L'arum, souvent appelé calla ou Lys Calla, est une plante rhizomateuse d'une grande élégance, prisée pour ses fleurs en forme de calices. Bien que le terme "arum" soit communément utilisé, il est important de noter que le genre le plus souvent cultivé par les jardiniers est en réalité le Zantedeschia, en raison de la ressemblance de ses fleurs avec celles du véritable arum botanique. Originaires des régions chaudes d'Afrique du Sud, ces plantes s'épanouissent généralement au bord des ruisseaux et des pièces d'eau, appréciant les zones fraîches à humides. Leur culture, qu'elle soit en pleine terre ou en pot, requiert une attention particulière aux besoins en eau et aux spécificités de chaque variété.

Distinctions botaniques et variétés courantes
Le nom vernaculaire "arum" recouvre en fait des dizaines de genres différents pour le botaniste. Au sens strict, les "vrais" arums, ou gouets, appartiennent au genre scientifique Arum qui compte 26 espèces. En France, on rencontre notamment l'arum maculé (Arum maculatum) et l'arum d'Italie (Arum italicum). Ces espèces présentent une structure d'inflorescence très reconnaissable : un grand cornet membraneux coloré, appelé spathe, et une sorte de massue charnue émergeant au centre, le spadice.
Cependant, les arums des jardiniers sont le plus souvent des Zantedeschia. Le plus courant, le plus rustique et le plus facile à cultiver est l'arum d'Éthiopie blanc (Zantedeschia aethiopica). Il présente de grandes feuilles en forme de pointe de flèche, vert foncé, très décoratives, et de belles fleurs composées d'un grand spathe blanc d'environ 20 centimètres, pouvant atteindre jusqu'à 60 voire 70 centimètres de hauteur selon les variétés.
D'autres arums colorés, souvent des hybrides de Zantedeschia rehmanii, ont une végétation plus compacte. Leur feuillage est vert, plus ou moins moucheté d'argent, et leurs fleurs sont de taille moyenne, avec des spathes richement et diversement colorés dans les tons de rose, de jaune, d'orangé, de pourpre et de lavande, parfois bicolores. Parmi ces variétés, on trouve l'arum 'Mango' (callas orange), l'arum 'Florex Gold' (callas jaune), les hybrides 'Rehmannii' (callas rose) et l'arum 'Odessa' (floraison pourpre foncé).
La grande différence entre les arums blancs et les arums colorés réside également dans leurs systèmes racinaires et leur rusticité. Les arums blancs ont des racines charnues, tandis que les seconds possèdent plutôt des "bulbes" ronds. Les arums blancs (Zantedeschia aethiopica) sont plus rustiques, supportant jusqu'à -10 °C voire -15 °C, tandis que les arums de couleur sont gélifs et nécessitent une protection hivernale.

Culture et exigences de l'arum
Les arums, qu'ils soient blancs ou colorés, fleurissent en vagues successives de mai/juin à septembre, voire octobre. Pour une floraison abondante et une croissance optimale, plusieurs conditions doivent être réunies.
Choix de l'emplacement et plantation
Les arums apprécient une situation lumineuse mais non brûlante, chaude et protégée des courants d'air froids. Étant gourmands, ils nécessitent un sol profond, fertile et humifère qui reste frais, voire humide, pendant la période de végétation. C'est pourquoi l'arum blanc, considéré comme une plante semi-aquatique dans son milieu naturel, se cultive aisément en bordure de bassin, ou même les pieds dans l'eau d'une berge jusqu'à une profondeur de 20 à 30 centimètres.
La plantation des bulbes de l'arum blanc se fait de septembre à décembre. Il est recommandé de travailler le sol en profondeur, l'ameublissant sur la profondeur d'une bêche, et d'y ajouter une à deux pelletées de compost bien décomposé ainsi que du terreau en cas de terre trop argileuse. Cela assure une bonne réserve en nourriture et une meilleure aération. Les bulbes doivent être enterrés à 15/20 centimètres de profondeur et espacés de 30 centimètres les uns des autres (40 cm pour l'arum blanc). Après la plantation, tassez légèrement la terre et arrosez copieusement.
