Les semences de souci : un trésor de biodiversité et d'applications

Le souci, également connu sous les noms de souci officinal, souci des jardins ou calendula, est une plante aux multiples facettes, originaire du pourtour méditerranéen et naturalisée dans de très nombreuses régions du monde. Ce terme « calendula » provient du latin calandæ, signifiant le premier jour du mois, en référence à sa floraison quasi perpétuelle sous les climats doux et dénués de gelées. Il n'est ainsi pas rare de voir les soucis fleurir tout au long de la saison, du printemps à l'automne, voire en hiver dans les régions clémentes. Au-delà de sa beauté ornementale, le souci est une plante aux utilisations variées : mellifère, comestible, tinctoriale et, surtout, médicinale, ce qui en fait une espèce maîtresse avec une longue tradition d'utilisation ethnomédicinale.

Description botanique et diversité des variétés

Le souci est une plante annuelle au port buissonnant, mesurant généralement de 30 à 60 cm de hauteur, bien que certaines variétés puissent atteindre 50 cm à floraison. Ses tiges, duveteuses et ramifiées dès la base, se terminent par une fleur aux teintes lumineuses et très vives. Il est important de noter que cette « fleur » est en réalité une inflorescence appelée capitule, constituée de multiples petites fleurs, les fleurons. Ceux situés à la périphérie, appelés fleurons ligulés, portent un seul pétale (la ligule), tandis que ceux au centre, les fleurons tubulés, forment de minces cylindres. Ces capitules peuvent être assez gros, de taille très variable, allant de 2 à 6 cm de diamètre.

Schéma d'un capitule de souci montrant les fleurons ligulés et tubulés

Le souci officinal se décline en une multitude de variétés, offrant des fleurs simples ou doubles, parfois comparables à des pompons, et des teintes allant du jaune pâle à l'orange intense. On trouve également des coloris bigarrés de rose et de jaune. Des variétés spécifiques, comme le "Souci des jardins en mélange", peuvent présenter de gros capitules de fleurs de coloris très variés, allant du crème à l'orange profond, en passant par toutes les nuances de jaunes. Les fleurs peuvent avoir plusieurs rangées de pétales et certaines ont même le revers ou le bord des pétales rouge brique, offrant une floraison longue et généreuse. Le "Souci beauté sauvage", par exemple, est une variété à fleurs presque doubles, très fournies en pétales.

Culture du souci : des semis à la floraison

La culture du souci officinal est remarquablement facile, ce qui en fait une plante idéale pour les jardiniers débutants. Il s'épanouit pleinement en situation ensoleillée et s'adapte à la plupart des sols, bien qu'il préfère les terres franches, profondes et ne se desséchant pas. Dans le cas de sols plus drainants, une forme d'irrigation peut être nécessaire.

Techniques de semis

Le souci peut être semé de différentes manières :

  • Sous abri : en pot ou en godet.
  • Directement en place : dans un sol bien réchauffé. Le semis direct, suivi d'un éclaircissage, est une méthode très facile et pertinente pour cette plante.

Les périodes de semis sont assez flexibles, s'étendant généralement de mars à octobre suivant les régions. Pour un semis en pépinière, mars/avril est idéal, avec un repiquage début mai en place à 40 cm sur le rang et 60 cm en interligne. Pour le semis direct, on peut semer en ligne dès le mois d'avril jusqu'en juin, ou en poquets de 4 ou 5 graines distants de 20 cm, qu'il faudra ensuite éclaircir. Il faut compter environ 15 à 20 grammes de graines à l'are (100 m²).

Il est crucial de maintenir les semis humides, mais non détrempés, en arrosant à l'aide d'un vaporisateur jusqu'à ce qu'ils germent. La levée des graines prend généralement de 9 à 13 jours. La plante ne craint pas de petites gelées, supportant jusqu'à -3°C à -5°C, ce qui permet de réaliser le semis assez tôt dans la saison. Il faut compter deux à trois mois entre le semis et l'apparition des premières fleurs.

Entretien et résistance

Le souci est une plante robuste qui se ressème très facilement et spontanément. La floraison est longue et généreuse. Pour favoriser la ramification des plants, il est conseillé de pincer l'extrémité de la tige principale dès qu'elle mesure 10 à 15 cm de haut.

Bien que facile à cultiver, le souci peut être touché par certaines maladies, notamment l'oïdium, caractérisé par une couche blanche et poudreuse sur le dessus des feuilles, particulièrement sous les climats humides.

La récolte des semences : une science de la diversité

La production de semences de souci nécessite une attention particulière pour éviter tout risque d'hybridation naturelle entre différentes variétés. Avant la floraison, il est essentiel d'arracher tous les soucis peu vigoureux ou touchés par des maladies comme l'oïdium. Après l'épanouissement des fleurs, il convient d'écarter tous les plants ne correspondant pas à la description de la variété.

