Le Drippygate : Comprendre la dynamique naturelle de l’après-coït

Le corps humain est un amas de tubes qui transportent toutes sortes de liquides : sang, sueur, larmes, sperme, liquide céphalo-rachidien et pisse. Et bien sûr, tous ces liquides doivent rester en mouvement. Dan Savage, l’animateur du podcast, a d’ailleurs judicieusement nommé cette affaire « le Drippygate ». Tout a commencé quand un homme a appelé pour raconter son histoire de sperme qui dégoulinait du vagin de sa femme après le sexe, en ajoutant qu’il trouvait cela très sale. « Je ne sais pas exactement ce qui cause ce problème », a déclaré l’homme au bout du fil. « Est-ce que les muscles de son plancher pelvien ne sont pas assez toniques et elle devrait donc les entraîner ? Ou bien est-ce que chaque femme doit affronter ce phénomène et je ne l’ai jamais remarqué avant parce que j’étais trop saoul ou trop centré sur moi-même ? »

Schéma simplifié de l'anatomie génitale humaine illustrant le passage des fluides

La question de savoir si l’homme était trop centré sur lui-même ou non ne mérite même pas qu’on s’y attarde. Mais explorons ce Drippygate d’un peu plus près. « Du liquide s’écoule naturellement du canal vaginal, et il n’y a rien de mal à cela », explique Vanessa Martin, thérapeute spécialisée dans le sexe et les relations. « Il est vrai que le vagin est assez petit, mais ça reste une ouverture. Du liquide peut donc en sortir, que les muscles de votre plancher pelvien soient forts ou non. »

La physiologie du vagin face à l'éjaculation

« Le sexe chez les hétéros, c’est vraiment dégoûtant », a répondu Savage à l’homme paniqué. « Vous n’avez pas ce problème avec un anus. » L’anus est conçu pour garder les choses à l’intérieur. C’est le dernier butoir entre le tube digestif kilométrique et le monde moderne. L’anus doit rester bien fermé jusqu’à ce qu’il reçoive un signal indiquant qu’il peut se détendre. D’autre part, le vagin est conçu pour, entre autres, baiser et laisser sortir des bébés, en toute logique les choses doivent donc pouvoir y entrer et en sortir assez facilement. La nature est bien faite.

Le fait qu’un pénis puisse pénétrer dans les deux trous ne signifie pas pour autant que ces deux trous traitent le sperme de la même manière. Pourquoi cette information n’est-elle pas de notoriété publique ? Eh bien, il y a de grandes chances que le porno soit le coupable, au vu du rôle que joue le sperme dans le X. La jouissance se produit principalement à l’extérieur du corps plutôt qu’à l’intérieur, probablement en partie parce que c’est la seule manière de réellement prouver que l’orgasme est atteint. L’éjaculation est d’ailleurs devenu une spécialité à part entière dans le milieu, mieux connue sous le nom de « creampie ». Parce que c’est super évident qu’un vagin dont s’écoule du sperme ressemble à un gâteau à la crème.

Analyse biologique de l'éjaculat : composants et transformation

L'éjaculat est constitué par le mélange des sécrétions provenant du testicule, de l'épididyme, des vésicules séminales, de la prostate, ainsi que des glandes de Littre et bulbo-urétrales de Cowper, au sein desquelles baignent les spermatozoïdes. L'éjaculat normal est un fluide faiblement visqueux qui a une couleur opaline. Il coagule peu après son émission et se liquéfie en 10 à 30 minutes.

Au coeur des organes : Le fonctionnement du testicule

L'éjaculation normale se décompose en plusieurs étapes. Tout d'abord, une stimulation génitale ou extragénitale provoque l'excitation d'un centre médullaire situé entre T10 et L2 qui met en oeuvre l'arc réflexe d'émission spermatique. Cette émission consiste en l'arrivée des différents constituants dans la chambre de pression formée dans l'urètre prostatique. L'ensemble des sécrétions s'accumule dans le sinus prostatique jusqu'au moment de l'expulsion. Celle-ci est réalisée grâce à la relaxation intermittente du sphincter strié qui permet le passage du sperme dans l'urètre bulbaire et aussi grâce à la contraction rythmique des muscles du plancher pelvien, bulbo-caverneux et ischio-caverneux.

La fraction pré-éjaculatoire survient au moment de la phase d'excitation sexuelle. Les sécrétions proviennent des glandes de Cowper et de Littre qui sembleraient jouer un rôle de lubrification pour l'écoulement du sperme. La fraction préliminaire provient des glandes prostatiques et contient des enzymes qui permettront la liquéfaction de l’éjaculat. La fraction principale est constituée par le mélange des sécrétions prostatiques et des vésicules séminales. Ce mélange est réalisé dans l'urètre intra-prostatique au cours de la phase d'émission. Les sécrétions des vésicules séminales et de la prostate sont plus particulièrement impliquées dans la formation du coagulum séminal, dans la modification de la mobilité des spermatozoïdes et dans l'immunosuppression. La fraction terminale est constituée des sécrétions des vésicules séminales et est plus fluide.

