L'accompagnement des étudiants au sein de l'enseignement supérieur est devenu une priorité stratégique pour les établissements français. À l'université de Reims Champagne-Ardenne (Urca), une offre de tutorat a été mise à la disposition des "étudiants fragiles" de toutes les composantes et antennes. Cette initiative repose sur une compréhension fine des difficultés rencontrées par les apprenants, notamment ceux qui viennent de l'étranger, souffrant d'un handicap ou en situation de décrochage. L'université de Reims Champagne-Ardenne se soucie de ses étudiantes et étudiants, notamment celles et ceux "fragiles". Et on comprend ces dernières et derniers. Le premier confinement, au printemps, a amputé une bonne partie de leur année de terminale et réduit leur baccalauréat à un contrôle continu. Quant au deuxième, en automne, il ne leur a laissé qu'une poignée de semaines de cours en présentiel. Pas assez pour se faire au moule universitaire.

Une structuration globale au service de la réussite
Accessible en ligne, un tutorat a été conçu à destination de toutes les composantes (de la psychologie au droit) et les antennes de l'Urca (Reims et Châlons évidemment, mais aussi Troyes dans l'Aube et Charleville dans les Ardennes). Ce dispositif s'inscrit dans une dynamique nationale visant à renforcer le lien entre les pairs. À la faculté de Staps, il existait déjà un dispositif de tutorat nommé 100% Réussite. Il a été créé en octobre 2019, grâce à la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (dite loi Ore).
Le fonctionnement repose sur plusieurs piliers. Un premier type de tutorat permet à des étudiantes et étudiants d'en aider d'autres. Le troisième "volet" de tutorat, né en ce mois de janvier 2021, se fait en présentiel, à la faveur de la réouverture (très partielle) des universités voulue par le Gouvernement pour la nouvelle année. Elle concerne pour le moment les travaux dirigés en première année, mais seulement en demi-groupes. "Ces tuteurs les accompagnent dans l'acquisition de méthodes, les reboostent. Ils sont accompagnés par un enseignant référent, on ne les lâche évidemment pas en pleine nature."
Le déploiement opérationnel et les chiffres clés
La mise en place de ces dispositifs répond à une volonté du Gouvernement, qui veut 20.000 tuteurs et tutrices. Les chiffres sont éloquents : 9.000 étudiantes et étudiants en première année à l'Urca, et 1.500 qui ont répondu à une courte enquête (coordonnées et études) lancée par l'université. "On nous a communiqué les règles le vendredi juste avant les vacances de Noël. On a commencé à préparer ça dès le 22 décembre, avec un questionnaire pour les étudiants jusqu'au 6 janvier. Les sessions de tutorat ont démarré dès le lundi 11 janvier. La mise en place a donc été rapide, et une cinquantaine de personnes doit en bénéficier en Staps. Trois tuteurs et tutrices vont s'en occuper, deux autres recrutements devant avoir lieu prochainement."
Modéliser l’accompagnement des stages en situation d’emploi en enseignement
Après la première session, les retours ont été positifs. Les étudiants disent que c'est bénéfique et profitable. Au programme de ces sessions : aide méthodologique, restauration d'un semblant de lien social bien mis à mal par le confinement, ou aide à la prise de parole. David Imbert, ingénieur pédagogique en Staps et pilote du dispositif 100% Réussite (il accompagne les tuteurs et tutrices), est confiant. "Grâce au présentiel, il y a un vrai lien social. Il y a un effet de groupe, des échanges. Le tutorat fait donc gagner à tous les niveaux les étudiantes et étudiants qui désirent tutorer : transmission de méthodes, vie sociale… et accessoirement, revenus."
L'engagement des étudiants tuteurs
Avec la fin des jobs étudiants, dans la restauration par exemple, c'est assez compliqué. Swan Benmahiddi, étudiant de troisième année (L3) en management du sport, est l'un de ceux-là. Ça tombe bien, car il est très à l'aise quand il s'agit de prendre la parole devant un public : c'est un élu étudiant, et le vice-président de l'Association rémoise des étudiants en Staps (Ares). Il faisait déjà du tutorat à trois élèves dans le cadre du dispositif 100% Réussite. "C'est important de continuer à aider les L1. On n'est pas dans une relation enseignant-étudiant. On est plutôt des collègues, et on peut rire ensemble."
Les méthodes employées sont modernes et adaptées aux nouveaux outils numériques : "On fait des ateliers pour mieux prendre la parole, on fait de la méthodologie avec des plate-formes numériques utiles en cas de distanciel : Miro qui permet d'échanger des idées avec des post-its virtuels, ou Wooclap qui utilise des nuages de mot-clés pour répondre à des questions." Plutôt que de faire "apprendre bêtement", Swan veut se montrer "créatif" et mettre les étudiantes et étudiants en confiance, sans les juger. "En plus, on est en début de semestre. Les partiels sont loin, il ne s'agit pas de faire réviser les cours. On n'a pas la pression de ces examens et on peut aborder plus de thématiques. J'espère aider les étudiants dans leur réussite."
L'expérience vécue par les étudiants de première année
Nicolas Égelé, en première année de licence de Staps, témoigne de l'utilité du dispositif. "J'ai été contacté par SMS pour être aidé. J'ai accepté directement. J'espère beaucoup être aidé sur la concentration, avoir des méthodes pour faire des fiches de révisions par exemple." Le confinement a laissé des traces : "J'étais enfermé… avec un coloc, oui, mais reste seul face à son écran, à la fin, c'était compliqué. Là, ça va mieux : on est de retour sur le site, et c'est tout de suite mieux que de rester à l'ordi. On a des liens sociaux qui nous montrent qu'on n'est pas seul, qu'on a tous été dans le même cas."

Lors des ateliers, on aborde des thématiques concrètes. Sur le tableau interactif, les problèmes rencontrés en cours et examens sont identifiés : le manque de temps pour répondre aux questions, l'utilisation de la plate-forme Moodle, la prise de notes, et les cours de biomécanique. "On ne va pas refaire le cours de bioméca, mais vous aider à vous organiser." Même la formation d'entraîneur de football, ou l'orientation vient sur le tapis. "C'est différent de vouloir être prof d'EPS et prof de sport. L'EPS, c'est scolaire, et ça dépend de l'Éducation nationale : il faut passer le Capes." Le programme du tutorat est donc co-construit, à égalité : "c'est par les étudiants, pour les étudiants".
Le cadre structurel du projet tuteuré
Au-delà du tutorat d'accompagnement, le projet tuteuré constitue un volet pédagogique essentiel. Le projet tuteuré est un travail de groupe qui réunit en général 3 à 5 étudiants pendant toute l’année universitaire. Le projet tuteuré est une activité proposée en deuxième année. Ces projets sont menés de diverses manières :
- Ces projets sont menés en partenariat avec des associations humanitaires qui expriment des demandes concrètes.
- Dans le domaine sportif, en partenariat avec le service des sports de l’Université notamment, les étudiants organisent des rencontres inter universitaires, des conférences.
L’enseignant responsable des projets tuteurés supervise tous les projets. Il qualifie les projets proposés par les enseignants. L’enseignant responsable du module « Méthodologie de gestion de projet » (M332) donne des outils et des méthodes. Ce module est proposé en début d'année. Durant ce module cet enseignant accompagne le groupe projet dans la structuration et la planification du projet. Durant les deux semestres les étudiants sollicitent l’enseignant tuteur et prennent des rendez-vous successifs avec lui. Ce système garantit un encadrement rigoureux tout en laissant aux étudiants une autonomie nécessaire à leur apprentissage de la gestion de projet en conditions réelles.
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