Le coût de revient d’un épandeur à fumier dépend en grande partie du niveau d’entretien qui lui est accordé. Le respect des préconisations d’entretien d’un épandeur à fumier conditionne sa longévité, son coût d’utilisation et sa qualité de travail. Le fumier est une matière organique solide qui s’obtient facilement et qui vous procure divers avantages comme la fertilisation de vos sols et leur enrichissement. En effet, il permet d’apporter les besoins nécessaires en azote, phosphore et potasse à vos cultures.

Stratégies de préservation et entretien courant
Déjà, le fait d’abriter l’appareil de la pluie limite l’oxydation des composants électroniques et mécaniques, notamment des prises électriques et des roulements. De surcroît, la non-exposition aux rayons de la lune et du soleil préserve la peinture et évite, par exemple, la dégradation prématurée de l’enveloppe caoutchouc des flexibles. Durant le stockage, il est fortement déconseillé de le laisser à terre. Le cardan doit bien sûr être pourvu d’une protection en bon état, afin d’écarter les risques d’accident. Le joint homocinétique, dit grand angle, ne doit pas subir de contraintes, qui risquent d’endommager les billes de son mécanisme et conduire à son explosion.
Avant chaque utilisation, le constructeur demande de graisser le cardan principal et celui situé à l’arrière sous le module d’épandage, les paliers des arbres avant et arrière animant le fond mouvant, ainsi que les roulements inférieurs et supérieurs des hérissons. Pour ne pas détériorer les joints des roulements, ni gaspiller la graisse, Benoît Haquin recommande d’exercer au maximum cinq coups de pompe. La graisse en excès ne joue aucun rôle, hormis celui de capter la poussière. Par ailleurs, la liste des points d’entretien à réaliser tous les deux à trois jours comprend le graissage de la ligne d’arbre passant sous la caisse et des articulations de l’optionnel volet arrière de bordure.
Des contrôles visuels sont à réaliser, comme le fonctionnement de l’éclairage et la bonne tension des chaînes indiquée, par exemple, par une pige ou une longueur de ressort. Il est également recommandé de vérifier la présence de tous les couteaux sur les hérissons et de retirer les ficelles enroulées. Le resserrage des roues est à réaliser après les dix premières heures d’utilisation et ensuite à renouveler toutes les 100 heures. Cette opération peut paraître anodine, mais il arrive pourtant que des utilisateurs travaillent avec des roues desserrées. Dans ce cas, la jante s’abîme en battant sur le moyeu, les goujons se dégradent et les trous de fixation s’ovalisent. Cette négligence coûte cher, car, à l’extrême, toutes ces pièces peuvent être à remplacer. Le serrage des roues s’opère en respectant le couple préconisé, sous peine d’étirer les goujons et de causer leur rupture. Le bon bridage du carré d’essieu est aussi à contrôler régulièrement. Les grandes roues des épandeurs à caisse étroite exercent un couple élevé sur l’essieu pouvant conduire à son arrachement si les brides sont lâches.
Maintenance annuelle et interventions lourdes
Pour la grosse opération de maintenance annuelle, Benoît Haquin suggère de déposer le cadre d’épandage, afin de simplifier le nettoyage et de gagner en confort pour intervenir sur les hérissons. Sur ceux-ci, les couteaux usés sont à remplacer ou à retourner pour les modèles réversibles, comme les pales des plateaux d’embase. Travailler avec des couteaux usagers limite les capacités du cadre d’épandage à déchiqueter la matière et à la répartir correctement. Pour davantage de longévité, il existe des modèles renforcés avec des pastilles au carbure de tungstène, qui demeurent toutefois sensibles aux chocs avec des pierres.
Le programme d’entretien annuel prévoit de vidanger les boîtiers d’entraînement des hérissons et le motoréducteur entraînant le fond mouvant. Il préconise aussi de remplacer chaque année le ou les filtres hydrauliques et de vidanger l’huile de l’optionnelle centrale indépendante, ainsi que celle de son boîtier multiplicateur. Les flexibles sont à inspecter et doivent être remplacés si leur tresse métallique est visible. Celle-ci, exposée à l’air libre, rouille et perd toute sa résistance, conduisant à l’éclatement du flexible. L’état d’usure du fond mouvant est à contrôler, ainsi que la course restante pour le réglage de la tension des chaînes. Sur le plan du train roulant, la garde des freins à tambour s’ajuste pour compenser l’usure des garnitures. Elle se modifie en levant l’essieu et en agissant sur le régleur de jeu intégré à la bielle actionnant les mâchoires.
Démonstration de Fond Mouvant DELTA🔺TRAILERS avec Sébastien (Kraker)
Normes de sécurité et conformité réglementaire
Les épandeurs à fumier n’en ont pas terminé avec les mises aux normes. Après le risque d’encastrement, c’est désormais la visibilité sur l’arrière qui est dans le viseur. En cause, l’article 18 du règlement européen 167/2013 relatif à la réception et à la surveillance du marché des véhicules agricoles et forestiers. Cet article prévoit que les constructeurs veillent à ce que les véhicules soient conçus, construits et assemblés de façon à minimiser le risque de blessure pour les personnes qui travaillent dans ou avec le véhicule. À la suite d’une série d’accidents graves, les agents de surveillance du marché ont imposé aux constructeurs de proposer des solutions adéquates pour remédier au manque de visibilité sur l’arrière de l’épandeur.
