Le Rôle Essentiel du Tuteur de Stage Étudiant : Un Pilier de la Professionnalisation et de l'Accompagnement

Le stage constitue une étape cruciale dans le parcours de formation des étudiants, offrant une immersion concrète dans le monde professionnel. Au cœur de cette expérience se trouve le tuteur de stage, dont le rôle dépasse largement la simple supervision. C'est un professionnel expérimenté, un guide et un mentor, dont l'engagement est fondamental pour le développement des compétences et l'intégration des apprenants. Ce rôle, bien que parfois sous-estimé par les institutions, est d'une richesse inestimable, tant pour l'étudiant que pour le tuteur lui-même.

Tuteur et étudiant en échange professionnel

La Mission Fondamentale : Accueillir et Intégrer

La première des missions d'un tuteur est d'accueillir et d'intégrer son apprenant dans les meilleures conditions au sein de l'entreprise ou de l'organisme dans lequel il va évoluer. Durant quelques semaines ou mois, tuteur et stagiaire seront amenés à collaborer ensemble, ce qui rend la création d'une relation de confiance essentielle pour aider l'élève à progresser. Cette intégration est facilitée par le partage de la culture de la structure professionnelle et la transmission des savoirs opérationnels.

Au-delà de l'aspect purement professionnel, le tuteur a un rôle majeur dans l'intégration des tutorés aux collectifs de travail et aux organisations. Cette démarche permet également l'adoption par les stagiaires des règles, des attitudes et des valeurs des groupes dans les activités desquelles ils se trouvent engagés. Le tuteur est le référent par excellence au sein des structures d’accueil, l'allié et le meilleur guide du stagiaire.

Un Professionnel Expérimenté et Pédagogue

Ne peut prétendre au titre de tuteur qu'un professionnel expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, et son engagement. Ce professionnel, fort de son expérience, possède des connaissances approfondies et a acquis des compétences certifiées au fil des années. Il soutien celui ou celle qui se forme au même métier que lui. Avoir le goût et l'envie de transmettre ses connaissances et ses expériences du métier est très important pour prétendre à devenir tuteur, nécessitant généralement un minimum de cinq ans d'expérience dans le domaine concerné.

Le tuteur est souvent confronté à une logique difficile entre production et formation. Cependant, en valorisant le tutorat, les instances affirment la nécessité de rendre intelligible le réel pouvoir professionnalisant du stage. L’Instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux, définit les critères d’un stage qualifiant et professionnalisant. Cette formation, d'un parcours minimum de 28 heures, est conçue pour aider le tuteur à prendre conscience de sa compétence et à développer ses capacités pédagogiques.

Bien comprendre le rôle du tuteur / maître d’apprentissage

Développer la Capacité Réflexive et les Compétences Essentielles

L'objectif premier du stage est de développer la capacité réflexive de l'étudiant. Le tuteur, aidé par la formation, sait manier l'art de la question, car de la qualité de ses questions naîtra la qualité du raisonnement et de l'argumentation de l'apprenant. Les élèves sont souvent plus préoccupés par la recherche de la réussite de l'action que par sa compréhension. Le tuteur doit donc les guider vers une réflexion approfondie sur leurs pratiques.

Le tuteur, aidé par la formation, sait écrire les situations emblématiques de son service par la méthode de l'instruction au sosie, pour mettre à jour les compétences essentielles. Ces situations lui servent à montrer le travail, à évaluer la progression d'un étudiant, à échanger sur les différentes façons de faire, et à révéler les "invisibles" du métier qui sont les clés de la réussite et de l'excellence du soin. Le référentiel de formation issu de l’arrêté de 2009 évoque la « fonction pédagogique » des tuteurs de stage infirmier, qui devraient intervenir principalement dans l’identification de situations apprenantes et l’évaluation de la progression des étudiants dans l’acquisition des compétences.

Schéma des étapes du développement des compétences en stage

L'Accompagnement Pédagogique et le Contrat Didactique

Le tuteur adopte une pédagogie spécifique aux besoins de son élève de manière à favoriser l'apprentissage de ce dernier. Il sait gérer à la fois une proximité chaleureuse essentielle à l'apprentissage - « L’affectivité précède l’intelligence » - et l'exigence sur les apprentissages, l'attitude, le respect du contrat didactique. Il sait qu'apprendre demande des efforts, suscite des doutes et des remises en questions, et qu'apprendre, c'est oser, recommencer, analyser, évaluer et recommencer encore.

La planification des activités de stage exige les mêmes efforts et les mêmes précautions que la construction d'un programme de formation, avec des objectifs d'évolution, des objectifs intermédiaires, des activités, et des évaluations et feedbacks ciblés. Les objectifs doivent être précis pour que l'étudiant ne doive plus deviner ce qui est attendu de lui en termes de progressivité. Le tuteur est tenu d'apporter ses conseils au stagiaire pour sa bonne assimilation des méthodes de travail et des notions clés, et de se rendre disponible pour répondre à ses questions et s'assurer de la bonne compréhension de ce qu'il lui apprend.

