Le Prunier : Un Voyage à Travers l'Histoire, les Cultures et les Bienfaits

Le prunier, un arbre fruitier largement répandu, possède une histoire riche et une diversité de bienfaits qui traversent les cultures et les époques. Du petit fruit bleu-noir de Damas aux majestueux arbres africains aux vertus médicinales, en passant par les variétés domestiques qui ont conquis nos vergers, le prunier est bien plus qu'un simple producteur de fruits.

Illustration de prunes de différentes variétés

Le Prunier de Damas : Une Appellation aux Multiples Facettes

Les appellations « prune de damas » sont assez fréquentes en France et désignent des fruits qui semblent différents selon les régions, notamment les quetsches. Historiquement, la prune de Damas a été rapportée par les croisés de Damas après l’échec du siège de cette ville en 1148, d’où, peut-être, l’expression : « Y aller pour des prunes », équivalent de « pour des bagatelles », c’est-à-dire trois fois rien.

La prune de Damas traditionnelle est un fruit de petite taille, rond, avec un épiderme bleu-noir. Sa chair jaune verdâtre, nervurée de rouge autour du noyau, est molle, peu juteuse et peu sucrée. Ces prunes sont traditionnellement consommées directement sur l’arbre.

Parmi les variétés associées à cette appellation, on trouve la quetsche, de forme oblongue et à robe violette. C'est le fruit d’une variété de prunier de Damas. Le quetschier est aujourd'hui cultivé en Alsace-Lorraine, en Allemagne, au Luxembourg et en Autriche. Cette prune fit partie du diaprunum, « composition laxative, excellente et purgative, et propre en tous lieux, en tout temps, pour potion et lavements ».

La prune d’Ente est issue d’un croisement entre le prunier de Damas et un autre prunier. C’est de ce prunier que sont tirées les prunes qui deviendront les véritables pruneaux d’Agen, dont les propriétés laxatives sont vantées par Molière dans Le malade imaginaire (1673).

Schéma des différentes variétés de prunes et leurs origines

Le Prunier d'Afrique (Pygeum africanum) : Un Géant de la Phytothérapie

Le prunier d’Afrique, scientifiquement connu sous le nom de Pygeum africanum, est un arbre imposant et vénérable originaire de l’Afrique subsaharienne, s'étendant du Kenya au Cameroun en passant par Madagascar. Cet arbre majestueux peut s’élever à 30 mètres de hauteur et dont le tronc peut atteindre 1 mètre de diamètre. Sa robustesse est mise en exergue par son écorce caractéristique, brun foncé à rouge vif lorsque l’arbre est directement exposé au soleil. Ses feuilles sont persistantes, épaisses et coriaces avec une forme elliptique, ce qui lui permet de conserver de l’eau et de résister aux conditions climatiques rudes. Les milieux naturels de l’arbre comprennent les forêts de montagne dans des régions variées du continent africain, telles que l’Afrique du Sud, l’Angola, le Cameroun, l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Nigeria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan, la Tanzanie, le Zimbabwe, ainsi que plusieurs îles adjacentes comme Madagascar ou la Grande Comore. Le Prunus africana est une espèce emblématique des forêts de montagne humides du centre de l’Afrique.

L’introduction du prunier d’Afrique sur le continent européen remonte au XVIIIe siècle où il fut d’abord reconnu pour ses qualités ornementales avant que ses vertus médicinales ne soient prises en compte. Des chercheurs français, bénéficiant de la relation privilégiée entre la France et ses anciennes colonies africaines, furent pionniers dans le développement d’un extrait liposoluble standardisé de l’écorce du prunier d’Afrique. Bien que nommé Prunier d’Afrique dans la francophonie européenne, cet arbre est plus largement connu comme Pygeum à l’international.

Le prunier d’Afrique pourrait traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate. 

Les Propriétés Thérapeutiques de l'Écorce

En phytothérapie, l’utilisation traditionnelle du Pygeum africanum se concentre principalement sur l’écorce de l’arbre. La composition chimique de l’écorce du prunier est complexe et comprend une série de composés bioactifs. Cette plante est réputée pour ses propriétés anti-inflammatoires, principalement grâce à l’inhibition de la lipoxygénase des polynucléaires qui infiltrent le tissu prostatique. Elle est utilisée pour ses multiples vertus liées à la santé urinaire, notamment la gestion des symptômes de l’hyperplasie bénigne de la prostate.

