Le colza fourrager, originaire d'Europe, est désormais cultivé dans de nombreuses régions tempérées du monde. Il est particulièrement apprécié des éleveurs en raison de ses qualités fourragères et de sa facilité d'implantation. Cette plante herbacée annuelle appartenant à la famille des Brassicacées, anciennement nommée Crucifères, regroupe des plantes dicotylédones telles que les choux, navets et radis. Souvent utilisée en interculture, entre deux cultures principales annuelles successives, cette culture dérobée fourragère est réputée pour être peu onéreuse, s’implanter facilement et bénéficier d'une croissance rapide.

Caractéristiques botaniques et morphologiques
Le colza fourrager se distingue par une croissance dressée, ce qui permet un développement en hauteur sans tuteur, atteignant environ 1 mètre à maturité. Il présente des feuilles allongées avec plusieurs folioles ovales et de grandes stipules à la base. Son système racinaire se compose d'une racine pivotante principale qui se ramifie abondamment en surface. Cette structure racinaire lui permet d'explorer efficacement le sol et d'absorber les nutriments nécessaires à sa croissance. Il existe aujourd'hui 30 variétés inscrites au catalogue français des semences, offrant aux agriculteurs une gamme diversifiée pour répondre à des besoins spécifiques de précocité ou de productivité.
Conditions de culture et implantation
La culture du colza fourrager est considérée comme facile. Il s’adapte à divers types de sols, qu’ils soient argileux, calcaires, sableux ou caillouteux, et ses besoins en eau sont modérés. Pour une utilisation en tant que couvert végétal, il est généralement semé après la récolte de la culture principale, au cours de l'été, de juin à septembre.
Le semis direct de ce couvert est possible, à condition que les terres possèdent une bonne structure. Autrement, passez en amont un outil à dents rigides à 25 cm de profondeur pour préparer la terre. En conditions normales, le passage d’un outil à dents rigides (cultivateur lourd ou chisel) à 25 cm de profondeur est généralement suffisant pour préparer le semis. Il est recommandé de semer le colza-fourrage avec un semoir à céréales (de préférence équipé de stabilisateurs de profondeur), sur des lignes espacées de 15 à 25 cm.
La dose de semis varie selon les besoins :
- En culture pure, le colza fourrager doit être semé à raison de 8 à 10 kg/ha.
- En association, par exemple avec un ray-grass d'Italie non alternatif, il est possible d'utiliser 5 kg de colza pour 20 kg de RGI/ha.
La profondeur de semis est cruciale : en général, il faut semer le colza à 2 cm de profondeur. En conditions sèches, il peut être utile de semer à 3-4 cm ; en sol battant, ne pas dépasser 2 cm, quelles que soient les conditions climatiques. Il faut tenir compte de la richesse du sol et des apports en matières organiques (fumier, lisier). On conseille d’apporter au semis environ 80 unités/ha d’azote. En culture dérobée d’été, il faut parfois épandre 80 unités/ha si l’on veut obtenir, en un temps très court, une importante masse de fourrage.

