La gestion de l’eau et des rigoles en permaculture : vers l’autonomie hydrique

L'eau est un pilier fort de cette culture permanente dont la gestion doit être pensée à amont afin d’être le plus autonome possible. Dans nos potagers comme dans la société, l’eau a une place centrale dans nos vies. Alors que les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes, économiser l’eau est devenu impératif. En permaculture, l’eau est considérée comme un flux énergétique qu’il est nécessaire de capter, stocker et gérer en fonction des exigences de votre jardin. La permaculture est une méthode de conception de systèmes agricoles et humains durables, inspirée du fonctionnement des écosystèmes naturels. Le mot vient de la contraction de « permanent agriculture » ou « culture permanente ». Contrairement à l’agriculture intensive, la permaculture privilégie la diversité, la résilience, la fertilité naturelle des sols et la réduction des intrants.

Schéma illustrant le cycle de l'eau dans un jardin permacole, de la captation sur toiture à l'infiltration via des rigoles

Les fondements de la gestion de l'eau en permaculture

L’eau est rare et précieuse donc il est essentiel de prendre le temps de réfléchir à comment la capter et la stocker. Chaque terrain est différent donc seule une période d’observation pourra indiquer le ou les moyens d’utiliser l’eau raisonnablement. En permaculture, l’objectif est de concevoir un écosystème productif et résilient, où chaque élément du jardin interagit harmonieusement avec les autres. Cela suppose une réduction importante des interventions humaines, y compris en matière d’arrosage. Contrairement aux systèmes agricoles traditionnels qui utilisent souvent un arrosage intensif et parfois automatisé à grand volume, la permaculture cherche à optimiser chaque goutte d’eau. Cela signifie capter, stocker, distribuer et recycler l’eau de manière naturelle, sans gaspillage.

Stratégies de captation et stockage

Renouvelable et gratuite, l’eau de pluie est la solution idéale pour arroser votre jardin en toute sérénité. Captez l’eau des toits de la maison, du garage, des dépendances, etc. Profitez de toutes les toitures sauf celle contenant de l’amiante. Vous n’avez juste qu’à installer un récupérateur afin que les gouttières s’y déversent à l’intérieur. Le récupérateur d’eau de pluie est un équipement très pratique pour économiser l’eau. Pour un arrosage pas cher et écologique, placez un bac à la sortie de chaque gouttière ou reliez les gouttières entre elles jusqu’à une unique sortie. Les récupérateurs d’eau de pluie peuvent être enterrés, pour gagner de la place, ou posés en surface, pour faciliter leur installation.

Si vous avez la chance d’avoir un ruisseau qui traverse votre terrain, profitez-en. Mettez en place une solution pour collecter cette eau voire pour créer un bassin de rétention lors de périodes sèches. Vous disposez peut-être d’une source souterraine sur votre terrain. Lors de la conception du design de votre jardin, incluez des zones de captation. Vous pouvez également aménager une mare afin de récupérer une plus grande quantité d’eau. Pour cela, il suffit de creuser un trou, installer un liner et un biofiltre. Installez une mare ! La biodiversité aussi a besoin d’eau pour se rafraichir. Toute cette faune est nécessaire à un bon équilibre dans les écosystèmes que sont nos jardins.

Vue aérienne d'un jardin avec une mare centrale entourée de zones de culture

Le rôle crucial des rigoles et baissières dans le paysage

En permaculture, gérer les eaux de ruissellement et favoriser leur infiltration dans le sol est une compétence essentielle pour transformer une menace en opportunité. Les eaux de ruissellement, si elles ne sont pas correctement gérées, peuvent causer l’érosion, la perte de nutriments, et la dégradation du sol. Mais avec les bonnes techniques, tu peux capturer cette eau, l’infiltrer dans le sol et en faire une ressource précieuse qui nourrit ton jardin et reconstitue les nappes phréatiques.

Les baissières (ou swales) sont des talus qui permettent de profiter des eaux de ruissellement. Un swale, c'est un fossé peu profond qui suit les courbes de niveau. Quand il pleut, l'eau s'y accumule et s'infiltre lentement au lieu de ruisseler. Les rigoles d’infiltration sont des tranchées peu profondes qui canalisent l’eau de ruissellement vers des zones où elle peut s’infiltrer dans le sol. Creusez des rigoles peu profondes le long des chemins de ruissellement pour canaliser l’eau. Reliez les rigoles à des zones d’infiltration comme des swales, des buttes, ou des bassins de rétention pour maximiser l’absorption de l’eau par le sol. Plantez des végétaux le long des rigoles pour stabiliser les parois et améliorer l’infiltration de l’eau.

Techniques d'irrigation passive et ciblée

Les oyas sont une solution écologique. Ce sont de petites poteries que l’on enfouit à côté des cultures. Remplissez-les d’eau 1 fois par semaine. Les oyas, ou ollas, sont des poteries poreuses qui diffusent lentement l’eau dans le sol. Il suffit de venir les enterrer en amont de la culture entre les légumes. Ces derniers viendront par la suite mettre leurs racines autour de l’oyas pour y puiser de l’eau par capillarité. Les oyas sont une solution d’arrosage low-tech très efficace.

L'arrosage goutte à goutte est une technique d'irrigation qui délivre l'eau directement aux racines des plantes, réduisant ainsi l'évaporation et le gaspillage. Pour intégrer efficacement le goutte à goutte dans un jardin en permaculture, il est important de planifier l'emplacement des plantes en fonction de leurs besoins en eau. L’arrosage en profondeur est une stratégie efficace pour permettre aux plantes de s’enraciner plus profondément. Enfoncez une bouteille ou un bambou percé dans le sol près des plantes et arrosez directement à l’intérieur pour que l’eau atteigne les racines en profondeur.

