Le rempotage du bonsaï est l'une des techniques d'entretien les plus importantes ; elle est fondamentale pour garder les arbres bonsaï en bonne santé à long terme. Malheureusement, il est souvent négligé ou reporté. Les bonsaïs sont des tres vivants en constante évolution, tant en surface que sous terre. Pour bien pousser et prospérer, ils ont besoin d'énergie et de nutriments, qu'ils puisent dans le substrat grâce à de nombreuses racines. Puisqu'il n'y a qu'un espace limité disponible dans le pot, tout le substrat sera plein de racines après un certain temps, créant un problème d'asphyxie racinaire.

Pourquoi le rempotage est-il vital ?
Lorsque le pot est saturé, les macropores du substrat sont remplis de racines, empêchant l'oxygène de circuler. Sans air, les cellules des racines meurent, ce qui entraîne le dépérissement de l'arbre. De plus, la structure granulaire du substrat se dégrade avec le temps sous l'influence des organismes et du gel, devenant plus fine et compacte. Ce tassement favorise l'acidification du sol par le dioxyde de carbone, ce que la plupart des arbres ne supportent pas. Le rempotage permet de remplacer cette terre usée par un nouveau substrat drainant et d'éliminer une partie des racines pour favoriser la croissance de nouvelles radicelles.
Déterminer le bon moment pour rempoter
Il est reconnu que l’arbre est fragilisé par l’opération de rempotage. En règle générale, le rempotage est réalisé à la fin de la période de repos de l’arbre, juste avant le réveil, pour profiter du « démarrage de printemps ». Pour les feuillus, cela se situe entre le moment où les bourgeons gonflent et celui où ils s’ouvrent (débourrement). Pour les conifères, c’est au moment où les aiguilles commencent à se former sur les chandelles.
Le moment dépend des conditions climatiques des régions et doit être déterminé par observation. Il faudra peut-être protéger quelques racines en plaçant un morceau de caoutchouc entre elles et le fil pour ne pas les « étrangler ». Si votre arbre présentait des signes de faiblesses avant transpotage, évitez de donner de l’engrais durant un mois. L’utilisation de tonus V, ou HB-101 dilué dans l’eau d’arrosage pourra, éventuellement, donner un petit coup de pouce à votre bonsaï.
Quels sont les signes indicateur ?
Les cycles de rempotage selon l'âge et l'espèce
Le rempotage ne doit pas être systématique. Les jeunes plants à croissance rapide (érables, ormes, pommiers) doivent souvent être rempotés après 1 ou 2 ans. Les bonsaïs plus âgés, dont le façonnage est en grande partie terminé, peuvent rester dans le même substrat pendant 3 à 5 ans.
Il existe une technique appelée "transpotage" qui se pratique quand la saison ne permet pas un rempotage dans les règles, du mois de juillet au mois de mars suivant les espèces. Après avoir sorti le bonsaï de son ancien pot, faites tomber un maximum de l’ancien substrat sans trop défaire le pain racinaire. Dans tous les cas, le transpotage ne remplace pas un rempotage dans les règles.
Choisir le bon substrat : Squelette et nutrition
La structure du sol sera le squelette du substrat, l’arbre s’y implantera. Ce substrat devra être drainé avec des matières stables et inertes.
- L’Akadama : Argile japonaise cuite, elle retient bien l’eau et possède un pH neutre. C'est la référence, bien qu'elle se délite avec le temps.
- La Pumice (Pierre ponce) : Excellente pour le drainage et l'aération, elle favorise la ramification racinaire.
- La Pouzzolane : Roche volcanique très stable, idéale en mélange pour assurer la pérennité de la structure du sol.
- La Kanuma : Terre acide réservée aux plantes acidophiles comme les azalées et camélias.
Pour un arbre en formation, privilégier une grosse granulométrie qui favorisera le développement des radicelles. Plus l’arbre sera avancé en âge et dans sa construction, plus on diminuera la granulométrie du substrat.

Préparation et technique opératoire
On aura pris soin de ne pas arroser le bonsaï à rempoter pendant les 2-3 jours précédant l’opération, car le substrat sec est plus friable.
- Préparation du pot : Fixez les grilles de drainage avec du fil d'aluminium. Préparez les fils assurant la fixation correcte de l’arbre dans la poterie.
- Gestion racinaire : Démêlez les racines à l'aide d'une petite griffe ou d'une fourchette recourbée. Coupez entre un tiers et la moitié de la longueur des racines. Il est impossible de ne casser aucune racine, mais les plus fines sont très fragiles.
- Mise en place : Posez l’arbre puis le fixez avec les fils qui passeront sur des tiges de bois entrelacées horizontalement dans les racines. Il est très important que les fils soient bien serrés, l’arbre ne doit pas bouger.
- Remplissage : Rajoutez du substrat et insérez-le dans les racines en s’aidant d’une baguette en bois pour chasser les bulles d'air.
- Arrosage : Une fois l’arbre rempoté, vaporisez la terre jusqu’à ce que l’eau coule sous le pot.
Soins post-rempotage
Il est rare de tuer l’arbre au rempotage, mais il faut faire très attention pendant trois à cinq semaines après l’opération. Disposez votre arbre dans un endroit un peu frais, sans soleil brûlant. Vaporisez souvent le feuillage, le soir de préférence ou le matin. Évitez d’apporter de l’engrais liquide, maintenez le sol simplement légèrement humide.
En cas de problème de reprise, utilisez la technique dite du « sac plastique » pour obtenir l’atmosphère confinée d’une serre. Si l’arbre est dans ce type de pot depuis au moins 1 an, il est possible de rempoter toute l’année, car vous ne supprimez pas de racines lors du rempotage, donc l’arbre n’endure aucun stress particulier et poursuit son développement naturel. N'oubliez jamais : un bon bonsaï se cultive dans la patience et l'observation rigoureuse de ses besoins.