La gestion des effluents d’élevage, qu’il s’agisse de fumiers ou de lisiers, est devenue un pilier central de l’agriculture durable. Ces matières organiques, longtemps perçues comme de simples déchets, constituent aujourd'hui une ressource agronomique précieuse, capable d'enrichir les sols en éléments nutritifs tout en limitant le recours aux engrais minéraux. Toutefois, leur utilisation est strictement encadrée par des dispositions réglementaires visant à prévenir la pollution des eaux et les nuisances olfactives.
Composition et dynamique des éléments fertilisants dans les effluents
La valeur fertilisante d'un effluent dépend intrinsèquement de sa composition chimique et de la forme sous laquelle les éléments nutritifs sont présents. Dans les fumiers, l’azote est majoritairement présent sous forme organique et une partie seulement (de l’ordre de 30 % pour un fumier de bovins) sera disponible pour la culture de maïs qui suivra l’épandage. L’azote sous forme organique nécessite une phase de transformation avant d’être assimilé, sous forme nitrate, par les racines du maïs. Le temps nécessaire à ce processus est fonction de la composition du fumier (rapport carbone/azote).

Un épandage trop tardif risque d’induire des effets dépressifs sur la culture, liés à la décomposition des pailles et à l’organisation de l’azote. À l’inverse, dans les lisiers et les fumiers de volailles, l’azote est majoritairement présent sous forme ammoniacale. Cette forme est rapidement disponible pour la culture, mais elle est aussi très sensible à la volatilisation dans l’atmosphère. Ainsi, en conditions de sol sec, de temps venteux et ensoleillé, les pertes par volatilisation peuvent aller jusqu’à 50 %. Pour une efficacité optimale, ces produits doivent être épandus au plus proche du semis.
Concernant les autres éléments, par rapport au phosphore minéral, l’efficacité du phosphore d’un engrais de ferme est comprise entre 70 et 95 % l’année de l’apport, selon les produits. Les teneurs seuils (proposées par la méthode COMIFER) permettant de calculer les doses de phosphore et de potassium ont été réévaluées récemment. Tous les engrais de ferme contiennent aussi des oligoéléments, tel que le soufre, nécessaires dans les rotations avec céréales, colza ou prairies, et des bases calciques qui contribuent à limiter l’acidification naturelle des sols. Ainsi, les épandages d’effluents d’élevage permettent de réduire significativement les apports d’amendements basiques.
Le cadre réglementaire : Règlement Sanitaire Départemental (RSD) et Directive Nitrates
Par leur accumulation, toutes les matières organiques fermentescibles comme le fumier peuvent être source de nuisances et de pollutions. Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) s'applique à tous les détenteurs d’équidés, amateurs comme professionnels. Dans la filière équine, le RSD s'applique à toutes les structures (élevages, centres équestres, détenteurs d’équidés…), quel que soit le nombre d'équidés détenus. Il définit les distances minimales d’implantation des bâtiments et de stockage du fumier par rapport aux tiers ou à d'autres activités, les dispositions concernant l'entretien et le fonctionnement du logement des animaux, ainsi que les modes de stockage et d'évacuation des déjections. Il est consultable en mairie. Pensez à vous y référer avant toute conception ou aménagement.
La Directive Nitrates (directive européenne du 12/12/1991 et arrêté du 19/12/2011) a été mise en place pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle concerne l'azote provenant, sous différentes formes, des effluents des structures agricoles. En France, la directive est transposée en un plan d’action national (PAN) que chaque région décline en un plan d’action régional (PAR), définissant les mesures de stockage et d’épandage des effluents. Selon les bassins, des zones « vulnérables » sont définies et des mesures spécifiques sont alors mises en place : maîtrise de la fertilisation azotée, gestion de l'interculture, mise en place de bandes enherbées le long des cours d'eau… Les zonages et les PAR font l’objet d’une révision tous les 4 ans.
Lorsqu’une exploitation équine est située sur un bassin en zone vulnérable, la Directive Nitrates vient s’ajouter au RSD. Les prescriptions s'appliquent à tout élevage ou structure détenant des équidés, situé en zone vulnérable. « Tous les animaux et toutes les terres de l'exploitation, qu'ils soient situés ou non en zone vulnérable, sont pris en compte » (arrêté du 19/12/2011 relatif au programme d'action national).