Outils d'Évaluation et de Suivi

Le tuteur est doté d'un ensemble d'outils pour évaluer la progression, la capacité, les ressources de la compétence. Il s'est fait du portfolio un ami, qui ne lui fait plus peur. En formation, il a décortiqué les intitulés de compétences et a trouvé par compétences, des indicateurs spécifiques à son service au regard des critères. L'évaluation continue permet d'évaluer en temps réel les acquis, les méthodes, les techniques, les attitudes et les progrès de l'élève tout au long du stage.

Il est important de faire un bilan à mi-parcours pour faire le point sur les actes acquis, ceux en voie d'acquisition et ceux à améliorer. Le bilan de fin de stage clôturera l'évaluation continue. Le tuteur de stage a aussi un rôle de conseiller, et en collaboration avec les professionnels de proximité et le maître de stage, il contribue à la validation ou non de l’acquisition des compétences de l’étudiant sur le lieu de stage.

Pour les stages en alternance, le tuteur universitaire doit effectuer au moins deux visites en entreprise par année de formation. Au cours de ces visites, plusieurs points sont à évaluer, tels que le niveau de réalisation des missions, la qualité de travail, l'intégration dans l'entreprise, et l'autonomie. Le livret d’alternance, qui doit comporter deux parties distinctes sur l’alternant·e pendant sa formation et pendant ses périodes en entreprise, est également un outil essentiel à remplir ou viser. Le tuteur doit aussi contrôler le relevé de notes, la première évaluation des alternant·e·s se faisant grâce aux sessions d'examen ou au contrôle continu.

Diversité des Contextes de Tutorat

Le rôle du tuteur se manifeste dans une variété de contextes, chacun avec ses spécificités.

Tutorat en Milieu Paramédical

L’Instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016 est spécifiquement relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux. Le référentiel de formation issu de l’arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’État d’infirmier met en avant la fonction pédagogique des tuteurs de stage infirmier. Ces derniers interviennent principalement dans l’identification de situations apprenantes et l’évaluation de la progression des étudiants dans l’acquisition des compétences. Ils accompagnent également la pratique réflexive de l'étudiant, en facilitant l'explicitation des situations et du vécu du stage, et en l'encourageant dans ses recherches et sa progression.

Tutorat en Enseignement (MEEF)

De nombreux collègues peuvent devenir tuteur ou tutrice d’un·e stagiaire ou d’un·e étudiant·e en MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) dans les collèges et les lycées. S'il est bien mal rémunéré, et peu reconnu par l'institution, le tutorat est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent. Les échanges avec les étudiant·es ou les stagiaires ne se font jamais dans un seul sens, ils permettent de réfléchir à son métier, et, au moment d’en expliciter davantage les règles, d’en apprécier toute la richesse.

Graphique sur la répartition des tuteurs par niveau d'enseignement

Le ou la tuteur·trice de terrain est choisi·e par l’Inspection car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif ». Il ou elle exerce la plupart du temps dans le même établissement que le ou la stagiaire. Les rectorats et/ou les INSPE publient parfois des guides à l’intention des tuteurs·trices de terrain, détaillant notamment les procédures de suivi et d’évaluation, fondés sur le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013 et des grilles ad hoc.

La rémunération pour le tutorat en MEEF est de 150€ par étudiant·e pour l’ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée. Si l’étudiant·e a plusieurs tuteurs pendant ces périodes, ces derniers se partagent l’indemnité de 150€. Pour le tutorat tout au long de l'année, elle est de 300€ par étudiant·e, soit 150€ par étudiant·e et par semestre.

L'Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation », revu en 2019 et 2020, prévoit un stage de 12 semaines en M2 (18 semaines sur toute la durée du master pour les étudiants qui ne sont pas en alternance), généralement annualisé en 1/3 temps durant les 36 semaines de l’année.

Les guides publiés par certains INSPE font référence aux missions confiées aux tuteurs des stagiaires en responsabilité (fonctionnaire stagiaire ou contractuel alternant). L’organisation du stage SOPA (Stages d'Observation et de Pratique Accompagnée) n’est pas la même dans tous les INSPE, qui répartissent de diverses manières les 12 semaines à temps complet que doit représenter la durée du stage. Les objectifs de formation des nouveaux M2 MEEF sont très ambitieux, le Ministère n’en attendant pas moins qu’à l’issue du M2 et du concours, ils et elles soient prêts à enseigner à plein temps pendant leur année de fonctionnaire-stagiaire.

