Les Stérilités Mâles du Tournesol : Une Révolution dans la Production de Semences Hybrides et la Culture

L'histoire de la culture du tournesol en France est profondément liée à la recherche et au développement de semences hybrides. Avant les années 1970, l'huile d'arachide importée dominait le marché français. Face à cette dépendance, le gouvernement français a pris, au début des années 60, la décision stratégique de promouvoir les espèces oléagineuses métropolitaines, afin de réduire les importations d'arachide. Cette initiative a conduit l'INRAE à lancer des programmes de Recherche et Développement axés sur le colza et le tournesol. À cette époque, la culture du tournesol n'était pas très répandue en France, à l'exception de petites surfaces dans le Sud-Est, principalement pour les oiseaux (Gris Strié de Provence) et, pendant la guerre, dans des jardins pour pallier le manque d'huile.

Champ de tournesols en fleur

Les Origines : L'Importation des Variétés de Tournesol de l'URSS

Le tournesol était, à l'époque, une culture d'une grande importance en URSS, particulièrement dans le sud de la Russie et en Ukraine. On y cultivait des variétés population qui avaient été sélectionnées pour leur richesse en huile. C'est dans ce contexte que Simone Lenoble, en charge du programme tournesol à Clermont-Ferrand, a pris contact avec l'institut russe (VNIIMK) à Krasnodar. Son objectif était d'importer des échantillons de ces variétés russes pour les comparer, les expérimenter et les vulgariser à grande échelle en France. Cette démarche s'est faite en collaboration avec l'association des multiplicateurs de semences oléagineuses (USGOS/AMSOL) et le CETIOM (aujourd'hui Terres Inovia).

Carte de la Russie et de l'Ukraine, mettant en évidence les régions de culture historique du tournesol

La Découverte Révolutionnaire de la Stérilité Mâle Génique

En 1962, les premiers échantillons de tournesol ont été cultivés en pépinière pour être comparés. C'est dès cette année qu'une observation capitale a été faite : une plante ne produisant pas de pollen a été identifiée, elle était mâle stérile. Cette plante mâle stérile ne présentait aucune coloration particulière, elle était « verte ». Dans la même pépinière, une ancienne variété française, le Nain Noir, se distinguait par une coloration rouge sur les tiges, les pétioles et le bord des feuilles. Le pollen de cette variété a été utilisé pour féconder la plante mâle stérile.

Les graines résultant de ce croisement ont été semées en serre en octobre 1962. À la levée, toutes les plantes étaient colorées en « rouge ». En février 1963, lors de l'intégration au laboratoire tournesol à la station INRAE de Clermont-Ferrand, il a été observé à la floraison que la totalité des plantes produisaient du pollen (mâles fertiles) et ont été autofécondées par ensachage des capitules.

Au printemps 1963, les graines produites ont été semées. À la floraison, les ¾ des plantes qui étaient « rouges » étaient également mâles fertiles, et le ¼ des plantes « vertes » étaient toutes mâles stériles. Cette observation était en accord avec la loi génétique de Mendel, et les deux caractères étaient génétiquement liés très fortement. C'est ainsi qu'a été découverte la stérilité mâle, dite génique, du tournesol, caractérisée par la présence ou l'absence de coloration rouge (Leclercq, 1966).

Diagramme illustrant l'héritage de la stérilité mâle génique chez le tournesol (croisement et proportions mendéliennes)

Cependant, le caractère de stérilité mâle est génétiquement récessif. Cela signifie qu'il n'était pas possible d'obtenir une descendance entièrement mâle stérile directement. Pour pouvoir réaliser un croisement avec une autre lignée et produire un hybride homogène, un travail d'élimination des plantes « rouges mâle fertile » était nécessaire. De nombreuses variétés russes et bulgares ont alors servi de parents mâles pour féconder ces plantes mâles stériles.

Les essais comparatifs au champ, visant à évaluer le rendement et la teneur en huile, ont conduit à l'inscription au catalogue officiel du 1er hybride mondial en 1970, nommé INRA 6501. La culture commerciale du tournesol en France avait déjà débuté vers 1968, grâce aux variétés populations importées d'URSS par l'USGOS/AMSOL et vulgarisées par le CETIOM/Terres Inovia.

