La luzerne, cette légumineuse aux multiples atouts, est de plus en plus prisée en agriculture. Elle est reconnue pour la qualité nutritive de son fourrage, mais aussi pour ses bénéfices agronomiques et environnementaux. Sa capacité à enrichir le sol en azote (restitution de 30 à 40 U/ha en sortie d'hiver, avec des restitutions complémentaires en cours d'année estimées à 30-50 U), son système pivotant profond qui améliore l'état structural du sol, et sa résistance à la sécheresse en font une culture clé dans les systèmes agricoles modernes, y compris en agriculture biologique. Cependant, le projet d'implantation d'une luzerne s'accompagne souvent de nombreuses questions qui sont autant de facteurs de réussite de cette culture : comment choisir une parcelle adaptée, quelle est la meilleure période pour le semis, ou encore comment gérer les adventices et les ravageurs. Cet article propose d'explorer les meilleures pratiques pour assurer une implantation optimale de la luzerne et garantir ainsi une culture pérenne et productive.
La luzerne : une plante aux multiples facettes et atouts agronomiques
La luzerne est une plante pérenne, capable de produire pendant plus de trois ans, voire plus. Elle est particulièrement intéressante pour les éleveurs en recherche d'autonomie alimentaire pour leurs troupeaux, offrant un potentiel pouvant dépasser 10 tonnes de matière sèche à l'hectare. Sa richesse en protéines en fait une alternative précieuse à l'importation de soja (OGM) pour équilibrer les rations des ruminants. De plus, elle séduit les agriculteurs des régions de grandes cultures, en synergie avec des usines de déshydratation ou par des contrats passés avec les éleveurs.
En agriculture biologique (AB), notamment sans élevage, la prairie de luzerne bio est souvent la clé du modèle de rotation. Elle assure une fonction de fertilisation grâce à une symbiose avec un Rhizobium autour des racines pour fixer l'azote de l'air, mais aussi de désherbage et de revitalisation du sol pour les cultures suivantes. Sa floraison en été, lorsque la majorité des autres plantes poussent peu à cause de la chaleur, représente un atout majeur pour l'affouragement en vert, seul ou en association à d'autres graminées.

Choisir et préparer la parcelle : les fondations d'une levée réussie
La réussite de l'implantation de la luzerne repose en grande partie sur le choix et la préparation minutieuse de la parcelle. Il est essentiel d'avoir le maximum de pieds productifs par mètre carré pour une luzerne productive pendant 3 ans.
Critères de sélection de la parcelle
La luzerne se développe mieux dans les sols bien drainés, se réchauffant rapidement et aérés. Ces conditions favorisent l'activité de la bactérie symbiotique et fixatrice d'azote, Rhizobium meliloti, présente naturellement dans les sols. Les parcelles à sol hydromorphe en hiver sont à écarter pour la production de luzerne. De même, les sols compactés sont à éviter car la luzerne (racine pivotante) est sensible aux accidents de structure.
Le pH du sol est un facteur crucial. La luzerne atteindra son plein potentiel dans un sol calcaire, bien structuré et avec un pH supérieur à 6,5. Selon Arvalis, il est essentiel de choisir une parcelle avec un pH eau supérieur à 6. Si le pH est légèrement inférieur à 6,5 (voire même inférieur à 6), il faudra le corriger avant le semis en effectuant un chaulage de redressement, en prenant soin d'incorporer l'amendement dans les 10-15 premiers centimètres. Des chaulages d'entretien pourront également être nécessaires les années suivantes.
Les précédents culturaux d'une production porte-graine sont réglementés pour assurer la qualité de la production de semences. Pour la luzerne porte-graine, les précédents culturaux des trois dernières années ne doivent pas contenir du trèfle violet, de la minette ou de la luzerne. Il est d'ailleurs fortement déconseillé de resemer une luzerne derrière une luzerne en raison de l'autotoxicité de cette plante. La luzerne produit des composés chimiques toxiques pour sa propre espèce, notamment le « médicarpin », qui se trouve naturellement dans ses tissus végétaux et à l'extrémité de ses racines. Il faut respecter un délai de retour de 5 à 7 ans minimum sur une même parcelle pour limiter la persistance des pathogènes telluriques (nématodes, verticillium, sclérotinia, rhizoctone, etc.). Le sursemis de luzerne avec de la luzerne doit également être évité.
