La Semence dans son Ensemble : Une Mine de Renseignements et un Enjeu Crucial

Derrière le petit sachet de graines que nous tenons entre nos mains se cache un univers d'informations et d'enjeux qui dépassent largement le simple acte de semer. De la composition détaillée des semences potagères aux implications profondes de la régulation et de la propriété des graines, la semence est bien plus qu'un simple point de départ pour une culture ; elle est au cœur de l'histoire de l'agriculture, de la biodiversité et de notre souveraineté alimentaire.

Décrypter les Informations des Sachets de Semences Potagères

Les sachets de semences potagères, souvent ornés de caractères minuscules, sont une véritable mine de renseignements pour le jardinier averti. Au-delà des informations principales comme l'espèce et la variété, des mentions obligatoires, à l'instar de celles des produits alimentaires, garantissent une information suffisante aux consommateurs.

Exemple d'étiquette de sachet de graines détaillant les informations

Le Grammage et ses Implications

Le grammage, indiqué en poids ou en nombre de graines, est une information particulièrement intéressante. En matière de semences potagères, il n'est pas toujours facile de se rendre compte de la quantité réelle que l'on possède. Par exemple, trois grammes de graines de carottes, semés dans des conditions classiques, peuvent engendrer de 1 900 à 2 000 plants. Cette donnée permet d'anticiper la densité de semis et l'étendue de la future récolte.

Conseils d'Utilisation et Date Limite

Pour la suite des opérations, les sachets de semences offrent bien souvent des conseils précieux sur l'éclaircissage, l'entretien de la culture et la période de récolte. Certains sachets portent également une date limite d’utilisation indiquée par le conditionneur. Cette date, bien que non obligatoire, est un indicateur clé pour les jardiniers, leur permettant d'utiliser les graines avec les meilleures chances de succès.

Les conditionneurs réalisent régulièrement des essais de germination sur des échantillons des lots de semences conservés dans leur laboratoire. Si la germination chute en dessous de la norme réglementaire avant la date indiquée, le conditionneur informe les distributeurs afin que les sachets concernés soient immédiatement retirés de la vente, assurant ainsi la qualité des produits commercialisés.

La Graine : Fondement de l'Agriculture et Objet de Pouvoir

Qu'est-ce qu'une graine ? Une semence est une graine, ou autre partie d’un végétal, apte à former une plante complète après semis ou enfouissement. Depuis 12 000 ans, les paysans sèment, récoltent, sélectionnent et échangent librement leurs graines. C’est l’histoire même de l’agriculture. Cependant, la question de la propriété et du contrôle des semences est devenue un enjeu majeur.

La Question de la Propriété des Semences

Aujourd'hui, dans le monde, cinq géants de la chimie, devenus producteurs de semences, contrôlent la moitié du marché et aspirent à être propriétaires des semences. Sont-elles un bien commun de l’humanité ou une marchandise comme les autres ? Derrière nos champs de blés dorés, une image moins scintillante en est la réalité. Pour être mise en vente, la moindre variété doit être renseignée dans un registre : le catalogue officiel des variétés. On y inscrit leur nom, leur variété et surtout son propriétaire. En France, 9 000 variétés y sont inscrites, appartenant majoritairement aux 5 multinationales (Bayer, Monsanto, Limagrain, Pioneer et Syngenta). En dehors de ce catalogue, les agriculteurs n’ont, en théorie, pas l’autorisation d’utiliser des semences de variétés anciennes.

Le Rôle du GEVES et les Tests Stricts

Avant d’y être inscrites, les graines doivent passer des tests très stricts. C’est le GEVES (Groupe d’Étude et de contrôle des Variétés Et des Semences) qui donne l’autorisation à une variété d’entrer dans le catalogue des semences, permettant ainsi aux agriculteurs de la cultiver librement. Pour être homologuées, les cultures doivent être au garde à vous : pas un épi ne doit dépasser ! Ces exigences soulèvent des questions fondamentales : pourquoi contraindre la nature à des conditions si strictes ? Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation ?