L'Avènement de la Stérilité Mâle Cytoplasmique (CMS) : Une Simplification Majeure

La recherche ne s'est pas arrêtée là. À partir d'un croisement entre l'espèce sauvage Helianthus petiolaris et Helianthus annuus, une autre forme de stérilité mâle a été obtenue : la stérilité mâle cytoplasmique (CMS). Ce caractère est déterminé par le cytoplasme et présente une hérédité maternelle. Publiée par Leclercq en 1969, cette stérilité mâle a un avantage considérable : elle donne des descendances dont 100% des plantes ne produisent pas de pollen, simplifiant ainsi grandement la production de semences hybrides.

Pour que ces hybrides retrouvent leur fertilité mâle, les parents mâles devaient porter un gène qui restaure cette fertilité. Ce gène a été identifié chez plusieurs espèces d'Helianthus (Kinman, 1970 ; Leclercq, 1971). La stérilité mâle cytoplasmique, distribuée sans brevet et toujours utilisée librement et très largement à travers le monde, a été un moteur essentiel du développement du tournesol. Elle a permis à cette culture, jusque-là peu valorisée dans beaucoup de pays, de prendre un énorme essor (Vear, 2010).

La stérilité mâle génétique (Genetic Male Sterility) GMS

Ces découvertes successives de stérilités mâles chez le tournesol ont rendu possible l'obtention de variétés hybrides homogènes, tant en précocité qu'en taille, comparativement aux variétés populations. Cette homogénéité a simplifié considérablement les interventions agronomiques. De plus, elle a permis un progrès plus rapide en sélection pour des caractères importants tels que les résistances aux maladies ou les qualités d'huile, qui peuvent désormais être fixés dans des lignées parentales (Vear, 2016).

La Conduite de la Culture du Tournesol : Optimisation et Gestion des Risques

La réussite de la culture du tournesol repose sur plusieurs facteurs clés, allant de la densité de semis au désherbage, en passant par le choix variétal et la gestion des ravageurs.

Densité de Semis et Régularité du Peuplement

Dans un contexte où les pertes à la levée peuvent être élevées, semer à la densité optimale est un des facteurs clés de réussite de la culture du tournesol. La régularité du peuplement est aussi importante que la densité elle-même. Le tournesol compense mal un peuplement irrégulier et insuffisant, même si l'on peut observer des capitules plus gros en peuplement faible. Un peuplement compris entre 55 et 60 000 plantes levées par hectare permet d'obtenir le rendement et la teneur en huile maximum. Pour une culture de tournesol bien enracinée, un faible peuplement, compris entre 25 et 30 000 pieds/ha, peut être maintenu, surtout si les plantes sont régulièrement réparties dans la parcelle.

Illustration comparant une levée irrégulière et une levée régulière de tournesol

L'analyse des données d'essais menés de 1980 à 2012 a montré que la densité de semis optimale pour le rendement et la teneur en huile est d'autant plus élevée que la contrainte en eau est faible. Les effets physiologiques expliquant cette relation restent incertains, mais ils impliquent probablement l'optimisation de la consommation d'eau en sol superficiel et du rayonnement en sol profond.

Écartement entre les rangs et Qualité du Semis

Le choix d'un écartement entre rangs compris entre 50 et 60 cm est celui qui donne les meilleurs résultats. Pour un écartement de 75-80 cm (comparé à un écartement de 50 cm), des pertes moyennes de l'ordre de 1 à 4 q/ha sont enregistrées.

