Le Taiji des Cinq Positions de la Fleur de Prunier : Un Voyage au Cœur des Arts Martiaux Chinois

Fleur de prunier en fleurs sur fond de neige

Le dicton populaire "nan quan bei tui", qui se traduit par "poings dans le sud, jambes dans le nord", est souvent utilisé pour simplifier la diversité des styles de boxe chinoise. Toutefois, une observation plus attentive révèle une réalité bien plus complexe, où la répartition des techniques ne correspond pas toujours à cette dichotomie géographique. Par exemple, certains styles du nord, comme le Xing Yi Quan (boxe de la forme et de la pensée), utilisent essentiellement les mains et les poings. À l'inverse, dans le sud, le style "Gou Quan" (boxe du chien) fonde sa stratégie sur les coups de pieds, défiant ainsi l'idée reçue. Cette nuance souligne l'étendue et la richesse des traditions martiales chinoises, qui ne peuvent être réduites à de simples catégories.

Les Arts Martiaux Chinois, qu'est-ce que c'est?

L'Évolution des Styles et les Confusions Communes

Les boxes internes, traditionnellement associées au mont Wudang (taoïste) et à l'utilisation de la force interne (qi), sont souvent opposées aux boxes externes, censées être d'origine bouddhiste et utiliser la force musculaire. Cependant, cette distinction est excessivement simpliste. Il est désormais reconnu que les écoles internes ne sont pas exclusivement nées sur le mont Wudang et qu'elles exploitent autant la force musculaire que le qi. Cette vision stéréotypée masque la complexité de l'entraînement et des principes sous-jacents à ces pratiques.

Après 1949, le wushu a connu une modernisation significative, se développant selon deux axes principaux : les exercices de santé (qi gong) et le sport de compétition. Cette évolution a conduit à la transformation de certains styles, comme le Nan Quan moderne, en des boxes de démonstration où les applications martiales sont devenues secondaires. La multiplicité des styles et leur évolution témoignent de l'absence d'uniformité dans la boxe chinoise, un domaine où la diversité est la règle.

Transmission et Diversité des Styles

De nombreuses boxes chinoises sont issues du cercle familial, avec une transmission s'effectuant traditionnellement de maître à disciples. Cette lignée a permis la préservation de styles anciens, qui coexistent aujourd'hui avec des styles modernes. Le Cha Quan, par exemple, est un terme générique qui, en référence à M. Chan, englobe l'ensemble des styles du Nord. Les vastes plaines du Nord, propices à l'usage du cheval, ont favorisé le développement de techniques de combat adaptées aux grands espaces.

Le terme générique Nan Quan, signifiant "poing/boxe du sud", désigne non seulement l'ensemble des styles appartenant aux familles du sud, mais aussi un style spécifique qui regroupe les principaux styles du sud tels que le Hung Gar et le Choy Li Fut. Le Nan Quan se caractérise par des positions "enracinées" très stables, des techniques de poings variées et puissantes, des coups en "lâchers de force" - ce qui explique l'utilisation fréquente de poignets de force - une force explosive, et une importante utilisation du souffle. Les enchaînements sont généralement composés de positions "serrées", c'est-à-dire de mouvements courts, bien que cela dépende des styles spécifiques. Le Nan Quan est également défini comme un style "physique" ou "dur", exigeant une plus grande résistance physique que d'autres styles. Il convient de noter que le Nan Quan n'est pas uniquement un style pratiqué à main nue, mais utilise des armes autant que les autres styles.

Représentation stylisée des cinq moines légendaires

Selon la légende, cinq principaux styles composant la famille des styles du sud seraient nés de la fuite de cinq moines rescapés de l'incendie du temple Shaolin du Henan au 18ème siècle. Ces moines se seraient réfugiés dans l'un des autres temples, des "copies" de Shaolin, situés dans le sud de la Chine, plus précisément dans le Fujian. Parmi ces styles, le Hung Gar ou Hong Jia Quan (boxe de la famille Hong/Hung) est considéré comme le style majeur du Nan Quan. Il serait né d'un des moines qui enseignait la boxe du tigre (Hu Quan). Le Li Gar ou Li Jia Quan (boxe de la famille Jia) est un autre style développé dans la province du Guangdong.