Pour les arums de couleurs, moins rustiques, la plantation en pleine terre s'effectue une fois les risques de grosses gelées passés, généralement de février à mai. Ils préfèrent également le plein soleil et conservent une attirance pour les terres riches et fraîches. Pour gagner du temps sur leur culture, il est possible de les planter en pot au début du printemps et de les laisser au chaud et à la lumière avant de les sortir en plein air en mai.
Arrosage et fertilisation
Pendant toute la période de végétation, il faut maintenir la terre humide par des arrosages réguliers et abondants. En effet, un arum privé d'eau aura du mal à fleurir. En période de sécheresse prolongée, un arrosage très local et en quantité trop faible ne suffit pas ; il est nécessaire d'arroser généreusement pour que l'eau atteigne les couches profondes du sol. Pour les plantes cultivées en pots, l'humidité constante est particulièrement cruciale.
Un apport d'engrais est également essentiel pour soutenir la croissance et la floraison. Tous les 15 jours, de mai à la fin de la floraison, ajoutez un engrais liquide spécial bulbes ou plantes fleuries à l'eau d'arrosage, surtout pour les plantes cultivées en pots.
Jardin de Louis je cultive les arums LC VIDEO
Entretien et hivernage
Pour prolonger la floraison, il est conseillé d'ôter régulièrement les fleurs fanées, ce qui évite la formation précoce de graines.
L'hivernage varie selon la rusticité des espèces. L'arum blanc peut rester en place dans la plupart des régions si une protection hivernale est installée. Il faut pailler les bulbes d'une couche de feuilles mortes ou de paille, en ajoutant un voile d'hivernage, pour les préserver du gel. En cas d'hiver doux et de reprise du feuillage, une protection supplémentaire du feuillage est recommandée. En automne, il faut laisser les feuilles de l’arum ou calla devenir jaunes avant de considérer l'hivernage.
Pour les arums de couleurs, qui sont gélifs, il est préférable de déterrer les rhizomes en automne dès que le feuillage est grillé par les premières gelées. Après avoir retiré les bulbes de terre à la fourche à bêcher, enlevez le surplus de terre et les restes de feuillage. Laissez sécher les bulbes au soleil (ou "ressuyer") avant de les ranger dans un endroit sec et frais, comme une boîte en carton style chaussures à la cave ou au garage. Cela leur fournit une période de repos bien marquée jusqu'au printemps suivant où ils pourront être replantés. Cependant, si vous habitez une région méridionale, le littoral atlantique ou la Bretagne, vous pouvez les laisser en terre. Les potées d'arums colorés doivent être mises à l'abri dans un local hors gel, sans les arroser, pour créer une période de repos totale.
Multiplication des arums : semis et division
La multiplication des arums peut se faire par semis de graines ou par division des rhizomes. La division est généralement la méthode la plus simple et la plus fiable.
Division des rhizomes
Au bout de quelques années, les bulbes se sont considérablement développés. La division est un excellent moyen de multiplier vos plants et de rajeunir les touffes. Il suffit de diviser les touffes au début du printemps, en séparant les bulbes en plusieurs morceaux, chacun muni d'au moins un ou deux bourgeons. L'important dans cette opération est que le couteau à bouture soit parfaitement désinfecté. Laissez sécher les éclats quelques jours avant de les planter, pour qu'ils puissent cicatriser.
Semis des graines
Bien que les semis ne soient pas toujours couronnés de réussite, il est tout à fait possible d'essayer de semer les graines d'arum pour multiplier vos plants. Cependant, vous ne verrez pas de fleurs avant la deuxième année au mieux, mais plutôt à partir de la troisième.
