Le Recépage des Arbres Fruitiers : Quand et Comment Intervenir ?

Le recépage, une pratique parfois redoutée mais ô combien bénéfique, consiste à rabattre un arbre ou un arbuste à sa base. Cette taille radicale, lorsqu'elle est effectuée dans les règles de l'art, peut s'avérer un outil puissant pour revitaliser un végétal affaibli, corriger une forme malencontreuse, ou encore stimuler une nouvelle croissance vigoureuse. Cependant, cette intervention peut provoquer l'apparition de rejets sur la souche et, dans certains cas, de drageons issus des racines. Comprendre le "quand" et le "comment" de cette opération est essentiel pour en tirer le meilleur parti et éviter les écueils potentiels.

Les Raisons d'Être du Recépage

Le recépage n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'atteindre divers objectifs horticoles. L'une des raisons principales est la régénération de la partie aérienne d'un arbre ou d'un arbuste. Si cette partie est blessée, mal conformée, ou si l'on souhaite simplement lui donner une nouvelle jeunesse, le recépage permet de repartir sur de nouvelles bases. Il peut ainsi servir à former un nouveau tronc, plus droit et mieux aligné, ou à créer une cépée, c'est-à-dire une structure où plusieurs troncs se développent à partir d'une seule souche.

Arbre recépé avec plusieurs nouvelles pousses

Au-delà de la simple régénération, le recépage peut être une stratégie pour mettre en valeur l'écorce décorative de certaines espèces comme les érables jaspés, les bouleaux, les cerisiers à écorce décorative, les cornouillers ou les saules. En taillant sévèrement, on encourage la production de nouvelles pousses dont l'écorce, souvent plus jeune et plus vive, devient un atout esthétique majeur. De même, pour des arbres comme les Paulownia ou les Catalpa, un recépage annuel permet d'obtenir des feuilles surdimensionnées, créant un effet végétal spectaculaire.

Cette technique est également précieuse pour créer des ramifications basses, notamment sur des arbustes qui ont tendance à se dégarnir à la base, ou pour la formation et le rajeunissement des haies. Elle permet de maintenir le développement aérien d'un végétal à une hauteur spécifique, facilitant ainsi son entretien ou son intégration dans un paysage. Enfin, le recépage est la méthode de base pour la gestion des bosquets sous forme de taillis, une pratique sylvicole ancestrale et durable.

Les Critères de Choix pour le Recépage : Espèce et Vigueur

La réussite d'un recépage repose sur deux paramètres fondamentaux : l'espèce de l'arbre ou de l'arbuste et sa vigueur. En règle générale, les feuillus sont bien plus aptes à rejeter de souche que les résineux. Parmi les champions de la régénération, on retrouve les peupliers, les saules, les aulnes, les châtaigniers, les charmes, les tilleuls, les ormes, les érables et les mûriers. Ces espèces, lorsqu'elles sont vigoureuses, peuvent produire des pousses atteignant plus de deux mètres dès la première saison de végétation après le recépage.

D'autres arbres, également très performants, incluent les robiniers faux acacias, les sophoras du Japon, les platanes, les ailantes, les féviers d'Amérique, les copalmes d'Amérique, les catalpas, les paulownias, les micocouliers et les eucalyptus. Leur capacité à rejeter est remarquable.

Le groupe des chênes, des frênes, des sorbiers, des merisiers, des noyers, des bouleaux et du ginkgo rejette également, mais avec une vigueur moindre. Le hêtre présente une particularité intéressante : il rejette peu en plaine, mais sa capacité à rejeter est plus significative en altitude, surtout lorsqu'il est jeune.

Il est crucial de noter que les arbres fruitiers de la famille des rosacées (pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, pêchers, etc.) ne supportent généralement pas le recépage. Tenter cette opération sur ces espèces peut entraîner leur dépérissement. Pour ce qui est des résineux, la règle est qu'ils ne rejettent pas de souche, à l'exception de quelques genres comme les ifs (Taxus), Sequoia sempervirens, Metasequoia, Taxodium, Cryptomeria et Araucaria.

La majorité des arbustes caducs ou persistants peuvent être recépés, mais il existe des exceptions notables. Le buis, les cistes, les daphnés, les genêts, le grenadier, les hamamélis, le houx, le piéris, le prunellier, le mimosa et le romarin sont des espèces qui réagissent mal à cette taille sévère. Pour les éricacées, comme les Rhododendron et les Camellia, le recépage est possible, mais il reste délicat et ces plantes ne fleuriront pas l'année du recépage.

