mondiale en nombre de visiteurs. Elle peut compter sur la richesse de son patrimoine culturel et l’attractivité de ses équipements de loisirs pour développer cette activité, notamment dans les zones urbaines où musées prestigieux et parcs de loisirs se multiplient.

Le modèle de l'agriculture productiviste

Pourquoi produit-on parfois davantage avec moins de paysans, mais avec plus de machines et d’engrais ? C’est exactement la question que pose l’agriculture productiviste. L’agriculture productiviste désigne un modèle agricole qui cherche à augmenter au maximum les rendements et la productivité grâce à la mécanisation, aux intrants chimiques, à la sélection des espèces et à la spécialisation des exploitations. Pour donner une définition simple, l’expression définition agriculture productiviste désigne une agriculture qui veut produire plus, plus vite, sur de grandes surfaces ou avec des élevages très spécialisés. Ce modèle repose sur plusieurs moyens techniques. La mécanisation remplace une partie du travail humain par des tracteurs, moissonneuses et équipements modernes, tandis que les intrants regroupent les engrais, pesticides, semences sélectionnées ou aliments industriels pour le bétail. La spécialisation joue aussi un rôle central. L’agriculture productiviste def s’est surtout développée au XXe siècle. Son essor devient très fort après la Seconde Guerre mondiale, d’abord dans les pays développés, puis dans d’autres régions du monde avec la Révolution verte.

Le paradigme de l'agriculture industrielle et de la "révolution verte"

L’agriculture productiviste, et l’élevage industriel qui lui est associé, aquaculture comprise, sont à l’origine de nombreuses dégradations environnementales, parfois de grande ampleur : l’effondrement de la population d’insectes en Europe, plus généralement l’érosion de la biodiversité, la contamination des sols et de l’eau, une contribution importante au dérèglement climatique. Agriculteurs et agricultrices en sont les premières victimes, par les effets des intrants sur leur santé comme l’endettement et la dépendance aux groupes agro-industriels en amont et en aval de la filière, mais ils sont aussi les principaux acteurs et actrices de ce qui n’est pas encore une bifurcation, mais au moins du début d’une transition agroalimentaire. Aussi appelée agriculture intensive, l’agriculture productiviste cherche à maximiser la production par tous les moyens (main-d’œuvre, machines, irrigation, intrants…), dans une perspective de croissance démographique mondiale.

Les nuances entre intensité et productivité

Le terme "intensif" est emprunté au domaine de l'économie et en lien avec le rôle que jouent les industries. L’objectif de cette agriculture est l'augmentation des rendements par unité. Les unités peuvent être les travailleurs, les surfaces, les animaux. Souvent, on utilise ce terme pour parler de l'agriculture dite conventionnelle, bien qu'il nécessite de préciser le facteur d'intensité sur lequel elle joue. Une agriculture intensive est une agriculture dont les rendements sont élevés. Ces rendements élevés peuvent être obtenu par l’intensivité du travail (dans ce cas, la productivité du travail est faible : un hectare produit beaucoup avec beaucoup de travail, comme dans la riziculture irriguée traditionnelle). L’agriculture productive est définie par une productivité du travail élevé. On la trouve dans les régions où la puissance publique a massivement investi dans la modernisation de l’agriculture : les foyers des révolutions agricoles successives (Europe, Amérique du Nord) et les puissances agricoles plus récentes (Afrique du Sud, Brésil, nord de l’Inde). L’agriculture est dite productiviste si elle est fondée sur la recherche d’une amélioration constante de la productivité du travail.

L'agriculture extensive se pratique sur de grandes, voire très grandes surfaces. Elles permettent de compenser les effets indésirables sur l'environnement d'une pratique plus intensive, en consommant moins de facteurs de production par unité de surface. Les rendements y sont, en général, proportionnellement plus faibles. Le caractère extensif peut ne se rapporter qu'au sol dans les pays dits industrialisés, car elle est souvent mécanisée avec une main d’œuvre limitée. Elle reste productive.

L'intégration industrielle et les débouchés commerciaux

L'agriculture industrielle ou industrialisée est souvent confondue avec l'agriculture conventionnelle ou intensive. Pourtant, elle intègre un aspect pas toujours présent dans ces premières notions. Il s'agit de l'intégration verticale de cette structure avec l'industrie qui transforme ou distribue ses productions agricoles. L'intégration verticale sécurise les approvisionnements de l'unité de production industrielle et permet de réaliser des économies liées à l'achat de produits intermédiaires. L'agriculture vivrière ou l'agriculture de subsistance : productif en autonomie. L’objectif de l’agriculture vivrière est l’auto-consommation des produits par ceux qui la produisent. Le terme s’applique le plus souvent aux pays en voie de développement. L’expression "agriculture de subsistance" est née dans le domaine de l’économie. Elle fait référence au fait que les produits sont très peu intégrés à l’économie marchande.

