Introduction : L'Énigme de l'Hérédité à Travers les Âges
L'extraordinaire diversité de la vie sur Terre est étroitement liée au processus fondamental de la reproduction sexuée. Depuis des siècles, l'humanité s'est interrogée sur la façon dont les caractères physiques des anciens passaient aux plus jeunes. Les observations les plus évidentes, comme le fait que les chiens ne font pas des chats, ont toujours été un point de départ. Pourtant, si, par malheur, les jeunes naissaient avec une originalité physique inexplicable, ce ne pouvait être que la conséquence d'un mauvais sort. Ces superstitions sont loin d'être mortes, comme en témoignent encore aujourd'hui, dans certains pays, des pratiques liées à des particularités physiques rares. Avec la même curiosité étaient exhibés les nains dans les cours royales, où l'on aimait à présenter aux visiteurs des êtres au physique rare et si possible difforme. Des figures comme le nain polonais Joseph Boruwlaski, surnommé Joujou, au XVIIIe siècle, sous la protection d'une comtesse, illustrent cette époque où les recherches en matière d'hérédité prenaient des formes singulières.
Dès 530 avant notre ère, Pythagore part d'un principe simple, baptisé le « spermisme » : l'information héréditaire est apportée au bébé par le sperme paternel. Dans cette conception, le ventre de la mère ne servirait que de réceptacle, à l'instar d'une couveuse destinée à nourrir l'enfant pendant son premier développement. Cependant, pour Aristote, deux siècles plus tard, cette théorie ne tenait pas debout. Il s'interrogeait : ne voit-on pas des enfants ressembler comme deux gouttes d'eau à leur mère ? Et comment expliquer qu'un fils hérite du crâne chauve de son père alors que, lorsque celui-ci l'a engendré, il avait bien tous ses cheveux ? Pour Aristote, c'est clair : le sang menstruel est une sorte de sperme féminin qui apporte le matériau brut pour construire le fœtus, la semence mâle intervenant pour faire passer le « message » qui décidera de la forme finale du petit être.

Auteur d'une "Histoire des animaux", le philosophe grec n'a pas manqué d'observer aussi les hommes et de se poser des questions sur leur naissance. Il en tira des constatations qui nous semblent aujourd'hui étranges : « II naît aussi des enfants infirmes de parents infirmes ; de boiteux, il vient des boiteux ; d'aveugles, il vient des aveugles. Souvent même, des enfants ressemblent à leurs parents pour des choses qui n'ont rien de naturel, et ils portent des signes tout à fait pareils : par exemple, des loupes et des cicatrices. Quelquefois, ces ressemblances passent d'une première personne à la troisième ; et c'est ainsi qu'un père qui avait un signe au bras eut un fils qui n'avait plus ce signe ; mais le petit-fils eut à la même place une tache noire. Ces derniers cas sont rares ; et la plupart du temps, de parents qui sont incomplets à certains égards viennent des enfants très complets ; car dans tout cela, il n'y a rien de régulier. Les enfants ressemblent à leurs parents, ou aux grands-parents, en remontant. Parfois, il n'y a pas la moindre ressemblance avec personne. D'autres fois, la ressemblance cesse pendant plusieurs générations ; témoin cette femme de Sicile qui, ayant eu commerce avec un Éthiopien noir, eut une fille qui n'était pas Éthiopienne ; mais ce fut l'enfant issu de cette fille. En général, les filles ressemblent davantage à la mère ; les enfants mâles, au père. Parfois aussi, c'est le contraire qui se produit ; […] D'autres fois encore, c'est seulement en une certaine partie que les enfants ressemblent à l'un de leurs parents, et pour des parties diverses de l'un et de l'autre. » (Aristote, Histoire des animaux, 343 av.).
Aussi séduisantes soient-elles, les théories d'Aristote n'expliquaient pas comment l'hérédité était transmise. La question de la création d'un enfant à partir de l'union du sperme et d'un œuf devenait ainsi caduque. L'invention du microscope au XVIe siècle ne mit pas fin à la croyance que des homonculus (« petits hommes ») étaient présents dans nos corps, bien au chaud. On se rendit tout à coup compte que le spermatozoïde ressemblait bigrement à un homme plié en position de fœtus, voire à un crâne suivi d'un long cheveu.
