Le 18 juin 1940, alors que l’histoire de France basculait sous le souffle de l’appel du général de Gaulle sur les antennes de la BBC, une tragédie silencieuse et oubliée se jouait dans les paysages de la Lozère. À Prunières, commune située dans le département 48200, le fracas d’un moteur défaillant venait troubler la quiétude des habitants. Ce jour-là, l’actualité à Prunières n’était pas seulement celle de l’appel demandant aux Français de continuer le combat ; il s’agissait ici d’un drame, l’accident d’un avion bombardier Blenheim IV bimoteur se dirigeant depuis l’Angleterre vers l’île de Malte.

Les enjeux stratégiques d'un vol vers Malte
Pour comprendre l'origine de ce crash, il faut plonger dans le contexte géopolitique de l'époque. Le 10 juin, l’Italie entrait en guerre aux côtés de l’Allemagne. Pour la marine Britannique, La Navy, cela signifiait qu’il serait désormais impossible de ravitailler et d’apporter des renforts aux Tommies basés en Orient. Heureusement, Longmore avait prévu une telle situation et avait monté un stock de matériel de réserve (principalement du carburant, des explosifs, des pièces détachées et des appareils) afin de pouvoir « voir venir » pendant environ 90 jours.
Ceci, sur le papier bien entendu, car en réalité gérer une multitude de types d’appareils, qui plus est, sont complètement dépassés, relevait de la gageure. Il devint alors primordial d’obtenir rapidement du renfort de matériel neuf et performant. À Londres, l’appel avait été entendu et l’on s’efforçait de trouver un moyen d’y répondre dans les plus brefs délais. En ce matin du 18 juin 1940, sur le terrain d’Anton Down dans le Gloucestershire, dans la base de la 20ème unité de maintenance, le personnel au sol s’affairait sur les Blenheim IV flambant neufs destinés à être envoyés au Moyen-Orient, en attendant les équipages du 4 Ferry Pilot Pool qui assistaient à leur briefing.
Leur voyage consistait, avec d’autres appareils du même type, en un approvisionnement de matériel depuis l’Angleterre jusqu’à l’île de Malte. D’autres ont eu les mêmes soucis au-dessus du territoire français, en Vendée et Cantal.
Le vol tragique : conditions météorologiques et défaillance mécanique
Le rapport météo était des plus inquiétants et le voyage s’annonçait pénible. Ce jour-là, l’ennemi ne viendrait pas d’Outre-Rhin mais plutôt des conditions climatiques au-dessus de la France. En effet, après avoir effectué plusieurs heures de vol dans un épais brouillard, un premier Blenheim s’écrasait mystérieusement à Charroux dans la Vienne, tuant tout son équipage, suivi quelques minutes plus tard d’un second appareil tombé à Hiesse en Charente.
Il était environ 10 heures 30 quand le bruit d’un appareil se fit soudain entendre au-dessus du paisible village de Prunières. La météo de ce jour-là était maussade, avec un épais brouillard et un plafond très bas, mais les habitants de la commune ont pu voir l’aéronef bimoteur tourner pour rechercher une piste de fortune pour atterrir. Quelque chose n’allait pas à bord ; un des moteurs émettait un bruit étrange. L’avion semblait tourner en rond quand tout à coup, une des hélices tripales se détacha et tomba en tournoyant dans un champ voisin.
Leur accident est probablement dû à la panne de l’un des moteurs, qui les a obligés à tenter un atterrissage forcé, après un premier passage, dans les champs avoisinants, provoquant la stupeur des villageois d’Apcher et de Prunières.

L'ultime tentative d'atterrissage à Prunières
Le pilote, l’officier D.R. Johnston, réussit à garder le contrôle du Blenheim L 9314, mais il devenait urgent de se poser. Apercevant le village de Prunières et les champs alentours, il abaissa le train d’atterrissage et les volets et se dirigea sur le premier champ en bordure du chemin venant d’Apcher. Cette tentative venant d’échouer, le P/O Johnston était conscient qu’il ne pourrait pas tenter une autre approche. Les roues heurtèrent le sol dès la limite du pré, évitant de justesse un poteau électrique placé en plein centre du champ, l’appareil se dirigeant à vive allure vers un mur de soutènement d’un mètre de haut.
Pétrifié d’horreur, le pilote se rendit soudain compte de son erreur, mais il était trop tard. Le Blenheim s’écrasait contre le mur. La population accourut immédiatement sur les lieux afin de porter secours aux malheureux membres de l’équipage prisonniers des tôles déchiquetées. Le pilote, le P/O Douglas Ronald Johnston et le mitrailleur, le LAC William Harry Higgins avaient été tués sur le coup. Quant au radio, le sergent Walker, il était grièvement blessé et fut transporté à l’hôpital militaire de Mende à 18 heures après avoir pu converser avec mademoiselle Gras, institutrice au Malzieu Ville, seule personne dans la région parlant anglais.
Malheureusement, le sergent Walker devait à son tour succomber de ses blessures à Mende quelques heures plus tard, alors que le message du Général De Gaulle diffusé à la BBC venait de retentir sur les ondes. Le troisième aviateur décédera lors de son transport vers l’hôpital de Mende, secouru par les habitants, transporté en char à bœufs jusqu’au Malzieu et puis pris en charge en camion.
Mémoire et commémoration : la stèle de la Grand-Place
La gendarmerie avait récupéré l’armement de l’appareil et les habitants l’avaient démantelé. La carcasse de l’appareil a été démilitarisée (armement), la population récupérant les divers matériaux. Cinquante-cinq ans plus tard, en 1995, une stèle a été érigée en utilisant une pale tordue d’une hélice semblant casser un bloc de granit de Margeride.
Les avions de chasse de la 2ème guerre mondiale
La municipalité, en accord avec le Souvenir français, a érigé une stèle de granit complétée d’une pale d’hélice tordue. Il s’agit ici de rendre hommage à trois aviateurs décédés lors du crash de leur bombardier bimoteur Blenheim IV ce jour-là, à quelques centaines de mètres du village. Comme tous les ans, la cérémonie commémorative s’est déroulée à la stèle érigée sur la Grand-Place, le vendredi 18 juin. Elle était organisée par le Souvenir français, qui a présenté l’événement.
La cérémonie a consisté en un rappel des faits, un dépôt de gerbe ponctué par le « God Save the King » et « La Marseillaise », avant la minute de silence en hommage, en présence des autorités locales, des porte-drapeaux, des sympathisants et de la population. Deux conseillers municipaux ont rappelé l’importance du 18 juin 1940 au niveau national, jour du premier appel du Général de Gaulle, depuis Londres, sur les ondes de la BBC, à se mobiliser pour continuer le combat et résister à l’occupant.
Paris est occupé depuis quatre jours et les troupes allemandes qui foncent vers l’intérieur du pays arrivent en bordure du département de l’Allier. L’armée française, désorganisée et démoralisée n’a pu, n’a su faire face aux assauts combinés de la Wehrmacht, des divisions Panzers et de la Luftwaffe. Les Britanniques, quant à eux, ont déjà évacué et rapatrié la majeure partie de leur troupe expéditionnaire grâce notamment au succès de l’opération Dynamo qui vient de se dérouler à Dunkerque. Et la Grande-Bretagne va devoir penser à se donner les moyens de continuer seule la lutte contre l’Allemagne nazie, avec la Royal Air Force, et en particulier les appareils du Fighter Command de Dowding, qui en Europe mettront fin à la Blitzkrieg en stoppant net l’avance allemande devant les falaises de Douvres.
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