Fonctions du plasma séminal et réalité biologique

Le sperme a donc une constitution hétérogène qui se modifie au cours de l'éjaculation. L'expulsion s'effectue en 4 à 6 fractions et les deux tiers des spermatozoïdes sont contenus dans la première moitié de l'éjaculat. Les fonctions du plasma séminal sont multiples. Il exerce un rôle mécanique lors du coït, il stabilise la membrane du spermatozoïde et modifie sa mobilité, sa condensation nucléaire, sa congélabilité et masque les antigènes de surface. Le plasma séminal a également une action sur les voies génitales féminines en inhibant les réactions immunitaires et en stimulant le péristaltisme tubaire pour accélèrer la remontée des spermatozoïdes. Toutes les composantes du plasma séminal doivent être présentes pour que ces différentes activités s'expriment.

Il est important de rappeler que le sperme va couler, c’est sûr. La vitesse sera fonction de l’interaction entre le vagin et le liquide. La substance du sperme joue aussi un rôle : plus la semence est liquide, plus vite elle va s’écouler. Attention, un sperme hyper aqueux peut aussi être la conséquence d’une prostate hyperactive. La mademoiselle je-sais-tout de l’Université Columbia, Go Ask Alice, recommande de porter une culotte lorsque vous allez aux toilettes après avoir fait l’amour. Ou alors, vous prenez votre courage à deux mains et acceptez simplement que le corps humain est ce qu’il est : un peu sale. Parce que le sexe, c’est sale quand vous le faites correctement.

Démystification du microchimérisme et des théories pseudo-scientifiques

Depuis plusieurs années, des internautes publient des enseignements sexistes en utilisant un vernis pseudo-scientifique qui voudrait que les femmes conservent l’ADN de leurs partenaires sexuels en elles. Si des cellules dites microchimériques existent réellement, il n’existe aucune preuve d’un échange lors d’un rapport sexuel. Le phénomène, bien connu depuis des années, comporte, comme chacune des étapes de la numérisation de nos vies, son lot de bons et de mauvais côtés. Pour coller à une vision particulière de la sexualité, il est d’usage d’utiliser un vernis pseudo-scientifique.

Des dizaines de publications font référence à une étude provenant « de l’Université de Seattle et du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson”. L’étude en question, “Male Microchimerism in the Human Female Brain”, a été publiée en 2012 dans le très sérieux journal scientifique Plos One. Pour bien comprendre, il faut revenir à des notions de base. C’est une sorte d’empreinte génétique personnalisée. “Normalement toutes les cellules de notre corps proviennent de la même cellule œuf qui s’est divisée au fur et à mesure : elles ont toutes la même signature unique, explique Lise Barnéoud, journaliste scientifique et autrice de l’ouvrage Les cellules buissonnières (Premier Parallèle, 2023). Mais d’où viennent ces cellules étrangères ?

Ce phénomène encore méconnu n’est étudié que depuis une trentaine d’années. La première, prouvée celle-ci, montre que certaines cellules peuvent passer du fœtus à la mère lors de la grossesse. Mieux encore, on pourrait même récupérer les cellules de nos frères et sœurs aînés qui sont passés avant nous dans le corps de notre mère. Face à la quantité de questions que ces découvertes posent, rien d’étonnant à ce que la science se soit intéressée à d’autres échanges que celui entre la mère et ses enfants. C’est dans ce contexte que la fameuse étude citée dans les publications a été réalisée.

Infographie comparant le transfert cellulaire réel (grossesse) vs mythe du transfert sexuel

Les chercheurs ont analysé le cerveau de femmes décédées pour déceler des cellules du sexe opposé. Sur 59 femmes, 37 d’entre elles (63 %) présentaient un microchimérisme mâle dans le cerveau. De cette étude, on peut dire que les cellules microchimériques peuvent franchir la barrière entre les vaisseaux sanguins et le système nerveux central (barrière hémato-encéphalique). Nathalie Lambert, biologiste et directrice de recherche à l’Inserm sur la question du microchimérisme et des maladies auto-immunes, est claire sur la question : “Il n’y a à l’heure actuelle aucune étude qui ait démontré que les femmes gardent l’ADN des cellules de leurs partenaires sexuels. Ainsi quand des internautes assurent avec autorité que “si vous avez des relations sexuelles avec un homme, son ADN vit en vous pour toujours. Une recherche menée par l’Université de Seattle aux États-Unis l’a prouvé” : c’est absolument faux. “Ce qui est incroyable avec ce sujet, c’est que tout le monde peut projeter ses fantasmes sur le microchimérisme, analyse Lise Barnéoud qui a enquêté un an sur le sujet. La question du contrôle du corps et des partenaires des femmes ne date pas d’hier. Les cellules microchimériques, loin de valider ce genre de croyance, sont une mine d’or de découvertes concernant les maladies auto-immunes.

En somme, après une relation sexuelle sans préservatif et après l’éjaculation dans le vagin, forcément, ça ressort ! Le sperme ne reste pas dans le vagin, mais va s’écouler en dehors de ce dernier. « Mec, c’est ta propre semence, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » Un auditeur a répondu : « Mec, c’est ta propre semence, pourquoi tu demandes si quelque chose ne va pas avec son vagin et pourquoi tu dis que c’est sale, ça vient de toi, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » Il y a probablement quelque chose qui ne va pas chez ce type, mentalement et physiquement.

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