Un arbre ou un arbuste doit impérativement être vigoureux pour bien rejeter de souche. Il est conseillé d'attendre au moins deux à trois années après la plantation avant de procéder à un recépage. En règle générale, la capacité d'un végétal à rejeter de souche s'atténue avec l'âge. Les arbres plus âgés rejettent moins, voire plus du tout.

La Technique du Recépage : Précision et Timing

Pour mener à bien un recépage, la méthode de coupe est primordiale. La coupe doit être nette, sans déchirure, réalisée à la base du tronc, juste au-dessus du collet. Pour les arbres, cela correspond à environ 2 à 3 cm au-dessus du sol. Pour les arbustes, on peut monter à 10 à 15 cm. Il est absolument essentiel de couper au-dessus du point de greffe pour éviter que le porte-greffe ne prenne le dessus et ne produise des pousses qui ne seraient pas celles de la variété greffée. Une coupe trop haute est également à proscrire, car le bois ancien de la souche risque de s'altérer avec le temps, et les rejets qui naîtraient sur cette partie haute pourraient être mal ancrés et fragiles.

Schéma de coupe correcte pour le recépage

Le moment idéal pour le recépage est en dehors des périodes de végétation active, et de préférence en fin d'hiver, juste avant le démarrage de la sève. La souche doit être laissée en pleine lumière pour favoriser le développement des nouvelles pousses. Réaliser l'opération en fin de printemps ou au début de l'été peut s'avérer fatal pour le végétal, car il n'aura pas le temps de cicatriser et de se fortifier avant les chaleurs estivales.

La Taille de Sélection Post-Recépage

Après le recépage, le printemps suivant verra l'apparition de nouveaux rejets. Une taille de sélection sera alors nécessaire, généralement réalisée en été (fin juin, début juillet) ou à l'hiver suivant. Il est fréquent qu'un ou plusieurs troncs se montrent plus vigoureux que les autres. Pour harmoniser la croissance, les pousses les plus vigoureuses seront légèrement ralenties en limitant leur hauteur et en supprimant les ramifications qui pourraient gêner le développement des pousses que l'on souhaite favoriser.

Si l'objectif est de former un tronc unique, il est judicieux de conserver le rejet qui se trouve du côté du vent dominant, car il sera généralement plus résistant. Par précaution, il est possible de conserver deux rejets et d'éliminer le moins prometteur l'année suivante. Pour obtenir un tronc vertical et droit, le rejet choisi sera guidé à l'aide d'un échalas. Les années suivantes, il faudra continuer à éliminer les nouveaux rejets qui apparaissent jusqu'à ce que l'arbre ait atteint une structure stable.

Pour former une cépée, le choix se porte sur un, trois, cinq rejets ou davantage - un nombre impair étant souvent préféré pour des raisons esthétiques. Il faut sélectionner les pousses les plus vigoureuses et les mieux implantées, en veillant à ce qu'elles soient suffisamment espacées les unes des autres pour éviter l'apparition d'écorces incluses lorsque les tiges grossiront. Plus le diamètre de la souche est important, plus ce phénomène d'inclusion sera retardé.

Arbre en cépée avec plusieurs troncs distincts

Les Drageons : Un Phénomène Distinct

Il est important de distinguer les rejets de souche des drageons. Un drageon est une pousse qui se développe à partir d'un bourgeon situé sur une racine de l'arbre ou de l'arbuste, apparaissant à une distance plus ou moins éloignée du pied mère. Lorsqu'il est séparé, le drageon peut rapidement devenir autonome et se comporter comme le végétal d'origine.

Dans le contexte des arbres fruitiers, l'apparition de drageons, particulièrement chez les pruniers, mirabelliers et quetsches, peut être un mode de multiplication naturel. Cependant, comme le souligne une expérience personnelle, des pruniers greffés sur drageons ont pu, après quelques années, devenir envahissants en produisant une quantité importante de nouvelles pousses. Cette prolifération de drageons est souvent visible dans les vergers anciens laissés à l'abandon.

Quand Intervenir sur les Rejets d'Arbres Fruitiers ?

Pour la plupart des arbres fruitiers, l'apparition de rejets ou de drageons à la base du tronc n'est pas favorable à la fructification. Ces pousses indésirables fragilisent l'arbre en détournant la sève qui devrait être consacrée aux branches productrices de fruits. Il est donc impératif de les supprimer le plus tôt possible.

