Guide complet de l'arboriculture fruitière en moyenne et haute altitude

Dès que l’on a un jardin, aussi petit soit-il, l’envie est grande de planter des arbres, fruitiers si possible. Et le fait que ce jardin soit situé à la montagne n’éloigne pas cette envie. Mais est-ce bien raisonnable de planter un fruitier à 1000 m d’altitude ? Eh bien en fait oui, à partir du moment où l'arbre est bien choisi, en fonction des caractéristiques du climat montagnard, et du sol comme toujours.

Comprendre le climat de montagne

Le climat montagnard impose des conditions exigeantes : une température plus basse en moyenne, des différences plus marquées entre le jour et la nuit en été et moins marquées en hiver, une saison froide qui dure plus longtemps au détriment de la belle saison avec des gelées possible dès le mois de septembre et jusqu’au mois de juin, un rayonnement solaire plus intense, plus d’humidité. Ces caractéristiques sont plus marquées au fur et à mesure que l’on prend de l’altitude. La différence entre les deux versants (adret et ubac) est très importante, correspondant souvent à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Le conseil du pépiniériste : À l’Adret (versant Sud), on peut monter de 200 m par rapport à ces chiffres.

schéma comparatif des versants adret et ubac pour le jardinage

Les arbres fruitiers des régions tempérées peuvent sans problème résister aux températures très basses qui peuvent régner en altitude, tout comme à une durée de végétation plus courte. Racines, troncs et branches sont parfaitement rustiques, ce qui peut poser problème par contre, ce sont les fleurs, que la gelée peut détruire. De plus, la plupart des insectes pollinisateurs a besoin d’une température très douce, autour de 18°, pour être actifs et donc faire leur travail de pollinisation.

Stratégies de sélection variétale

Pour réussir, il faut choisir des variétés à floraison tardive ou mi-tardive, dont les fleurs et donc la production ne souffrira pas des gelées plus tardives qu’en plaine. La durée de maturation des fruits a son importance pour les fruitiers qui produisent en fin d’été et début d’automne. Une maturation trop tardive, après le mois d’août voire le début du mois de septembre, ferait courir un risque à cette production.

Les champions de la résistance au froid

Certaines variétés sont particulièrement robustes face aux conditions extrêmes :

  • Court-Pendu Gris [1300m] : La floraison la plus tardive connue. Échappe à tous les gels. Pomme craquante au goût anisé.
  • Transparente de Croncels [1300m] : Très ancienne variété d'une vigueur incroyable.
  • Idared [1200m] : Une robustesse à toute épreuve.
  • Reinettes du Canada Grise [1200m] : Sa peau rugueuse "cuivrée" est une protection naturelle contre le gel et les parasites.
  • Reinettes du Canada blanche [1200m] : Plus tendre et plus juteuse que sa cousine grise, c'est la reine des tartes et des pommes au four.
  • Reine des Reinettes [1100m] : Le meilleur pollinisateur.
  • Jacques Lebel [1100m] : S'adapte aux sols pauvres et caillouteux.
  • Reinette du Mans [1000m] : Sa robe jaune paille cache une chair fine, fondante et délicieusement parfumée.
  • La Nationale [1000m] : Elle est appréciée pour sa tenue parfaite et sa résistance aux manipulations.

La taille des arbres fruitiers de plein vent

L'importance du porte-greffe et de la nature du sol

Le sol en montagne est souvent assez riche, mais il y a un peu de tout, comme en plaine. Le porte-greffe aura autant d’importance que le greffon.

  • Sol argileux, compact : Choisissez des cerisiers et des cognassiers greffés sur franc, des pommiers greffés sur M9 ou 106, des pruniers greffés sur Saint-Julien ou Damas noir.
  • Sol pauvre, caillouteux : Les meilleurs choix sont les poiriers greffés sur cognassier de Provence, les poiriers, pruniers et pommiers greffés sur franc, les pruniers greffés sur Myrobolan.
  • Sol acide : Optez pour des cerisiers, poiriers, pommiers greffés sur franc, des pruniers greffés sur Myrobolan.
  • Sol calcaire : Choisissez des cerisiers, des poiriers greffés sur cognassier de Provence, des pruniers greffés sur amandier, pêcher ou Myrobolan.

Astuces de culture et protection

Choisir un arbre fruitier adapté à l’altitude est une bonne chose. Et il y a d’autres choses qui vont lui permettre de se développer harmonieusement. C’est au printemps qu’il est plutôt conseillé de planter un arbre fruitier en altitude, la saison estivale est moins difficile à traverser pour un jeune sujet.

Emplacement et protection des arbres

En matière d’emplacement, évitez les zones les plus basses, un peu enfermées, où stagne l’air froid, et les plus hautes qui sont particulièrement exposées au vent. Un arbre installé contre une façade disposera d’une situation plus abritée. Une haie brise-vent peut apporter elle aussi une protection, non seulement contre le vent mais aussi contre les fortes pluies qu’elle peut atténuer si elle est bien placée.

  • Le trou de plantation : Il est fort judicieux de planter un arbre fruitier en altitude en butte. Cela permet à l’eau de bien s’écouler, un bon calcul lors de la fonte des neiges. Construire une terrasse pour la zone de plantation si elle est située dans une pente va éviter à l’arbre de voir ses racines dénudées.
  • Le chaulage : Il est préconisé pour protéger les troncs des brusques changements de température. La chaux réverbère les rayons du soleil, elle va éviter lorsqu’il gèle que les troncs se réchauffent trop rapidement le matin.
  • Le palissage : Les fruitiers palissés sont bien adaptés à la montagne, car ils peuvent plus facilement être protégés du vent et du froid, surtout pour des espèces un peu fragiles.

technique du chaulage des troncs pour protéger du gel printanier

Sélection d'espèces par palier d'altitude

Presque tous les arbres fruitiers peuvent convenir à une culture en altitude, jusqu’à 1000 m, vous pouvez planter des pruniers, comme des pommiers, des cerisiers, des poiriers. Par contre au-delà de 1200 m, ils sont beaucoup plus rares, excepté les petits fruitiers (myrtilliers, groseilliers, framboisiers).

Jusqu'à 1000 mètres

Les cerisiers ont une floraison relativement tardive. Les pommiers, idéalement des variétés locales, s'y plaisent parfaitement. Les poiriers, comme le ‘Beurré Giffard’, peuvent être de bons montagnards. Le cognassier, fleurissant tard en mai, est une excellente option.

Espèces spécifiques selon le climat régional

Pour les régions continentales et de montagne, le prunier est un excellent choix, très rustique. Pour les pommiers, des variétés comme ‘Delbartardive®’, ‘Belle Fille de Salins’ ou ‘Rambour d'Hiver de Lorraine’ sont des valeurs sûres. Même les pêchers peuvent réussir : la variété ‘Sanguine de Savoie’ offre une chair rouge foncé, acidulée, en septembre.

Pour les amateurs d'originalité, le « biricoccolo », un hybride d’abricotier et de prunier, est mieux adapté car il fleurit plus tardivement. Le pluot (croisement entre abricotier et prunier) peut s’adapter jusqu’à 700 m d’altitude, tout comme le nashi. Le figuier, quant à lui, est possible jusqu’à 600 m selon les régions, avec des variétés comme ‘Brown Turkey’ ou ‘Rouge de Bordeaux’. Enfin, l’abricotier n’est pas uniquement réservé aux vergers méridionaux : ‘Abricotier Pêche de Nancy’ et ‘Luizet’ sont des variétés anciennes adaptées aux zones continentales.

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