La mâche, également connue sous le nom scientifique de Valerianella locusta, appartient à la famille des valérianacées (ou Caprifoliaceae). Il s'agit d'une des cultures les plus faciles, pour un légume-feuille savoureux et délicat, riche en vitamines, sels minéraux et en fer. Plante de saison froide par excellence, elle est une alliée précieuse des jardiniers et des maraîchers, offrant une production hivernale et de début de printemps particulièrement appréciée pour sa finesse gustative.

Diversité des variétés et caractéristiques botaniques
Le monde de la mâche se décline en une multitude de variétés, chacune possédant des spécificités morphologiques et des comportements de croissance distincts. Voici quelques-unes des variétés les plus représentatives :
- Baron : Se distingue par ses larges feuilles rondes d’un intense vert foncé.
- Elan : Présente de grosses feuilles rondes, avec des nervures bien visibles et une couleur vert clair caractéristique.
- Granon : Une variété dont la croissance est rapide. Elle offre une feuille ronde et allongée, avec un port légèrement dressé et forme une belle rosette dense.
- Verte de Cambrai : Plante à port plat, il s'agit d'une variété tardive aux feuilles larges vert foncé.
- Vit : Connue pour sa croissance spécialement rapide et son port dressé. Elle produit de belles feuilles ovales épaisses et vert foncé, d'une excellente qualité gustative.
- Gala : Cette variété vigoureuse et rustique produit de belles rosettes de feuilles vert foncé, tendres et savoureuses. Elle est particulièrement appréciée pour sa résistance au froid et sa bonne tenue à la récolte.
Il existe deux espèces cultivées principales : Valerianella locusta, la plus commune, et Valerianella eriocarpa, qui est plus délicate et principalement cultivée en Italie et dans le sud de la France. La mâche pousse également à l'état sauvage en Europe, une donnée importante à considérer pour la préservation de la pureté variétale.
Enjeux de la culture en zone méditerranéenne
Dans le Sud-Est de la France, la mâche constitue une culture de diversification essentielle en hiver sous abri pour les maraîchers bio. Elle permet d'assurer une rotation des familles, en alternance avec les cultures de salade, d’épinard ou de persil. Un avantage majeur de cette espèce est qu'elle n'est pas sensible aux nématodes à galles (Meloidogyne).
Cependant, bien que très peu de ravageurs attaquent la mâche, les risques de maladies fongiques sont assez importants. Des pathogènes tels que le Phoma, le Sclerotinia, le Rhizoctonia ou l’oïdium peuvent réduire le rendement potentiel et allonger le travail de récolte. Le type variétal privilégié dans cette région est celui des mâches à « petites graines », dont les feuilles petites et rondes correspondent davantage à la demande du marché que les variétés à grosses graines, dont les feuilles sont très longues.

Techniques de plantation et gestion des densités
Contrairement au Val de Loire, où le semis direct est la norme, la mise en place dans le Sud-Est se fait souvent avec des plants en motte (type salades). On utilise généralement six graines par motte, plantées sur paillage plastique à une densité variant de 28 à 44 plants par mètre carré.
Les essais menés par le Groupe de recherche en agriculture biologique (Grab) ont permis d'affiner les densités optimales :
- Avec un paillage classique : Une densité de 32 plants par mètre carré (espacement de 12,5 cm sur la ligne) offre le meilleur compromis. Elle assure un rendement supérieur à la densité de 28 plants par mètre carré. Au-delà, le rendement n'augmente pas et les risques de Sclerotinia sont accrus.
- Avec un paillage « spécial mâche » : Une forte densité de 44 plants par mètre carré est possible sans incidence sanitaire négative, permettant un gain de rendement notable.
Le rendement est variable. À 32 plants par mètre carré, il oscille entre 1 kg et 1,8 kg par mètre carré selon les conditions et la durée de culture.
Sensibilité aux conditions climatiques
La mâche est une plante sensible aux à-coups climatiques. En condition de forte chaleur, on observe souvent des désordres de croissance, tels que des feuilles en cuillère et des risques de montaison précoce. À l'inverse, en conditions gélives, si les températures descendent durablement en dessous de -5 °C, des nécroses et des crispations du feuillage apparaissent. Le choix de la variété est donc crucial pour limiter ces problèmes.
Semis de Mâche : COMMENT et QUAND semer de la mâche ??!
Sélection variétale : résultats des essais techniques
Toutes les variétés disponibles sont des variétés populations ; il n’existe pas d’hybrides F1. Les essais du Grab, réalisés sur plusieurs années, ont permis de classer les variétés selon leur intérêt pour la production hivernale :
- Trophy (Clause) : La variété la plus intéressante sur les trois créneaux testés. Elle associe un bon rendement, une belle présentation et une bonne tolérance à la montaison.
- Gala : Proche de Trophy et disponible en semence biologique, elle présente cependant des feuilles très ternes lors des récoltes tardives.
- Calarasi (Rijk Zwaan) : Possède un bon potentiel de rendement avec une feuille foncée et brillante, mais reste sensible à la montaison en fin de cycle.
- Variétés peu adaptées : Des variétés comme Vit, Baron et Granon, bien que classiques, sont souvent moins performantes en production hivernale sous abri, avec des feuilles parfois ternes ou crispées.
Multiplication et production de semences
La mâche est une plante autogame : les fleurs sont hermaphrodites et autopollinisatrices. Toutefois, un risque de pollinisation croisée existe entre différentes variétés via les insectes. Pour garantir la pureté variétale, il est conseillé de laisser 50 mètres entre deux variétés, distance pouvant être réduite à 30 mètres en présence d'une barrière naturelle comme une haie.
Cycle de vie et récolte des graines
Pour produire ses propres semences, il faut cultiver la mâche comme pour la consommation, en semant tôt à l'automne. La plante hiverne, fleurit et produit des graines au printemps. Il est recommandé de cultiver au moins 50 plants pour assurer une diversité génétique suffisante. Aucun prélèvement de feuilles ne doit être effectué sur ces plants.
La récolte des semences demande une observation rigoureuse :
- Maturité : Les graines mûrissent lentement et tombent facilement. Il est idéal d'attendre que la moitié des graines soient mûres.
- Séchage : Étalez les plants sur une bâche dans un endroit sec et ventilé pendant 2 à 3 semaines. Évitez les tas trop épais pour prévenir tout échauffement.
- Extraction et tri : Frottez les plants secs pour extraire les graines. Utilisez des tamis de différentes tailles pour éliminer les débris, puis pratiquez un vannage (par exemple avec le vent) pour finaliser le nettoyage.
Conservation et dormance
Les semences de mâche présentent une dormance naturelle de deux mois. Leur taux de germination est optimal après un ou deux ans. Il est conseillé de conserver les sachets avec une étiquette précisant le nom, la variété et l'année. Un passage de quelques jours au congélateur permet d'éliminer les parasites. La capacité germinative moyenne est de cinq ans, une durée qui peut être prolongée par un stockage au froid.