Le prunier, ce bel arbre fruitier, bien que facile à cultiver et peu exigeant, peut être atteint par diverses pathologies, plus ou moins graves. La plupart sont dues à des champignons, mais les pucerons et un déséquilibre cultural peuvent également entraîner des maladies chez le prunier. Le prunier attire chaque année de nombreux insectes ravageurs. Lorsque certains ravageurs s’installent, ils affaiblissent l’arbre, réduisent la récolte et ouvrent la voie aux maladies.

Les causes des feuilles collantes : le rôle des pucerons
La présence de feuilles collantes est un symptôme fréquent et caractéristique. Votre prunier est attaqué par des pucerons, vraisemblablement par le puceron farineux. Les pucerons sécrètent le miellat et les feuilles deviennent collantes. Les pucerons étant friands des jeunes pousses, ne faites pas de fertilisation trop riche en azote. Les feuilles de prunier qui se recroquevillent en cornets dès le débourrement sont le signe classique d’une attaque de pucerons - principalement Brachycaudus helichrysi (puceron cendré) ou Brachycaudus cardui. Ces insectes colonisent les jeunes pousses dès l’éclatement des bourgeons, aspirent la sève et sécrètent une salive qui provoque les déformations caractéristiques des feuilles.
Plusieurs espèces de pucerons se relayent sur le prunier au fil de la saison :
- Puceron vert du prunier (Brachycaudus helichrysi) : Corps vert tendre, parfois jaunâtre, formes ailées plus sombres avec une tache pigmentée sur l’abdomen. Les jeunes feuilles se crispent nettement et s’enroulent ; les rameaux perdent de la vigueur.
- Puceron brun du pêcher / du prunier (Brachycaudus prunicola) : Tête noire brillante, abdomen orangé brunâtre.
- Puceron farineux du prunier (Hyalopterus pruni) : Aspect poudré grâce à une fine pruine blanche, silhouette allongée vert pâle.
- Puceron vert du pêcher (Myzus persicae) : Formes ailées vert taché de noir, thorax sombre ; formes aptères vert clair.
Si vous séparez les pucerons de leur collaboration avec les fourmis, ils deviennent beaucoup moins résistants à leurs prédateurs (comme les larves de coccinelles). Les fourmis en activité intense à la base de l’arbre sont un indicateur précoce - elles protègent les pucerons pour leur miellat. Un enroulement de colle anti-insectes sur le tronc en janvier-février interrompt les va-et-vient des fourmis et fragilise les colonies.
Les ravageurs du fruit et du bois
Au-delà des pucerons, de nombreux insectes menacent la productivité de l'arbre. Le carpocapse de la prune est un petit papillon noir gris qui dépose ses œufs directement sur les fruits. Les chenilles, d’un rouge carmin caractéristique, perforent la peau et progressent vers le noyau en laissant derrière elles de fines déjections. Les fruits touchés tombent bien avant maturité. Une petite goutte de gomme peut parfois apparaître au point d’entrée, signe précoce de l’activité de la larve.
L’hoplocampe du prunier est un petit hyménoptère ravageur des pruniers. Ce sont les larves qui attaquent les jeunes fruits. La femelle pond dans le calice des fleurs ouvertes, puis la larve, blanchâtre à jaunâtre et longue d’environ 10 mm, pénètre dans le fruit, creuse jusqu’au noyau et peut détruire plusieurs prunes successivement, laissant un trou circulaire caractéristique qui vaut à ce ravageur le nom de « ver du cordonnier ».