Installer un système goutte-à-goutte pour potager - Truffaut

Entretien du sol et gestion de l'évaporation

Le paillage est une étape indispensable dans un jardin en permaculture. Enrichissez la terre avec de la matière organique pour l’aider à conserver l’eau. Le paillage est une astuce bien connue en permaculture pour limiter l’évaporation de l’eau du sol. Utilisez des matières organiques comme de la tonte fraîche pour garder l’humidité près des racines de vos plantes. Cette technique est applicable à l’ensemble des plantes du potager et les économies d’eau sont non négligeables.

Un sol vivant, riche en matière organique et bien structuré, retient mieux l’eau. En ajoutant régulièrement des apports issus de notre gamme d’engrais et purins naturels, vous améliorez la structure du sol, stimulez la vie microbienne et apportez les nutriments essentiels à la croissance des plantes. Plantez des arbres pour préserver le sol de l’érosion et limiter le ruissellement. D’autre part, les arbres récupèrent l’eau en profondeur et la distribuent aux cultures avoisinantes.

Adaptation au microclimat et protection contre le vent

Faites attention au vent qui dessèche les végétaux. En fonction de votre zone géographique, vous serez sujet à de vents forts. Pour limiter l’assèchement ou la casse de vos plants, aménagez des haies ou des brise-vent. Ils créeront des microclimats et protégeront vos cultures. Bloquer le vent dans votre potager peut également réduire l’évaporation de l’eau. Une haie ou des plantes annuelles peuvent protéger vos cultures des vents desséchants. On dit qu’une haie filtre le vent jusqu‘à 7 fois sa hauteur en longueur.

Schéma montrant l'effet d'une haie brise-vent sur la réduction de l'évapotranspiration dans un potager

Gestion des semis et économies domestiques

Si on peut faire des économies d’eau et endurcir nos plantes à la sécheresse, les semis eux sont délicats et nécessitent un sol constamment humide. C’est donc dès ce stade qu’il faut se préoccuper de l’eau. Pour économiser de l’eau lors de la germination des semences, quelques gestes simples peuvent faire toute la différence. Utilisez des voiles posés SUR le sol pour maintenir l’humidité pendant les premiers jours de germination. Enlevez-les dès que les plantules sortent. Après la levée des plants en godets, évitez d’arroser directement au sol. Utilisez des soucoupes pour les plants, ce qui permet de conserver l’eau et d’éviter le gaspillage.

À chaque douche, le temps que l’eau chauffe, ce sont plusieurs litres d’eau qui sont perdus systématiquement. Une astuce simple consiste à récupérer l’eau de la douche en plaçant une cuvette à vos pieds. C’est toujours plusieurs litres par jour et si tous les membres de votre foyer le font, vous pouvez récupérer plusieurs dizaines de litres d’eau pour vos semis et arrosages quotidiens. Vous pouvez également utiliser l’eau de rinçage pour arroser vos légumes.

Le drainage : un allié indispensable

Le drainage joue un rôle important dans la gestion de l’eau de votre jardin. Un bon système de drainage prévient l’accumulation d’eau et contribue également à améliorer la structure du sol. Comme vous le savez, l’eau stagnante est l’ennemie des plantes. Elle favorise le développement de maladies fongiques et bactériennes qui peuvent nuire gravement à vos cultures. Un bon drainage permet d’évacuer l’excès d’eau, réduisant ainsi ces risques. De plus, un sol bien drainé est généralement plus fertile et plus facile à travailler. Le drainage aide à prévenir la compaction du sol, améliore la circulation de l’air et facilite la croissance des racines.

Utiliser la pente naturelle du terrain pour diriger l’eau loin des zones sensibles est une méthode simple et efficace. Creuser des tranchées ou des fossés autour des zones sensibles permet de canaliser l’eau excédentaire vers des zones de rétention ou d’évacuation. L’utilisation de matériaux perméables comme le gravier ou le sable dans les zones de drainage permet de faciliter l’infiltration de l’eau. Les jardins de pluie et bassins de rétention sont des zones spécialement aménagées pour collecter et gérer l’eau de pluie.

Diagramme d'une tranchée de drainage remplie de gravier pour faciliter l'infiltration dans un sol argileux

Vers une résilience globale

La gestion efficace de l’eau est au cœur de la permaculture, et l’irrigation et le drainage jouent un rôle essentiel dans la création d’un écosystème durable. La première étape pour mettre en œuvre un système efficace d’irrigation passive et de drainage est d’évaluer votre terrain. Pour cela, identifiez les types de sol et déterminez les besoins en eau de vos plantes. Ensuite, localisez les zones où l’eau a tendance à s’accumuler ou à s’écouler trop rapidement. Pensez bien à prendre en compte les pentes naturelles et les zones ombragées qui peuvent influencer la répartition de l’eau.

À l’échelle globale, des décisions politiques sont essentielles pour résoudre ce problème. Il est intéressant de voter pour des politiques environnementales responsables et de soutenir les collectivités qui subventionnent les solutions de récupération d’eau. La ville d’Elne dans les Pyrénées-Orientales se démène pour enrayer ce phénomène. La mairie s’est emparée d’un concept créé en Chine pour lutter contre les inondations et augmenter le stock d’eau dans les sols : les villes éponges. Le principe : installer des revêtements perméables afin que l’eau ne ravine pas, planter des arbres et débitumer une partie des centres-villes. Un exemple que de nombreuses communes devraient être amenées à suivre. À l’échelle de nos jardins, nous pouvons également faire notre part pour économiser de l’eau. L’eau est une ressource précieuse et essentielle à la croissance de savoureux légumes. En combinant rotation, compagnonnage, arrosage doux et engrais naturels, vous créez un jardin résilient, productif et autonome.

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