Tout savoir sur les semences de cornichons et la gestion des variétés hybrides au potager

La maîtrise de la production de semences est une étape essentielle pour tout jardinier souhaitant gagner en autonomie au jardin. Faire ses graines de cucurbitacées est un jeu d’enfant, mais avant de se lancer, quelques précautions sont à prendre, car si l’on entend souvent tout et son contraire sur le sujet, notamment sur les possibilités d’hybridations toxiques, il convient de remettre de l’ordre dans les principes botaniques fondamentaux.

Schéma explicatif des familles de Cucurbitacées et risques de croisement

Comprendre la botanique des Cucurbitacées pour éviter les erreurs

Pour produire ses semences, il est important de bien distinguer les familles, car dans la famille des Cucurbitacées, c’est seulement au sein de chaque espèce que deux variétés sont susceptibles de s’hybrider. L’hybridation est le résultat du croisement de deux variétés bien distinctes au sein d’une même espèce.

Il faut savoir que l’hybridation ne se voit pas sur le fruit, c’est la génération suivante qui portera des nouveaux caractères. C’est donc en semant les graines issues de la pollinisation que nous pourrons observer les fruits et déterminer si oui ou non, il y a eu hybridation. Les fruits des cucurbitacées de l’année en cours, eux, ne seront pas hybrides.

La classification des genres et espèces

Pour faire ses graines de courges ou de cornichons, il faut comprendre les structures suivantes :

  • Les Cucurbita : Ce sont les courges, courgettes, pâtissons, citrouilles. On distingue par exemple Cucurbita pepo (courgettes, pâtissons), Cucurbita moschata (butternuts, sucrines) et Cucurbita maxima (potirons). Chacune de ces espèces peut être cultivée sans risque d’hybridation entre elles, mais on ne peut pas cultiver deux variétés du même genre sans risque.
  • Les Cucumis : C’est ici que se trouvent les concombres et cornichons (Cucumis sativus). Attention, le concombre arménien, malgré son nom, est botaniquement un melon (Cucumis melo).
  • Les Citrullus et Lagenaria : Les pastèques et les gourdes, où la vigilance est de mise pour éviter les croisements indésirables.

Le cas spécifique des variétés hybrides F1

La mention F1 pour « hybride F1 » signifie qu’elle est issue du croisement de 2 plantes appelées « parents » soigneusement sélectionnés pour marier leurs qualités. On obtient ainsi une variété de cornichon particulièrement gustative et/ou précoce tout en étant résistante aux maladies.

Par exemple, le cornichon Regal F1 est une variété hybride, vigoureuse et productive, qui résiste à de nombreuses maladies comme l'oïdium, le mildiou, l'anthracnose ou encore le virus de la mosaïque. Cependant, il est important de noter que les semences issues de variétés hybrides F1 ne sont pas reproductibles à l'identique : si vous récupérez les graines d'un hybride, la génération suivante (F2) présentera une grande variabilité génétique et ne conservera pas les propriétés de résistance ou de productivité de la plante mère.

La pollinisation manuelle des fleurs de courgettes

Les risques d'hybridation et la sécurité alimentaire

Il existe une crainte récurrente concernant les hybridations toxiques. L’amertume dans certaines courges provient de la cucurbitacine, une molécule sécrétée par les cucurbitacées pour se défendre des agressions extérieures. C’est une toxine très irritante pour le corps humain qui ne disparait pas à la cuisson.

Si vous avez des graines dont vous suspectez l’hybridation, il existe une manière simple de déterminer si leurs fruits sont toxiques ou non : goûtez-en une toute petite quantité, crue. Si le goût est très amer, la courge n’est pas bonne à la consommation. Si le goût est neutre, vous pouvez y aller ! Normalement, l’amertume des courges hybridées empêche quand même le consommateur d’en ingurgiter de grandes quantités.

