Le maraîchage en Ille-et-Vilaine : Entre transmission, résilience climatique et renouveau agricole

Le paysage agricole de l'Ille-et-Vilaine connaît des mutations profondes. Entre la gestion délicate de la transmission des exploitations familiales et les défis majeurs imposés par le dérèglement climatique, les maraîchers bretons réinventent leur métier. Ce secteur, pilier de l'économie locale, se trouve à la croisée des chemins, oscillant entre tradition, reconversion professionnelle et adaptation technologique.

Paysage de serres maraîchères en Bretagne, symbolisant la diversité des cultures

La transmission des exploitations : Un enjeu de territoire vital

La création ou reprise d’exploitation agricole en France représente environ 15 000 installations par an. Cependant, avec seulement une installation pour trois départs au niveau national, le renouvellement des générations est un défi stratégique. En Ille-et-Vilaine, des structures comme la coopérative Solarenn, basée à Saint-Armel, ont pris la mesure de cet enjeu depuis longtemps, en accompagnant activement les producteurs.

Une réussite exemplaire illustre ce processus : celle de Jean-Sébastien Genson et Boris Duval à Janzé. Jean-Sébastien Genson, petit-fils et fils de maraîchers, a repris l'entreprise familiale en 2003, une structure créée en 1968. En 22 ans, il a transformé cet outil de travail pour atteindre 41 000 m² de serres, employant 11 salariés permanents et jusqu'à 30 saisonniers.

La rencontre entre le cédant et le repreneur, facilitée par leur comptable, a débouché sur une transition méthodique. « Je n’étais pas pressé de passer la main, car je voulais le bon candidat », souligne Jean-Sébastien Genson. La transparence a été le mot d'ordre de cet échange de relais, Boris Duval ayant insisté pour informer les salariés dès le début du processus. Ce passage de témoin réussi témoigne de l'importance de l'anticipation dans la pérennisation des exploitations maraîchères.

Le maraîchage face à l'urgence climatique

Si la transmission est un défi structurel, la météo est devenue un défi quotidien. Les épisodes de canicules et la raréfaction des ressources en eau obligent les maraîchers à repenser leurs méthodes de production. À La Bouëxière, Jérémy Goulene a été contraint de sacrifier des cultures entières, comme le maïs doux, les artichauts et les topinambours, face à un manque d'eau sévère et des chaleurs extrêmes. Les pertes ne sont pas seulement quantitatives, elles sont aussi qualitatives, avec des légumes qui pourrissent sur pied ou des salades dont le goût est altéré.

Canicule en Bretagne : les entreprises et les travailleurs s'adaptent

À Domagné, le couple Nathan Chazalon et Elina Grellier, installés depuis février, illustre une autre facette de ces difficultés. Pour faire face à la sécheresse, ils dépendent d'une mare artificielle alimentée par l'eau de pluie, dont le niveau critique souligne la vulnérabilité des exploitations sans forage. La fatigue physique et morale est réelle, ces maraîchers œuvrant souvent plus de 70 heures par semaine.

Vers une nouvelle gestion de l'eau et des cultures

Les maraîchers d'Ille-et-Vilaine cherchent des solutions concrètes pour durer. À Vitré, Sébastien Prel, maraîcher et horticulteur, a dû faire face à des restrictions d'arrosage complexes. Pour lui, l'avenir repose sur trois piliers :

  1. L'évolution des semences : Choisir des variétés adaptées au climat « Sud-Loire », car les températures bretonnes tendent à s'en rapprocher.
  2. La modernisation de l'irrigation : Abandonner l'aspersion au profit du goutte-à-goutte, beaucoup plus économe en eau.
  3. La protection des sols : Installer du paillage pour conserver l'humidité indispensable à la survie des plants.

Ces adaptations marquent un tournant vers une agriculture plus raisonnée, capable de résister aux aléas climatiques qui ne sont plus des exceptions, mais une nouvelle norme.

L'essor des nouveaux profils et de l'agriculture biologique

Le secteur maraîcher attire de plus en plus de candidats en reconversion professionnelle, souvent porteurs de projets en agriculture biologique. Sébastien Delva et Philippe Robin, installés à Cesson-Sévigné, ou encore Julie Riva et Sébastien Kerneau à la ferme des Deux ruisseaux à Ercé-près-Liffré, sont représentatifs de cette tendance.

Schéma illustrant le cycle de culture sous serre en maraîchage biologique

Ces nouveaux entrepreneurs doivent apprendre les rouages du métier tout en consolidant leur modèle économique. La loi EGalim offre ici des leviers intéressants, permettant à certains maraîchers de signer des contrats avec des collectivités locales pour livrer des produits frais dans la restauration collective. À l'image de la ferme des Deux ruisseaux, qui diversifie ses activités avec la plantation de kiwis et l'organisation d'événements conviviaux, ces structures cherchent à créer un lien direct avec les habitants du territoire.

La coopérative comme levier de résilience

Solarenn demeure une référence en Ille-et-Vilaine. En tant que 5e opérateur du marché de la tomate en France et 3e producteur breton, la coopérative regroupe 30 producteurs sur plus de 60 hectares de serres. Avec un chiffre d'affaires de 57 millions d'euros en 2024, elle permet aux exploitations de mutualiser leurs forces, que ce soit pour la commercialisation ou pour le renouvellement des générations. Pour un repreneur comme Boris Duval, rester adhérent à une telle structure est un choix stratégique qui assure une stabilité commerciale indispensable au démarrage d'une activité aussi intense que le maraîchage professionnel.

Le maraîchage en Ille-et-Vilaine se réinvente ainsi en permanence : en alliant la solidité des modèles coopératifs aux nouvelles aspirations des maraîchers bio, et en intégrant des technologies d'irrigation et de culture adaptées à un climat changeant. C'est cette capacité à muter, de l'exploitation familiale transmise de père en fils aux nouvelles fermes diversifiées, qui garantit la résilience alimentaire du département.

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