2012 - Vidéo CONFERENCE : La biodiversité et semence paysanne

L'Après-Guerre et le Point de Bascule vers l'Industrialisation

Après la Seconde Guerre mondiale, la priorité du gouvernement français était de récupérer son indépendance alimentaire pour ne plus dépendre de l’aide américaine. C’est ainsi que de nouvelles semences sont nées. Pour arriver à récolter des plantes plus homogènes et stables, dans le seul but d’accroître la production alimentaire, il a semblé primordial de créer des semences.

L'Émergence des Semences Hybrides F1

Ces graines appelées « hybrides » sont le résultat d’un croisement savamment étudié entre deux variétés sélectionnées selon certains critères. L’hybride F1, contrairement à l’espèce naturelle, s’autoféconde et n’a donc pas besoin d’assistants pollinisateurs comme les abeilles ou le vent. Cependant, à chaque fécondation, le patrimoine génétique de la graine hybride est drastiquement réduit du fait de la consanguinité. La première génération d’hybrides F1 donne une graine très productive, mais si elle est replantée à la saison suivante, le résultat sera beaucoup plus décevant. L’agriculteur est contraint de racheter chaque année ses graines hybrides pour s’assurer une récolte optimale. De plus, leur hypersensibilité rend indispensable l’utilisation de pesticides. Les géants semenciers qui les produisent se sont donc également mis à fabriquer les pesticides associés, créant une dépendance encore plus accrue des agriculteurs.

Champ d'amandiers en Californie, illustrant l'agriculture intensive

Les Conséquences de la Standardisation

Le clonage des semences a porté ses fruits : en 50 ans, la production agricole française a doublé. Le peu d’agriculteurs restants est devenu six fois plus productif. Aujourd’hui, 95% des semences de maïs inscrites au catalogue sont hybrides, donc stériles. Néanmoins, la face cachée de ces graines est moins reluisante : le monopole a engendré la disparition de 75% de la biodiversité cultivée et a conduit l’agriculture dans un cercle vicieux dévastateur. Les agriculteurs ont perdu tout un pan de leur métier et sont à la merci des grands semenciers.

Les semences standardisées n’ont pas la capacité de s’adapter aux différents terroirs. L’homogénéisation des graines et donc des cultures induit une utilisation massive d’intrants chimiques et de pesticides. Un champ d’une même variété ne trouvera pas l’aide d’autres variétés qui ont la capacité de lutter efficacement contre l’attaque de certaines maladies. Ceci a considérablement détruit la biodiversité, pourtant indispensable à notre alimentation. Et pour cause, depuis l’introduction des pesticides néonicotinoïdes en 1990, 75% des insectes volants ont disparu en Europe.

L'Impact sur la Qualité Nutritionnelle

L'impact de cette standardisation se ressent également sur la qualité de notre alimentation. On estime qu’une tomate ancienne aura la même dose de nutriments que cinq à douze tomates conventionnelles. Vitamines A et C, protéines, phosphore, calcium, fer et autres minéraux ou oligo-éléments ont été divisés par deux, par vingt-cinq, voire par cent, en un demi-siècle.

Semences Paysannes et Variétés Populations : Diversité et Adaptation

La sélection - à l’origine involontaire - de caractères utiles pour l’espèce humaine chez des espèces sauvages a mené à leur domestication et à la naissance de l’agriculture. Aujourd’hui, la sélection variétale est un processus conscient et bien maîtrisé, et demeure un facteur essentiel d’évolution et d’adaptation des systèmes agricoles. La majeure partie de notre alimentation provient de céréales et d’autres graines, la plupart issues de plantes dites annuelles qu’il faut mettre en culture tous les ans à partir de semences.

Qu'est-ce qu'une Variété ?

