S’il fallait résumer en une phrase ce que c’est, ce serait sans doute difficile à faire… Une parabole est à la fois simple et compliquée. Simple, car elle a souvent peu d’acteurs, peu de personnages présents. Simple, car Jésus utilise des mots simples et des situations dans lesquelles son auditoire se retrouve. Mais une parabole est aussi compliquée car derrière cette facette simple, la « morale » de ces paraboles n’est pas évidente à saisir. La preuve pour ce texte, la parabole du Semeur est sans aucun doute l’une des plus connues. Elle n’est pas très difficile à comprendre, notamment parce que Jésus lui-même l’explique à ses disciples ! Ce n’est pas le cas de toutes les paraboles.

Il y a eu beaucoup de commentaires, d’interprétations sur cette parabole. J’en citerai un, celui de Rodolphe Bultmann : « Est-ce une consolation pour chaque homme quand son travail ne porte pas de fruit ? Est-elle un monologue de Jésus à moitié résigné, reconnaissant ? Est-ce une exhortation ? N’y avait-il dans la parabole aucune réflexion ? Le propos de Jésus est assez mystérieux. » C’est pourquoi, pour essayer de comprendre, nous allons nous concentrer sur la deuxième partie du texte, à savoir l’explication de l’explication de la parabole. L’idée générale de cette parabole tourne autour de la réception de la parole de Dieu. Lorsque la parole de Dieu est semée (par la prédication, le témoignage, ou simplement la lecture de la Bible), tout le monde ne la reçoit pas de la même façon.
La dynamique des sols et la réception de la Parole
Il est important de préciser que la parabole ne cherche pas à enfermer les individus dans telle ou telle catégorie comme si chacun devait entrer une fois pour toute dans la catégorie « bord du chemin », « plantes épineuse » ou « bonne terre » ! Il est préférable de considérer que nous pouvons tous être, alternativement, les différents terrains. Et que la seule façon de laisser la semence de la parole de Dieu porter du fruit dans notre vie, c’est d’être de la bonne terre !
La parabole du Semeur (également connue sous le nom de parabole des quatre sols) se trouve dans Matthieu 13:3-9 ; Marc 4:2-9 ; et Luc 8:4-8. La parabole du semeur concerne un semeur qui répand de la semence, laquelle tombe sur quatre types de terrains différents. L’explication par Jésus de la parabole du semeur met en lumière quatre réponses différentes à l’Évangile. La semence est « la parole du royaume ».
Le bord du chemin : l'insensibilité spirituelle
Quand Jésus parle du « bord du chemin », ce sont les gens qui entendent la Parole. Mais, comme il est écrit au verset 15, Satan arrive tout de suite et il enlève la Parole semée dans leur cœur, et cela a des conséquences compliquées. Connaissez-vous l’expression : « ce que l’on te dit, ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre ! » ? En lien avec cette parabole, nous pouvons dire un peu la même chose. La semence ne trouve même pas de terre où se fixer, la parole n’atteint jamais vraiment le cœur. Jésus explique cette insensibilité par l’intervention de Satan, l’adversaire.
Le sol dur « au bord du chemin » empêche la semence de germer, et la semence n'est rien d'autre que de la nourriture pour les oiseaux. La terre dure représente quelqu'un qui est endurci par le péché ; il entend mais ne comprend pas la Parole, et Satan arrache le message, gardant le cœur terne et empêchant la Parole de faire impression.