Les Callas ou Arums qui se développent au jardin produisent leur système de reproduction (graines) au fur et à mesure que les fleurs se fanent. La plante produit des gousses à l'intérieur des fleurs, et à l'intérieur des gousses se trouvent les graines. Il faut maintenir les graines sur la tige florale le plus longtemps possible pour les laisser arriver à maturité. La couleur des graines évolue jusqu'à devenir noires ou marron très foncé ; c'est à ce moment-là qu'il faut les récupérer. Des graines jaunes peuvent indiquer un type de Zantedeschia particulier.
Une fois récoltées, un bon moyen de garder les graines est de les placer dans une boîte type Tupperware mise au frigo, à garder au sec. Pour la germination, il faudra débarrasser la graine de son enveloppe extérieure qui peut contenir des produits anti-germinatifs. Chardon91, par exemple, mentionne cette étape cruciale. Les graines peuvent ensuite être semées dans du terreau de semis humide, sans excès.
Certaines variétés d'hibiscus d'extérieur, dont les graines tombent et germent naturellement, suggèrent qu'il faut les faire passer l'hiver dehors pour les "stratifier". Le mieux, dans ce cas, est de les mélanger à du sable grossier et de les mettre dans un contenant où l'eau peut s'écouler (genre pot à faisselle), éventuellement dans un châssis froid. Pour les hibiscus annuels, le semis se fait à l'intérieur fin mars en godet après avoir fait tremper les graines deux jours. Ces techniques de stratification ou de trempage peuvent être adaptées aux arums si des difficultés de germination sont rencontrées.
Certains jardiniers, comme l'ami de tigri, ont la chance de voir leurs graines germer simplement en les jetant dans un coin du jardin, sans autre soin. Cela souligne la variabilité des résultats et l'importance des conditions locales.
Écologie de la pollinisation des arums
La structure florale complexe des arums est une adaptation remarquable pour la pollinisation, principalement par duperie. L'inflorescence en cornet fermé fonctionne comme un piège à pollinisateurs, attirant des insectes qui se retrouvent temporairement piégés dans la chambre florale.

Le piège à insectes et la thermogenèse
Les arums attirent des mouches et des moucherons en imitant l'odeur et l'aspect des sites de reproduction de ces insectes, qui pondent sur des matières en décomposition pour nourrir leurs larves. La floraison de l'inflorescence est accompagnée d'un processus bien connu chez les Aracées : le dégagement de chaleur ou thermogenèse. Cette chaleur provient d'un accroissement de la respiration cellulaire, détournée vers une émission de chaleur.
Un jour avant l'ouverture complète de la spathe, les fleurs mâles libèrent une première "bouffée de chaleur", faisant monter la température dans la chambre de plus de 7°C au-dessus de la température ambiante. Le lendemain, la spathe s'entrouvre tandis que les fleurs mâles émettent un second pic de chaleur plus important (11°C en plus). Puis, dans l'après-midi, un troisième pic de chaleur majeur apparaît, un vrai coup de chaud (+19°C), qui affecte cette fois le spadice, la massue terminale qui se trouve désormais hors de la spathe ouverte. Ce spadice libère alors des composés volatiles, dont de l'éthanol, du diméthyloctadiène et du méthyl butyrate, créant un cocktail dégageant une odeur d'urine et de matières en décomposition, qui attire les insectes pollinisateurs.
Les pollinisateurs et le cycle de la fécondation
Des études détaillées, comme celles menées sur des pieds fleuris d'arums d'Italie dans la région de Toulouse, ont permis de déterminer les visiteurs attirés par ce piège odorant. À 87%, ce sont des diptères, des mouches ou moucherons, principalement des Psychodidés, de petits moucherons très velus. Leurs larves vivent dans les eaux usées chargées en matière organique en décomposition, ce qui explique leur attirance pour l'odeur de l'arum.
Ces insectes sont attirés au cours de la première journée de floraison, au moment du coup de chauffe du spadice. Ils entrent par l'ouverture du cornet en se faufilant entre les filaments du cercle supérieur. À ce moment-là, seules les fleurs femelles sont mûres et réceptives. Ainsi, si ces moucherons ont auparavant visité une autre inflorescence d'arum et transportent du pollen extérieur, ils le déposeront sur les stigmates des fleurs femelles en circulant dans la chambre florale. L'ambiance chaude et sucrée de la chambre les incite à y séjourner plusieurs heures, voire plus d'une journée complète, sans toutefois leur apporter ni nourriture ni site de ponte.