Les Étudiant·es contractuel·les alternant·es (ECA) ont en principe deux tuteurs·trices : l’un choisi dans l’équipe enseignante de l’INSPE, l’autre « désigné, sur la base du volontariat » par l’IPR ou le chef d’établissement. Ce « tuteur de terrain » exerce les fonctions de maître d’apprentissage et conseille le contractuel alternant pendant cette première phase de professionnalisation. Identifié pour ses qualités professionnelles et son expérience, il est chargé du suivi et de l’accompagnement du contractuel alternant. Il contribue à la construction des compétences professionnelles attendues dans le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013. Il accompagne le contractuel alternant dans la mise en œuvre des apprentissages et l’évaluation des élèves et pour toutes les questions relevant de la gestion et de la conduite de la classe. Le SNES-FSU souligne que les missions de tuteur·trice de terrain, telles qu’elles sont définies dans la note de service du 27 novembre 2020, sont très étendues et pratiquement similaires à celles d’un·e tuteur·trice de fonctionnaire-stagiaire, pour une rémunération pourtant nettement inférieure.

L’AED en pré-professionnalisation est un·e étudiant·e qui signe un contrat de 3 ans dans un établissement du second degré, et qui est censé prendre en charge des missions de plus en plus nombreuses (observation et aide aux devoirs en L2 et L3, puis prise en charge d’heures de cours en M1). Il et elle doit être accompagné·e dans son collège ou son lycée. Les collègues qui s’engagent dans ce tutorat doivent être attentifs et attentives au fait qu’un AED Prépro signe un contrat de 3 ans (qui, en principe, devrait être renouvelé pour son année de M2 MEEF, mais les textes ne sont pas encore publiés). L’affectation dans un établissement est, sauf circonstance exceptionnelle, pour 3 voire 4 ans. Il est important de noter que depuis 2024, le dispositif de recrutement des AED prépro est suspendu.

Les INSPE et les rectorats publient parfois des guides, des mémentos et même des capsules vidéo à destination des tuteurs. À titre d'exemple, le site de l’INSPE de Limoges propose un « Livret unique de l’accompagnement des professeurs et CPE stagiaires, des contractuels alternants et des étudiants en M2 SOPA » et une page sur le suivi des fonctionnaires stagiaires avec différents documents.

La Relation Tuteur-Tutoré : Une Dimension Humaine Cruciale

L'espace du tutorat se caractérise par le fait que le tuteur et le tutoré se trouvent dans la même situation, en l'occurrence la situation de travail, même s'ils n'ont pas le même statut. Cette particularité enrichit et renforce considérablement les phénomènes d'identification mutuels, dans un sens réciproque. Ce vécu commun va permettre ainsi la création d’une relation spéciale. Cette relation donne aux relations tuteur-tutoré une charge affective qui leur est propre et qui constitue probablement une composante essentielle du tutorat.

Cette dimension affective ne doit pas être sous-estimée. Le tuteur, aidé par la formation, sait décoder les besoins relationnels et amener l'étudiant à une posture autonome. Un tuteur est un mentor, quelqu'un à qui l'on peut se référer, quelqu'un sur qui l'on peut s'appuyer. Il guide et accompagne son ou ses apprenants, très souvent lors d’un stage en entreprise, en contrat d’apprentissage ou d’alternance.

Bien comprendre le rôle du tuteur / maître d’apprentissage

Selon la recommandation révisée du Conseil, il ne faudrait pas simplement accueillir et accompagner le stagiaire au sein de la structure d’accueil, mais il faudrait lui apporter un soutien et un accompagnement en vue de son développement personnel et de son intégration dans l’environnement de travail. Il est important d’encourager le stagiaire. Le tuteur est une figure d'encouragement constante, qui sait qu'apprendre demande des efforts et suscite des doutes, mais qui aide l'étudiant à oser, recommencer, analyser, évaluer et recommencer encore.

Soutien et Reconnaissance du Tutorat

Bien que le tutorat soit parfois mal rémunéré et peu reconnu par l’institution, il est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent. Les échanges avec les étudiant·es ou les stagiaires ne se font jamais dans un seul sens. Ils permettent au tuteur de réfléchir à son métier, et, au moment d’en expliciter davantage les règles, d’en apprécier toute la richesse. Ces moments de rencontre entre tuteurs et tutrices ressemblent un peu à la formation continue entre pairs.

Le SNES-FSU s’efforce de développer l’accompagnement des tuteurs et tutrices, dont les situations sont en réalité très diverses. Il met par ailleurs en place une liste de discussion qui leur est spécifiquement destinée. Chaque année, le Responsable Formation organise une ou plusieurs réunions avec les maîtres d’apprentissage et les tuteurs d’entreprise pour discuter des pratiques et des besoins. Le tuteur détermine un calendrier de rencontres avec l’alternant·e, et se met à sa disposition quand il le souhaite, pour l’aider dans son travail en formation et en entreprise et dans les méthodes qu’il emploie.

Le tutorat est un engagement important qui peut amener son lot de questions : Suis-je suffisamment compétent(e) pour accompagner un(e) élève ? Vais-je être à la hauteur du défi ? Vais-je avoir suffisamment de temps pour former le stagiaire sans nuire à la qualité des soins ou à l’apprentissage de l’élève ? Ces interrogations légitimes soulignent le besoin de soutien et de valorisation de cette fonction essentielle.

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