Au sein de chaque espèce de plante cultivée, il existe de nombreuses variétés. Une variété est un ensemble de plantes de la même espèce pouvant être clairement identifiées par des caractères (morphologiques, physiologiques, chimiques, etc.) que la multiplication conserve. Par exemple, il existe des milliers de variétés de tomates (appartenant toutes à une seule espèce : Solanum lycopersicum). Chacune est caractérisée par sa couleur, sa saveur, sa grosseur, la durée de son cycle biologique, etc.

Comparaison de variétés de tomates (Banana Legs et Indigo Rose)

L'ensemble des variétés existantes constituent les ressources génétiques dont disposent les paysans et les semenciers pour leur culture et la sélection de nouvelles variétés. Elles peuvent être conservées ex situ dans des banques de graines, ou in situ, c’est à dire cultivées et ressemées. La biodiversité cultivée (ou agrobiodiversité) correspond quant à elle à la diversité des plantes et des animaux d’élevage utilisés en agriculture dans un territoire donné. Elle englobe la diversité génétique au sein des espèces, le nombre d’espèces, leurs importances relatives et leurs associations au sein des agrosystèmes.

La Sélection Traditionnelle et la Gestion Dynamique

Traditionnellement, ce sont les paysans eux-mêmes qui participent au maintien et au renouvellement de la diversité de leurs cultures. Il s’agit d’une gestion dynamique au champ, ou gestion in situ. Celle-ci est d’abord non intentionnelle et s’apparente à un processus darwinien de sélection naturelle. Pour une espèce cultivée, il existe une certaine variabilité génétique entre les individus au sein d’une population. Certains se trouvent avantagés par rapport aux autres dans les conditions de culture locales (climat, nature du sol, présence de certains bioagresseurs…) et poussent mieux. Leurs graines se retrouvent donc davantage dans la récolte et dans le semis suivant. D’année en année sont donc sélectionnés des caractères favorables propres à l’environnement local. C’est ainsi que des variétés adaptées aux différentes régions et terroirs voient le jour, se maintiennent et continuent à évoluer.

Schéma des mécanismes de sélection au sein d'une variété population

Ces types de variétés portent le nom de variétés populations (aussi appelées variétés paysannes ou de pays). Multipliées et sélectionnées par les paysans, elles sont composées d’individus semblables mais présentant toutefois une certaine variabilité génétique et phénotypique. On retrouve ainsi au sein d’une même variété population différentes facultés de résistance à certains stress (aléas climatiques, maladies…). Cette diversité confère à ces variétés une rusticité intéressante, d’autant plus avantageuse que les perturbations sont nombreuses et imprévisibles.

Dans de nombreux cas, une sélection volontaire (dite artificielle) vient s’ajouter au filtre biologique de la sélection naturelle. Les paysans peuvent en effet décider de ressemer certaines graines plutôt que d’autres, en fonction de critères comme la taille des grains ou la qualité des individus qui les ont produit. On parle alors de sélection massale. Cette intervention humaine accélère l’évolution des variétés populations et la sélection de certains critères. Par sélection naturelle et artificielle, la gestion in situ permet une adaptation en continu aux conditions de cultures locales et au terroir. Les variétés populations évoluent donc au rythme des modifications des techniques de culture et des changements bioclimatiques. Par ailleurs, des échanges de graines entre différentes régions peuvent contribuer à la diversification locale des ressources génétiques.

Différentes variétés populations de blé

La Sélection Variétale Moderne : Uniformité et Optimisation

À partir du XIXe siècle, des alternatives à la gestion in situ des variétés émergent. Des sélectionneurs parviennent empiriquement à isoler certains caractères d’intérêt et à produire des variétés qui les expriment de manière uniforme. Ils se spécialisent et commercialisent les semences ainsi obtenues. Il faut cependant attendre le début du XXe siècle et la diffusion des connaissances sur les lois génétiques de l’hérédité pour qu’apparaissent les procédés de sélection des variétés modernes. Les progrès en génétique permettent aux semenciers de perfectionner l’obtention de variétés standardisées et stables, et de favoriser et combiner les caractères d’intérêt. Deux grands types de variétés homogènes voient ainsi le jour : les lignées pures et les hybrides F1.