La distance entre la parcelle de multiplication et une autre parcelle de luzerne est réglementée pour préserver la pureté variétale.
Analyse du sol et fertilisation
Pour finaliser le choix de la parcelle, il est recommandé de réaliser une analyse de sol pour évaluer précisément les besoins en fertilisation. Une analyse datant de moins de 3 ans est idéale. Sur cette analyse, il faudra vérifier les niveaux des éléments majeurs tels que la potasse, le phosphore, le calcium, le soufre et le magnésium. Il faut également s'assurer de la disponibilité de certains oligo-éléments comme le bore et le molybdène, en précisant leur demande lors de l'analyse, car ils ne sont pas toujours inclus dans une analyse classique.
La luzerne est très exigeante en phosphore, surtout lors de sa phase d'implantation. Une carence pourrait compromettre la culture. Il est conseillé de saucer en phosphore, si possible à l'implantation. La fonction de fixation de l'azote par le Rhizobium mobilise du phosphore biodisponible. La présence de molybdène et de cobalt est également essentielle car ces oligo-éléments jouent le rôle de catalyseurs de la nitrogénase impliquée dans la fixation de l'azote. Le soufre quant à lui est mobilisé pour la fabrication d'acides aminés et contribue à la synthèse des protéines par la culture.
La luzerne exporte beaucoup de potasse, bien qu'elle soit peu sensible aux carences pour cet élément. L'apport d'azote n'est pas recommandé pour la culture de luzerne car elle le fixe elle-même. Cependant, dans le cas d'un semis sous couvert de céréales, l'apport de matières organiques se réalise avant le semis des céréales.
Le bore est un oligo-élément indispensable à la luzerne, ayant un effet positif sur la fructification. En année sèche ou en sol calcaire, son assimilation peut être déficiente. L'apport de bore est à effectuer après la précoupe au stade début bourgeonnement, par apport de 500 à 600 g de bore par hectare.
Différents engrais sont utilisables en agriculture biologique. Néanmoins, il est recommandé d'opter pour des apports de produits organiques pour des raisons d'assimilation des éléments. Les doses à apporter sont fonction du niveau de fertilité du sol ainsi que des exportations par la culture. En cas d'apport, ils peuvent être fractionnés par année ou mis en totalité lors de l'implantation.

Préparation du lit de semences
La luzerne (racine pivotante) est sensible aux accidents de structure. Le sol doit être préparé finement et ne pas être tassé en profondeur. Il faut donc travailler sur sol ressuyé. Le lit de semence mérite d'être très bien travaillé et émietté, en évitant des tailles de mottes supérieures à 0,5 cm, ainsi que les creux. Un bon suivi du terrain par le semoir est essentiel, nécessitant une bonne révision, des réglages adaptés et un bon contrôle qualité du chantier.
Lors d'un semis de fin d'été, la luzerne peut être semée en semis direct ou après un travail superficiel, tout en limitant autant que possible le dessèchement de l'horizon superficiel. Pour les terrains acides, il est important de chauler tous les ans.
Le semis : quand, comment et avec quoi ?
Le semis de la luzerne est une étape cruciale qui détermine la réussite et la pérennité de la culture.
Période de semis : automne ou printemps ?
Choisir la période de semis d'une luzerne dépend avant tout des conditions d'humidité. Traditionnellement, les meilleurs créneaux sont en été, début d'automne, ainsi qu'au printemps.
Dans les zones avec des pluies entre mi-août et mi-septembre, il est recommandé de semer en été dès que possible. Un semis précoce assurera une bonne implantation avant l'hiver et une production abondante de fourrage dès le printemps suivant. La date limite de semis est le 30 août dans l'Est jusqu'au 10 octobre en Occitanie. Une levée rapide est favorisée si le semis est réalisé 48 heures après la récolte de la culture précédente, profitant de la fraîcheur du sol. Pour les semis d'été, la luzerne doit entrer dans son 1er hiver avec un développement racinaire le plus important possible, ayant atteint le stade 2-3 feuilles avant les premières gelées.
