La gestion des adventices est une composante déterminante de la réussite de la culture du maïs fourrage. En raison de son cycle court et de ses larges inter-rangs, cette culture est particulièrement sensible à la concurrence. Selon la nature et la densité de la flore, la nuisibilité mesurée peut aller jusqu’à 80 % du rendement. Les pertes sont proportionnelles à la durée de compétition : en moyenne 0,75 q/ha/jour, soit des pertes comparables par exemple au potentiel perdu par jour de semis en retard après la date optimale. En situation d’eau et/ou d’azote limitant, la nuisibilité augmente très vite. Pour l’agriculteur, les stratégies de désherbage doivent d’abord être efficaces et suffisamment souples pour s’adapter aux aléas de son plan de travail et du climat.

Les fondamentaux du désherbage mécanique
Le désherbage mécanique offre des alternatives intéressantes, notamment dans les parcelles à faible pression d'adventices, comme en cas de précédent prairie. Des premiers passages de désherbage mécanique (avec une herse étrille, houe rotative ou roto-étrille) ont pu être réalisés avant la levée pour les premiers semis.
Pour les semis début mai, la baisse des températures a ralenti la levée des maïs et la météo a été très défavorable avec des forts orages dans certains secteurs. Avec le retour d’un temps chaud et sec, on peut s’attendre à la formation de croûte de battance. La houe rotative est, dans ce cas, l’outil le plus adapté pour écrouter, utilisable à partir du stade cigare (première feuille enroulée sur elle-même). Il est toutefois nécessaire d'être particulièrement vigilant sur les parcelles présentant une forte infestation en vivaces, notamment en liseron. Chaque intervention mécanique revient à sectionner les rhizomes de la vivace et chaque portion de rhizome va donner naissance à une nouvelle plante.
La gestion des graminées et le choix des molécules racinaires
Les programmes de désherbage vont dépendre en premier lieu de la pression en graminées. Le S-métolachlore étant maintenant supprimé, le risque d’un report des traitements racinaires sur le DMTA-p (Isard, Dakota P…) est grand. Si l’on veut préserver son usage, mais aussi la qualité de l’eau, il faut réserver ces applications racinaires (seul ou associé) aux parcelles à forte pression RG ou PSD (panic, sétaire, digitaire). Il convient d'éviter les parcelles proches des captages et des cours d’eau.
Sur des densités faibles à modérées en panic, sétaires et digitaires (PSD), l’usage de chloroacétamides en prélevée n’est pas indispensable. Pour les parcelles désherbées en prélevée, les conditions d’efficacité des herbicides racinaires sont bonnes, ces solutions devraient avoir une efficacité correcte sur graminées. Néanmoins, sur ces parcelles semées « tôt », la durée de levée longue (trois semaines) appelle tout de même à la vigilance quant à la rémanence des produits appliqués. L'abat d’eau va entraîner l’herbicide plus en profondeur, quelle que soit la molécule utilisée. D’une part, celui-ci ne bloquera pas la germination des adventices situées dans les premiers centimètres (manque d’efficacité) ; et d’autre part, s’il s’arrête à hauteur des semences de maïs, il va pouvoir être absorbé par celles-ci qui entrent en germination et provoquer des phytotoxicités.

Optimisation des traitements foliaires en post-levée
Pour les maïs désherbés en post-levée foliaire (nicosulfuron, mésotrione…), intervenir au stade 1-2 feuilles des adventices permettra de diminuer au maximum les doses de produits à action foliaire et d’assurer l’efficacité du désherbage, y compris sur flore complexe. Cela correspond à environ 10-15 jours après le semis. L’erreur serait de baser le rattrapage sur le stade foliaire du maïs. Or, il convient d’intervenir sur adventices très jeunes (<1-2 feuilles) pour avoir une efficacité intéressante : l’observation des levées doit piloter l’intervention de rattrapage.
Pour les produits foliaires, plusieurs conditions sont requises :
- Avoir une hygrométrie supérieure à 60% (traiter avant 9h ou après 21h) en période sèche.
- Températures comprises entre 10 et 15°C.
- Absence de vent lors de l’application.
- Éviter les amplitudes thermiques supérieures à 15°C (jour/nuit).
Stratégies combinées et gestion des flores spécifiques
La stratégie de post-levée précoce associe des produits agissant selon plusieurs modes d’action : racinaire et foliaire. Par rapport à la prélevée, ces programmes apportent de la persistance d’action, intéressant en semis précoce, et un spectre d’efficacité plus large. En présence de graminées et/ou de véroniques, les stratégies de désherbage maïs utilisant des produits à mode d’action racinaire (chloroacétamides), en prélevée ou en post-levée très précoce, sont les plus efficaces.
Sauf densité très faible, on aura souvent recours à deux applications pour gérer l’échelonnement des levées. La stratégie de double post-levée est adaptée à la plupart des flores. Hors pression forte de graminées ou de véronique, ce programme donne régulièrement de bons résultats, dans la mesure où le premier passage est réalisé suffisamment tôt, avant 3-4 feuilles des adventices.
Gestion du désherbage sans herbicide - Episode#3 - Cultures de printemps dans la rotation
Précautions de sécurité et sélectivité du maïs
Le stade du maïs est à considérer essentiellement pour la sélectivité. D’une façon générale, une fois passé le stade pointant auquel il est déconseillé de traiter, la plupart des produits sont utilisables sans risque pour des plantes qui s’étalent entre 2 et 6 feuilles. Le risque de phytotoxicité sur le maïs est augmenté si les conditions sont stressantes après l’application.
Il faut éviter de traiter avec des auxiniques ou des sulfonylurées si la météo des jours qui suivent l’application prévoit des températures minimales inférieures à 10°C et des températures maximales supérieures à 25°C. Concernant les produits de contact comme le bromoxynil ou la bentazone, ils requièrent une qualité de couverture de la cible plus importante. Tous les produits n’ont pas les mêmes exigences vis-à-vis de la qualité de pulvérisation. Une certaine souplesse existe pour les systémiques qui peuvent s’utiliser à volume réduit et/ou avec une granulométrie plus importante pour limiter la dérive.
Gestion des vivaces et des cas complexes
En cas de vivaces, on peut bien compléter sans risque majeur de phytotoxicité une tricétone avec Banvel 4S, Kart, Casper, Conquerant ou Lontrel (dans ce cas sans huile) pour maîtriser à la fois les dicotylédones annuelles développées et vivaces. En cas de dominance liserons : la gestion en fractionné à deux tiers de la dose (par exemple Banvel 0,4 l - pouvant être associé à une base tricétone et/ou sulfonylurée) avant 6 feuilles étalées du maïs, sur liserons assez développés (15-20 cm) peut être une solution, mais elle devra être complétée avec le tiers restant après 6 feuilles. Sur sorgho d’Alep, intervenir sur des repousses de +/- 15 cm pour favoriser l’absorption foliaire et laisser la plante puiser dans ses réserves.
Dans un objectif de gestion durable du désherbage à la parcelle, la diversification et l’alternance des modes d’actions herbicides sont essentielles pour prévenir les risques de résistance. Des dérives d’efficacités peuvent être observées suite à des usages répétés de nicosulfuron. Le volume de bouillie recommandé est de 100 à 400 l/ha avec un optimum entre 150 et 200 l/ha pour assurer une bonne efficacité globale.
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