Méthodes de production de semences de cornichons

Pour la production de semences de cornichons (Cucumis sativus), il est essentiel d’éviter tout risque d’hybridation naturelle entre différentes variétés de cornichons ou de concombres. Cultivez une seule variété de l’espèce Cucumis sativus et assurez-vous que les jardins les plus proches n’en cultivent pas non plus, car les insectes pollinisateurs peuvent voyager sur une distance importante avec du pollen d’une autre fleur.

La technique de la pollinisation manuelle

Si vous ne souhaitez pas prendre le risque d’une hybridation, il est possible de polliniser manuellement vos fleurs. Cette méthode est plus efficace, car vous serez sûr à 99% qu’il n’y aura pas eu d’hybridation.

  1. En fin de journée, repérez une fleur femelle (avec le petit fruit attaché sous la fleur) et plusieurs fleurs mâles de la même variété, prêtes à s’ouvrir.
  2. Recouvrez les fleurs mâles et femelles d’un sachet (un filtre à thé ou un sac en tissu convient parfaitement).
  3. Le lendemain matin, les fleurs s’étant ouvertes à l’intérieur des sachets, cueillez la fleur mâle, dégagez l’étamine et frottez-la contre le pistil de la fleur femelle.
  4. Refermez la fleur femelle avec un lien ou une pince. Marquez ensuite le fruit fécondé avec un brin de laine synthétique de couleur vive pour bien le repérer.

Étapes de la fécondation manuelle : ensachage, transfert de pollen et marquage du fruit

Récolte et conservation des graines

Il faut attendre que le fruit soit à maturité complète pour récolter les semences. Un signe qui ne trompe pas est le dessèchement du pédoncule, qui brunit à maturité du fruit. Après la récolte, ouvrez le cornichon ou le concombre en deux, retirez la cavité centrale et disposez-la dans un seau.

Si les graines sont fortement liées à la pulpe, brassez énergiquement en ajoutant un peu d’eau pour faciliter le décollement des fibres. On peut laisser 24h la pulpe avec les graines dans de l’eau froide pour faciliter le nettoyage. Une fois rincées, déposez les graines sur un tamis ou une claie dans une pièce bien ventilée. Le séchage prend de 5 à 10 jours. Une fois bien sèches, mettez les graines dans un sachet en papier annoté du nom de la variété et de l’année de récolte.

Conseils de culture pour une production optimale

Le cornichon apprécie les sols meubles se réchauffant vite. Le semis se fait de mars à avril sous abri chauffé (18-20°C). Repiquez 10-15 jours après en godets sous abri. En pleine terre, le semis se fera de mai à juin : mettez 4-5 graines dans des trous espacés de 1m remplis de terreau et de compost demi-décomposé.

Si vous cultivez en pleine terre, paillez le sol et taillez la plante pour favoriser la production de fruits. Pour tailler, étêtez au-dessus de la 2ème feuille lorsque la plante en possède 3 ou 4. Cela entraîne l’apparition de rameaux latéraux qu’il faut étêter à leur tour. N’oubliez pas que la récolte des jeunes fruits incite la plante à en produire de nouveaux. Cueillez les fruits le plus souvent possible, dès qu’ils atteignent 5cm pour les plus croquants.

Installation d'un tuteurage efficace pour les plants de cornichons

La gestion de l'espace et du brassage génétique

Produire ses propres semences nécessite une réflexion sur l'espace disponible. Cultiver au minimum 5 pieds de la même variété permet d’éviter un appauvrissement de la génétique. Si on fait ses graines sur moins de plants, les variétés vont dégénérer petit à petit par manque de brassage génétique.

Une solution pour les amateurs de diversité consiste à produire les graines selon une rotation sur quatre années, correspondant à la faculté germinative des cucurbitacées qui est en moyenne de cinq ans. Grâce à cette rotation, vous pourrez cultiver plusieurs variétés sans risquer l’hybridation et sans pollinisation manuelle, en changeant de variété chaque année pour les espèces concernées. Cette approche permet de maintenir une autonomie semencière tout en explorant la richesse variétale offerte par la nature.

tags: #semences #cornichon #hybride