Le Lot-et-Garonne, véritable terre de contrastes et de savoir-faire agricoles, se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Entre la préservation des techniques ancestrales et l'impératif d'une transition écologique durable, des producteurs passionnés, tels que Sophie et Jean-François Carle, incarnent le renouveau de l'agriculture biologique. À travers des initiatives locales portées par des structures dynamiques comme Agrobio 47, le département prouve que le maraîchage n'est pas seulement une activité de production, mais un véritable vecteur de lien social et de résilience territoriale.

Les racines du changement : L'engagement d'Agrobio 47
Agrobio 47 est une association Loi 1901, composée de producteurs en bio ou en conversion et d’acteurs du territoire qui soutiennent l’agriculture biologique (transformateurs, distributeurs, consommateurs, …). Depuis 30 ans, Agrobio 47 accompagne le développement l’agriculture bio par des actions de terrain avec l’ensemble des agriculteurs du département. L’équipe basée à Villeneuve-sur-Lot organise les actions de terrain sur le département. Un conseil d’administration regroupant 14 professionnels, agriculteurs et autres professionnels de la filière bio, se réunit régulièrement, pour décider des actions d’Agrobio 47, selon les choix de l’Assemblée Générale.
Adhérer à Agrobio 47, c’est faire partie d’une structure qui représente et défend les intérêts des producteurs bio. Les adhérents sont les forces vives de l’association, nous vous invitons, si vous le souhaitez, de vous engager davantage dans son fonctionnement. Être membre permet d'être informé de l’actualité des filières bio, des évolutions réglementaires, des aides à la bio… Ces informations sont diffusées via des bulletins, des guides techniques ou des newsletters mensuelles. Cette représentation et défense des intérêts est cruciale, permettant aux producteurs de faire partie d’un réseau professionnel engagé dans la défense de l’agriculture biologique, de l’échelon local jusqu’au national.
Le maraîchage artisanal au service de la biodiversité : Le cas de "Dans mon panier"
Au cœur de cette dynamique, des exploitations à taille humaine redéfinissent notre rapport à la terre. À Sainte-Colombe-en-Bruilhois, les fermes voisines "Dans mon panier" de Sophie et Jean-François Carle ainsi que la "Ferme de la Goulette" de Myriam Goulette accueillent le public au numéro 1937 de la route de Mourrens, juste à côté de l’église Saint-Martin de Mourrens.
Sophie Carle, qui est à la tête de la ferme Dans mon panier, a ainsi accueilli les visiteurs sur ses terres. « L’activité a démarré il y a plus de quinze ans désormais. La partie maraîchage, qui a été la première à être développée, a pris de l’essor. Celle-ci s’étend sur près de 1 000 m² de surface. Aucun outil mécanique n’est utilisé », précise Sophie Carle. Cette approche manuelle garantit une qualité de sol exceptionnelle et une préservation de la micro-faune locale.
Outre sa casquette de maraîchère, Sophie Carle excelle également dans la vannerie, un savoir-faire ancestral où l’osier est à l’honneur. La fabrication d’objets en osier ou en rotin n’a aucun secret pour elle. « Cela fait maintenant quatre ans que j’ai développé le volet de la vannerie », conclut celle qui de plus chaque jeudi soir participe à la vente à la ferme à Mourrens. Sophie et Jean-François Carle font découvrir leurs créations en osier ainsi que leurs plants de légumes bio, maraîchage et jardin potager.