Exigences techniques de stockage : la fumière
Le stockage est un point critique pour prévenir les écoulements vers le milieu naturel. Les fumiers doivent obligatoirement être déposés sur une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d'égouttage et eaux pluviales à l'aide de canalisations vers des installations de stockage étanches ou traitement des effluents (fosse). La gestion et l'entretien des ouvrages de stockage doivent permettre de maîtriser tout écoulement dans le milieu, interdit par la réglementation. Toutes les eaux de nettoyage nécessaires à l'entretien des bâtiments et des annexes et les eaux susceptibles de ruisseler sur les aires bétonnées sont collectées par un réseau étanche et dirigées vers les installations de stockage ou de traitement des eaux résiduaires ou des effluents, de sorte qu'aucun écoulement ne se produise dans le milieu naturel (référence RSD Article 155-2).

La capacité de stockage est calculée en fonction du nombre et des catégories d’animaux. Ainsi la durée règlementaire de 2 mois de stockage s'applique aussi si on prouve que l'utilisation du fumier d'équin, au cours de l'année, sur des terres agricoles ou par des exports de fumier datés sur le calendrier, permet de gérer correctement l'effluent avec une capacité de fumière inférieure à 5 mois (réalisation d'un diagnostic par un conseiller agricole avec la méthode DeXeL). Les calculs de la capacité de stockage sont établis avec la méthode de diagnostic DeXeL, mise en œuvre et actualisée par l’Institut de l’Elevage (Idele) et reconnue par le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et les Agences de l’eau.
Modalités de dépôt au champ et épandage
Le dépôt au champ du fumier directement sorti des écuries est interdit, quel que soit le lieu ou la zone. Une distance d'éloignement des habitations est établie à au moins 50m. Attention ! Renseignez-vous auprès de votre mairie et dans le RSD sur l'autorisation de dépôt au champ. Lors de la constitution du dépôt au champ, le fumier compact doit tenir naturellement en tas, sans produire d'écoulement latéral de jus. Le tas doit être constitué de façon continue pour disposer d'un produit homogène et limiter les infiltrations d'eau.
La durée de stockage ne dépasse pas 10 mois et le retour du stockage sur un même emplacement ne peut intervenir avant un délai de trois ans. Le fumier de cheval étant considéré comme un fumier compact pailleux de type I (rapport C/N>8), il n'y a généralement pas de période d'interdiction d'épandage et le dépôt temporaire au champ est autorisé. La quantité d'azote organique issu des effluents que l'exploitant peut épandre est plafonnée à 170kg d'N/ha.
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Pour bien valoriser les effluents, il est préférable de les épandre au plus près des besoins des cultures et donc de privilégier les apports de printemps. S’ils sont apportés en été/automne, ils contribueront beaucoup moins pour la culture de printemps. Même s’ils sont parfois plus délicats (tassements de sols potentiellement importants), ces apports en sortie d’hiver s’avèrent donc plus efficaces pour les cultures fertilisées.
Stratégies de valorisation et perspectives économiques
Le fumier équin, autrefois considéré comme un déchet, revêt aujourd'hui une valeur considérable dans l'agriculture. Les solutions de valorisation sont multiples :
- Compostage : Le fumier de cheval peut être transformé en compost organique riche en éléments nutritifs. Le compostage implique le mélange du fumier avec d'autres matières organiques.
- Méthanisation : Cette méthode consiste à décomposer la matière organique du fumier en l'absence d'oxygène pour produire du biogaz et du digestat. La composition du fumier influe sur sa capacité à générer du biogaz.
- Utilisation directe : Le fumier de cheval peut être appliqué directement sur les terres agricoles pour améliorer la fertilité du sol (agriculteurs professionnels uniquement).
La plateforme « Val’fumier.fr », actuellement déployée sur tout le territoire en France, permet d’identifier par l’intermédiaire d’une cartographie des offres de fumier déposées gratuitement par des structures équines pour des valorisateurs potentiels. "Aujourd'hui, ce sont plusieurs milliers de tonnes de fumiers équins qui sont inutilisés ou mal valorisés en France", explique Orianne Valais, ingénieure de développement à l'IFCE. La gestion du fumier est une problématique incontournable pour les exploitations de la filière équine. Le fumier bien qu’étant initialement le déchet d’une structure équine devient alors une ressource agronomique. La valorisation du fumier permet de gérer les quantités produites en aval, permettant d’obtenir une plus-value de cette matière organique fermentescible.
Les éleveurs se posent souvent des questions sur la conformité de leurs installations, les mesures à prendre pour se conformer aux réglementations et la manière de réussir leurs projets de gestion des effluents. Le respect de ces réglementations est désormais essentiel pour bénéficier de diverses aides, notamment celles du Plan de Compétitivité et d'Adaptation des Exploitations agricoles (PCAE). En adoptant des pratiques de gestion responsables et en valorisant les déchets générés par l'élevage, les éleveurs peuvent contribuer à la préservation des ressources naturelles tout en tirant parti des avantages économiques offerts par la valorisation.
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