Michel de Montaigne, souffrant de calculs rénaux, s'interrogeait sur les liens qu'il pouvait y avoir avec la propre maladie de son père : « Il me semble que, parmi les choses que nous voyons ordinairement, il y a des étrangetés si incompréhensibles qu’elles surpassent toute la difficulté des miracles. Quel monstre est-ce, que cette goutte de semence dont nous sommes produits porte en soi les impressions, non de la forme corporelle seulement, mais des pensées de nos pères ? Cette goutte d’eau, où loge-t-elle ce nombre infini de formes ? Il est à croire que je dois à mon père cette qualité pierreuse [le calcul rénal], car il mourut extrêmement infligé d’une grosse pierre qu’il avait en la vessie […]. J’étais né 25 ans et plus avant sa maladie, et durant le cours de son meilleur état [de santé], le troisième de ses enfants en rang de naissance. Où se couvait tant de temps la propension à ce défaut ? ».
Pour le siècle des Lumières, tout cela n'était que fadaises. Les grands naturalistes Georges Buffon et Carl von Linné commencèrent par mettre un peu d'ordre dans la nature. Jean-Baptiste Lamarck s'y employa à partir de 1793 au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. Pour ranger dans les casiers selon un ordre logique les 19 000 spécimens qu'il avait sous la main, il créa une nouvelle forme de classification, associant genre et espèce. Il était persuadé que la nature cherchait sans cesse à améliorer ses créations, comme en témoignent les girafes, qui, en tendant le cou pour brouter les branches les plus hautes, certainement plus succulentes, auraient allongé celui-ci au fil des siècles. Encore maladroite, cette théorie de la transmission des caractères acquis s'opposait au fixisme traditionnel qui soutenait que les créatures n'évoluaient pas. Pour la première fois, l'idée de création divine était bousculée par celle d'évolution.
Les Fondements de la Génétique : L'Héritage de Gregor Mendel
Gregor Mendel (1822-1884), un moine botaniste autrichien, mit le premier clairement en évidence les lois de la transmission des caractères héréditaires. Il est, à ce titre, reconnu comme le fondateur de la génétique ou science de l'hérédité. L'étude de la transmission des caractères héréditaires obéit à des règles dont Mendel en énonça trois, qui devinrent alors les lois fondamentales de l'hérédité. L'extraordinaire diversité de la vie sur Terre est étroitement liée au processus fondamental de la reproduction sexuée. En effet, un nouvel individu est issu de la fécondation entre le spermatozoïde du père et l’ovule de la mère.
Chaque espèce a des caractères qui lui sont propres. Par exemple, les caractères de l’espèce humaine incluent la bipédie, une pilosité faible et le langage articulé. Chaque individu présente un certain nombre de caractères morphologiques ou physiologiques, dont la plupart sont héréditaires. Une vidéo qui reprend bien les notions de caractères héréditaires (innés) et non héréditaires (acquis) peut aider à distinguer ces concepts fondamentaux.

Concepts Usuels en Génétique
À l'image de toute discipline, la génétique, qui est la science qui étudie la transmission des caractères d'un être vivant à ses descendants, utilise un vocabulaire spécifique.
Le gène est un fragment d'ADN qui porte une information relative à une protéine et qui correspond donc à un caractère héréditaire. Les gènes sont donc au niveau des chromosomes. Chaque être humain est constitué de milliards de cellules et dans chacune d'elles se trouve un noyau. Celui-ci contient toute l’information héréditaire sous forme de chromosomes. L'ADN est une molécule contenant l’information génétique. L’ADN peut être comparée à un livre qui est unique à chaque personne. Ce livre est écrit dans une langue dont les mots se composent de 4 lettres : A, T, C, G. Un gène est un morceau d’ADN formé par la suite précise de plusieurs de ces lettres ; cette suite de lettres forme la séquence du gène. Il existe plus de 25 000 gènes dans le génome humain qui codent pour différentes caractéristiques physiques et contrôlent le fonctionnement de l’organisme.
Le locus correspond à la position précise d'un gène sur un chromosome.