Si les conditions climatiques sont défavorables en fin d'été, il peut être préférable de semer au printemps, généralement entre le 15 mars et le 20 avril. Dans ce cas, la production de fourrage commencera réellement qu'au printemps suivant, un an après. Cette période d'implantation, généralement la plus sûre, limite la récolte en première année à la moitié du plein potentiel. Dans le sud, la date limite s'étale jusqu'au 20 janvier, et jusqu'au 20 avril à l'extrémité nord, en veillant à éviter l'effet néfaste du gel tardif.
Protéi-NA - Comment cultiver et récolter la luzerne ?
Mode d'implantation : en sol nu ou sous couvert ?
L'implantation de la luzerne peut se faire selon différents modes, en sol nu ou sous couvert. Le semis sous couvert est à privilégier car il permet de limiter la pression des adventices. Cette technique présente de bons résultats et se réalise au printemps uniquement.
Le semis sous couvert de tournesol est la technique la plus utilisée dans les régions sud et centre-ouest. Dans le sud (plus adapté au semis de luzerne à grand écartement), les rangs de luzerne et de tournesol sont semés en superposé afin de favoriser le désherbage mécanique sur l'inter-rang. Le semis simultané en avril peut s'effectuer en deux passages ou en un seul, à l'aide d'un micro-granulateur. Il est aussi possible de semer à plus faible écartement la luzerne en décalé dans le tournesol (stade 4 à 8 feuilles environ), ce qui permet de biner avant. Le semis sous ce couvert est également possible en zone nord de la France.
La luzerne peut être semée au printemps sous d'autres couverts assez couvrants tels que le sarrasin, le millet, le quinoa, l'orge, l'avoine, ou encore le maïs ensilage. Lors d'un semis sous couvert de maïs ensilage, il est conseillé de faire un semis décalé de la luzerne (stade 5-7 feuilles du maïs) avec un passage de semoir céréale à vitesse lente, ce qui permet de biner le maïs avant.
Des plantes de service peuvent également être semées dès l'automne. Elles ont un triple intérêt : couverture du sol en hiver, concurrence avec les adventices et présence d'un mulch lors de leur destruction. Ces plantes de service sont gérées lors de la précoupe, par broyage. Le triticale, le seigle ou l'avoine rude sont des couverts possibles. La moutarde blanche n'est pas conseillée car souvent trop fortement concurrencée par la luzerne.
Densité et profondeur de semis
Les semences de luzerne sont très petites, de l'ordre de 300 à 600 graines par gramme, ce qui signifie que les réserves contenues dans la graine sont limitées. Pour cette raison, le semis doit être superficiel, à une profondeur de 0,5 à 1 cm, sans dépasser 2 cm de profondeur. Au-delà de 2 cm, le taux de levée de la luzerne diminue fortement.
La densité de semis dépend du mode d'implantation. En pure, la densité de semis de la légumineuse est de 25 kg/ha à l'automne contre 20 kg/ha au printemps. En semis sous couvert, une dose de 25 kg/ha est conseillée. Sur parcelle à forte teneur en cailloux, la dose peut être augmentée de 1 à 2 kg/ha. L'écartement des rangs est à moduler en fonction de la région et de la capacité de rétention en eau du sol. L'écartement est au minimum de 35 cm et s'étend jusqu'à 50-70 cm (région sud).
Après le semis, il est important de rouler, surtout en fin d'été, afin d'assurer un bon contact avec le sol et une levée rapide. Le rappuyage de la terre avec un cultipacker est préférable aux rouleaux lisses, notamment en sols limoneux.
Inoculation des semences
La luzerne est une plante qui n'a pas besoin d'apport en azote, un avantage propre aux légumineuses. Chaque pied de luzerne vit en symbiose avec la bactérie Rhizobium meliloti, capable de fixer l'azote de l'air et de le rendre disponible pour la plante. Cette symbiose entre des bactéries du sol et la plante est indispensable pour garantir le bon développement de la luzerne.