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Lignées Pures et Hybrides F1

Les lignées pures sont obtenues par autofécondations (reproduction d’un individu avec lui-même) successives et sélection des descendants les plus intéressants. En procédant ainsi, chaque gène n’existe plus qu’en une seule version (allèle), il est dit homozygote. Les lignées pures sont donc homozygotes pour l’ensemble de leur génome et les populations qui en dérivent sont très peu diversifiées.

Les hybrides F1 sont quant à eux issus du croisement entre deux individus appartenant à deux lignées pures distinctes. Ces variétés F1 possèdent donc pour chaque gène les allèles du père et de la mère. Il en résulte une diversité génétique plus ou moins forte selon la proximité des lignées pures employées, se traduisant par des caractères souvent meilleurs que ceux des lignées pures - on parle de vigueur hybride (ou hétérosis). Les variétés hybrides concernent principalement le maïs, le tournesol, la betterave sucrière, le colza, la carotte, l’asperge, la tomate, etc. Lorsque des individus hybrides F1 se croisent, la qualité génétique qui fait leur intérêt se dilue. Cela oblige les agriculteurs à racheter des semences auprès des obtenteurs s’ils veulent continuer à profiter des avantages des lignées hybrides.

Mécanismes d’obtention des variétés homogènes (lignées pures et hybrides F1)

L’arrivée des semences hybrides américaines et le lancement d’un programme de sélection par l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ont par exemple été des facteurs critiques dans l’intensification de la culture du maïs en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Portée politiquement, celle-ci est passée d’une activité quasiment vivrière à une production mécanisée à hauts rendements destinée aux besoins croissants des élevages nationaux.

Magasin historique de Vilmorin-Andrieux, l'une des premières entreprises semencières

Les individus au sein des variétés homogènes sont très proches génétiquement, et ont par conséquent des phénotypes très similaires. Ces variétés présentent donc l’avantage de réagir de manière prévisible et uniforme à des conditions de culture données. Les variétés modernes ont été sélectionnées de manière à maximiser les rendements dans le cadre des pratiques agricoles issues de la révolution verte (recours à l’irrigation, aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires) et à répondre au mieux aux processus de transformation et de distribution du système alimentaire industrialisé. Les variétés homogènes modernes sont donc un élément clé de la standardisation et de l’industrialisation du système alimentaire. Pour le blé tendre, des variétés avec un type de gluten résistant capable de supporter des pétris rapides ont été sélectionnées. Les farines qui en sont issues sont plus adaptées à la filière boulangère industrielle. Les connaissances plus poussées en génie génétique permettent par ailleurs d’accélérer la mise au point de nouvelles variétés et de cibler avec plus de précision certains caractères comme la résistance à un pesticide ou à une maladie.

La Chute de la Biodiversité Cultivée

Bien que difficilement quantifiable, le remplacement de nombreux systèmes agraires traditionnels par des formes plus ou moins intensives d’agriculture industrialisée a conduit à un appauvrissement général de la biodiversité cultivée à l’échelle mondiale. La France ne fait pas exception à cette tendance, comme l’illustre l’exemple du blé tendre. En 1912, les variétés population représentaient environ 57 % des cultures de cette céréale, contre 43 % de lignées pures. En 1950, les variétés populations n’étaient plus présentes que sur 8 % des surfaces. Si le nombre de variétés commercialisées a été multiplié par sept en un siècle, la diversité génétique réellement cultivée a quant à elle chuté de moitié. Cela s’explique à la fois par la grande proximité génétique entre les variétés lignées pures modernes et par la dominance d’un petit nombre d’entre elles dites « élites » dans les surfaces cultivées. Dans les années 1970 par exemple, cinq variétés de blé occupaient plus de 70 % des surfaces. Depuis les années 1980, la prédominance des variétés élites tend cependant à être moins marquée.