Les allèles sont les versions d'un gène au sein d'une espèce. Pour chaque caractère, l'individu possède deux allèles, semblables ou différents, qui constituent son génotype. Chaque individu possède deux copies de chacun de ses gènes. Une copie provient de sa mère et l'autre de son père. Les deux allèles présents dans la cellule peuvent s’influencer par une relation de dominance et de récessivité.

La version d'un caractère observable chez un individu constitue son phénotype. L'ensemble des caractères visibles est le phénotype ; il s’écrit entre crochets […]. Il permet d'identifier le bagage génétique ou génotype de l'individu.
Si l'individu possède deux allèles identiques du gène, il est dit homozygote, de race pure ou encore de lignée pure. Si les deux exemplaires d’un gène sont identiques, on dit que l’individu est homozygote pour ce gène.
S'il possède deux allèles différents du gène, il est alors dit hétérozygote ou hybride.
Dominance, Récessivité et Codominance
Chez un hybride, lorsqu'un des deux allèles s'exprime dans le phénotype, il est alors dit dominant et celui qui a été masqué est donc récessif. Par contre, lorsque les deux allèles s'expriment simultanément et engendrent un phénotype intermédiaire, ils sont alors dits codominants ou isodominants. L'allèle dominant s'écrit conventionnellement avec une lettre majuscule, tout comme les allèles codominants. L'allèle récessif s'exprime avec une lettre minuscule. Si un individu possède un allèle dominant et un récessif, c’est le dominant qui sera exprimé, c’est-à-dire visible.
La Transmission des Caractères : Les Lois de Mendel
L'étude de la transmission des caractères héréditaires obéit à des règles dont Mendel en énonça trois qui deviennent alors les lois fondamentales de l'hérédité. Les deux premières lois sont envisageables à partir du monohybridisme, alors que la troisième ne s'applique qu'au dihybridisme. Avant de dire qu'une loi est ou non vérifiée, il faut s'assurer que ses conditions d'application sont bien remplies. Par exemple, avant de dire que la première loi est ou non vérifiée, il faut s'assurer que les deux parents sont de lignées pures.
Monohybridisme : L'Hérédité d'un Seul Caractère
Le monohybridisme correspond au croisement entre des individus qui diffèrent d'un seul caractère. Trois cas de figure peuvent être envisagés : dominance, codominance et gène létal. Il s'agit pour chaque cas de mettre en relief les caractéristiques des individus ainsi que les résultats de leurs croisements.
1ère Loi de Mendel : Loi d'Uniformité des Hybrides de la Première Génération (F1)
Énoncé : « Le croisement de deux lignées pures donne en F1, une population homogène ». Cette loi est toujours vérifiée pour un gène autosomal mais peut ne pas l'être si le gène est lié au sexe. En outre, le phénotype de la F1 renseigne sur le rapport de dominance entre les allèles.
Exemple 1 : Dominance complèteUn croisement entre deux lignées pures de rats, l'une à pelage blanc et l'autre à pelage gris, donne une descendance F1 formée de rats tous à pelage gris. Cela indique que l'allèle "gris" est dominant sur l'allèle "blanc".
Exemple 2 : Codominance ou dominance incomplèteUn croisement entre deux lignées pures pour la couleur des pétales, où l'on croise une plante à pétales rouges et une plante à pétales blanches, donne à la première génération F1 que des plantes à pétales roses. Le phénotype rose [Ro] est un phénotype intermédiaire entre le caractère « rouge » et le caractère « blanc » ; il s’agit d’un monohybridisme avec codominance. Dans cet exemple, les allèles blanc et rouge ont une importance équivalente dans la détermination du phénotype floral ; on dit qu'ils sont codominants ou isodominants.
2ème Loi de Mendel : Loi de Pureté des Gamètes ou Disjonction des Allèles
Énoncé : « Il y a séparation obligatoire des allèles du gène au moment de la formation des gamètes ». Cette loi n'est pas vérifiée en cas d'anomalies de la méiose. Les individus de la F2 (F2 = F1 x F1) sont différents les uns des autres ; cela s’explique par la séparation ou disjonction des caractères (allèles) au cours de la formation des gamètes des hybrides de F1.
La vérification de la validité des hypothèses nécessite la réalisation d'un échiquier de croisement.