Pendant ce temps, les fleurs mâles mûrissent et commencent à libérer leur pollen, tandis que les fleurs femelles ne sont plus réceptives. Les insectes peuvent alors prendre en charge du nouveau pollen. Chaque épi floral d'arum d'Italie compte en moyenne une soixantaine de fleurs femelles, chacune contenant environ cinq ovules. Potentiellement, une inflorescence pourrait donc produire plus de 300 graines si tous les ovules étaient fécondés. En réalité, seulement 66% des fleurs femelles se transforment suite à la pollinisation, et un nombre important d'infrutescences avortent en cours de route, ce qui est classique chez les Aracées. La pollinisation ne semble donc pas être le facteur limitant ; la plante doit produire ses fruits en puisant dans les réserves du rhizome, déjà bien entamées par la poussée des feuilles et la production des fleurs.

Problèmes et toxicité de l'arum
En règle générale, les arums ne sont pas sujets aux maladies. Cependant, ils peuvent parfois être envahis par les pucerons et éventuellement les thrips. Le thrip a tendance à se développer si l'emplacement des arums est sec. Il est donc important de maintenir une petite humidité à leur pied. En cas d'invasion importante de thrips, une douche des plantes peut être efficace, ainsi qu'une pulvérisation d'une décoction d'ail pour les éloigner. Laisser les coccinelles se régaler des pucerons au printemps est une solution naturelle.
Il est impératif de souligner que toutes les parties de l'arum sont toxiques pour l'humain et l'animal. Le contact simple avec la peau ou les muqueuses peut provoquer des réactions inflammatoires. Ingérées, les graines et même les feuilles peuvent créer des troubles digestifs, des problèmes cardiaques, et dans des cas rares et graves, provoquer la mort selon la quantité ingérée. La littérature décrit des cas où des troubles cardiaques graves ont été observés.
Les arums produisent de belles baies orange qui peuvent être très attirantes, notamment pour les enfants qui pourraient les prendre pour des bonbons. Il est donc crucial d'être extrêmement attentif et de porter des gants pour manipuler les arums. Pour les arums blancs, il est recommandé de supprimer les spathes fanées pour éviter la formation de ces graines orangées et ainsi réduire les risques d'ingestion accidentelle par les enfants.
Associations et usages au jardin
L'arum, avec sa floraison blanc pur ou vivement colorée valorisée par un ample feuillage vert brillant, offre une note élégante et exotique au décor du jardin ou du balcon.
Les arums sont des plantes à bulbes idéales pour la réalisation de massifs fleuris. Ils s'associent très bien à de nombreuses plantes annuelles et peuvent être plantés en bordures et massifs de plantes vivaces. L'arum blanc, étant semi-aquatique, s'associe très bien aux lupins, aux delphiniums, aux fuchsias, aux hémérocalles et aux pivoines. Il est également parfait comme plante de berge, immergé à 10-20 cm de profondeur. Près de rosiers anciens aux roses romantiques et de campanules à fleur de pêcher, les arums blancs rappellent les bouquets de mariée par leur élégance et leur pureté.
Les arums colorés, plus compacts, forment de jolies bordures et de belles potées fleuries. Pour un décor exotique, ils peuvent être associés à des bambous, bananiers nains, mini-palmiers. Le contraste est saisissant avec les agapanthes, elles aussi amatrices de lumière et de chaleur.

L'arum 'Palaestinum' est un très bel arum noir, aux fleurs noires, originaire de Syrie, du Liban et de la Palestine. Il a une odeur très agréable, dont on dit qu'elle ressemble à celle d'un fruit. Il pousse sur des coteaux secs et les bords des champs cultivés et se plaît dans un jardin bien drainé, prenant des proportions importantes avec un bon arrosage et du soleil (50 cm x 50 cm).