Évolution de la diversité cultivée du blé tendre en France (1912-2006)

La Conservation des Ressources Génétiques

Par opposition à la conservation et la gestion in situ de la biodiversité cultivée, des banques de graines se sont constituées depuis les années 1960 à l’échelle mondiale. La quasi-totalité de ces banques sont juridiquement détenues par un petit nombre d’organismes privés ou publics et les agriculteurs y ont difficilement accès. Ces variétés stockées ex situ dans les conservatoires n’évoluent plus au gré des changements de l’environnement et des conditions de culture mais demeurent des ressources génétiques importantes pouvant être mobilisées. Du fait des faibles quantités de semences stockées pour chaque variété, l’intérêt des banques de graines est génétique et non directement agricole. Il faudrait en effet plusieurs années pour multiplier ces semences et produire suffisamment pour envisager une utilisation alimentaire.

La Réglementation sur les Semences et les Variétés

Commercialisation des Semences : Une Restriction aux Seules Variétés Homogènes

Depuis 1960, afin qu’une variété puisse être commercialisée (semences et graines), elle doit obligatoirement être inscrite au Catalogue Officiel National. Toute variété inscrite au catalogue national est automatiquement inscrite au catalogue de l’Union Européenne (UE) et donc commercialisable dans toute l’Union (excepté pour les fruits). Pour pouvoir être inscrites, les variétés doivent répondre favorablement aux examens dits DHS (Distinction, Homogénéité, Stabilité) et VATE (Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale).

Les tests DHS permettent de vérifier que la variété est :

  • Distinguable, c’est-à-dire différente de toutes les variétés déjà inscrites au catalogue ;
  • Homogène, c’est-à-dire que les plantes de cette variété ont toutes des caractéristiques semblables ;
  • Stable, c’est-à-dire que la reproduction de la semence ne modifie pas la variété.

Puis les tests VATE permettent de vérifier que les variétés sont de nature à satisfaire les besoins de l’utilisateur final. On teste notamment :

  • La productivité ;
  • La résistance aux maladies ;
  • La valeur technologique (adaptation aux procédés de transformation par exemple) ;
  • La dépendance de la variété aux produits de traitement.

Le coût d’inscription aux examens et donc au catalogue officiel pour une variété de céréale à paille se situe entre 7 000 € et 11 000 €. Puis, chaque année il faut payer le maintien au catalogue (les annuités) : 180 € par an pendant cinq ans, puis 450 € jusqu’à la 25e année.

En plus de l’inscription au catalogue officiel national et des éventuels certificats de protection de la variété, un lot de semences doit être certifié avant d’être vendu. La certification garantit que les semences commercialisées sont :

  • conformes à leur désignation : identité et pureté variétale ;
  • de bonne qualité : pureté spécifique, faculté germinative et aptitude aux processus de transformation ;
  • exemptes de problèmes sanitaires : maladie, pourritures, etc.

Schéma des étapes de développement et de mise sur le marché d’une nouvelle variété

Du fait de cette réglementation, et sauf exception, les semences de variétés populations ne peuvent être commercialisées.

Le Combat pour les Semences Libres et la Place du Citoyen

Depuis le décret de 1981 interdisant la commercialisation et la vente des semences non inscrites au catalogue officiel, une partie de la société européenne s’est insurgée de voir la quasi-totalité des semences entre les mains des grands groupes. Après des années de luttes acharnées, les eurodéputés ont voté, en avril 2018, pour mettre un terme à la « criminalisation » de la semence paysanne. Votée définitivement le 2 octobre 2018, la loi EGALIM (pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous), dans son article 78, autorisait quiconque à vendre des semences anciennes aux particuliers. L’interdiction stricte d’utiliser des semences paysannes est donc à nuancer. Le combat pour les semences libres est donc loin d’être fini.