Cas du Gène Létal
Un gène est létal si l’individu qui le porte n’est pas viable. Un gène est létal lorsqu'un de ses allèles est mortel à l'état homozygote. Un gène létal peut être sous forme d’allèle dominant ou récessif. Les proportions mendéliennes en F2 sont modifiées puisque 1/4 des individus n’est pas viable. Les individus viables qui portent l'allèle létal sont alors obligatoirement hybrides. Les résultats du croisement de deux hybrides donnent 2/3 d'individus à phénotype dominant et 1/3 d'individus à phénotype récessif.

Dihybridisme : L'Hérédité de Deux Caractères
Dans un monohybridisme ou un dihybridisme, l'analyse des résultats d'un croisement entre deux individus de lignée pure différente permet de connaître le mode de transmission autosomale ou gonosomale. Ainsi, si la F1 est homogène (donc conforme à la 1ère loi de Mendel), alors la transmission du (des) caractère(s) est autosomale.
Deux cas de figure sont également envisageables en dihybridisme : la double dominance et la dominance croisée ou simple.
3ème Loi de Mendel : Loi de Ségrégation Indépendante des Allèles ou Indépendance des Caractères
Énoncé : « Lors de la formation des gamètes, il y a disjonction indépendante pour les divers couples d'allèles ».
Mendel croisa ainsi des plantes à graines lisses et jaunes avec des plantes à graines ridées et vertes. Il s’agit d’un dihybridisme avec double dominance. Dans le cas d’un dihybridisme, pour déterminer si les gènes sont indépendants ou liés, il faut analyser les résultats d’un autocroisement entre hybrides F1 x F1 ou ceux d’un test cross F1 x phénotype birécessif. La troisième loi de Mendel permet d'expliciter les résultats des différents croisements.
Le test cross est un croisement entre un individu à phénotype dominant et un individu à phénotype récessif donc homozygote. Il permet de déterminer le génotype de l'individu à phénotype dominant car la composition de la descendance du test cross correspond exactement aux types de gamètes produits par l'individu testé.

Les Mécanismes Cellulaires de l'Hérédité
La génétique est l’étude de la transmission des caractères héréditaires chez les êtres vivants. Elle vise à déterminer les modes de transmissions et à documenter les variations dans les gènes entre les individus d’une même personne. L’hérédité est la transmission des caractéristiques d’une génération à la suivante.
Chaque être humain est constitué de milliards de cellules et dans chacune d’elles se trouve un noyau. Celui-ci contient toute l’information héréditaire sous forme de chromosomes. Un génome (ensemble de gènes et de chromosomes) humain possède 46 chromosomes dans chacune de ses cellules, soit 23 paires. Pour chaque paire, un chromosome provient du père et l’autre provient de la mère. Les 22 premières paires sont appelées chromosomes autosomiques. La 23e paire détermine le sexe d’un individu. Il s’agit des chromosomes sexuels X et Y.

Comme vous pouvez le constater sur les documents précédents, les chromosomes peuvent prendre des aspects et des couleurs très différents en fonction de la coloration qui leur est faite et du type de microscope utilisé. Il ne faut pas se laisser perturber par cela ! De même, ils peuvent apparaître plus ou moins tordus, déformés. Dans un premier temps, nous n’en tiendrons pas compte. Une petite vidéo intéressante sur la découverte puis l’observation des chromosomes à l’intérieur du noyau des cellules peut illustrer ce point. Les chromosomes sont regroupés par paires numérotées.
La Méiose et la Formation des Gamètes
L'extraordinaire diversité de la vie sur Terre est étroitement liée au processus fondamental de la reproduction sexuée. Ce processus complexe repose sur la fusion de deux cellules sexuelles distinctes, appelées les gamètes, souvent désignées sous les noms d’ovule et de spermatozoïde. Alors que les cellules (somatiques) d’un organisme vivant renferment habituellement tout son matériel génétique, les gamètes n’en contiennent que la moitié. C'est le processus cellulaire de la méiose qui permet de créer les gamètes.
Méiose I :Une cellule de départ duplique son matériel génétique. À la fin de ce processus, on dit qu’elle est diploïde, car elle possède deux ensembles de chromosomes. C‘est l’heure de la recombinaison génétique. Chaque chromosome et sa copie se rapprochent et s’échangent des sections de génome. Après le brassage, les chromosomes se séparent et la cellule se divise en deux. On appelle les deux nouvelles cellules ; des cellules filles. Elles contiennent chacune un seul ensemble de chromosomes.