Badigeon de cendre pour vos arbres fruitiers (pour éviter les trous dans les pommes)

Ces rejets proviennent souvent du porte-greffe. La partie inférieure du tronc, plus sombre, correspond généralement au porte-greffe, tandis que la partie supérieure, plus claire, est le greffon, c'est-à-dire la variété d'arbre fruitier que l'on souhaite cultiver (pomme, poire, prune, etc.). Le porte-greffe est la racine de l'arbre qui puise l'eau et les nutriments du sol, mais s'il est exposé à la lumière, il peut développer des rejets pour sa propre croissance.

Si ces rejets ne sont pas éliminés, le porte-greffe peut finir par prendre le dessus sur la variété cultivée, car la sève, suivant le chemin le plus court, alimentera prioritairement le porte-greffe.

Comment Supprimer les Rejets ?

La suppression des rejets doit se faire avec un outil propre et tranchant, comme un sécateur ou un ébrancheur. Il est recommandé de couper le rejet le plus près possible de sa base, sans endommager l'écorce de l'arbre principal. La désinfection des outils avant et après l'opération est une mesure préventive importante pour éviter la transmission de maladies.

Le moment idéal pour couper les rejets dépend de plusieurs facteurs. Le début du printemps, lorsque la sève commence à circuler, favorise une cicatrisation rapide des plaies. La fin de l'automne, après la chute des feuilles, est également une période propice. Dans tous les cas, il est essentiel de surveiller l'arbre et de couper les rejets dès leur apparition, car ils ont une forte tendance à repousser.

Certains rejets peuvent apparaître sur de longues racines, à une certaine distance du tronc. Ceux-ci peuvent être particulièrement envahissants. Dans le cas des rejets qui surgissent dans la pelouse, il est souvent possible de les faucher avec la tondeuse à gazon, mais cela ne les élimine pas définitivement. Il faut alors répéter l'opération.

Il est déconseillé d'utiliser des herbicides pour éliminer les rejets, car cela peut être nocif pour l'arbre principal et pour l'environnement.

Rejets et Stress de l'Arbre

L'apparition de nombreux rejets, surtout sur des arbres qui n'en produisaient pas auparavant, peut être un indicateur de stress. Ce stress peut provenir de diverses causes : sécheresse prolongée, sol trop salin, dommages aux branches supérieures, attaque de parasites ou maladies, ou encore une taille trop sévère.

Par exemple, l'agrile du frêne, un insecte ravageur, cause des dégâts importants aux frênes, stimulant souvent la production de rejets de souche en réponse au stress infligé à l'arbre.

Dans le cas des arbres fruitiers greffés, il est crucial de vérifier si les rejets proviennent bien du porte-greffe. Les feuilles des rejets de porte-greffe peuvent présenter des caractéristiques différentes de celles de la variété greffée (par exemple, des feuilles plus petites ou la présence d'épines chez certains porte-greffes). Si des rejets issus du porte-greffe sont observés, ils doivent impérativement être supprimés pour préserver la vigueur et la productivité de la variété souhaitée.

La Conservation des Rejets : Une Option à Considérer ?

Bien que la suppression des rejets soit la pratique la plus courante, il est parfois possible de les conserver, selon les objectifs du jardinier. Si l'on ne déplore pas un changement de forme de l'arbre, un rejet peut être laissé. Cependant, il faut garder à l'esprit que les drageons de racine, s'ils se développent de manière intensive, peuvent transformer une zone en une véritable forêt, comme c'est le cas avec les trembles.

Dans le cas où un arbre ancien est en train de dépérir, les rejets qui en sont issus peuvent potentiellement le remplacer. Toutefois, il faut être conscient que le système racinaire dont hérite le jeune arbre peut être affaibli, limitant sa croissance future. De plus, il faudra de nombreuses années avant que le nouveau rejet n'atteigne la stature de l'arbre parent.

Si un rejet est conservé pour devenir un nouveau tronc, il est essentiel de supprimer tous les autres rejets pour concentrer l'énergie de l'arbre sur cette unique pousse.

Conclusion Préliminaire sur les Rejets des Arbres Fruitiers

En résumé, l'apparition de rejets et de drageons au pied des arbres fruitiers est un phénomène courant mais qui nécessite une intervention. Ces pousses, issues du porte-greffe ou de racines, détournent la sève et les nutriments au détriment de la variété greffée, compromettant ainsi sa santé et sa production. La suppression précoce et régulière de ces rejets, idéalement en fin d'hiver ou en début de printemps, est la clé pour maintenir la vigueur et la productivité de vos arbres fruitiers. Une bonne compréhension de la biologie de vos arbres et une observation attentive vous permettront de prendre les bonnes décisions pour préserver la santé de votre verger.

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