Si aucune luzerne n'a été présente depuis 10 ans ou s'il s'agit d'un sol à acidité corrigée, cette bactérie doit être apportée juste avant le semis. L'inoculation des semences est pratiquée surtout pour les parcelles n'ayant pas reçu de culture de luzerne depuis plus de cinq ou sept ans, si son pH eau est inférieur à 6, ou si le sol a une teneur en matière organique inférieure à 1%. L'inoculation s'effectue le jour du semis, à hauteur de 400 g d'inoculant pour 50 kg de semences de luzerne. Sans cette opération, la plante est chétive et peu productive. Pour l'inoculation, deux choix s'offrent aux agriculteurs : acheter des semences nues et réaliser soi-même l'inoculation à la ferme avec un produit tel que le Vitalianz R Luzerne, ou opter pour des semences pré-inoculées, où la luzerne est enrobée avec une technologie sur semences contenant la bactérie.

Gestion des adventices : un défi constant
Le désherbage est une composante essentielle de la réussite de la levée de semis de luzerne. Il est primordial d'observer très régulièrement sa parcelle afin d'intervenir avec des outils de désherbage mécanique dès que possible, sur adventices qui lèvent ou aux premiers stades, en fonction de l'outil et de l'époque.
Désherbage mécanique
Le semis sous couvert est à privilégier car il permet de limiter la pression des adventices. Avant le semis de la luzerne sous couvert décalé, des passages de herse étrille (sous céréale) ou de bineuse (tournesol, maïs) sont à réaliser. Si les conditions le permettent, plusieurs passages sont préconisés.
Sous couvert en semis simultané, il faudra attendre un stade suffisamment développé de la luzerne pour intervenir, soit au stade 1 à 2 feuilles pour biner les semis de luzerne à grand écartement afin de ne pas la recouvrir de terre. Si l'écartement de la luzerne ne permet pas le binage, les solutions sont très limitées avec la herse étrille ou la houe rotative à partir de 3-4 feuilles. En complément, l'écimeuse peut être utilisée en rattrapage sur certaines adventices développées au-dessus d'un couvert céréale et avant grenaison.
La précoupe permet également de réduire la pression de certaines adventices. En situation difficile, une exploitation fourragère par coupes répétées la première année permet de limiter plus fortement le salissement pour un cycle grainier les années suivantes.
Sur luzerne installée, le désherbage mécanique peut être réalisé à plusieurs périodes si nécessaire. Divers outils peuvent être utilisés en plein : vibroculteur plus fréquemment, ou cover-crop ouvert, canadien, herse rotative. Si la parcelle est fortement sale, un passage croisé de vibroculteur ou herse rotative en diagonale des lignes de semis peut être réalisé. En présence de rumex, la herse rotative en sortie d'hiver est à privilégier. Avant et après la précoupe, un effet négatif sur la hauteur des plantes a été montré lors de passage d'outils en plein, sans qu'il n'affecte obligatoirement le rendement grainier. Le binage (bineuse équipée de soc cœurs, pattes d'oies, bineuse étoile, ou animé de type Rotosark) est également intéressant notamment sur des adventices dans l'entre-rang.
La cuscute : un ennemi redoutable
La cuscute (Cuscuta suaveolens et C. epithymum) est une plante parasite très nuisible en production de semences de luzerne. Son absence en parcelle doit être totale car c'est une plante très envahissante et très difficile à trier dans les semences. La norme est « 0 cuscute » au champ comme dans les lots de semences. Sa présence en parcelle (par taches) peut être cause de refus de la production si ce parasite n'est pas entièrement détruit dans la culture.
Dès détection, la destruction des premiers foyers se fait par brûlage total thermique (désherbeur ou paille répartie sur la zone contaminée). À la récolte, en cas de foyers encore présents, il ne faut surtout pas récolter les zones contaminées qui doivent ensuite être détruites. L'extension de ce parasite se fait beaucoup par les machines agricoles. Il est recommandé de ne pas implanter de luzerne sur une parcelle avec présence historique de rumex ou de cuscute.