Les cochenilles peuvent s’installer durablement sur le prunier. Elles se fixent sur l’écorce, les jeunes pousses ou le feuillage, d’où elles prélèvent la sève :
- Cochenille ostréiforme (Diaspidiotus ostreaeformis) : Bouclier rigide rappelant une petite coquille. Ses piqûres provoquent déformations et dessèchements.
- Lécanium du cornouiller (Parthenolecanium corni) : Cochenille globuleuse brun acajou, brillante.
Enfin, l’araignée rouge est en réalité un acarien ravageur piqueur qui se nourrit du suc vacuolaire des cellules, provoquant leur mort. Ils entraînent donc le dépérissement progressif du prunier.
Les maladies cryptogamiques : champignons et bactéries
La plupart des problèmes sanitaires ont une origine commune : un arbre affaibli ou un milieu déséquilibré. Les maladies cryptogamiques se développent dans l’humidité et sur des arbres peu aérés.
La moniliose
La moniliose (Monilinia laxa et M. fructigena) se manifeste au printemps par le dessèchement des fleurs et des jeunes rameaux qui brunissent sans tomber, et en été par la pourriture brune des fruits couverts de pustules grisâtres. Les fruits momifiés restent accrochés à l’arbre et constituent le principal réservoir du champignon.
La cloque et la tavelure
La cloque du prunier (Taphrina pruni) est surnommée la maladie des pochettes. Les prunes prennent une teinte blanche et se déforment, restent plates et sans noyaux. La tavelure (Cladosporium carpophilum) atteint principalement les fruits mais les rameaux et les feuilles sont également touchés. Les symptômes apparaissent dès la fin du printemps sous forme de petites taches circulaires sur les deux faces des feuilles.
La rouille et le coryneum
La rouille (Tranzschelia discolor) provoque des pustules orangées sur la face inférieure des feuilles. Le coryneum (Wilsonomyces carpophilus), aussi appelé criblure, est responsable de taches brunes arrondies sur les feuilles qui évoluent en trous nets, laissant un aspect de feuille criblée.
Tailler un prunier
Stratégies de traitement et de prévention
La prévention est comme toujours la meilleure solution, pour respecter la Nature et la biodiversité. Un prunier en bonne santé dans un milieu adapté se défend naturellement contre la plupart des agents pathogènes.
L'usage de la bouillie bordelaise
La bouillie bordelaise, composée de sulfate de cuivre et de chaux, est un fongicide préventif. Elle protège les tissus sains avant une contamination, elle ne guérit pas un tissu déjà atteint. Appliquée curative sur une moniliose installée ou une cloque déjà visible, elle n’a aucun effet. Le timing d’application est aussi important que le choix du produit. De manière générale, vous appliquerez un traitement du prunier à la bouillie bordelaise deux fois dans l’année, en automne après la chute des feuilles et au printemps juste avant le débourrement des bourgeons.
La lutte biologique et les auxiliaires
Un autre moyen naturel pour se débarrasser des nuisibles est de veiller à ne pas perturber les auxiliaires naturels : chrysopes, syrphes, coccinelles, mésanges, fauvettes. Pour cela, veillez à laisser des zones non fauchées et des haies à proximité. Concernant les pucerons, introduisez des coccinelles dans l'ensemble de votre jardin ; des larves de coccinelle peuvent être achetées. Vous pourrez aussi traiter avec des insecticides naturels : décoction de tanaisie, purin d'ortie.
Gestion culturale et entretien
- Taille : Effectuez une taille régulière d’éclaircie, et préférez la taille en vert pour les arbres vigoureux. Ne taillez jamais par temps froid et humide, car les plaies de taille fraîches sont des portes d’entrée directes pour les bactéries responsables de la gommose et des chancres.
- Hygiène du verger : Ramassez et détruisez impérativement les fruits momifiés - en été et à l’automne. Éliminez les feuilles atteintes au sol pour éviter la propagation des spores.
- Fertilisation : Ne faites pas d’excès d’azote au niveau de votre fertilisation et favorisez la taille en vert sur vos arbres.
- Variétés : En prévention, favorisez les variétés peu sensibles à la plantation. Sachez que plus les variétés sont tardives, plus elles sont sensibles.
La gommose n’étant pas une maladie en soi mais le résultat d’un stress ou d’une maladie, recherchez en amont son origine. Une gommose localisée et stable est souvent bénigne, mais une gommose qui s’étend avec nécrose de l’écorce sous-jacente mérite investigation : curez la zone jusqu’au bois sain et protégez avec un mastic cicatrisant.

Enfin, pour la sharka (Plum pox virus), une maladie virale grave et incurable, la maîtrise des populations de pucerons - vecteurs du virus - est la principale mesure préventive à votre disposition. En cas de suspicion, contactez les autorités compétentes, car il s'agit d'une maladie à déclaration obligatoire.