Méiose II :Chaque cellule fille formée lors de la méiose I est redivisée en deux. Ainsi, 2 cellules-filles divisées en 2 donnent 4 gamètes. La méiose permet de produire 4 gamètes uniques avec chaque cellule de départ.
Afin de comprendre les faits, il faut se rappeler que les plantes et les animaux présentent, à l'état adulte reproducteur, dans chacune de leurs cellules diploïdes, deux jeux de chromosomes, autrement dit deux fois l'ensemble des caractères héréditaires : l'un vient du père, l'autre de la mère, chacun des parents ne donnant qu'un gamète haploïde. Associés dès la fécondation, ce sont ces deux patrimoines qui déterminent l'hérédité de l'individu.
Contrairement à d'autres organismes, les plantes ne peuvent pas se déplacer pour rechercher un partenaire de reproduction. En revanche, elles ont développé des mécanismes pour assurer leur reproduction sexuée : des grains de pollen renfermant des gamètes mâles. Les grains de pollen peuvent voyager de fleur en fleur, souvent transportés par le vent ou par des insectes, et assurer la pollinisation. Le pollen atteint ainsi les organes sexuels femelles des fleurs.
Des expériences de transferts de noyau ont été réalisées pour étudier l'hérédité. Ces expériences ne sont pas simples à analyser. Il est important de prendre le temps de décrire une par une l’origine des différentes parties des cellules œufs à l’origine des souriceaux. Il ne faut pas aller trop vite, c’est le meilleur moyen pour s’emmêler les pinceaux et s’embrouiller dans l'interprétation des résultats.
Au-delà des Lois Mendéliennes : Complexités et Exceptions
Selon Gregor Mendel, chaque trait n’est influencé que par un seul gène. Nous savons maintenant que plusieurs gènes peuvent influencer un même trait (polygénie), que l’environnement affecte les gènes (épigénétique) et qu’il existe tout un éventail d’interactions entre les allèles dominants et récessifs (codominance). La génétique mendélienne n’englobe pas toute la complexité des liens entre les gènes et les caractéristiques. L'environnement à l'intérieur et à l'extérieur de la cellule peut aussi influencer les allèles sans changer leur séquence.
L'Hérédité Liée au Sexe : Exceptions à la Première Loi de Mendel
Certains caractères héréditaires sont transmis par les chromosomes sexuels ou gonosomes. Les gonosomes Y et W ne portent pas certains gènes. Ainsi, les individus de sexe hétérogamétique (XY ou ZW) ne possèdent qu'un seul exemplaire de ces gènes : ils sont donc hémizygotes. Un sexe dont les deux gonosomes sont identiques (XX ou ZZ) est dit homogamétique, alors que celui dont les deux gonosomes ne sont pas identiques est dit hétérogamétique.
Lorsque la descendance de deux lignées pures est hétérogène avec des mâles et des femelles qui n'ont pas le même phénotype, alors il s'agit d'une exception à la première loi de Mendel caractéristique d'une hérédité liée au sexe. Chez la plupart des espèces animales, les femelles sont homogamétiques (XX) et les mâles hétérogamétiques (XY). Il y a cependant des animaux (serpents, oiseaux, papillons) dont la femelle est hétérogamétique (ZW) et le mâle homogamétique (ZZ). En outre, l'hérédité liée au sexe ne doit pas être envisagée chez les végétaux puisqu'ils sont hermaphrodites.
Remarque : Lorsqu'on présente, dans un croisement et son croisement réciproque, un dihybridisme avec un gène gonosomal et un gène autosomal, la F1 est toujours homogène pour le caractère autosomal dans les deux croisements, ce qui n'est pas le cas pour le gène gonosomal.
Le Linkage : Exceptions à la Troisième Loi de Mendel
Des gènes sont dits liés lorsqu'ils sont portés par la même paire de chromosomes. C'est ici que l'indépendance des caractères, postulée par Mendel pour des gènes sur des chromosomes différents ou très éloignés, peut être remise en question.