La plupart des constructeurs font le choix d’installer une caméra sur le cadre arrière, avec un retour sur un écran en cabine. Cette mise en conformité concerne les épandeurs neufs mais aussi les engins mis en service depuis le 1er janvier 2014, entraînant une procédure de rappel. La visibilité sur l’arrière n’est pas le seul défaut de conformité pointé. Le risque de contact avec les éléments mobiles et des notices d’instruction pas suffisamment précises pour informer l’agriculteur de la procédure correcte pendant les phases de nettoyage sont également visés. Les agents notent aussi l’absence de dispositif d’alerte permettant d’aviser les personnes situées à proximité lorsque la machine est en position stationnaire avec les hérissons en rotation. À cet effet, plusieurs constructeurs font installer une alarme pour alerter les personnes se trouvant derrière l’épandeur.
Architecture et fonctionnement de l’épandeur
L’épandeur à fumier est constitué d’une remorque semi-portée, tractée par un tracteur. Son débit (Q) dépendra de la vitesse de votre tapis de fond. Pour estimer la vitesse du tapis à fond mouvant, il faut prendre en compte la quantité (le dosage) prévue par hectare (D), la largeur de votre travail (l), et la rapidité d’avancement du tracteur (V). D’où la formule Q=(DLV)/600. Le volume de fumier chargé et la taille de votre caisse sont également à connaître.
Il existe différents types de caisses :
- Épandeur à caisse étroite : Ce type d’épandeur se caractérise par sa robustesse. La hauteur de caisse très importante peut compliquer le chargement au moyen d’un valet de ferme. Par contre, le diamètre important des roues placées sur le côté de la caisse facilite le roulement dans le terrain tout en maintenant un centre de gravité bas. Le tapis de fond mouvant est moins large que pour une caisse large.
- Épandeur à caisse large : Le positionnement des roues sous la caisse permet d’obtenir un volume de caisse plus important pour une longueur restreinte. Dès que le volume atteint 7 à 10 m³, ces épandeurs sont équipés d’essieux tandem ou d’alignement de roues pour réduire la pression sur le sol. Elle est généralement plus résistante.

Dispositifs d’épandage et technologies embarquées
Le hérisson vertical à deux ou quatre vis reste une solution plébiscitée pour sa polyvalence et son bon comportement avec les différents fumiers de bovins présentant une forte cohésion. Une vitesse de rotation élevée et un avancement lent du fumier dans la caisse assurent un meilleur émiettement et une largeur de travail plus importante. Le hérisson horizontal se caractérise par une largeur d’épandage qui ne dépasse pas 4 m, souvent utilisé sur des petits modèles ou avec table d’épandage. Sur un épandeur large, l’émiettement et l’épandage sont réalisés en deux temps : un hérisson envoie le fumier sur deux disques d’épandage, idéal pour le travail de fumiers secs ou un faible tonnage à l’hectare.
Ces dernières années, des technologies ont fait leur apparition :
- Pesée embarquée : Couplé à un GPS ou un capteur de vitesse, elle permet de réguler la vitesse d’avancement du fond mouvant pour respecter un dosage précis.
- Gestion Isobus : De nombreux fabricants proposent désormais des interfaces Isobus et des terminaux permettant de régler et d’ajuster le dosage en temps réel via des cartes d’épandage préétablies.
Critères de choix et panorama du marché
Choisir son épandeur, c’est choisir entre une caisse large ou étroite et y ajouter le dispositif d’épandage le mieux adapté. Il vaut la peine de discuter avec plusieurs spécialistes des différentes marques présentes sur le marché et de confronter les arguments de chacun. La durabilité d’un épandeur est directement liée à la qualité de son entretien. Un nettoyage facile et un contrôle aisé des différents éléments du dispositif d’épandage doivent aussi faire partie des critères d’achat.
- Samson/Pichon : Une gamme orientée vers les grosses exploitations et les agro-entrepreneurs, avec des innovations comme le terminal Spread Master 8500.
- Fliegl : Propose une gamme de 10 à 32 m³, avec des modèles « Muck » à table d’épandage large et des « Junior » à double hérisson vertical.
- Joskin : Fabricant belge offrant une gamme très étendue avec des modèles de 8 à 25 m³ et des caisses interchangeables.
- Jeantil : Spécialiste français proposant une gamme complète d’épandeurs à caisse étroite et large allant de 10 à 27 m³.
Les épandeurs à fumier sont utilisés pour la fertilisation des prairies et des cultures avec du fumier, de la fiente ou du compost. Il existe aussi des modèles spécifiques pour parcelles de vigne. Le choix dépend des effluents à épandre, de la puissance du tracteur disponible et de la capacité requise. Pour abaisser leur coût d’utilisation, les épandeurs à fumier à caisse large se valorisent également au transport d’ensilage.
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