Soigner l'opération du semis est primordial. Il est conseillé de semer lentement, à une vitesse maximale de 5 km/h. Une vitesse de semis réduite améliore la régularité de répartition des pieds sur la ligne, ainsi que la régularité de la profondeur de semis, l'écartement entre graines et la bonne fermeture du sillon. Certains agriculteurs équipent leur semoir de dispositifs spécifiques, comme une dent travaillant sur 2-3 cm sur la ligne de semis, une roue de jauge RID, un ressort de pression renforcé et une roue de fermeture fine avec une chaîne de draguage pour ramener la terre fine dans le sillon. Le petit coutre derrière le disque ouvreur apporte un plus dans la régularité du semis. Le strip till à dent fine est également utilisé par certains, mais c'est un outil à employer en sol suffisamment ressuyé pour éviter plus de mal que de bien en cas de mauvaise utilisation. Il peut sécuriser l'implantation dans un sol en début de système de culture simplifié (ACS).

Traitement des Semences et Choix Variétal

Le traitement des semences doit être raisonné en fonction du choix variétal. Un seul traitement fongicide est autorisé contre le mildiou (Apron XF à base de métalaxyl-M ou méfénoxam). Il n'est pas obligatoire et son utilisation systématique peut conduire à une généralisation des résistances. Pour les variétés dites RM8 et RM9, résistantes à la plupart des races de mildiou, il est préférable d'opter pour des semences non traitées, surtout dans les secteurs sans attaques significatives ces dernières années.

Le choix variétal doit avant tout répondre aux exigences pédoclimatiques régionales (précocité / date de semis) et privilégier un bon comportement vis-à-vis des maladies. Le choix de variétés peu sensibles est conseillé pour réduire l'inoculum des maladies pour les années suivantes.

Le choix d'une variété de tournesol n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Plusieurs critères doivent être pris en compte pour optimiser le rendement et, par conséquent, assurer la rentabilité de la culture : le profil d'acides gras de la variété (oléique ou linoléique), sa tolérance aux herbicides (VTH ou non VTH), sa précocité et son profil sanitaire. Levier agronomique de premier plan pour répondre aux conditions climatiques et sanitaires locales, la variété de tournesol doit être choisie avec soin.

Tournesol Oléique ou Linoléique ?

Le choix entre une variété oléique ou linoléique dépendra du débouché et du contrat envisagés par l'agriculteur pour le tournesol à semer. Une fois en terre, les tournesols oléiques ou linoléiques se conduisent de la même façon.

VTH ou non VTH ?

La difficulté à venir à bout de certaines mauvaises herbes peut inciter les agriculteurs à se tourner vers des VTH, des variétés tolérantes aux herbicides. Cependant, cet usage doit être réservé aux situations dominées par une flore difficile comme le xanthium, les tournesols sauvages, l'ambroisie, le datura, le chardon ou le liseron des haies.

Une Précocité Adaptée au Contexte Climatique Local

Opter pour une variété de tournesol dite « précoce » est judicieux dans les régions humides et fraîches, là où une récolte tardive est plus risquée : dans le Nord, la bordure pyrénéenne ou la façade atlantique. Dans tous les cas, une précocité adaptée à la région, au type de sol et à la date de semis limitera le stress hydrique post-floraison et, avec lui, le risque de développement des maladies de fin de cycle comme le sclérotinia du capitule et/ou le botrytis.

La Tolérance Variétale : Premier Moyen de Lutte Contre les Maladies

Bien évidemment, le comportement des variétés face aux maladies et à différents parasites reste un critère essentiel de choix. Parmi les cibles : l'orobanche, le mildiou, le phomopsis ou le verticillium. Contre ce dernier, il n'existe par exemple aucun produit fongicide homologué. Alors que les pertes de rendement peuvent aller de 20 à 50 % selon la gravité des attaques, la tolérance variétale reste à ce jour, avec l'allongement des rotations, le seul moyen de lutte réellement efficace. Mêmes précautions à prendre dans le cas de foyers de phomopsis avérés : le recours à des variétés peu sensibles est alors incontournable. Contre l'orobanche, une plante parasite qui peut aller jusqu'à la destruction totale de la parcelle, la tolérance variétale reste le premier moyen de lutte à activer. Dans les secteurs à risque, il est essentiel d'implanter uniquement des variétés ayant un bon comportement vis-à-vis de cette adventice.