Le Rôle Essentiel du Consommateur

La place du citoyen dans ce combat est donc essentielle. Le consommateur peut faire des choix : s’informer, chercher à savoir d’où vient ce qu’il mange et comment cela a été produit. Privilégier un approvisionnement biologique et local encourage l’agriculture paysanne et la transformation artisanale. AMAP, circuits courts, fermes ouvertes, marchés de producteurs : il y a mille et une façons d’aller à la rencontre des producteurs qui s’engagent. Cela permet de connaître les produits, les modes de culture, les choix de variétés. Cela soutient l’agriculture locale et évite les produits alimentaires importés ou hors saison. Soutenir les campagnes en faveur de la biodiversité cultivée et des droits des paysans, comme celle d’Agir pour l’environnement et du Réseau Semences Paysannes, favorise l’émergence du sujet sur la scène politique.

Comprendre la Reproduction des Semences Paysannes

Pour les jardiniers soucieux de la reproductibilité des graines, les variétés F1 ont mauvaise presse. En effet, une variété F1 est le résultat du croisement de deux variétés dites « pures ». Si en pratique, on obtient souvent des fruits intéressants, pour un résultat plus satisfaisant, il faut se diriger vers des variétés dites « paysannes » ou « population ».

Les Variétés Populations : Hétérogénéité et Adaptation

Une variété paysanne ou population est une variété constituée d’un ensemble d’individus hétérogènes (contrairement aux F1), mais possédant tous une bonne base de gènes en commun. Ces caractéristiques et la variabilité de leurs gènes leur permettent d’évoluer en fonction de facteurs dits « épigénétiques » correspondant aux variations de l’environnement, du climat, ou encore de la nature du sol.

L'Autogamie : La Simplicité pour le Débutant

Parmi ces variétés reproductibles, paysannes ou population, il est possible de se diriger vers des plantes en partie autogames ou strictement autogames. Ce sont en effet les plus simples à reproduire, car elles se pollinisent elles-mêmes. Les plantes utilisent différentes stratégies de reproduction, mais leur vocation est de brasser au maximum la génétique en se reproduisant entre individus différents pour favoriser l’évolution. Néanmoins, dans la nature, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Les plantes étant immobiles, elles dépendent de leur environnement extérieur pour se reproduire : le vent, les pollinisateurs… Ainsi, pour pallier les aléas environnementaux leur empêchant de se reproduire de manière classique, certaines plantes ont développé comme solution de secours l’autofécondation, ou autogamie. Pour produire les graines qui ont un risque de s’hybrider entre elles, les professionnels utilisent des filets anti-insectes. C’est le cas de la violette qui s’autoféconde par temps froid et humide, défavorable à la présence des insectes pollinisateurs. Ainsi, la plante possède à la fois des organes reproducteurs mâles et femelles très proches. De plus, les organes mâles et femelles arrivent à maturité en même temps, permettant l’autopollinisation des fleurs !

Schéma de fleur de tomate illustrant l'étamine et l'ovaire

Si vous débutez dans la production de graines, les plantes autogames sont également les plus simples à reproduire. Vous n’aurez pas besoin de conserver un nombre important de porte-graines pour assurer une production de graines. Par exemple, produire ses semences de chou n’est pas des plus simple. En effet, les fleurs de choux sont auto-incompatibles : le pollen de chacune des plantes est viable, mais il ne peut féconder que les fleurs d’un autre chou. Impossible donc, en théorie, de produire des graines sans avoir un minimum de deux porte-graines. Pour les choux, il en faudra six de la même variété pour obtenir un brassage génétique suffisant, mais idéalement une quinzaine voire une vingtaine de porte-graines pour un brassage génétique optimal. On parle d’une plante « porte-graines » pour désigner une plante que nous allons conserver jusqu’à maturité, ou autrement dit, jusqu’à la production de ses graines, en vue de récolter ces dernières pour la production de ses semences.