La floraison généreuse et successive des soucis implique une récolte des semences étalée sur une longue période, souvent à partir du mois de juillet et jusqu'aux premières gelées. Après pollinisation, les fleurs de souci mûrissent progressivement pour se transformer en graines. Ce qui est fascinant, c'est que chaque inflorescence de souci offre trois types de graines de forme différente.

Types de graines de souci : allongées, arquées et lisses

Hétérocarpie : la diversité des formes et des modes de dispersion

Ce phénomène de diversité des formes de graines au sein d'une même plante est appelé hétérocarpie. Les soucis, comme d'autres plantes de la famille des astéracées (pissenlits, marguerites, asters, etc.), jouent sur plusieurs tableaux pour leur dispersion, un mécanisme appelé hétérochorie.

Les trois types de graines observées sont :

  1. Les plus périphériques, allongées, arquées et pourvues de crochets recourbés : Ces graines s'accrochent facilement au pelage des animaux (on parle d'exozoochorie, une forme de zoochorie) qui les transportent au loin.
  2. Les graines lisses et élargies par deux expansions ailées, ou bombées en forme de coquille : Celles-ci sont emportées par le vent (anémochorie) ou peuvent flotter sur l'eau en cas de forte pluie (hydrochorie).
  3. Les toutes petites graines repliées en anneau : Elles tombent simplement sur le sol, souvent au pied de la plante, et pourraient être emportées par les fourmis (myrmécochorie), bien que cela reste à vérifier.

Des études, notamment celles de Ruiz De Clavijo (2005) sur Calendula arvensis, ont montré que cette diversité n'est pas un hasard. Dans un premier temps, les petites graines annulaires du centre mûrissent et tombent sur le sol. Ensuite, le réceptacle change de forme, et les grandes graines de la périphérie s'écartent, augmentant leurs chances d'être "embarquées" par un animal ou par le vent. Les longues graines épineuses, par exemple, restent aussi plus longtemps attachées au réceptacle que les autres.

Nettoyage et sélection des semences

Pour le nettoyage des semences, une méthode simple consiste à les transvaser verticalement d'un récipient à un autre, à l'extérieur, lors d'une journée avec un peu de vent. Les déchets, plus légers, s'envoleront, tandis que les graines, plus lourdes, tomberont.

Le Soucis de la graine à la graine

Des recherches ont également exploré la corrélation entre les différentes formes de graines et leur germination. Les grandes graines, celles qui voyagent portées par des animaux ou par le vent, donnent naissance à des plantules plus vigoureuses et sont capables d'émerger même si elles sont profondément enterrées. Les plus petites, qui tombent sous la plante, ont un taux de germination plus faible et donnent naissance à des plantes moins vigoureuses qui fleurissent plus tard. Ainsi, un jardinier pourrait avoir intérêt à choisir les grosses graines plutôt que les petites en forme d'anneau pour une culture plus rapide et robuste, bien que ces observations aient été faites en laboratoire sur Calendula arvensis. Il a également été remarqué que certaines graines restent en dormance, même dans des conditions favorables, démontrant la résilience de cette plante.

Les multiples vertus du souci

Le souci, Calendula officinalis, est une plante aux utilisations remarquables, bien au-delà de son attrait esthétique.

Usages médicinaux : une plante maîtresse pour la peau

Le souci est une plante médicinale maîtresse, particulièrement reconnue pour ses bienfaits sur l'épiderme. Il est considéré comme l'une des meilleures espèces vulnéraires (qui aide à guérir les blessures et les traumatismes) de la flore européenne. Les capitules de fleurs sont les parties principalement utilisées, généralement lorsqu'elles sont sèches. Pour la récolte, il est conseillé de cueillir l'ensemble de l'inflorescence (avec le réceptacle vert et les sépales) dès qu'elles sont bien épanouies, avant les heures les plus chaudes, lorsque la plante a évacué un maximum d'humidité de la nuit mais n'a pas évaporé ses huiles essentielles. Après la cueillette, les fleurs doivent être placées sur un tamis ou un drap et installées dans un endroit sec et ventilé pendant plusieurs jours.