Le sol pierreux : l'enthousiasme sans racines
Maintenant, venons-en au deuxième exemple de Jésus : Le sol plein de pierres, ce sont les gens qui entendent la Parole, et qui la reçoivent aussitôt avec joie. Mais la Parole n’a pas de racines en eux, ils changent facilement d’avis. Cette fois la parole est entendue. Elle est même reçue, et avec joie en plus ! C’est un peu la parole qui fait du bien au moment où on l’entend mais qui est vite oubliée dans le quotidien. Dans la parabole, la graine pousse dans ce sol plein de pierres. Elle pousse même tout de suite. Mais elle sèche presque aussitôt. En réalité, on sait qu’une parole a pris racine quand elle résiste à l’épreuve du quotidien. Si elle a besoin du culte, des grands rassemblements, des émotions fortes pour germer, c’est qu’elle n’a pas pris racine.
Le sol pierreux fournit suffisamment de terre pour que les graines germent et commencent à pousser, mais comme il n'y a « pas de profondeur de terre », les plantes ne prennent pas racine et sont rapidement flétries par le soleil. Le sol pierreux est l'image d'un homme qui se dit enchanté par la Parole, mais dont le cœur n'est pas changé et qui, lorsque survient un problème, perd rapidement sa soi-disant foi.
Les plantes épineuses : l'étouffement par le monde
Le troisième exemple de Jésus, le sol couvert de plantes épineuses, ce sont les gens qui entendent la Parole, mais qui s’inquiètent pour les choses de ce monde. Ils cherchent de fausses richesses et ils ont beaucoup d’autres désirs. À cause de cela, la Parole est étouffée, et elle ne produit rien. Ici, la graine ne pousse même pas… mais moins à cause de la terre elle-même qu’à cause des plantes épineuses qui y ont déjà poussé. Elle ne pousse pas parce que la place est prise : il n’y a pas de place pour une autre plante !
La terre épineuse permet à la graine de pousser, mais les épines concurrentes étouffent la vie des plantes bénéfiques. Le terrain épineux représente quelqu'un qui semble recevoir la Parole, mais dont le cœur est rempli de richesses, de plaisirs et de convoitises ; les choses de ce monde détournent son temps et son attention de la Parole, et il finit par ne plus avoir de temps pour elle.
la métaphore de la petite plante
La bonne terre : la fécondité de l'écoute
Au verset 20, il est écrit que « La bonne terre, ce sont les gens qui entendent la Parole et qui la reçoivent. Ils donnent des fruits : les uns 30, d’autres 60, d’autres 100 ! » En fait, comprendre ce qu’est la bonne terre, cela parait compliqué mais en réalité, la bonne terre, n’est-ce pas celui qui entend la Parole et la reçoit ? Cependant, il faut préciser que toutes les bonnes terres ne donnent pas le même nombre de fruits ! Il y a des moments dans notre cheminement chrétien où les choses avancent vite, où l’action de Dieu en nous est manifeste et évidente. Des moments où l’on produit 60 ou 100 fruits ! Et ces fruits se mesurent moins le dimanche au culte que durant la semaine, dans notre vie familiale, professionnelle, personnelle.
La bonne terre représente celui qui entend, comprend et reçoit la Parole - et qui permet ensuite à la Parole d'accomplir son œuvre dans sa vie. La semence qui tombe dans la bonne terre représente ceux qui écoutent la parole et la gardent dans un cœur bon et bien disposé, qui demeurent fidèles et portent ainsi des fruits. Pour résumer le sens de la parabole du semeur : « La réception de la Parole de Dieu par un homme est déterminée par l’état de son cœur ».
Le rôle du Semeur et l'invitation à la patience
Nous avons parlé des terrains, très peu du Semeur. Il ne faudrait pas l’oublier ! Car sans Semeur pas de semence, et sans semence, nous avons beau être de la très bonne terre, rien n’y poussera ! On pourrait dire qu’il n’est pas très habile ce Semeur. Qu’il pourrait ne pas gaspiller de semence en sélectionnant mieux les endroits où il sème ! Mais ce n’est pas un hasard si son geste est large et s’il sème même dans des terrains peu propices. Et même dans les terrains les plus arides, toutes les semences ne sont pas enlevées par les oiseaux. Avec la parabole du Semeur et son explication, nous avons donc ici une parabole remarquable où Jésus nous invite à faire preuve de pédagogie, de patience, de disponibilité de cœur et d’esprit.
Le semeur est sorti pour semer. Jésus, le Fils de Dieu est sorti du Père pour ensemencer la terre de la vie divine. Le Fils féconde la terre pour qu’elle porte du fruit. Et la terre, bien sûr, c’est chacun de nous. L’enjeu pour nous, c’est donc bien d’être une bonne terre pour que la semence divine puisse lever et donner son fruit.
La persévérance comme marque de la foi
La persévérance est faite de foi en la promesse de Dieu. Elle est aussi fidélité à cette promesse. Elle ne peut se limiter à une passivité. Elle s’épanouit en une assurance qui, dans les épreuves et les tribulations de l’existence, nourrit et fortifie la confession de foi, le témoignage et l’action du croyant. En ce sens, la persévérance est enracinement dans la parole de Dieu, confiance en l’avenir de la promesse et puissance de fidélité et de responsabilité dans le présent.

Il faut persévérer dans la parole de Dieu. Persévérance au milieu des ronces et des épines de ce monde. Il faut laisser éclairer notre cœur par la lumière de la vérité qui est le Christ, la parole de Dieu semée dans nos cœurs. Une leçon secondaire serait : « Le salut est plus qu’une écoute superficielle, bien que joyeuse, de l’Évangile. Quelqu’un qui est vraiment sauvé continuera à le prouver ». Le fruit porté avec persévérance est le signe indispensable de la foi authentique et salvatrice en Christ. Voici l’une des leçons clés de la parabole : l’endurance est la marque d’une foi authentique.
La préparation du cœur : une œuvre divine
Mais un obstacle de taille se dresse sur notre chemin : nous ne pouvons pas le faire par nous-mêmes. Nous sommes déjà désespérément impurs. Nous sommes des pécheurs déchus, coupables et avons un cœur peu profond, recouvert de mauvaises herbes et rebelle. Abandonnés à nous-mêmes, nous ne pouvons que nous endurcir davantage. Toute exposition à la lumière ne ferait que durcir encore davantage notre cœur et le rendre aussi imperméable à la Parole de Dieu qu’un sentier en ciment peut l’être pour une semence végétale.
Seul Dieu peut labourer un cœur et le préparer à recevoir la Parole. Il le fait par l’action régénératrice et sanctifiante de son Saint-Esprit qui convainc le monde « en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement ». Il leur ôte le cœur de pierre et le remplace par un cœur de chair. Il habite dans son peuple et le pousse à pratiquer la justice. Il grave la vérité de Dieu sur le cœur de ses sujets. Il répand l’amour de Dieu dans leurs cœurs. Et nous devons rester fidèlement dépendants de lui. Lorsque nous annonçons l’Évangile ou enseignons la Parole de Dieu à notre prochain ou à nos bien-aimés, le résultat sera toujours conforme à la condition du cœur de nos auditeurs. La réussite ou l’échec ne dépendent pas de notre compétence de semeurs. Une partie de la semence que nous répandons tombera sur un terrain dur, peu profond ou couvert de mauvaises herbes. Mais ne reprochons rien à la semence.