Le Taiji Wu Gong et la Fleur de Prunier : Principes et Pédagogie

Le Taiji Wu Gong, une quintessence du tai chi Wu, représente une série de cinq exercices essentiels. Ces mouvements sont conçus pour initier les débutants aux principes fondamentaux du tai chi chuan, leur permettant de s'y familiariser et d'apprendre à les vivre et les appliquer de manière spécifique au style Wu. Pour les pratiquants plus avancés, ces cinq exercices constituent un moyen privilégié d'approfondir le travail intérieur à travers un ensemble de gestes d'une simplicité déconcertante. De plus, le Wu Gong ne nécessite que très peu d'espace, le rendant accessible à un grand nombre de personnes.

La série d'exercices débute par un mouvement d'ouverture. Ensuite, le pratiquant pivote sur le talon droit avant d'avancer le pied gauche. Les coudes s'ouvrent pendant le transfert du poids sur la jambe avant, un mouvement induit par une ouverture de la cage thoracique. La posture du « pas de l’arc » en style Wu est tout à fait typique. Elle se caractérise par le tronc penché vers l’avant, le buste étant dans le prolongement de la jambe arrière. Une ligne inclinée relie le talon arrière et le sommet de la tête, créant une structure corporelle unique. Le style Wu, qui provient du style Yang, a été enrichi par son fondateur grâce à divers apports. Cet exercice spécifique conclut la série des cinq mouvements conçue par Men Hui Feng, qui représente la première étape d'une approche pédagogique remarquable.

Durant cette étape initiale, le pratiquant est invité à se poser, à devenir pleinement présent à ce qu'il fait. Il développe ensuite ses racines, son axe, et retrouve son espace qu'il va ensuite habiter et animer. Le souffle y circule alors sans entrave, et l'énergie coule le long de l'axe vertébral, se mouvant du centre vers la périphérie.

La fleur de prunier, « Mei Hua », est un symbole riche de significations. Ses cinq pétales, ordonnés autour de son cœur, représentent les cinq éléments (métal, eau, bois, feu, terre) dans la pensée chinoise, les cinq saisons, les cinq saveurs et les cinq postures de base de cette « boxe » qui rappellent des fleurs épanouies. Le prunier, qui fleurit à la fin de l’hiver malgré le froid et la neige abondante en Chine du Nord, symbolise ainsi le courage, la longévité et la continuité.

Le Prunier Généreux et l'Exploration des Arts

Tableau d'une fleur de prunier stylisée et calligraphiée

Le Prunier Généreux est le fruit de la rencontre entre Hubert Lemée et Gaëlle Quintrec, un projet qui vise à proposer une découverte de la gastronomie zen, du Tai chi chuan, de la calligraphie, de la poésie et des arts du mouvement. L'adhésion à l'association Les Cinq Saisons du Tao est comprise dans le prix annuel des cours. Les participants ont la possibilité de rattraper les cours manqués sur d'autres créneaux horaires, sous réserve de places disponibles. Le paiement en plusieurs fois est possible, et le dispositif carte blanche est accepté, offrant une flexibilité aux pratiquants.

Le Yi Jing et la Méthode des "Fleurs de Pruniers"

Le Yi Jing est un pilier fondamental de toute la culture chinoise. Sans une compréhension de ses rouages, les portes de cette culture restent closes. Bien qu'il soit souvent consulté comme un outil de divination, son usage s'étend bien au-delà. Il existe plusieurs manières d'aborder le Yi Jing. La première consiste à le lire dans ses textes classiques. Ensuite, on peut explorer une multitude de techniques d'interprétation de ses « codes barres » emblématiques en six traits : les hexagrammes.

La méthode des « fleurs de pruniers » est une approche particulièrement intéressante, car elle exige une grande créativité et de l'instinct. Les hexagrammes deviennent alors les grilles d’accords des standards d’un Jazz de la vie. Cependant, comme l'a si bien dit Miles Davis, « l’improvisation commence au-delà de ce que l’on connaît, mais il vaut mieux en savoir beaucoup ». La méthode « des fleurs de prunier » exige une connaissance approfondie des mouvements des cinq éléments et une maîtrise des trigrammes qui étiquettent qualitativement les huit directions de la rose des vents. Un professeur de violon alto au Conservatoire de Musique de Genève, passionné par la Chine et les arts martiaux chinois depuis près de 40 ans, a voyagé et reçu son enseignement sous forme d’un compagnonnage traditionnel. Son approche des arts martiaux est centrée sur « l’art du vivre ensemble », illustrant la dimension philosophique et sociale de ces pratiques.

Diagramme des trigrammes du Yi Jing

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