L'outil myVar, développé par Terres Inovia, permet d'accéder, en quelques clics, à toutes les références de l'institut sur les variétés de tournesol, sur plusieurs campagnes. L'entrée se fait selon l'un des trois onglets suivants : consulter, choisir ou comparer. En sélectionnant le menu « Consulter », l'utilisateur a la possibilité de visualiser les fiches d'identité des variétés ainsi que les résultats d'essais annuels évalués par Terres Inovia. En optant pour le menu « Choisir », et en sélectionnant un département, l'OAD liste alors toutes les variétés évaluées dans cette zone. Cet outil propose aussi de comparer les variétés entre elles selon différents critères de choix (le type variétal, la sensibilité au phoma, à la verse, sa précocité à maturité…).

Connaissance des Stades du Tournesol

Connaître les stades du tournesol est crucial pour les agriculteurs qui cherchent à améliorer le rendement de la culture et sa durabilité. Le tournesol requiert un soin tout particulier de la germination à la maturité. Se familiariser avec les étapes clés de la culture permettra aux agriculteurs de prendre des décisions pertinentes sur le timing du désherbage et de la fertilisation, ainsi que le déclenchement d'une éventuelle irrigation. Cela aide à optimiser les ressources et à minimiser l'impact sur l'environnement. À certains stades, les plantes sont très sensibles au stress hydrique.

Infographie des stades de développement du tournesol

Le Tournesol dans la Rotation des Cultures

Le tournesol est souvent considéré comme une tête de rotation car c'est un bon précédent pour les céréales à paille : il libère le sol suffisamment tôt pour une implantation dans les meilleures conditions. Il introduit une rupture dans le cycle des maladies des graminées et il permet d'alterner les matières actives utilisées en désherbage. L'état du sol est en général très satisfaisant et il ne laisse pas trop de débris au sol pouvant pénaliser la céréale qui suit. Il est également possible d'implanter un couvert végétal pour une autre culture de printemps dans la majorité des régions françaises ; dans d'autres régions (nord-est par exemple), la récolte est souvent trop tardive.

Exigences du Tournesol vis-à-vis du Sol

Le tournesol est une plante à racine pivotante et à cycle court. Ces deux caractéristiques en font une culture exigeante vis-à-vis de la structure du sol. C'est donc une culture qui a des fortes exigences par rapport à la qualité du lit de semences (présence de terre fine nécessaire) et le moindre obstacle au développement racinaire peut occasionner des pertes importantes en rendement et une dégradation de la qualité. Il est donc impératif de vérifier la bonne structure de son sol pour que le pivot descende correctement. Il ne faut jamais oublier que la profondeur à laquelle descendent les racines est gage d'une bonne alimentation hydrique : les besoins du tournesol en eau sont estimés à 480/500 mm sur un cycle. Contrairement aux autres grandes cultures, il ne peut compenser des manques à la levée qu'au travers d'une augmentation de la surface foliaire. Or la levée conditionne directement la régularité du peuplement, qui doit être bonne pour permettre au tournesol de donner le meilleur de lui-même.

Gestion des Ravageurs : Limaces et Oiseaux

Oiseaux et limaces représentent le risque majeur de la prédation pour la culture du tournesol. L'Agriculture de Conservation des Sols (ACS), de par la biodiversité qu'elle favorise, peut augmenter les pertes. Ces ravageurs entraînent une vigilance stricte par la pose de pièges pour les limaces et de leurres pour les oiseaux.

Lutte Contre les Limaces

Pour les limaces, l'APAD poursuit son travail de suivi des impacts sur les cultures avec la société de Sangosse pour les cultures de printemps. En attendant de mieux comprendre la dynamique de population et de dégâts, il est conseillé de protéger le germe avec, au minimum, de l'anti-limace mis dans et sur la ligne de semis : si le germe est coupé, la plante meurt. La pose de pièges avant et après le semis permet aussi de mieux prendre en compte le risque et de traiter à bon escient. Un agriculteur en ACS depuis 17 ans gère les limaces 15 jours avant le semis en posant des pièges : dès qu'il en trouve plus de 10 au m², il traite avec environ 4 kg de produit. Au moment du semis, il met systématiquement 1.2 kg dans la ligne de semis et 1.2 kg sur la ligne et poursuit la surveillance jusqu'à la levée.