Autres adventices et stratégies de lutte
Certaines graines sont difficiles à trier dans les lots de luzerne, il est donc nécessaire de faire attention à la gestion de ces adventices. Le désherbage de la culture s'imposera à la levée pour que la luzerne s'implante correctement. La lutte contre les graminées s'avère primordiale, le traitement étant généralement à réaliser à partir du stade trois feuilles de la graminée. À l'entrée de l'hiver, le désherbage permet de maintenir les parcelles propres en année de production. On peut choisir un anti-dicotylédones et graminées ou un anti-graminées seul.
Gestion de l'eau : entre besoins et excès
La luzerne, grâce à son système pivotant, valorise bien l'eau disponible dans le sol. Cependant, sa gestion est cruciale pour le succès de la culture.
Son exigence vis-à-vis du climat se situe principalement autour de la floraison au printemps et en été. En effet, l'excès d'eau favorise le développement végétatif au détriment de la fructification. Inversement, après la floraison, un déficit d'eau excessif se traduit par l'échaudage des graines et même la chute des jeunes gousses. C'est à ce stade qu'un apport d'eau est préconisé, en année particulièrement sèche.
L'irrigation en cours de culture est peu fréquente dans les bassins du centre et de l'ouest. Dans le sud, une irrigation d'appoint peut être nécessaire. Son pilotage peut se faire grâce à des mesures tensiométriques à 60 cm, avec un déclenchement à 140 cbars. Le bilan hydrique ou l'observation visuelle (début de défoliation) sont d'autres méthodes de déclenchement. La dose élémentaire conseillée est d'environ 30 à 40 mm. Le retour en eau, très rare, correspond à un déficit de 140 mm soit environ 23 jours chauds sans pluie (ETP de 6 mm). Il est calculé, depuis l'irrigation précédente, en cumulant l'ETP journalière retranchée des pluies.
Protection de la culture : maladies, ravageurs et pollinisateurs
La protection de la luzerne contre les maladies et les ravageurs, ainsi que l'assurance d'une pollinisation efficace, sont des facteurs déterminants pour le rendement grainier.
Maladies de la luzerne
La maladie la plus préjudiciable et que l'on retrouve assez régulièrement est la rouille (Uromyces striatus). Elle est caractérisée par des pustules rougeâtres sur la face inférieure des feuilles et est rencontrée principalement dans le sud, le plus souvent au stade pleine floraison / gousses vertes jusqu'en fin de cycle. Elle peut provoquer une défoliation sévère en fin de cycle.
D'autres maladies du feuillage existent, dont le complexe parasitaire maladie des taches communes (Pseudopeziza medicaginis), phoma (Phoma medicaginis), Stemphylium sp., Leptosphaerulina briosiana (pepperspot). Ces maladies peuvent être considérées comme secondaires par rapport à la rouille.
Ravageurs de la luzerne
Un grand nombre d'insectes nuisibles peut être présent dans la culture de luzerne, à des périodes différentes. Il existe peu de moyens de lutte contre les ravageurs de la luzerne porte-graine en agriculture biologique. Une précoupe un peu plus tardive permettra de gérer les premières arrivées. La présence d'insectes auxiliaires peut permettre de pondérer la pression des ravageurs. Les coccinelles, chrysopes et punaises nabis s'attaquent aux pucerons et larves de punaises. Les hyménoptères parasitoïdes agissent sur pucerons, punaises, tychius, phytonomes, apions et négrils. Une application de produit homologué en agriculture biologique peut être réalisée. La réglementation sur la protection des cultures évolue vite.
Le nématode D. dipsaci peut impacter la luzerne, notamment les années à climat humide. En cas d'attaque, la pousse végétative à la reprise est perturbée (entre-nœuds raccourcis) et la transmission aux semences est possible mais pas systématique. Les attaques, souvent par ronds, s'agrandissent chaque année, mais il existe des différences de sensibilité variétale. Le suivi des insectes ravageurs est préconisé pour procéder au choix de la date de précoupe. Des guides de reconnaissance des ravageurs et des auxiliaires, la méthode d'utilisation du filet fauchoir, etc., sont également disponibles.