Le Linkage Absolu
Le linkage est dit absolu lorsque les gènes en question restent toujours liés. Il n'y a alors pas d'échange de gène ou crossing-over entre chromatides homologues. Selon qu'il s'agit d'une double dominance ou d'une dominance simple, les différents croisements donnent des résultats spécifiques.
Le Linkage Partiel
Le linkage est dit partiel lorsqu'il y a crossing-over et donc échange de gènes entre chromatides homologues. Ce phénomène est mis en évidence par l'apparition de phénotypes recombinés à des proportions très faibles par rapport aux phénotypes parentaux. Le taux global de recombinaison entre gènes liés dépend de la distance qui les sépare.
La recombinaison génétique par crossing-over dépend du hasard et sa probabilité est d'autant plus grande entre deux gènes que ceux-ci sont éloignés l'un de l'autre sur le chromosome. La recombinaison génétique n’est possible que lorsqu’un chiasma existe entre les loci des deux gènes qui vont être séparés. Les cartes factorielles ou génétiques permettent de représenter l'ordre linéaire des gènes sur un chromosome et leur distance relative, mesurée en centimorgans (cM). Par exemple, une représentation de la carte factorielle entre les allèles m et e peut indiquer qu'à l'échelle, 1 cM correspond à 0,5 cm.
La Génétique Humaine : Analyse des Arbres Généalogiques et Avancées Modernes
Les recherches en génétiques depuis Mendel ont permis de découvrir les mécanismes de la transmission des caractères héréditaires. L’hérédité mendélienne a été démontrée chez l’homme par l’étude des groupes sanguins, et peut se manifester selon plusieurs modes : dominant, récessif, ou intermédiaire, autosomique ou lié au sexe (gonosomique).
Chez l’homme, la détermination du mode de transmission d’un caractère, le plus souvent d’une maladie génétique, ne peut se faire que par l’examen d’arbres généalogiques. Les études génétiques classiques par croisement sont irréalisables du fait de la longueur des générations humaines, les petites dimensions des familles, et de la dispersion de leurs membres, aussi bien que de l’impossibilité de diriger des unions dont on ne pourrait pas étudier la descendance. Cette méthode d’analyse engendre un écart important aux proportions mendéliennes par le simple jeu du hasard des gamètes choisies et en raison des petites dimensions des familles humaines (en moyenne 2 enfants par couple). De plus, les individus hétérozygotes récessifs ne peuvent être détectés s’ils n’ont pas d’enfants malades.
Un des principaux problèmes est de savoir comment les arbres généalogiques permettent de nous renseigner sur les modes de transmission des maladies génétiques.
Lire et Interpréter un Arbre Généalogique
Pour déterminer si un caractère est héréditaire ou non, on est régulièrement amené à utiliser des arbres généalogiques. Le cas est très simple si chaque individu atteint a au moins un de ses parents qui l’est aussi, ce qui permet généralement de comprendre que ce caractère est héréditaire. Est-il présent dans toutes les générations ? Si oui, alors il passe de génération en génération et est donc héréditaire. Il est aussi pertinent de se demander quelle est la proportion de personnes atteintes dans la famille par rapport à la population générale. Par exemple, 6/13 (soit quasiment 1/2) dans la famille contre 1/2000 dans le reste de la population peut être un indicateur clé.
Le mémo sur la transmission d’un allèle responsable d’une maladie génétique (allèle dit « morbide ») fournit des directives claires :
Dominant ou récessif ?
- Si un individu malade possède des parents sains, le mode de transmission est récessif. Il faut les deux copies de l’allèle morbide pour que la maladie s’exprime. L’individu est alors homozygote pour le gène.
- Si chaque individu malade a au moins un parent malade, et que toutes les générations sont touchées, le mode de transmission est très probablement dominant (une seule copie de l’allèle morbide suffit pour que l’allèle s’exprime).
Autosomique ou gonosomique ?
- Si l’allèle morbide est porté par un des autosomes (chromosomes 1 à 22), il y a statistiquement autant d’hommes que de femmes atteints.
- Si l’allèle morbide est récessif et porté par le chromosome X : les hommes sont plus touchés que les femmes. Toutes les filles malades ont un père malade et tous les fils d’une mère malade sont malades. Il n’y a pas de transmission père-fils.
