Le Sphinx du laurier-rose (Daphnis nerii) est une espèce de lépidoptères fascinante appartenant à la famille des Sphingidae, à la sous-famille des Macroglossinae, à la tribu des Macroglossini et au genre Daphnis. Ce papillon est célèbre non seulement pour sa morphologie spectaculaire, mais aussi pour son comportement migratoire et ses exigences biologiques précises.

Morphologie et Caractéristiques Physiques
Le Sphinx du laurier-rose a une envergure moyenne de 8 à 12 cm, bien que certains individus puissent atteindre 12 à 13 cm. Comme tous les Sphingidae, il possède un corps trapu, caractéristique qui lui confère une puissance de vol remarquable. Les imagos présentent un graphisme complexe et une coloration qui leur permettent de se fondre dans le décor. La distinction entre les sexes peut être délicate, car il n'existe pas de différence flagrante au niveau de l'abdomen ou des antennes. Cependant, une constante sexuelle peut être observée au niveau des dessins de l'extrémité de l'abdomen ventral, où les bords supérieurs sont quasi jointifs chez le mâle.
Répartition Géographique et Comportement Migratoire
Cette espèce se rencontre de façon permanente en Afrique tropicale, en Afrique du Nord, dans l'est de l'Afghanistan, dans le sud-est de l'Asie et aux Philippines. Le Sphinx du laurier-rose est un grand migrateur. Il est présent dans le sud et le centre de l’Europe, dans le sud de la Russie, en Inde et à Ceylan.
Il est important de noter que, bien qu'il soit migrateur, il ne remonte pas dans le nord de l'Europe car sa plante-hôte n'y est que trop peu, voire pas du tout retrouvée. Des observations sporadiques surviennent néanmoins ; par exemple, le sphinx du laurier-rose a été signalé pour la première fois en Savoie (à Modane), une découverte précieuse pour la biodiversité relayée par l'association La Dauphinelle.

Cycle de Vie et Développement
Le développement du Daphnis nerii est un processus rapide et dynamique, fortement dépendant de la température ambiante.
Les Œufs
Les œufs sont initialement vert-pomme et virent vers le jaune avec apparition d’un point ou d’un trait marron-noir, indiquant que la queue de la chenille devient apparente avant l’éclosion. L’incubation est particulièrement courte : de 3 à 5 jours maximum en fonction de la température.
Le Stade Larvaire
Le stade larvaire est très court, de l’ordre de trois semaines, mais il peut n’en durer que deux à une température supérieure à 22-23°C. Les jeunes chenilles sont de couleur jaune et sont très robustes. En fin de L2, on peut déjà voir apparaître latéralement, en avant de la chenille, deux petites taches blanches. À partir du stade L4, elles deviennent très voraces et ne laissent rien de leur plante-hôte, même pas les tiges. Avant la nymphose, la chenille passe du vert pomme au noir très intense en à peine deux heures environ. Une chenille au repos peut mesurer jusqu'à 86 x 14 mm.
La Nymphose
La nymphose se fait au sol, en surface, dans un cocon grossier. La chenille rétrécit très peu et la chrysalide obtenue est assez grande par rapport à la taille de la chenille. Les chrysalides, qui mesurent jusqu’à 7 cm, sont assez fines et très mobiles. Elles peuvent être facilement sexées en observant leur extrémité. L’éclosion survient au bout de 3 semaines environ, soit de 2 semaines à une température de plus de 20-22°C, et jusqu’à 4 semaines en milieu naturel.

Plantes-hôtes et Alimentation
Le choix de la plante-hôte est crucial pour le développement des larves. Les plantes-hôtes d’origine incluent le Nerium oleander (laurier-rose), Mangifera sp., Adenium multiflorum, Carissa sp., Rauwolfia sp., Tabernaemontana sp., Acocanthera sp. et Gardenia sp.
En élevage, des plantes de substitution peuvent être utilisées, telles que les pervenches (Vinca sp.), les cornouillers (Cornus sp.), les chênes (Quercus sp.), le noyer commun (Juglans regia), le troène (Ligustrum sp.) et possiblement le fuchsia. À noter que toutes les pervenches conviennent très bien à l’élevage, bien que les chenilles soient plus grosses sur grande pervenche (V. major) que sur petite pervenche (V. minor). Il est utile d’indiquer que ces plantes sont très toxiques, et que les chenilles le seront donc aussi.
Conseils pour l'Élevage en Captivité
L'élevage du Sphinx du laurier-rose est considéré comme assez aisé si certaines conditions sont respectées.
Nourrissage des Imagos
Le nourrissage est manuel et en général assez aisé. Il suffit de maintenir l'imago entre le pouce et l'index, de dérouler la trompe - qui est à peu près aussi longue que le corps - et de la tremper dans de l'eau miellée. Il est conseillé de diluer 1/4 de miel dans 3/4 d'eau pour obtenir un mélange fluide.
Accouplement et Ponte
L’accouplement est spontané mais bref, se déroulant souvent en pleine nuit. Pour obtenir des pontes, il n'est pas strictement nécessaire d'alimenter les imagos, mais la quantité d'œufs sera plus faible si les femelles ne sont pas nourries. Il est impératif de placer un rameau de la plante-hôte dans l’enceinte, car les femelles pondent quasi exclusivement sur celle-ci.
Élevage Suivi 2 : Sphinx du Laurier rose - P1 (#004)
Importance des Réseaux de Naturalistes
La découverte et le signalement du Daphnis nerii dans de nouvelles régions démontrent l'importance des réseaux de naturalistes et de citoyens engagés. La diffusion de ces découvertes, comme celle réalisée par des membres d'associations locales, souligne la valeur des initiatives citoyennes pour surveiller l'évolution des espèces et la biodiversité. Ces observations permettent d'enrichir les bases de données des observatoires de la biodiversité, offrant une vision plus claire de la dynamique migratoire de ces lépidoptères exceptionnels.