Le pois chiche (Cicer arietinum L.) est une légumineuse robuste, reconnue pour sa remarquable résistance à la sécheresse et sa capacité à valoriser les sols superficiels. Cette plante à port dressé, mesurant généralement de 40 à 80 cm de hauteur, produit des gousses renfermant en moyenne deux graines. Dans le contexte de l'agriculture biologique, les surfaces de multiplication du pois chiche connaissent une augmentation significative ces dernières années, témoignant de son intérêt croissant pour la résilience des systèmes agricoles.

Exigences pédoclimatiques et environnementales
Le succès de la culture du pois chiche repose sur une compréhension fine de ses besoins physiologiques. Bien qu'il soit une espèce peu exigeante, certains facteurs environnementaux peuvent perturber son développement.
Sol et conditions de culture
Le pois chiche ne tolère ni les sols hydromorphes, ni les sols froids ou tassés, qui ralentissent considérablement sa levée et sa croissance. Une structure de sol aérée est cruciale : la levée et la mise en place des nodosités sont facilitées dans un sol non tassé. Un passage de charrue ou de décompacteur est donc préconisé, suivi d’un outil à dents ou à disques pour ameublir le sol en surface.
En ce qui concerne la nutrition azotée, le pois chiche dépend de bactéries du genre Rhizobium (notamment Mesorhizobium ciceri et M. mediterraneum). Il est important de noter que les sols acides et sableux ne sont pas favorables au développement de ces bactéries essentielles. Sous des climats océaniques, continentaux et en montagne, dans les terres se ressuyant mal, les conditions risquent d’être trop humides pour le pois chiche, surtout si la fin du printemps est bien arrosée. Sous ces climats, tentez sa culture seulement en sol drainé et bien exposé. C’est vraiment dans les conditions méditerranéennes que le pois chiche se plaît le mieux.
Température et cycle végétatif
Le cycle du pois chiche s’étend sur 5 à 7 mois. La température optimale pour la germination est de 12°C, bien qu'une température du sol supérieure à 7°C suffise pour la levée. Le pois chiche est très bien adapté au réchauffement climatique et notamment à l’augmentation des périodes de sécheresse, ce qui en fait une légumineuse de choix pour remplacer le haricot sec dans de nombreuses régions.
Techniques de semis et implantation
La mise en place de la culture nécessite une planification rigoureuse, notamment concernant la densité et la profondeur.
Périodes et méthodes de semis
Selon les régions, la date de semis s’étend de la mi-décembre à la mi-avril. Un semoir monograine ou un semoir à céréales peuvent être utilisés, avec une densité à adapter en fonction du matériel. L’objectif de levée est de 50 plantes/m². Il est conseillé de semer à 4-5 cm de profondeur, voire 6 cm en cas de semis précoce.
L'utilisation d'un semoir à céréales peut provoquer des pertes de pieds dues à un mauvais positionnement ou à la casse des graines, ce qui se traduit par une pression accrue des adventices dans les zones de levée plus faible. La période de semis ne permet généralement pas de réaliser de faux semis, sauf en cas de semis tardif en avril, car les adventices germent peu en hiver. Le semis tardif présente l'avantage d'induire une levée rapide, permettant à la culture de mieux concurrencer les adventices tout en facilitant les passages d'outils de désherbage mécanique dans des conditions plus sèches.

Fertilisation et gestion de la croissance
La culture du pois chiche ne nécessite généralement pas d’apport d’azote, grâce à sa symbiose avec les Rhizobium.
- Gestion de l'azote : Un apport peut être préconisé au stade 6 feuilles uniquement dans les zones récentes de production (nord Loire) et en l’absence de nodulation (excroissances rondes de couleur rose si fonctionnelles).
- Phosphore et potasse : Il est conseillé de ne pas apporter de phosphore ni de potasse, car les fertilisants phosphorés utilisables en agriculture biologique contiennent également de l’azote qui empêchera la nodulation. En sol vivant, les besoins sont couverts par la dynamique du sol, bien que certains préconisent 50 unités de phosphore et 80 unités de potasse pour sécuriser le rendement en sols moins riches.
Protection des cultures : maladies et ravageurs
La gestion sanitaire est primordiale pour garantir la qualité de la production, particulièrement en multiplication de semences.
Maladies fongiques
L’ascochytose et la fusariose sont les deux principales maladies fongiques. L’ascochytose s’exprime par des taches brunes nécrotiques sur les feuilles, tiges et gousses. Elle est transmissible par les semences et se conserve dans les résidus de culture. Pour limiter les risques, un délai de 4 à 5 ans entre deux cultures de pois chiche est indispensable. Des études ont montré que l’on diminue le risque d’ascochytose en implantant une culture à plus d’un kilomètre d’une parcelle contaminée l’année précédente.
Ravageurs
- Héliothis : Cette noctuelle est le principal insecte ravageur. Les larves se développent dans les graines. L'utilisation d'insecticides de biocontrôle à base de Bacillus thuringiensis (Bt) ou de virus de la polyhédrose nucléaire est efficace sur les œufs et les premiers stades larvaires.
- Mouche mineuse : Rencontrée principalement dans le sud de la France, ses larves creusent des galeries dans les feuilles. Le niveau de pression est estimé à fort lorsque plus d’un tiers des feuilles d’une plante sont attaquées.
- Défenses naturelles : Le pois chiche possède une résistance naturelle aux ravageurs grâce à l'acide malique sécrété par ses feuilles, une substance qui peut être irritante pour la peau humaine.
Désherbage mécanique
Récolte et post-récolte
La récolte s'effectue généralement de mi-juillet à mi-août. Le pois chiche étant une plante à croissance indéterminée, il peut refleurir en année humide.
Étapes de la récolte
Les gousses doivent être brisantes et les graines doivent « sonner » à l’intérieur. L’humidité des graines à la récolte doit idéalement se situer autour de 15%. Il est indispensable de régler correctement sa moissonneuse-batteuse : le régime batteur doit être au minimum, avec un serrage de 20 mm à l’avant et 10 mm à l’arrière.
En présence de trop fortes adventices ou de volumes de végétation importants, l'andainage est pratiqué. L'andain est alors laissé à sécher entre 3 et 6 jours avant le battage, avec une teneur en eau des graines pouvant monter jusqu'à 25%.
Post-récolte
Les graines de pois chiche sont sensibles à la manipulation ; l’utilisation d’un tapis transbordeur est recommandée pour limiter les chocs. La température du lot doit être abaissée sous les 20°C pour assurer une conservation optimale. Pour la certification des semences, il est conseillé de se référer à la convention type de multiplication ou de contacter les organismes compétents comme la FNAMS ou SEMAE.
Aspects culinaires et biodiversité
Au-delà de son intérêt agronomique, le pois chiche est une ressource nutritionnelle majeure. Dans la Grèce d’Homère, il était déjà consommé lors des banquets. Lorsqu’il est sec, le pois chiche nécessite 12 à 16 heures de trempage et environ 1 heure de cuisson. Il est possible de récolter une partie de la production en frais, lorsque les gousses sont encore bien vertes. La culture du pois chiche participe activement à la biodiversité cultivée, offrant une alternative protéinée essentielle dans un système alimentaire durable.