Sur cultures installées, les campagnols peuvent générer d'importants dégâts et doivent être surveillés avec attention. Le travail du sol permet de limiter leur présence, grâce aux passages de vibroculteur ou autres outils qui bouleversent l'horizon superficiel. La prédation naturelle est aussi à favoriser avec la pose de perchoirs à rapaces.
La pollinisation : un partenariat essentiel
La pollinisation de la luzerne est entomophile. Les fleurs doivent être déclenchées afin de rendre accessible les étamines et le pistil à la pollinisation croisée. Les abeilles domestiques ne déclenchent que 2 à 10 % des fleurs visitées. Ainsi la pollinisation est principalement assurée par des abeilles sauvages terricoles ainsi que des espèces du genre Bombus (bourdons). La présence de pollinisateurs est indispensable afin d'assurer le rendement grainier. Il faut donc privilégier les petites parcelles, proches de sites de nidifications (bosquets, haies, talus, etc.).

La précoupe : un outil de gestion multifonctionnel
La précoupe est un fauchage précoce de la culture au printemps. Elle permet d'éviter une verse précoce et de régulariser la floraison. De plus, une végétation trop abondante induit une concurrence entre les tiges qui s'étiolent, ainsi qu'un accès aux fleurs plus difficile pour les pollinisateurs. La précoupe permet aussi de réduire la pression de certaines adventices.
La date de la précoupe est à raisonner en fonction de la région, du type de sol, de l'état hydrique et éventuellement de la présence de ravageurs. Elle peut être effectuée plus tardivement en présence de ravageurs (négrils, phytonomes) mais ne doit pas être trop décalée car cela pourrait, en année sèche, impacter le rendement grainier (maximum début juin). En situation sale, une double précoupe rapprochée permet de limiter le salissement mais la seconde ne doit pas être trop tardive.
Protéi-NA - Comment cultiver et récolter la luzerne ?
La récolte : optimiser le rendement grainier
La récolte de la luzerne porte-graine est une étape délicate qui demande une attention particulière pour minimiser les pertes et assurer la qualité des semences.
Méthode de récolte
La méthode de récolte à privilégier est l'andainage puis le battage. La récolte directe à la moissonneuse-batteuse est préconisée seulement lorsque les volumes de végétation sont faibles et les conditions très séchantes, sinon elle peut occasionner de fortes pertes de semences.
Stade de maturité et andainage
Il est essentiel d'intervenir au bon stade. La maturité est atteinte lorsque 80 à 85% des gousses sont brunes, à vérifier dans différents points de la parcelle. Le fauchage andainage peut être réalisé par une andaineuse automotrice, une andaineuse portée frontale ou à poste inversé ou par fauchage à plat. Les andains sont laissés à sécher entre 3 et 6 jours.
Battage et qualité des semences
Lors du battage, la teneur en eau de la graine doit être en dessous de 14%. La reprise de l'andain s'effectue lorsque les pailles sont sèches et bruissantes, avec la coupe de la moissonneuse-batteuse de type conventionnel ou axial, équipée de doigts releveurs ou avec un pick-up. La plaque d'ébarbage sera enlevée pour ne pas pénaliser la qualité germinative. En trémie, l'absence de graine cassée est signe de récolte optimale.
Le taux d'humidité pour cette production est de 12% pour un rendement optimal de 500 à 700 kg/ha.
Association avec d'autres cultures et gestion du fourrage
La luzerne peut être cultivée seule ou en association avec d'autres graminées, offrant ainsi des avantages supplémentaires. La façon dont le fourrage est géré après la récolte est également essentielle pour sa conservation et son utilisation.