Bénéfices agronomiques et environnementaux
Le premier avantage du colza fourrager en tant que couvert végétal est son coût très bas, avec un prix des semences situé entre 11 et 25 € par hectare, ce qui permet de tenter son implantation même dans des conditions de semis non optimales. Nitrophile et doté de racines pivotantes, le colza fourrager limite la lixiviation des nitrates et aide à la restructuration des sols. En tant que CIPAN (Culture Intermédiaire Piège À Nitrates), il contribue à préserver la qualité de l'eau en réduisant la pollution par les nitrates. Sa racine pivotante aide à restructurer les sols compactés en pénétrant en profondeur, favorisant ainsi la circulation de l'eau et des éléments nutritifs. Cependant, il est important de noter que le colza fourrager a une forte appétence pour les limaces, ce qui peut causer des dégâts sur les cultures suivantes.
Valorisation fourragère et nutrition animale
Le colza fourrager donne un fourrage d'une qualité insoupçonnée à vos vaches. Il permet d'obtenir un fourrage frais de qualité à des périodes où d’autres plantes auront plus de difficultés à produire, notamment à l'automne, limitant ainsi le recours aux fourrages conservés durant l'hiver. Riche en feuilles, le colza-fourrage est bien consommé par les animaux et est particulièrement adapté à la pâture et à l’affouragement en vert, à destination des élevages de type bovins et ovins à forts besoins.
Ses valeurs nutritives sont remarquables :
- Il est riche en matières azotées totales (17 à 20 % de matière sèche).
- Il contient des protéines digestibles élevées (de 120 à 160 g de M.A.D. par kg de matière sèche).
- Sa valeur alimentaire est proche de celle d’un ray-grass d’Italie.
Toutefois, il faut limiter la part du colza à 40 % de la matière sèche totale de la ration, et cela quelle que soit l’espèce animale. Il est nécessaire de rationner le colza fourrager à votre troupeau : compter 2 à 3 kg MS/vache laitière/jour maximum. Attention : sa forte teneur en eau ne le rend pas adapté à l'ensilage ou à l'enrubannage.
Pâturage, une gestion au fil
Stratégies de pâturage et gestion de la croissance
Quand il est consommé en vert, c’est en pâturage rationné au fil électrique que le colza-fourrage est généralement proposé aux animaux. Cette technique permet de limiter le gaspillage ainsi que la surconsommation. Il faut choisir une parcelle avec un large front d’attaque, c’est-à-dire qui puisse offrir une largeur d’au moins 5 mètres de pâture à chaque vache. L’affouragement en vert pour distribution à l’auge est possible, notamment quand la parcelle est trop éloignée pour y amener le troupeau.
Le choix de la variété dépend de vos objectifs :
- Variétés précoces : le délai de développement jusqu’au stade bourgeonnement début floraison est d’environ 8 semaines à partir du semis.
- Variétés demi-précoces : si vous pouvez attendre 10 à 12 semaines après le semis, elles sont intéressantes car elles ne fleurissent pas à l’automne et leur meilleur stade de végétation est atteint lorsque les tiges s’allongent.
- Variétés tardives : si vous pouvez semer très tôt, au début de l’été, elles sont les plus productives, demandant 12 semaines et plus pour atteindre leur développement maximum.
Rotation et gestion sanitaire
Le colza fourrager présente une bonne adaptation aux cultures de blé, offrant la possibilité de réduire le risque de piétin échaudage dans les systèmes de blé sur blé. Cependant, certaines précautions sont nécessaires. Par précaution, il est recommandé d'éviter les couverts de crucifères avant les légumineuses telles que les pois et le soja, en raison d’un potentiel effet allélopathique. Pour les légumes d'industrie, il existe un risque de développement du Sclerotinia. Pour la betterave, il y a un risque d'amplification des populations de nématodes, en particulier si le couvert est semé tôt. Avant le tournesol, il est également préférable d'éviter le colza fourrager en raison du risque sanitaire, notamment lié au Verticillium. Pour le lin et le tabac, le colza fourrager peut favoriser la multiplication du Sclerotinia et de l'Orobanche rameuse.
Techniques de destruction
La destruction du colza fourrager est aussi facile que son implantation. Seule l'utilisation d'une charrue permet d'enfouir complètement les résidus dans le sol, assurant ainsi une transition sans problèmes. Il est également possible de l'enfouir en fin d'hiver s'il n'a pas été totalement exploité. Généralement, après l'exploitation, la végétation ne redémarre pas. Pour éviter de labourer, des méthodes alternatives incluent le broyeur ou le rouleau hacheur, le passage d'un rouleau lourd sur gel, le déchaumeur, ou l'utilisation de glyphosate pur ou en association avec le désherbant 2,4D. Il est important de noter que le colza fourrager n'est sensible au gel qu'à partir de -10°C.

En cas d’attaque d’altises, il est parfois utile de traiter, étant entendu que le traitement doit être effectué au moins 15 à 20 jours avant que les animaux ne consomment le colza-fourrage. En culture de printemps ou d’été, le colza se développe rapidement et sa végétation fournie étouffe le plus souvent les adventices, bien que les graminées puissent être plus gênantes en culture d’hiver.