Ainsi, si vous souhaitez commencer à produire des graines, dirigez-vous vers ces espèces en premier, ce sont les plus simples à multiplier. Par la suite, en produisant un grand nombre de semences, vous enclencherez des cercles vertueux dans vos pratiques.

Choux kale, exemple de plante non autogame

Les Avantages de Produire ses Propres Semences

Je vous conseille de commencer votre production de semences par des graines plus faciles à reproduire, cela augmentera votre satisfaction et au moins, vous serez sûr de ce que vous planterez. Par exemple, les haricots se font souvent grignoter à leur germination par les limaces. Si vous disposez d’une énorme quantité de semences, vous craindrez moins une attaque de limace : il vous suffira de semer beaucoup plus pour nourrir les limaces et avoir suffisamment de plants qui lèvent. Cela permet d’oublier le ferramol et autre mode de gestion interventionniste comme la chasse à la limace le soir venu, causés par le stress de voir tout son semis décimé en quelques heures… Malgré tout, les grosses attaques sont néanmoins possibles. Posséder beaucoup de semences, c’est aussi s’offrir le plaisir de les échanger avec d’autres jardiniers, vos proches, sans débourser un centime ! Enfin, il est aussi possible de ne pas s’embêter avec toutes ces méthodes, et tout simplement laisser la plupart des légumes monter en graines. Vous aurez de belles surprises, et des récoltes plus abondantes !

Méthodes de Récupération des Semences de Variétés Populations

Les variétés populations sont faciles à reproduire une fois achetées. Cueillir un fruit bien mûr, et extirper les graines contenues dans la pulpe.

Méthode n°1 : Le Lavage et Séchage SimpleRincez les graines au chinois, faites-les sécher sur un linge quelques jours, et stockez-les dans de petits sachets, enveloppes, ou autre à l’abri de la chaleur et de l’humidité.

Méthode n°2 : La FermentationPrenez les graines, rincez-les grossièrement pour enlever le surplus de pulpe. Ensuite, mettez les graines dans un bocal avec de l’eau et laissez fermenter 1 à 2 jours pour détruire leur enveloppe gélatineuse, censée inhiber la germination.

Il sera difficile de résister à la tentation de les manger, mais commencez par sélectionner les plus beaux plants et laissez ceux-là monter en graines. Les laitues d’hiver seront traitées comme des bisannuelles, elles monteront en graines au printemps, tandis que les autres laitues, comme les laitues de printemps, monteront en graines l’année du semis. Certaines batavias à la pomme très dense pourront être aidées en coupant ou en enlevant les feuilles du haut de la pomme. Cela facilitera l’émergence de la tige porte-graine. En zone venteuse, on peut tuteurer les porte-graines si le vent menace de les coucher. Lorsque la laitue commence à fleurir, la production de graines est lancée ! Le délai entre la floraison et la formation de la graine est de deux à trois semaines. Les fleurs s’épanouissant progressivement, la récolte des graines s’échelonne sur quelques semaines. Vous pouvez donc passer tous les 2/3 jours et secouer le porte-graine pour en récolter les graines qui tomberont. Un grand sac peut être utilisé pour récupérer les graines. Vous pouvez également attendre qu’environ la moitié des graines semblent mûres, et prélever la plante en entier. Vous pourrez ensuite la mettre dans un sac, la secouer et récolter les graines. Dans tous les cas, une fois vos semences récoltées, laissez-les sécher quelques jours dans un endroit sec et ventilé, et stockez-les.

Les graines d’aubergines ne sont mûres que lorsque les fruits commencent à flétrir, en prenant une coloration brune, ou un peu jaune. Pour l’extraction des graines, la méthode est quelque peu laborieuse. Il faudra bien déloger les graines manuellement. Certaines personnes découpent les aubergines et les passent au mixeur avec de l’eau, à petite vitesse. Vous pouvez également faire sécher les fruits au soleil si le temps le permet. L’extraction sera plus aisée. Une fois vos graines extraites, rincez-les abondamment et faites-les sécher rapidement : elles peuvent germer très facilement si elles sont humides.