- Si l’allèle morbide est dominant et porté par le chromosome X.

Exemples de Maladies Génétiques et Leurs Modes de Transmission
Chorée de Huntington : Cette maladie est une affection neurodégénérative qui entraîne une altération profonde des capacités physiques et intellectuelles. La personne malade perd peu à peu son autonomie. Son mode de transmission est souvent étudié à travers des arbres généalogiques, et il est généralement identifié comme autosomique dominant.
Daltonisme : Le daltonisme est une anomalie de perception des couleurs. Les daltoniens deutéranopes ne distinguent quasiment pas le rouge et le vert. L'étude des arbres généalogiques pour le daltonisme révèle un mode de transmission récessif lié au chromosome X, expliquant pourquoi les hommes sont plus fréquemment affectés que les femmes.
Maladie de Kennedy : Également appelée amyotrophie bulbo-spinale, cette maladie rare d’origine génétique touche le motoneurone et se manifeste à l’âge adulte chez les hommes par une diminution de la force musculaire et des signes d’insuffisance hormonale. Son mode de transmission est lié au chromosome X.
Rachitisme vitamino-résistant : Cette forme de rachitisme présente la particularité d’être résistante au traitement habituel à la vitamine D. Elle peut causer des déformations osseuses, y compris une petite taille et une déformation de type jambes arquées. L'analyse généalogique peut révéler un mode de transmission dominant lié au chromosome X.
Hypertrichose des oreilles : L’hypertrichose est le symptôme d’une pilosité excessive sur une partie du corps ou sur sa totalité (du grec hyper : « avec excès », et thrix, trikhos : « poils »). Une hypertrichose des oreilles (développement excessif de poils au niveau des oreilles)# Les Mécanismes de la Transmission des Caractères Héréditaires : De la Génétique Mendélienne à la Complexité Moléculaire
La génétique est la science qui étudie la transmission des caractères d'un être vivant à ses descendants. Elle vise à déterminer les modes de transmissions et à documenter les variations dans les gènes entre les individus. Chaque espèce possède des caractères qui lui sont propres ; par exemple, les caractères de l'espèce humaine incluent la bipédie, une pilosité faible et le langage articulé. Cependant, il est essentiel de distinguer ces caractères héréditaires (innés) des caractères acquis, liés à l'environnement ou au mode de vie. À titre d'exemple, le fait qu'un chimpanzé vive dans les arbres tandis que l'humain réside dans des maisons n'est pas un caractère héréditaire, mais un comportement.

Les Fondements de l'Hérédité et le Rôle du Noyau
Le point de départ de tout nouvel individu est la fécondation, processus lors duquel le spermatozoïde du père s'unit à l'ovule de la mère. Chaque être humain est constitué de milliards de cellules possédant un noyau qui contient toute l'information héréditaire sous forme de chromosomes. Un génome humain possède 46 chromosomes, soit 23 paires, dont la 23e paire détermine le sexe.
La découverte et l'observation des chromosomes à l'intérieur du noyau ont révolutionné notre compréhension. Il est important de noter que les chromosomes peuvent prendre des aspects et des couleurs très différents en fonction de la coloration utilisée et du type de microscope. Ils peuvent apparaître plus ou moins tordus ou déformés, mais, dans un premier temps, nous n'en tenons pas compte : ils sont regroupés par paires numérotées. Des expériences de transfert de noyau ont permis de démontrer que ces structures portent l'information génétique déterminant le développement des individus.
Le Vocabulaire de la Génétique : Concepts Usuels
Pour comprendre comment les traits passent d'une génération à l'autre, il faut maîtriser un vocabulaire précis :
- Gène : Fragment d'ADN qui porte une information relative à une protéine, correspondant à un caractère héréditaire.
- Locus : Position précise d'un gène sur un chromosome.
- Allèles : Versions différentes d'un gène. Pour chaque caractère, l'individu possède deux allèles, semblables ou différents, qui constituent son génotype.
- Phénotype : Ensemble des caractères visibles (morphologiques ou physiologiques), noté entre crochets [ ].
- Homozygote (ou race pure) : L'individu possède deux allèles identiques pour un gène donné.