Lutte Contre les Oiseaux

Pour les oiseaux, en particulier pigeons et corbeaux, la mise en place des leurres habituels comme les épouvantails, les pièges ou les canons, montre ses limites. En 2 à 3 jours, les oiseaux s'habituent et l'efficacité baisse sensiblement. La piste la plus prometteuse est de les perturber avec du végétal soit vivant soit en décomposition : ils ont encore du mal à bien identifier les parcelles semées en tournesol au milieu d'autres plantes. Terres Inovia a travaillé le sujet et la féverole semée en février à 100 kg / Ha (25 grains / m²) est un procédé qui fonctionne. Par contre, elle doit être détruite absolument au plus tard au stade 1 paire de feuilles du tournesol.

Illustration d'un épouvantail dans un champ de tournesols, avec une note sur son efficacité limitée

Quoi qu'il en soit, la majorité des agriculteurs en ACS préfèrent semer plus tard pour que la levée soit la plus rapide possible : c'est encore aujourd'hui le meilleur remède aux différentes attaques ! Le risque de sécheresse est augmenté mais le fait de ne pas travailler le sol permet de mieux garder l'eau du sol et donc de limiter ce risque.

Un agriculteur qui cultive du tournesol en ACS depuis 17 ans témoigne de l'efficacité de semer 40 kg d'orge avec le tournesol au semoir à céréales. Ce semis multiplie le nombre de plantules à disposition des limaces, diminuant d'autant les dégâts sur le tournesol. Cette méthode doit également perturber les oiseaux. Il est intransigeant sur la vigilance des corbeaux : "Ces oiseaux sont intelligents et il faut les surprendre. C'est une lutte qui commence dès l'hiver. Je viens avant la levée du jour et je me cache dans une cuve à fioul aménagée, dos au soleil, positionnée en milieu de parcelle. J'ai bien sûr une autorisation de les tirer car il faut les éliminer. Je viens toutes les 2 à 3 semaines pour les tirer et c'est une méthode vraiment efficace."

Fertilisation du Tournesol

Pour prendre la décision du semis, rappelons que maïs et tournesol ont besoin d'un cumul de température d'environ 90° jours base 6°C entre le semis et la levée. Il est alors possible de faire la moyenne des températures mini et maxi du sol (prendre la température à 8h00 et à 14h00) et retrancher 6 °C. Puis faire le cumul des moyennes de températures journalières en fonction des températures prévues. Il est recommandé de semer lorsque le cumul des températures atteint 90° jours en 10 à 15 jours maximum.

Avec un semis souvent tardif et une minéralisation du sol qui a repris, l'engrais starter est rarement valorisé par le tournesol. Il pourrait être nécessaire en phase de transition ou en semis précoce, mais son impact est faible après quelques années d'ACS et l'augmentation du taux de matière organique. De plus, comme le tournesol est une plante mycorhizienne, le starter pourrait être plus nocif qu'utile dans un sol riche en de tels champignons. Des observations d'agriculteurs montrent également que la mycorhization du tournesol semble réduire significativement leur infection par l'orobanche : c'est donc un paramètre très important à prendre en ligne de compte.

Pour la majorité des éléments fertilisants, les besoins de la culture sont faibles voire nocifs en cas d'excès d'apports. Un apport d'azote de 40 à 50 unités est suffisant. Cet apport doit être réalisé soit au semis, voire avant, s'il y a un couvert à décomposer, soit un peu plus tard, juste avant une pluie, si le couvert a déjà disparu. Le tournesol est une culture moyennement exigeante en potasse et peu exigeante en phosphore : il supporte assez facilement une impasse d'apport en ces deux éléments même si plusieurs observations montrent que la potasse apportée sous forme de sulfate a un impact positif sur le rendement. Il est difficile de dire si c'est le soufre ou la potasse qui apporte ce plus, mais c'est peut-être une piste à creuser.