Pour préparer une décoction de prunier d’Afrique, vous aurez besoin d’une cuillère à café d’écorce, soit sous forme de poudre soit en morceaux, pour chaque tasse d’eau. Mettez le mélange à bouillir pendant 10 minutes. Il est important de filtrer la décoction avant de la consommer afin d’éliminer les résidus d’écorce. La teinture mère du prunier d’Afrique est également utilisée comme forme de traitement, avec une posologie suggérée de 25 à 30 gouttes à prendre 2 fois par jour dans un verre d’eau.

Si vous préférez les compléments alimentaires, le prunier d’Afrique est disponible sous forme d’extrait ou de poudre, conditionnés en gélules ou en comprimés. Alternativement, vous pouvez prendre une cuillère à café rase de poudre (environ 1g) chaque jour, mélangée dans un verre de jus de fruit ou de lait végétal. Pour une approche holistique dans le traitement des problèmes prostatiques, l’utilisation du Pygeum africanum avec d’autres plantes médicinales peut être bénéfique. L’Agence européenne du médicament (EMA) déconseille l’utilisation des préparations à base de prunier d’Afrique chez les enfants de moins de 18 ans. En cas de doute concernant votre condition de santé, il est impératif de demander conseil à votre médecin traitant avant de vous auto-médiquer. Bien que les extraits de prunier d’Afrique soient généralement bien tolérés, certains patients peuvent exceptionnellement expérimenter des troubles gastro-intestinaux bénins.

Difficulté de Culture en Europe

En raison de ses besoins écologiques spécifiques, il est pratiquement impossible de cultiver le prunier d’Afrique en France pour des usages thérapeutiques ou personnels. Le Pygeum exige un sol et un climat que l’on ne trouve que dans ces régions d’altitude et qui ne peuvent être reproduits dans un environnement domestique. Le genre Prunus de la famille des Rosaceae comprend de nombreuses espèces réparties à travers le monde. En réalité, lorsqu’il est question du prunier d’Afrique dans le contexte de la phytothérapie, on se réfère spécifiquement à Prunus africana. Cependant, plusieurs espèces apparentées du même genre intégrant le fruitier bien-connu chez nous ont été identifiées et peuvent entraîner une certaine confusion.

Le Prunier Domestique : Un Fruitier Ancien aux Multiples Usages

Le foyer natal du prunier se situe à cheval entre l’Asie et l’Europe : péninsule balkanique, sud du Caucase, nord de la Perse. C’est sans étonnement que nous retrouvons le prunier en Syrie, dont la culture débute dès l’Antiquité. C’est sans doute du Proche-Orient qu’il se déploie sous l’impulsion des Romains qui ne connaissaient pas cet arbre au contraire des Grecs. Dioscoride, dans ses écrits, décrivait les prunes comme des fruits qui se mangent mais qui nuisent à l’estomac et ramollissent le ventre. Il précisait que les prunes de Syrie, et principalement les prunes de Damas sèches, étaient utiles à l’estomac et restreignaient le corps. La décoction des feuilles faite dans du vin était réputée pour le catarrhe qui descend sur la luette, sur les gencives et sur les parties proches du gosier. Cuit dans du vin, le fruit était plus utile à l'estomac et plus apte à restreindre le corps. La gomme du prunier, conglutinative, bue dans le vin, faisait rompre la pierre et était utilisée en onction avec du vinaigre pour guérir la gale chez les enfants.

Au Ier siècle après J.-C., les Romains cultivaient plusieurs variétés de pruniers aux fruits diversement colorés (noirs, blancs, jaunes, pourpres…). Le poète Martial contait déjà leurs propriétés médicinales : « Prends des prunes qu’ont ridées la vieillesse et les lointains voyages ; elles soulagent de son fardeau le ventre dur ». Au début du Moyen-Âge, le prunier gagne les hautes terres. C’est ainsi qu’on le croise dans le Capitulaire de Villis, de même que dans le viridarium du plan de Saint-Gall en Suisse. L’école de Salerne, très concise, lui accorde un seul vers : « Fraîche ou sèche, la prune offre un double profit, car elle lâche et rafraîchit ». La propriété rafraîchissante de la prune sera également exploitée par les médecins arabes médiévaux, tel que Mésué pour lequel la prune vaut pour tempérer tant la fièvre que la soif, mais également « pour les chaleurs du foie et des autres parties molles », comme l'explique le Grand Albert.

