L’actualité récente dans la commune du Brignon, située au sud du Puy-en-Velay en Haute-Loire, a été marquée par un événement d'une rare intensité qui soulève des questions cruciales sur la cohabitation entre les activités apicoles et la randonnée. Une enquête pour blessures involontaires par violation manifeste d'une obligation de sécurité a été ouverte après l'attaque, mardi, de deux randonneurs par plusieurs essaims d'abeilles au Brignon, a appris le Parisien de source judiciaire. Les investigations ont été confiées à la brigade de gendarmerie de Costaros.
La chronologie d'une intervention cauchemardesque
L'attaque, révélée par le Progrès, s'est déroulée mardi matin, peu après 11 heures, sur un chemin de petite randonnée, au lieu-dit les Ceyssoux. Alors qu'ils arrivent à hauteur d'un rucher, où un apiculteur est en train de prélever le miel, les deux marcheurs commencent à être importunés par quelques abeilles. Dans la panique, ils laissent tomber leurs sacs et se mettent un peu à l'écart. « Ils ont le temps de nous appeler à ce moment-là, pour nous dire qu'ils n'arrivent pas à se débarrasser des abeilles », nous explique le capitaine Stéphane Pons, des sapeurs-pompiers de Haute-Loire, qui était de permanence mardi.
Les deux randonneurs décident alors d'aller récupérer leurs affaires. C'est à ce moment-là que l'attaque devient massive. « Lorsque notre première équipe est arrivée, les deux victimes étaient piégées dans un nuage d'abeilles », souffle le capitaine Pons. « Des abeilles aussi agressives, je n'avais jamais vu cela sur notre territoire. C'était incroyable ». L'homme âgé de 60 ans environ a été piqué entre 200 et 300 fois. Sa compagne, âgée de 52 ans, a subi entre 150 et 200 piqûres.

Les défis du sauvetage en milieu hostile
Le sauvetage a nécessité une coordination exceptionnelle. C'est grâce à l'aide de l'apiculteur et de son enfumoir que les pompiers parviennent à s'approcher des victimes. Pour leur prodiguer les premiers soins, les pompiers sont contraints d'enfumer l'ambulance, afin de faire fuir les abeilles restantes. « Sur les vingt pompiers présents, six ont été piqués un peu plus d'une dizaine de fois chacun », nous précise le pompier. « Nous avons vécu une intervention cauchemar… Les abeilles étaient comme enragées. Elles tapaient sur le pare-brise du véhicule comme si elles voulaient le casser » raconte un pompier à La Montagne.
Ce mercredi, l'une des deux victimes, un homme d'une soixantaine d'années, est toujours hospitalisée à Saint-Etienne dans un « état critique », nous confirme la préfecture de Haute-Loire. Sa compagne, âgée d'une cinquantaine d'années, a pour sa part quitté le CH Emile Roux du Puy-en-Velay ce mercredi en début d'après-midi, ont précisé les gendarmes dans un communiqué.
Sécurité au rucher.
Facteurs explicatifs : un engrenage biologique et météorologique
Comment expliquer la fureur inouïe de ces abeilles ? « Seule la conjonction de plusieurs paramètres peut expliquer l'ampleur d'une telle attaque, qui reste un cas isolé », insiste Loïc Leray, apiculteur en Loire-Atlantique et vice-président de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf).
Le premier élément d'explication repose sur l'opération de récolte elle-même. « C'est toujours une opération à risque, car on s'attaque à la nurserie, à leur patrimoine », explique Loïc Leray. « Il faut impérativement les enfumer au préalable. Ainsi, elles sont prévenues de notre arrivée, et se gavent de miel. Ce qui les rend moins agressives. Cette opération est cruciale et doit être réalisée avec soins. C'est une règle fondamentale de l'apiculture ».
Le deuxième facteur est la météo, qui était à l'orage mardi. « Quand cela est possible, il faut éviter d'agacer les abeilles en période d'orages », prévient l'expert. À cela s'ajoute le comportement de la colonie : « Quand une ruche s'emballe, il est presque déjà trop tard. Une abeille qui pique attire les autres abeilles. Son dard dégage une forte odeur de venin, qui rend les autres abeilles encore plus dangereuses. C'est un engrenage ». Enfin, l'apiculteur André Gory, présent sur les lieux, mentionne la nature des abeilles, des « Noires du pays », réputées plus agressives, tout en notant que les conditions de disette alimentaire printanière ont pu accroître la nervosité des colonies cette année.
Réglementation et prévention : les enseignements à retenir
L'aspect légal de l'implantation des ruches est également au cœur des préoccupations. L'apiculteur regrette que ses ruches soient à dix mètres du chemin, ce qui ne semble pas être conforme à un arrêté préfectoral datant du 23 février 1994 réglementant fermement l'emplacement des ruches en Haute-Loire. L'homme dit prendre « ses responsabilités » sur cette question.

Pour les usagers de la nature, le bon réflexe en cas de rencontre fortuite reste la prudence. « Le premier périmètre d'attaque se situe dans les 50 à 100 mètres autour de la colonie », rappelle Loïc Leray. « Ils auraient dû s'extraire de cette zone et revenir chercher leurs affaires une fois l'orage passé ». Il est inutile de courir, car les abeilles volent à 30 à 35 km/heure. En cas d'attaque, « il faut se mettre en terrain couvert : dans des buissons, une forêt, un abri… ». La gendarmerie continue son travail pour établir les causes et les circonstances précises de cet accident rarissime qui a transformé une simple promenade en une intervention de survie.