Enfin, il ne faut pas oublier que le bore est un élément indispensable au tournesol et que toute impasse est à proscrire : 500 grammes en fertilisation foliaire suffisent au stade 8 à 10 paires de feuilles.

Un agriculteur qui réussit la culture du tournesol en ACS apporte 8 tonnes de fumier de volaille quelques semaines avant le semis quand le sol porte. Il ne met pas de starter car il n'en a jamais vu l'utilité. Son rendement moyen est de 26 quintaux.

Un autre agriculteur, qui cultive du tournesol en dérobé, apporte 100 kg d'urée au stade 3 à 4 paires de feuilles ou 17 m3 de lisier de porc.

Associations de Plantes et Innovations en ACS

Comme le tournesol est une plante de printemps, ça peut être l'occasion de semer avec le tournesol une autre plante de printemps qu'on souhaite conserver par la suite. On connaît tous des situations où les semis de luzerne n'ont pas fonctionné en fin d'été : l'implanter avec le tournesol en semis direct peut être une solution car c'est la période optimale pour sa germination. Le trèfle blanc et violet peuvent aussi être semés avec le tournesol. Évidemment, le programme de désherbage sera adapté à cette contrainte supplémentaire. Les résultats obtenus sont très souvent satisfaisants avec peu d'impacts de la légumineuse sur le tournesol et la possibilité de la valoriser pour des animaux en automne. Il est également possible de garder ce couvert pluriannuel avec un blé qui suit le tournesol.

D'autres idées existent d'association de plantes pour mieux gérer l'enherbement : les lentilles fourragères par exemple, en poussant dans les espaces laissés libres entre tournesol, évitent le salissement. On le voit encore ici et avec les témoignages qui suivent, l'ACS est un système qui favorise les innovations en particulier pour travailler avec les atouts de la Nature : chacun doit pouvoir trouver des solutions aux problèmes rencontrés !

Exemple d'association de cultures : tournesol et luzerne

Le Tournesol en Culture Dérobée

Un agriculteur qui cultive du tournesol en dérobé le qualifie de "culture facile à faire et qui me laisse une marge satisfaisante." Il le sème soit derrière pois soit derrière blé tendre ou blé dur. Il constate que c'est mieux derrière une céréale car les pailles font un mulch et limitent l'évaporation. La stratégie de la dérobée s'anticipe dès le choix de la variété de la céréale en prenant une variété très précoce dite 100 jours : il faut absolument que le tournesol soit récolté vers le 20 octobre au plus tard. Donc chaque jour gagné au semis est important.

Par contre l'inconvénient des pailles est qu'il faut que le semoir les écarte bien de la ligne de semis, donc cet agriculteur utilise son semoir monograine même si l'écartement est un peu élevé à 75 cm. Cela peut augmenter les levées d'adventices mais, d'un autre côté, il trouve le tournesol mieux développé.

En semant en décalé, cet agriculteur ne rencontre aucun problème avec les limaces ou les oiseaux qui sont partis sur d'autres cultures. Le seul ravageur qui peut faire un peu de dégâts, ce sont les campagnols : il essaie de les gérer tout au long de l'année.

La réussite du tournesol en dérobé tient en 4 points de vigilance :

  1. L'irrigation : C'est indispensable car il faut arroser dès le semis pour faire lever. Il apporte 4 à 6 tours d'eau : au semis, deux fois en cours de montaison et 3 fois en post-floraison pour 130 mm au total (en 2020 avec un été sec, donc ça dépend évidemment de la pluviométrie).
  2. Le choix variétal : Semer une variété très précoce qui fait son cycle en 110 - 120 jours et peu sensible au sclérotinia du capitule qui pourrait fortement impacter le rendement vu la période de récolte.
  3. Le désherbage : Les sols sont en général exempts d'adventices au semis donc pas besoin de passer un glyphosate. Par contre, il y a des relevés de céréales qui peuvent être très impactantes donc il est vigilant. Il réfléchit à ne désherber que l'inter-rang pour gérer les dicotylédones et le broyage de cet inter-rang donne des résultats intéressants dans les essais qu'il a pu faire.
  4. Le séchage : L'humidité à la récolte peut être très variable et il faut toujours sécher. Le mieux est de le faire à plat avec un système de chauffage par le dessous. Le séchage avec séchoir classique est beaucoup trop risqué avec les risques d'incendie. Il faut donc être sûr de pouvoir sécher. Cet agriculteur a aussi trouvé un débouché avec la méthanisation : dans ce cas, le tournesol est ensilé et ça simplifie le travail en libérant le sol plus tôt et en évitant les frais de séchage. C'est une autre façon, parmi d'autres, de valoriser le tournesol !

