La figure de Sophie Malick-Prunier s'inscrit au cœur de la transmission des savoirs classiques en France. Professeur agrégée de lettres classiques, docteur en littérature latine, elle exerce ses fonctions en classes préparatoires au lycée Henri-IV, un environnement où l'excellence académique rencontre la rigueur de l'érudition. Sa spécialisation porte sur la poésie latine, l'histoire des institutions politiques de la Rome républicaine, ainsi que sur les représentations du corps dans l'Antiquité.

Un parcours ancré dans la passion des langues anciennes
L'engagement de Sophie Malick-Prunier pour les humanités ne relève pas du hasard. C’est, comme souvent, une passion née dans l’enfance. La petite fille de Lorraine qu’elle était gardait le souvenir de son père, professeur de lettres classiques, qui lui lisait de magnifiques albums colorés sur la mythologie grecque. Pour elle, penser à la Grèce et à Rome, c’était imaginer des pays baignés par la mer et le soleil. Ses parents l'ont emmenée très tôt en voyage, et elle a eu la chance de découvrir ces deux pays à l’âge de 10 ans, une expérience fondatrice à laquelle elle n’a jamais cessé de retourner depuis.
Dans son parcours académique, elle rend hommage à ceux qu’elle a plaisir à appeler ses maîtres. L'expression est à la fois désuète et respectueuse, si juste, au fond. En classes préparatoires, elle cite Louis de Balmann, son professeur de latin et de grec, un extraordinaire pédagogue, et Chantal Labre, dont la rigueur était implacable. Plus tard, Vincent Zarini, homme d’une érudition incomparable, a dirigé sa thèse, lui apportant un soutien constant et un enseignement précieux.
La recherche et l'enseignement : une double vocation
Sophie Malick-Prunier aime se présenter en tant que professeur de littérature latine. Elle est profondément attachée à ce métier, qu’enrichissent en permanence le contact avec les étudiants et la possibilité de faire de la recherche. Son travail de chercheur associé au Laboratoire d'Étude sur les Monothéismes (CNRS) complète son activité pédagogique au lycée Henri-IV et à Sciences Po Paris.
L’essentiel de ses travaux porte sur les représentations du corps dans l’Antiquité. Elle est l’auteure de l’ouvrage Le Corps féminin dans la poésie latine tardive (2011). Dans ce texte, elle explore une facette méconnue de l'Antiquité : celle d'une époque où l'héritage littéraire classique s'accorde encore harmonieusement avec les exigences de la foi nouvelle. Lointaines héritières des amantes chantées par les élégiaques, les femmes que font revivre les poèmes latins tardifs en ont gardé la beauté et l'esprit. Tantôt volages et tantôt chastes, tantôt mères et tantôt vierges pures, elles incarnent cette transition historique et culturelle.
Montaigne et la littérature latine. Conférence d’Alain Legros, 15 octobre 2020.
Martial et la C.U.F. : un travail de traduction au long cours
La collaboration de Sophie Malick-Prunier avec les éditions des Belles Lettres est marquée par son travail sur Martial. Après avoir fait sa maîtrise de lettres classiques sur les soins du corps dans l'Iliade et l'Odyssée, sous la direction de Paul Goukowsky, elle a poursuivi ses recherches sur le thème du corps dans la littérature latine. C’est Pierre Cordier, grand spécialiste de la question à Rome, qui lui a parlé de Martial.
Elle a ainsi entrepris la traduction des Épigrammes de Martial (t. I : Livre des spectacles, I-V, Belles Lettres, 2021). Martial est réputé difficile à traduire. Il y a dans ses vers une concentration de sens et d’effets prosodiques qui est presque désespérante pour un traducteur. La forme même de l’épigramme invite à une lecture très libre, discontinue, vagabonde. On trouve chez Martial les portraits parfois tendres, le plus souvent féroces, de ses contemporains, des anecdotes savantes ou parfaitement graveleuses, avec un foisonnement de détails et de couleurs qui donnent de la société impériale, à la fin du premier siècle, une image puissante et vive.
La transmission de ces textes est une aventure en soi. Les Épigrammes ont été publiées du vivant de Martial entre 80 et 102 et ces poèmes n’ont jamais cessé d’être lus, si bien que Martial a fait partie des premiers auteurs antiques à être édités à la Renaissance, dès 1471. Les manuscrits sont nombreux, répartis dans toute l’Europe, notamment en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne. En France, la Bibliothèque Nationale en possède trois, datés respectivement du 9è siècle, du 9è ou du 10è siècle et du 13è siècle.
L'écriture romanesque : Clodia Metelli et la Rome républicaine
Au-delà de ses travaux académiques, Sophie Malick-Prunier a également collaboré à l'ouvrage Dixit. Cet intérêt pour la narration se manifeste aussi dans son approche de la fiction historique. Elle signe un roman passionnant qui nous fait pénétrer en -61 avant notre ère, au temps où Jules César règne sur la Gaule. Le récit s'articule autour de la figure de Clodia Metelli, une héritière impliquée dans les arcanes des rivalités entre César, Cicéron et Pompée, à la suite d’un retentissant scandale politique et religieux qui compromet son frère Clodius.

Basé sur des faits réels et des personnages ayant réellement existé, le récit est riche de détails et de descriptions qui nous happent dès les premières lignes pour ne plus nous lâcher. On retrouve au fil de la lecture Jules César, Cicéron ou Pompée qui prennent vie sous la plume de l’autrice qui nous reconstitue l’époque et la vie à Rome avec brio.
Sophie Malick-Prunier nous rappelle que les hommes de cette époque sont d’une misogynie crasse, à part le poète Catulle. Les mariages sont politiques et les femmes ne sont pas des citoyennes à part entière ; elles doivent tenir leur maison et perpétuer le nom de leur famille. L’autrice fait de son héroïne la muse du poète Catulle, sa Lesbie, et nous montre sa grande intelligence et sa vision très fine de la politique qu’elle ne peut pas réellement exploiter car, à l’instar des autres femmes romaines, elle n’a aucun pouvoir et doit obéir à son mari. L’insertion d’extraits de poèmes en latin, traduits en français, apporte beaucoup d’élégance et d’érudition à ce récit où les hommes sont souvent dépeints avec une vulgarité et une brutalité répugnantes.
La philologie comme héritage et perspective
L'approche de Sophie Malick-Prunier s'inscrit dans une tradition de philologues qui ont fait et font encore la Collection des Universités de France (C.U.F.). Lorsqu'on l'interroge sur ses admirations au sein de la collection, elle mentionne les cinq volumes des Histoires et des Annales de Tacite, publiés par Goelzer entre 1921 et 1925.
Elle souligne que Martial bénéficie, depuis plusieurs années et pour longtemps encore, d’un véritable engouement de la part des chercheurs. La pratique de la traduction et de l'édition reste un champ ouvert où il reste beaucoup à faire. Pour Sophie Malick-Prunier, la littérature grecque et latine demeure une source vive, capable de nourrir le présent par la compréhension fine d'un passé qui, loin d'être figé, continue de dialoguer avec nos questionnements contemporains. Son parcours illustre parfaitement cette exigence : celle de ne jamais séparer la rigueur de la recherche universitaire de la vitalité de la transmission pédagogique.