Le mildiou de la tomate peut détruire une récolte en quelques jours. Pour agir rapidement, il faut d’abord bien l’identifier, et surtout ne pas le confondre avec d’autres maladies comme l’alternariose, le pied noir ou la nécrose apicale. Le mildiou est le mot francisé phonétiquement de « mildew » en anglais et qui veut dire « rosée de miel ». C’est un nom générique regroupant plusieurs maladies cryptogamiques faisant partie de la classe des Oomycètes, des parasites ayant longtemps été confondus erronément avec des champignons.

Comprendre le cycle et l'apparition du mildiou
Le mildiou (Phytophtora infestans) est une maladie cryptogamique qui attaque les plantations lorsque le temps est doux et humide. Durant la saison estivale, sa vigueur s'atténue dû à un taux d'humidité moins marqué et à des températures à la hausse qui ne sont pas favorables à son développement. Le mildiou sort de sa léthargie à l'automne et repart une fois de plus hiberner lorsque les températures s'élèvent en hiver.
Avec ces saisons sèches, chaudes puis orageuses, si les tomates échappent au mildiou, c’est un miracle. La température optimum de développement se situe entre 18°C et 22°C. Les conditions humides, que l'on retrouve souvent après une averse, ainsi que les feuillages de forte densité, laissant peu pénétrer l'air et la lumière, l'attirent particulièrement. Il est peu attiré par une plante saine ; la présence de mildiou est plus souvent constatée chez les plantes qui souffrent.
Identifier avec précision : Ne pas confondre
Savoir identifier la maladie est primordial. Le mildiou se développe sur toutes les parties du plant. Au niveau des feuilles, il démarre souvent à la bordure du limbe. Regardez attentivement chaque foliole : le mildiou se manifeste en brunissant la partie supérieure du limbe, se recouvrant d'un délicat duvet blanc grisâtre nommé mycélium. Enfin sur les fruits, il brunit les tomates.
Il est nécessaire de différencier le mildiou d'autres pathologies :
- L’alternariose : se manifeste sur les feuilles avec des taches nécrotiques circulaires de 4 à 7 mm de diamètre. Les tiges et les pétioles présentent des taches brunes à grises.
- La nécrose apicale (cul noir) : touche exclusivement le bas de la tomate, autour du stigmate. Le mildiou démarre quant à lui n’importe où sur le fruit et a un aspect bien plus brun.
- Le pied noir : dû à Didymella lycopersici, il se manifeste par une nécrose brune qui encercle la tige au niveau du collet et remonte sur la tige.
Mildiou de la tomate et étés pluvieux : comment lutter contre cette maladie cryptogamique ?
Stratégies de prévention : La clé d'un potager sain
Dans mon article “15 points pour éviter le mildiou de la tomate”, je vous avais présenté surtout des techniques préventives pour renforcer les défenses des plants. La mesure préventive qui offre les meilleurs résultats est sans contredit le recours à une serre ou à un tunnel. L'humidité constante étant le principal mode de propagation, ce type d'abri diminue considérablement les risques.
Voici les règles d'or pour prévenir l'infection :
- Rotation des cultures : Ne pas cultiver plusieurs années de suite les mêmes plantes au même endroit.
- Gestion de l'air : Espacer suffisamment les plants afin de permettre à l'air de circuler convenablement. Cultiver les lignes dans le sens du vent.
- Arrosage ciblé : Évitez d'arroser le feuillage. Privilégiez toujours un arrosage directement au pied de la plante à l'aide d'un arrosoir ou par goutte-à-goutte.
- Paillage : Il est possible de mettre un mulch de 5 à 10 cm pour conserver l'eau et réguler l'humidité ambiante, limitant les éclaboussures de spores depuis le sol.
- Variétés résistantes : Choisir des variétés résistantes à la maladie permet une gestion plus simple sur le long terme.
Actions curatives immédiates en cas d'attaque
Si la maladie est bien présente et les conditions favorables, elle va se répandre rapidement. Pour commencer, vous devez réagir vite. À l’aide d’un couteau ou d’un sécateur propre (nettoyé à l'alcool à 90° entre chaque coupe), passez en revue tous vos plants. Coupez chaque partie contaminée et mettez-la dans un seau. Ne laissez pas les parties malades au pied de vos plants. Dans le cas où le mildiou a fait le tour de la tige et si vous avez des gourmands sains en amont, coupez la tige et laissez les gourmands prendre le relais.

Traitements naturels et remèdes maison
Des jardiniers et maraîchers ont prouvé l’efficacité de traitements naturels.
La décoction de prêle
La prêle, riche en silice, permet de vitrifier les cellules et de rendre plus difficile la pénétration des maladies cryptogamiques. Pour la décoction, trempez un kilo de prêle fraîche (ou 150g de sèche) dans dix litres d'eau de pluie pendant 24 heures. Cuire ensuite une trentaine de minutes à petits bouillons. Pulvériser sur le sol en mars, puis en préventif sur le feuillage.
Bicarbonate de soude et savon noir
Le bicarbonate neutralise l’acidité d’un milieu. Mélangez 5g (ou une cuillère à soupe) de bicarbonate de soude et 1 cuillère à café de savon noir dans un litre d'eau. En rendant le milieu défavorable, la sporulation du mildiou est freinée.
Recette curative renforcée
Certains jardiniers utilisent une préparation plus complète :
- Verser 4 litres de décoction d’ail filtrée.
- Verser 1 litre de purin de prêle (et consoude).
- Ajouter 5 à 6 cuillères à café de savon noir pour la fixation.
- Pulvériser en insistant sur le dessous des feuilles. Attention : ne pas dépasser la concentration préconisée sous peine de brûler les feuilles.
Autres solutions antifongiques
- Infusion de sauge officinale : Reconnue pour ses propriétés antifongiques, elle offre un effet curatif en 48h.
- Huiles essentielles : Le romarin à cinéole, l'origan, la citronnelle ou l'arbre à thé, dilués dans du savon noir, montrent des résultats probants.
- Extrait fermenté d'ortie et de laminaire : En synergie, ils peuvent réduire jusqu'à 80% l'attaque de mildiou en stimulant les défenses naturelles.
Il est important de noter que la pluie rince les produits appliqués, qui perdent aussitôt leur fonction de protection. Il faut donc renouveler l'opération de pulvérisation sur une base régulière, voire tous les 3 à 4 jours en cas de très grosses attaques. Concernant la bouillie bordelaise, si elle est autorisée en agriculture biologique, elle est reconnue nocive pour la vie du sol (phénomène d’accumulation de cuivre). Utilisez-la avec la plus grande modération.