Associations culturales
Le dactyle tardif et le brome conviennent l'un et l'autre pour une association avec la luzerne parce qu'ils épient à peu près au moment de la floraison de celle-ci. De plus, ces deux espèces de graminées fournissent des repousses appréciables en été et en arrière-saison. Grâce à l'association, la production est mieux répartie sur l'année : au début du printemps, la graminée fournit la plus forte part du rendement, alors qu'en été la luzerne prend le relais. De plus, le fourrage est mieux équilibré entre l'énergie et les matières azotées, ainsi qu'entre les différents minéraux (phosphore, calcium, sodium, manganèse, etc.). La récolte et la conservation du fourrage sont plus faciles que la récolte d'une luzerne "en pur" : le fanage est plus facile et la teneur en sucres est meilleure. Enfin, la luzerne, grâce aux nodosités présentes sur ses racines, fixe l'azote de l'air ; une partie de cet azote peut ensuite être récupérée par la graminée, ce qui représente une économie d'engrais appréciable.
Exploitation et conservation du fourrage
Selon les conseils du Gnis, la luzerne peut être distribuée en affouragement en vert, en foin ou en ensilage. Suite à une première coupe d'ensilage, elle peut être récoltée au rythme d'une coupe toutes les six semaines. Selon les cas, une luzernière peut produire trois à cinq coupes pendant trois à quatre années consécutives.
Il est important de ne pas épuiser la luzerne par des exploitations trop intensives qui pénalisent la durée de vie de la culture. Il est conseillé de laisser fleurir la luzerne au moins une fois dans l'année pour lui permettre de reconstituer des réserves (10 % de fleurs suffisent pour cela). Pour ne pas trop pénaliser la production de fourrage, il est préférable de plutôt laisser fleurir la troisième coupe qui est moins productive que les précédentes. La dernière exploitation de l'année peut être pâturée, mais de façon raisonnée car la luzerne est météorisante.
Pour l'ensilage, une faucheuse conditionneuse à rouleaux permet de récolter la luzerne en accélérant son ressuyage et en ménageant les feuilles. Les brins doivent être hachés finement afin de favoriser le tassement, la fermentation et l'appétence du fourrage. Il faut ajouter au fourrage un conservateur si le temps ne permet pas un véritable préfanage (viser 30 % de MS minimum). Celui-ci limitera l'échauffement et les moisissures.
Le foin est la récolte la plus délicate car les pertes peuvent être très importantes : jusqu'à 30 % du volume. En effet, les feuilles sont fragilisées par la fauche et la mise en andains. Elles contiennent pourtant la majeure partie de l'azote.
L'enrubannage de luzerne se conserve très bien à condition de l'avoir récoltée à au moins 50 % de MS. Les pertes à la conservation sont réduites par rapport à un ensilage et la perte de feuilles due au séchage est moins importante qu'avec un foin. Sa valeur énergétique est donc supérieure à une récolte en foin.

Choisir sa variété de luzerne
Le choix de la semence de luzerne a toute son importance pour réussir sa culture. C'est pourquoi le semencier Barenbrug propose un catalogue étoffé de plusieurs variétés adaptées à de multiples situations.
Il existe deux types de luzernes : les types nord, les plus utilisées et adaptées aux conditions climatiques des régions du nord de la France, et les types sud, sensibles au froid mais avec une pousse plus étalée sur l'année. Les luzernes de types nord seront plus adaptées pour faire du stock et les types sud pour de l'enrubannage et du pâturage.
Les variétés de luzernes se classent également selon leur dormance : de 3,5 à 6, il s'agit plutôt de luzernes destinées à la déshydratation, tandis que les indices entre 6 et 8 s'orientent plus vers une consommation pour l'élevage. Le choix de la variété se base ensuite sur sa résistance aux ravageurs et maladies (nématodes, verticilliose), ainsi qu'au froid et à la verse. Un outil en ligne du Gnis vous aide à choisir vos variétés de luzerne.
Les variétés de type Flamande représentent l'essentiel des productions avec une tolérance au froid reconnue. Dès que la température s'élève et surtout dès que les jours rallongent, les luzernes de type flamande donnent des tiges et une bonne première coupe. La France, reconnue dans le monde pour sa filière qualité semence, produit plus de 22 000 Ha de Luzerne Porte Graine (Flamande majoritairement et Méditerranéenne (bordure méditerranée)).