Si tous sont unanimes au sujet des propriétés bienfaisantes de la prune, il n’en va pas de même du côté du monastère de Ruperstberg. Hildegarde déconseille la consommation de ce fruit mauvais à manger, « car il excite la mélancolie chez l’homme et augmente en lui les humeurs mauvaises ». Seul le bien-portant pourra en faire usage, et encore de manière extrêmement modérée. En revanche, Hildegarde accorde à l’écorce et aux feuilles des propriétés vermifuges et capillaires, à la résine celles de dissiper les douleurs de la goutte, les maux oculaires et les douleurs de côté. Selon elle, l’amande contenue dans le noyau de la prune est bonne pour apaiser la toux. À la Renaissance, s’opposent deux clans. La prune jouit d’une telle renommée qu’au XVIIème siècle on dénombre environ 180 variétés et plus de 300 au début du XXème siècle.

Chronologie de la culture et de l'utilisation du prunier à travers l'histoire

Caractéristiques Botaniques et Symbolisme

Le prunier domestique est un bel arbre élancé en fuseau, franc de pied et drageonnant. Pas très grand (5 à 10 m de hauteur), ce fruitier porte des feuilles ovales, vertes et finement dentées. Comme la plupart des rosacées fruitières, les fleurs blanches à cinq pétales du prunier apparaissent tôt au printemps, avant les feuilles.

En fonction des localités géographiques, on n’alloue pas au prunier et à son fruit la même valeur symbolique. Alors qu’au Japon il est arbre de bon augure, en Chine il forme avec le pin et le bambou le groupe des « trois amis de l’hiver ». Par sa floraison hâtive, le prunier est considéré comme l’annonciateur du printemps, grâce à ses fleurs inspirant espoir, beauté et virginité, leur fragilité rappelant aussi le caractère éphémère de la vie. Il semble qu’il ne jouisse pas de la même réputation en Occident du fait qu’on l’associe à la sottise pour une raison qui demeure assez mystérieuse. Mais pas seulement : le prunier évoque aussi l’abondance fertile et féconde, la prospérité (pour rendre prolifique un verger il faut y planter un prunier), l’amour conjugal (une déclaration d’amour délivrée sous un prunier est le gage d’un beau mariage). En outre, la prune, dont la connotation érotique n’est plus à prouver, entre en relation avec l’acte sexuel : par exemple, au XVIIIème siècle, offrir des prunes à la femme qu’un soupirant convoitait était de rigueur.

Le prunier d’Afrique pourrait traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate. 

Bienfaits Nutritionnels et Gastronomiques de la Prune

Aujourd’hui, toute l’attention se porte sur le fruit de cet arbre. Comme cela a été le cas de bien d’autres plantes, ce que l’on privilégie à l’heure actuelle n’a aucune commune mesure avec ce qui se faisait autrefois. Les cadres de référence sont donc bien dissemblables d’une période à l’autre.

Assez peu riche en vitamines (C et B notamment, davantage de provitamine A), la prune se rattrape avec ses nombreux sels minéraux et oligo-éléments (potassium, sodium, calcium, phosphore, fer, magnésium, manganèse, bore, etc.). Albumine et acides (malique, citrique, succinique, salicylique) ajoutent leurs pierres à l’édifice. Si la prune à l’état frais contient environ 80 % d’eau, ce taux chute à 30 % dans le pruneau, parfois moins, alors que celui de sucre est multiplié par douze, une augmentation qui n’est pas inversement proportionnelle. C’est comme si la dessiccation de la prune visant à en faire un pruneau fabriquait du sucre en cours de route.

Les usages gastronomiques de la prune ne manquent pas. Le pruneau peut se déguster tel quel comme tout autre fruit sec, en pâtisseries (le far breton, par exemple), en boisson (le jus de pruneaux), avec une viande (gibier, volaille, agneau…). Ils devront être choisis noirs, brillants, moelleux et charnus, de préférence. Mirabelle et quetsche se prêtent à merveille à la confection de pâtisseries, de confitures et d’eaux-de-vie.