Contrairement à l’agriculture productiviste, l’agriculture vivrière ou de subsistance n’est pas destinée à nourrir le monde entier ou à maximiser les profits, mais à subvenir aux besoins de la famille qui l’applique (autoconsommation) ou d’une petite communauté locale. Elle reste le mode d’agriculture le plus largement répandu dans le monde. Les types de produits cultivés en agriculture vivrière sont essentiellement : des céréales, pour leur durée de conservation ; les légumineuses et tubercules ; les fruits et légumes frais, pour une consommation immédiate ; des noix et oléagineux. L’agriculture vivrière est donc variée. C’est celle qu’on retrouve dans les potagers et les petits champs, par opposition aux produits cultivés dans un but uniquement commercial ou presque, comme l’huile de palme, le soja, le café, le cacao ou encore le caoutchouc.

Les approches technologiques de l'agriculture moderne

L'agriculture de précision utilise les nouvelles technologies et les données afin de produire de manière plus raisonnée, mais également plus confortable pour le pratiquant. Il s'agit de mieux gérer les ressources, la productivité, la qualité, la rentabilité et la durabilité de la production agricole. C'est une agriculture qui utilise souvent des systèmes embarqués. On peut citer parmi les innovations les plus utilisées aujourd'hui : la géolocalisation par GPS ou la modulation de dose. Les synonymes de l'agriculture de précision : smart farming, agriculture 4.0, agriculture intelligente, agriculture connectée.

Schéma de fonctionnement de l'agriculture de précision et des systèmes connectés

L'agriculture conventionnelle est le système de production le plus courant. Le terme est souvent utilisé pour s'opposer à des catégories d'agriculture plus "vertueuses". Généralement, elle caractérise une production, dont les moyens restent focalisés sur les pratiques favorisées par l'après-guerre, l'utilisation massive des énergies fossiles favorisant la fabrication d'engrais de synthèse et des pesticides, du développement des transports et de l'invention de moyens frigorifiques, ainsi que de machines agricoles. La recherche de l'auto-suffisance de la population a largement contribué à son développement. Elle est considérée comme dominante, même si les types d'agricultures pratiquées aujourd'hui empruntent souvent beaucoup de techniques plus durables.

Vers une agriculture durable et régénérative

L'agriculture de conservation des sols (ACS) est caractérisée par un ensemble de pratiques favorables à la santé des sols, leur fertilité et le maintien d'un taux de matière organique suffisant. Il s'agit surtout de limiter les phénomènes d'érosion, au travers du maintien d'une couverture hivernale sur les sols, d'une perturbation minimale des sols et de la diversification des espèces végétales dans les rotations culturales (pas de monocultures). La limitation des émissions de gaz à effet de serre est une conséquence potentielle intéressante du stockage plus important du carbone dans le sol.

L'agriculture régénérative est une forme d'agriculture assez récente, en plein essor, basée sur des pratiques respectueuses de l'environnement. Elle recherche l'amélioration d'un triptyque : sol, alimentation, homme par l'intermédiaire de la progression de la biodiversité, le renforcement des services écosystémiques et le maintien de la productivité. La santé des sols y joue un rôle prépondérant, comme la limitation du recours aux produits chimiques et la durabilité dans son ensemble, avec notamment une composante sociale intéressante. Les cinq principes fondamentaux sont le maintien du sol couvert, le maintien des racines vivantes tout au long de l'année, l'intégration du bétail, la maximisation de la diversité des cultures et la minimisation de la perturbation du sol.

L'agriculture intégrée prend sa source dans l'une des pratiques fondamentales qu'elle possède : la lutte intégrée contre les ennemis des cultures et par élargissement la protection intégrée. Il s'agit de lutter contre les ravageurs et nuisibles par l'intermédiaire de produits de lutte biologique (insectes, répulsifs,…) et des moyens de luttes chimiques raisonnés. Les ressources et régulations naturelles, ainsi que la limitation des intrants endommageant l'environnement, sont les fondamentaux de ce type d'agriculture. Par la suite, elle intègre également des notions proches de l'agriculture raisonnée : économie, société, environnement. L'agriculture raisonnée, un synonyme de l'agriculture durable, est apparue après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque les conséquences de l'utilisation de produits phytosanitaires ont commencé à poser des problématiques environnementales. La protection des cultures s'est alors faite de manière raisonnée et plus respectueuse de l'environnement. Une réflexion sur les seuils de tolérance et les besoins des cultures a été menée pour proposer des doses optimales. L'agriculture raisonnée se développe par la suite, en réfléchissant également les doses de fertilisants et les engrais. Aujourd'hui, elle se construit dans une démarche globale et prend en compte l'aspect environnemental, comme l'aspect économique des exploitations agricoles avec la notion de rentabilité, ou l'amélioration des conditions de travail.

L'agriculture biologique, proche de la nature, respecte les écosystèmes et les cycles naturels à la base des principes de l'agriculture biologique. L'un de ses fondamentaux les plus connu est la non-utilisation de produits chimiques, de synthèse. La préservation des ressources naturelles et des normes élevées au niveau du bien-être animal sont d'autres éléments importants dans sa définition. A la base, l'agriculture traditionnelle est un terme consacré pour les pratiques agricoles utilisées jusqu'à la fin du XIXème siècle. Il s'agit d'un modèle paysan emprunté à la société féodale. Il n'en existe donc plus aujourd'hui dans les pays industrialisés. Mais cette expression peut recouvrir des notions plus contemporaines. Elle est alors utilisée par opposition à l'agriculture dite 'moderne', ou encore à l'agriculture conventionnelle ou à l'agriculture mécanisée.

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