Son rendement moyen est de 15 à 25 quintaux. Cette culture est aussi intéressante pour la biodiversité et, en particulier les abeilles.

Critères de Choix des Variétés de Tournesol et de Maïs

Les semis de printemps approchent et le choix variétal pour les maïs et les tournesols s'affine. Quels critères prendre en compte ? Comment s'y retrouver dans une gamme de plus en plus riche et face à des contextes climatiques et sanitaires qui évoluent campagne après campagne ?

Choix Variétal du Maïs

Qu'elle soit destinée à la production de grain ou de fourrage, une variété de maïs ne se choisit pas au hasard. Tout est question de compromis entre plusieurs éléments : une précocité adaptée au climat régional, une régularité de performance et une tolérance à certains stress comme la verse ou les maladies. Les catalogues des semenciers détaillent les performances de chacune de leur génétique. L'institut propose d'ailleurs un tout nouveau site de références, Varmaïs.

Précocité du Maïs

En maïs, l'un des caractères les plus importants est la précocité. La précocité traduit des écarts de dates de floraison et de teneurs en eau du grain ou de la plante entière. Une variété tardive aura un cycle plus long et produira en général davantage en situation peu limitante en température et en eau, à condition qu'un climat humide au moment de la récolte ne vienne pas contrebalancer les gains de rendement en alourdissant la facture due au séchage. En maïs fourrage, le choix de la précocité apporte de la souplesse dans les dates de récolte, d'implantation de la culture d'hiver suivante et accentue la valorisation par les troupeaux. Une variété trop précoce produira en général moins de biomasse plante entière. Une variété plus tardive a l'avantage de proposer un gain potentiel en rendement de l'ordre de 0,2 t MS/ha par point de tardiveté, mais celui-ci ne s'extériorise que lorsque les dates de semis et les températures de l'année permettent de les valoriser.

Régularité de Performance du Maïs

D'autres données, dites « informatives », permettent d'affiner le choix en fonction de telle ou telle région. Il s'agit par exemple de la vigueur au départ, de la précocité à la floraison ou de la solidité des bas de tiges. Les caractéristiques liées à la verse ou à la tolérance à certaines maladies peuvent également être prises en compte si elles sont représentatives de plusieurs campagnes. Qu'il s'agisse de maïs grain ou d'ensilage, la comparaison des résultats des variétés entre les régions et les années apporte des informations de régularité utiles à considérer dans un contexte de grande variabilité climatique interannuelle. Le choix de variétés récentes, connues et dont les bonnes performances sur plusieurs critères ont pu être confirmées au cours de plusieurs années, s'impose comme l'une des premières étapes à caler.

Maïs Biologique

Face à la demande des maïsiculteurs, les références techniques en matière de maïs bio se multiplient. En agriculture biologique, le choix variétal repose sur trois critères principaux : la précocité à adapter à la zone de culture et à la date de semis envisagée, le rendement et la tenue de tige. Pour affiner son choix, il est également possible de regarder la bonne vigueur à la levée, synonyme d'un démarrage rapide de la culture. Comme en conventionnel, des variétés tolérantes à la fonte des semis, à l'helminthosporiose et aux fusarioses des épis peuvent également être préférées. Les aléas climatiques étant très marqués ces dernières campagnes, la compilation de données sur plusieurs années s'avère plus que jamais pertinente.

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