L'Avenir des Semences : Entre Innovations et Menaces

Malgré le rejet par les populations européennes des plantes issues de manipulations génétiques, l’intense pression des multinationales des biocides et des semences sur les institutions a fini par payer. Leur objectif : prendre le contrôle total de notre alimentation à partir des semences en privatisant le vivant. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, l’accord provisoire formulé en réunion de trilogue (Parlement, Conseil et Commission européenne) autorise la manipulation génétique pour modifier profondément le génome d’une plante (jusqu’à vingt modifications génétiques) et la dissémination de la plupart de ces plantes en plein champ. Le tout en s’affranchissant du principe de précaution (cf l’avis de l’Anses du 6 mars), du risque de la pollution génétique irréversible que cela va engendrer, et en s’exonérant du principe d’information pour le consommateur par l’absence d’étiquetage dans les produits finaux. Avant même que la réglementation soit éventuellement ratifiée en avril, déjà plus d’une centaine de demandes de brevets pour des NGT a été déposée par le géant étasunien de la chimie Corteva, né de la fusion de Dow et Dupont, et le groupe Limagrain, instaurant un péage sur le vivant. Tout cela crée une insécurité maximale pour l’ensemble de la population mondiale.

2012 - Vidéo CONFERENCE : La biodiversité et semence paysanne

Cette décision a été prise dans l’espoir insensé qu’une « graine magique » permettrait de s’affranchir de la réalité des bouleversements biologiques et climatiques sur les cultures. Elle s’accompagne du projet bien concret de ces mêmes multinationales de vendre des biocides. Cette décision est une fuite aveugle vers l’abîme. Elle est l’expression funeste d’une illusion de maîtrise : la guerre contre le vivant pour l’artificialiser est perdue d’avance pour l’humanité. Elle va priver définitivement tous les agriculteurs de la maîtrise de leurs choix de cultures. C’est toute l’agriculture paysanne et biologique qui est menacée, et plus globalement c’est tout l’avenir de l’agriculture qui est en jeu face à l’érosion génétique des plantes cultivées et à l’effondrement de la biodiversité. Plutôt que de jouer aux apprentis-sorciers, il serait plus avisé de se tourner vers des alternatives qui permettent d’améliorer les semences : celles qu’offre la sélection en plein champ de semences variétés populations, par les agricultrices et agriculteurs eux-mêmes, épaulés par les connaissances scientifiques. Des initiatives comme Semence Nature, spécialisée dans la collecte, la production et la commercialisation de semences et de plants d’espèces sauvages et locales, ou le soutien à des jeunes semenciers comme Mamahele, sont des pistes prometteuses.

Une démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences, est essentielle. Pour les systèmes humains, il s’agit d’atténuer les effets préjudiciables et d’exploiter les effets bénéfiques. Le gel du remplissage du grain de blé lors de sa phase de maturation à cause de trop grandes chaleurs (canicule) est un exemple concret des défis posés par le changement climatique. L’hydromorphologie, l’étude de la morphologie des cours d'eau (nature du sol, débit, pente, granulométrie du fond, etc.) des cours d’eau, fleuves et rivières, et notamment l’évolution des profils en long et en travers et du tracé planimétrique, souligne l'interconnexion des écosystèmes. Les plantes semi-aquatiques qui nécessitent d'avoir les racines mouillées, et les plantes issues de lieux humides et parfois temporairement inondés, illustrent la diversité des adaptations végétales. Les petites protubérances en forme de boule au niveau des racines des plantes, développées sous l'action d'une symbiose entre la plante et des bactéries fixatrices d'azote, sont un exemple de solutions naturelles pour améliorer la fertilité des sols. Les seuils, radiers de pont, passages busés, barrages, etc., sont autant d'obstacles qui peuvent entraver la bonne circulation de l'eau et des éléments nutritifs.

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