- Hétérozygote (ou hybride) : L'individu possède deux allèles différents.
La relation entre les allèles peut être de dominance (un allèle masque l'autre), de récessivité, ou de codominance (les deux s'expriment et engendrent un phénotype intermédiaire).
Les Lois de Mendel et le Monohybridisme
Gregor Mendel, moine botaniste autrichien du XIXe siècle, est reconnu comme le fondateur de la génétique. Ses travaux sur les pois ont permis d'énoncer trois lois fondamentales :
- Loi d'uniformité des hybrides (1ère loi) : Les individus hybrides nés de parents de lignée pure sont tous semblables. Si la descendance est homogène, la transmission du caractère est dite autosomale.
- Loi de pureté des gamètes (2ème loi) : Lors de la formation des gamètes, il y a séparation obligatoire des allèles. Les individus de la génération F2 sont différents les uns des autres.
- Loi de ségrégation indépendante (3ème loi) : Lors de la formation des gamètes, il se produit une disjonction indépendante des couples d'allèles (applicable au dihybridisme).
Dans le cas d'un monohybridisme, si l'on croise une plante à pétales rouges et une plante à pétales blanches et que l'on obtient des fleurs roses, nous sommes en présence d'un phénotype intermédiaire, signe d'une codominance. Il est possible d'utiliser un échiquier de croisement pour vérifier la validité des hypothèses génétiques. Il existe également des gènes létaux, où l'allèle homozygote n'est pas viable, modifiant les proportions classiques observées.
Dihybridisme et Liaisons Génétiques
Le dihybridisme étudie le croisement entre individus différant par deux caractères. Par exemple, Mendel a croisé des plantes à graines lisses et jaunes avec des plantes à graines ridées et vertes. Pour déterminer si les gènes sont indépendants ou liés, on analyse les résultats d'un autocroisement (F1 x F1) ou d'un test-cross (F1 x phénotype birécessif).
Des gènes sont dits liés lorsqu'ils sont portés par la même paire de chromosomes. Le linkage peut être absolu (pas d'échange) ou partiel (présence de crossing-over). Le crossing-over dépend du hasard : sa probabilité est d'autant plus grande que les gènes sont éloignés sur le chromosome. Ce phénomène permet la création de cartes factorielles ou génétiques.

Hérédité Liée au Sexe et Analyse des Arbres Généalogiques
Certains caractères sont transmis par les chromosomes sexuels (gonosomes). Les individus de sexe hétérogamétique (XY ou ZW) ne possèdent qu'un seul exemplaire de ces gènes, ils sont hémizygotes.
L'analyse des arbres généalogiques est cruciale pour déterminer le mode de transmission d'une maladie. Quelques règles d'analyse :
- Si un individu malade possède des parents sains, le mode est récessif.
- Si chaque individu malade a au moins un parent malade et que toutes les générations sont touchées, le mode est probablement dominant.
- S'il y a statistiquement autant d'hommes que de femmes atteints, le gène est porté par un autosome.
- Si les hommes sont plus touchés que les femmes et qu'il n'y a pas de transmission père-fils, le gène est porté par le chromosome X.
Évolution des Concepts : De la Préformation à la Génétique Moderne
La compréhension de l'hérédité a longtemps été obscurcie par des superstitions. Au XVIIIe siècle, des théories comme le « spermisme » de Pythagore suggéraient que seul le père transmettait l'information, la mère n'étant qu'un réceptacle. Aristote, bien qu'observateur, pensait que le sang menstruel apportait le matériau brut. Plus tard, la théorie de la « préformation » imaginait des homonculus (petits hommes) déjà formés dans le spermatozoïde.
Au XIXe siècle, Jean-Baptiste Lamarck a proposé la théorie de la transmission des caractères acquis, suggérant que l'usage ou le non-usage d'un organe pouvait modifier le patrimoine transmis. Bien que cette vision ait été contredite par la génétique mendélienne, elle marquait le début de la compréhension de l'évolution des espèces. Aujourd'hui, nous savons que l'ADN, molécule composée de quatre bases (A, T, C, G), est le support universel de l'information, et que les mutations, qu'elles soient transmises ou multifactorielles, dictent la diversité et les maladies génétiques au sein de nos familles.