Infographie des valeurs nutritionnelles de la prune fraîche et du pruneau

Le Pruneau : Un Régulateur Naturel

Les pruneaux désucrés et désacidifiés peuvent être préparés en fendant des pruneaux dans le sens de la longueur, puis en les laissant tremper dans un bol d’eau pure et tiède durant une douzaine d’heures. Faites-les cuire à grande eau pendant deux à trois heures en changeant l’eau de cuisson trois fois durant cette opération. Ce procédé constitue un régulateur idéal de la circulation intestinale et de l’appétit, un désodorisant des selles, un moyen puissant de désengorgement du foie et de désintoxication humorale.

Particulièrement digestibles, les pruneaux sont profitables à ceux qui ne supportent pas la prune fraîche : le convalescent, le vieillard, celui dont l’estomac trop délicat ne peut la supporter. Cependant, un plaisir excessif entraînera tôt ou tard des conséquences. Si le pruneau déconstipe, une consommation outre mesure mènera à son exact opposé que d’aucuns nomment « prunite », autrement dit une bonne diarrhée. Il est donc important de respecter le juste équilibre en toute chose et d'administrer les pruneaux à dose raisonnable.

Le prunier d’Afrique pourrait traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate. 

Le Prunier du Pays d'Ajoie (Suisse)

Un prunier ressemblant au Mirabellier, franc de pied et drageonnant, est une espèce variétale très bien adaptée au Pays d'Ajoie en Suisse et dans les communes frontalières françaises. Sa floraison précoce se produit en même temps que celle du prunelier, avec des feuilles identiques. La production de cet arbre est assez alternante, avec certaines années où la quantité de fruits casse les branches de l'arbre. Assez rustique, il peut néanmoins subir quelques pertes de fruits par la moniliose. Il se multiplie facilement par drageons, mais sa multiplication par semis est difficile. Il réussit bien greffé et est l'objet d'une AOC en Suisse obtenue vers 2000-2005 après une bataille homérique entre les partisans et adversaires du greffage.

Les fruits de ce prunier, d'un diamètre de 25 à 30 mm, ressemblent à une mirabelle dans la forme et sont de couleur mauve rosée. Ils possèdent un petit noyau non adhérent et ressemblent aussi à la prune Madeleine d'été. Mûrs à la mi-août, ils tombent rapidement de l'arbre et ne se conservent pas longtemps, devant être utilisés immédiatement. De la taille d'une mirabelle, leur taille est assez variable d'un clone à l'autre. Leur peau est rose à violette avec une belle pruine bleutée, et leur chair est verte à jaune. Le noyau est plutôt aplati. Le goût est sucré acidulé et très agréable. C'est une prune d'excellente qualité gustative, très sucrée, et consommée crue. Elle présente une bonne aptitude à la congélation mais une mauvaise aptitude à la conserve. Elle donne une eau-de-vie très réputée, ayant obtenu une AOC en Suisse dans le canton du Jura. Cet arbre est très rustique.

Références

Karine Jacquemard, naturopathe-herbaliste, Le guide de la phytothérapie au quotidien, Rusticas Editions, 2019.

Dr Claudine Luu, 1000 remèdes à faire soi-même, Le guide Terre vivante, octobre 2021.

Dr Eric Lorrain, Grand manuel de phytothérapie, Les nouveaux chemins de la santé, Dunod, 2019.

Yves Vanopdenbosch, Herba Médicinalis, 210 monographies de plantes médicinales, Amyris, 2022.

Dubray Michel, Guide des contre-indications des principales plantes médicinales, Lucien Souny, 2018.

Morel Jean-Michel, Traité pratique de phytothérapie.

Livret “Inventaire des variétés fruitières anciennes, gisement de biodiversité domestique - À la découverte des fruits retrouvés du Poitou-Charentes”, 60 pages.

(1) Dioscoride, De Materia Medica.

(2) Grand Albert.

(3) Hildegarde de Bingen, Physica.

(5) La prune d’ente est une variété de prune cultivée principalement dans le sud-ouest de la France pour la production de pruneaux d’Agen. Son nom vient du vieux français « enter » qui signifie « greffer », car elle est généralement greffée sur un autre prunier.

(6) Paul Carton cité par Henri Leclerc, Les fruits de France.

(7) Roger Castell, La bioéléctronique Vincent.

Les informations contenues dans ce texte ne visent pas à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir une maladie quelconque.

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