Une agriculture de résilience face aux crises
Le secteur du maraîchage bio traverse des mutations importantes. Comme beaucoup de maraîchers bio, les exploitants ont été durement touchés par la crise de la filière à partir de fin 2021. Ce contexte a poussé les agriculteurs à réfléchir en profondeur à l’avenir de leur modle agricole. La réponse apportée par certains est celle d'une diversification accrue et d'un ancrage territorial renforcé.
Prenons l'exemple d'un agriculteur dans le Lot-et-Garonne, issu d’une famille de producteurs installée sur les coteaux de Clairac depuis plusieurs générations. En 2003, il a repris avec sa femme Aline, la ferme familiale. Quelques années plus tard, en 2009, un accident l’a profondément marqué : une brûlure causée par un produit phytosanitaire a été un véritable choc. Cet événement a été pour eux une véritable prise de conscience. Ce choix, à la fois personnel et éthique, est devenu le socle de leur pratique agricole. Aujourd’hui, ils cultivent plus de 50 variétés de légumes bio tout au long de l’année.
La Ferme de Nello porte le nom de Nello, un paysan du coin, un homme forgé par le travail et un sens profond de l'entraide, qui a profondément inspiré ces projets. Aujourd’hui, Aline et son mari souhaitent redonner vie à cette ferme pleine d’histoire à travers un projet profondément ancré dans son territoire : un lieu unique mêlant agriculture bio, habitat partagé pour seniors, magasin à la ferme, auberge et accueil pédagogique autour de l’agroécologie.
L'agriculture bio face au péril des déconversions - Reportage #cdanslair 25.02.2023
Le partage comme moteur : "Le Printemps à la ferme"
Le lien avec le consommateur est le pilier central de cette agriculture. "Le Printemps à la ferme" fait son grand retour chaque année. Ce rendez-vous permet aux 63 exploitations accueillant les visiteurs sur le département de créer une proximité rare. À Sérignac-sur-Garonne, Alexandre Donadi qui vit du maraîchage depuis 2018, y participe de nouveau. L’occasion de faire découvrir "Les Baies d’Elie". Plantes aromatiques, baies… De belles découvertes sont à faire. Ce rendez-vous permet en outre d’évoquer sa récente conversion d’une agriculture raisonnée à biologique.
Les activités proposées lors de ces événements sont variées : marche nordique, démonstration et dégustation de produits de saison avec des maîtres restaurateurs, ateliers de poterie, ou encore présence de créateurs locaux comme Maud Delaunay. À Ste-Colombe-en-Bruilhois, Myriam Goulette fait également découvrir ses vinaigres de vin nature et aromatisés, ses confitures, ses fruits ainsi que son vin, illustrant la richesse du terroir lot-et-garonnais.
Vers un modèle agricole innovant et humain
La Ferme de Nello est une réponse concrète aux enjeux agricoles, sociaux et climatiques actuels. Pourquoi maintenant ? La crise du bio depuis 2021 a fragilisé de nombreuses exploitations. À travers ce projet, les porteurs de projet souhaitent faire revivre cette ferme en la transformant en un lieu où l’on cultive autant les légumes que le lien social. Parce qu’on a besoin de vous pour faire pousser un projet collectif, concret et durable !
Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une activité agricole développée depuis plus de 20 ans sur deux fermes certifiées bio : l’EARL de la Moncaubette, fondée en 2010, et l’EARL de la Plaine, reprise en 2015. En participant à ces campagnes de soutien et en s'impliquant dans des structures comme Agrobio 47, les citoyens deviennent partie prenante d’une aventure humaine et agricole innovante. C'est une démarche qui va au-delà de la simple consommation : c'est un acte citoyen fort qui soutient la pérennité des fermes familiales et l'avenir de l'agriculture biologique dans le Lot-et-Garonne.

L'évolution des pratiques, de la suppression des outils mécaniques chez Sophie Carle à la création de lieux de vie multiservices, témoigne d'une volonté farouche de repenser notre manière de produire et de consommer. Le maraîchage, loin d'être une activité figée dans le passé, est un laboratoire d'idées où la science, l'éthique et la tradition se rejoignent pour bâtir le système alimentaire de demain. Les producteurs du Lot-et-Garonne, soutenus par des réseaux d'entraide, continuent de démontrer que la résilience naît de la diversité des cultures et de la force des liens humains.