Le souci est calmant, cicatrisant et anti-inflammatoire, ce qui le rend efficace pour traiter divers problèmes de peau :

  • Blessures et infections cutanées
  • Inflammations de la peau
  • Brûlures
  • Piqûres d'insectes
  • Abcès, eczéma, dermatites

Plusieurs préparations peuvent être réalisées à partir des fleurs de souci pour un usage externe :

Teinture mère de souci (macérat alcoolique)

Cette préparation s'obtient par macération de plantes sèches dans de l'alcool bio, le plus fort possible (au moins 45°), au taux de 1:5 (5 fois le poids de la plante en ml d'alcool) pendant un mois minimum. Par exemple, pour 200 g de souci, il faut compter 1000 ml d'alcool. Les fleurs sont placées dans un bocal en verre propre, légèrement tassées, puis recouvertes d'alcool. Le bocal est fermé et laissé macérer à l'abri de la lumière, en remuant régulièrement. Après macération, la teinture est filtrée dans un récipient en verre hermétique et conservée à l'abri de la lumière et de la chaleur. Michael Moore, herboriste américain, préconise de prendre 5 à 30 gouttes de teinture mère de Calendula officinalis jusqu'à 4 fois par jour dans un peu d'eau pour des usages internes.

Cataplasme de calendula

Pour préparer un cataplasme, les fleurs fraîches ou sèches sont écrasées au pilon et imbibées d'un peu d'eau chaude. La pâte obtenue s'applique directement en usage externe sur les blessures.

Macérat huileux de calendula

Le macérat huileux s'obtient par macération de plantes sèches dans une huile végétale biologique de bonne conservation, comme l'huile d'olive. Les fleurs bien sèches sont déposées dans un bocal en verre, puis recouvertes d'huile d'olive biologique. L'ouverture du bocal est protégée par un tissu élastiqué, et le tout est disposé au soleil pendant au moins un mois, en remuant le mélange de temps en temps. La préparation est ensuite filtrée à l'aide d'un linge propre, en essorant par torsion.

Onguent de calendula

Proche d'un baume, l'onguent est l'équivalent solide du macérat huileux. Pour le préparer, 100 ml de macérat huileux sont chauffés doucement au bain-marie avec 12 g de cire d'abeille exempte de polluants (idéalement de la cire d'opercules). Le mélange est remué régulièrement et, dès que la cire est bien fondue, il est versé dans des petits pots préalablement nettoyés et séchés.

Ces préparations sont appliquées directement sur la zone blessée 2 à 3 fois par jour si nécessaire pour traiter tous les problèmes de peau.

Usages internes et autres bienfaits

Pris par voie interne, le souci peut soigner la jaunisse, soulager les douleurs menstruelles, régulariser le cycle féminin, et combattre les infections et les inflammations du système digestif en favorisant le fonctionnement et la désintoxication du foie et de la vésicule biliaire.

Le souci au jardin : un allié précieux pour la biodiversité

Avec leurs fleurs aux couleurs chatoyantes, les soucis attirent une foule d'insectes pollinisateurs, utiles à la fécondation des fruits et légumes du jardin potager. De plus, leur odeur puissante repousse et désoriente certains parasites. Des études démontrent qu'elle peut réduire les infestations de cicadelles, de mouches blanches, de pucerons et de nématodes à galle. Le souci est également la meilleure fleur pour attirer et abriter la punaise prédatrice Macrolophus spp., un auxiliaire qui se nourrit d'araignées rouges, de thrips, d'aleurodes et de la chenille Tuta absoluta. En laissant les plants de souci en place après la saison, les punaises peuvent hiverner à l'intérieur, contribuant ainsi à un contrôle biologique durable.

Usages culinaires : une touche de couleur et de saveur

Les fleurs de souci sont comestibles et offrent une saveur assez fraîche qui peut faire penser au radis avec une pointe d'amertume. Elles peuvent être utilisées de diverses manières en cuisine :

  • Les pétales peuvent être ajoutés aux salades, en décoration des plats ou des biscuits.
  • Elles peuvent colorer le beurre maison, lui donnant une jolie couleur safranée.
  • Les fleurs sont délicieuses en beignets, à la manière de tempura, en ajoutant un peu d'eau pétillante pour alléger la pâte.
  • Les boutons floraux peuvent être préparés à la manière de câpres, en les faisant confire avec du vinaigre et des épices.
  • Les jeunes feuilles peuvent également être consommées.

Plat décoré avec des fleurs de souci

Le souci peut être intégré dans des mélanges de fleurs comestibles avec des tagètes et des capucines, offrant ainsi une diversité de goûts et de couleurs.

Le souci : une plante baromètre

Une particularité intéressante du souci est qu'il est parfois appelé la plante baromètre, car ses fleurs ne s'ouvrent le matin que par beau temps, offrant ainsi une indication naturelle sur la météo à venir.

L'engagement envers la préservation des semences libres et la valorisation de la biodiversité cultivée, tel que promu par des organisations comme Kokopelli, où Virginie est au cœur de la mission depuis six ans, souligne l'importance écologique et culturelle du souci. Chaque graine, chaque plant, chaque fleur de souci contribue à un écosystème riche et à une pharmacopée naturelle précieuse.

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