L’Art de la Taille du Bonsaï : Maîtriser la Structure et l’Entretien

Tailler un bonsaï est l’une des étapes les plus importantes, aussi bien pour dans un but esthétique (créer une belle forme) mais également pour assurer une bonne croissance. Pourtant, l’amateur débutant se sent souvent désemparé avec sa paire de ciseaux dans les mains, car il y a plusieurs types de tailles qui se font à des périodes différentes et correspondent à des objectifs précis. Les bonsaïs, ou « arbres en pot » sont des arbres dont on freine la croissance et que l’on cultive en contenant. L’objectif est d’obtenir un arbre à l’aspect vénérable voire tourmenté, comme s’il avait poussé dans une anfractuosité de rocher ou sous des vents dominants très forts.

Schéma illustrant les différentes zones de taille sur un bonsaï

Les fondamentaux de la croissance arboricole

Avant de passer en revue les techniques en détail, il semble important de rappeler quelques fondamentaux sur la manière dont les arbres grandissent. Les arbres ont une tendance naturelle à distribuer davantage de croissance vers le sommet de l’arbre et la périphérie, ce qui est appelé la « dominance apicale ». Ce mécanisme naturel encourage les arbres à pousser plus haut pour se prémunir de la concurrence d’autres arbres et éviter de se retrouver à l’ombre. La plupart des arbres ont une « tendance apicale », c’est-à-dire que la tête et le bout des branches sont plus vigoureux que ce qui se trouve plus à l’intérieur de l’arbre. En taillant pendant la période de croissance, vous allez stopper temporairement la pousse. Avoir des branches parfaitement équilibrées est quelque chose de difficile à atteindre, car c’est un peu aller contre la nature de l’arbre de vouloir toujours s’allonger pour aller à la recherche de la lumière.

La taille de structure : définir la silhouette

On pourrait penser qu’il s’agit de conserver la forme du bonsaï, en coupant les pousses de l’année qui dépassent du profil de l’arbre. Pour donner à un arbre sa forme de base, il faut souvent tailler de grosses branches. Décider quelle branche doit rester ou doit être coupée peut être difficile, pas seulement parce que c’est une action irréversible mais aussi parce que cette décision impactera directement l’aspect visuel de l’arbre.

Règles d’or pour une structure harmonieuse

  1. Ne jamais conserver deux branches qui partent du même endroit sur le tronc sinon cela va entraîner la formation d’une « boule » à cause de l’afflux de sève à cet endroit. Les ramifications ne font toujours par paire ; un rameau se sépare en deux, qui vont ensuite se séparer en deux, etc. C’est comme cela que l’on forme de jolis plateaux. Certaines essences, telles que les érables du Japon ou bien les ormes de Chine, ont tendance à avoir de nombreux bourgeons qui partent d’un même point. Si vous les conservez, vous allez avoir une inversion de conicité.
  2. On parle souvent de la conicité du tronc, qui doit être massif à la base (au niveau du nebari) et doit progressivement devenir de plus en plus fin. Même sur un bonsaï mature, qui est déjà bien formé, c’est parfois une opération nécessaire car la végétation s’est allongée, et les parties en bout de branches sont devenues trop grosses (car ce sont les plus vigoureuses).
  3. Un beau bonsaï n’est pas simplement une grosse boule de feuilles posée sur un tronc. La beauté est souvent dans les différents espaces vides entre les plateaux de végétation.

Quand faire cette taille de structure sur un bonsaï ? À partir de la fin de l’automne, lorsque l’arbre entre dans sa période de dormance. Sur les feuillus, c’est lorsque quasiment toutes les feuilles sont tombées. Vous pouvez alors mieux voir la structure de l’arbre et des branches.

Techniques de densification et d'entretien

Le but de la taille d’entretien est de maintenir et d’affiner la forme d’un arbre. Pour ce faire, il faut simplement tailler les branches ou les pousses qui ont dépassé la taille désirée de couronne ou de forme, en utilisant des ciseaux fins ou un ciseau normal.

Le pincement et la taille d’entretien

Le pincement consiste à couper au ciseau ou avec ses doigts le bourgeon qui vient de s’ouvrir en bout du rameau. Sa croissance va être bloquée, de nouveaux bourgeons vont se former en quelques semaines, mais ils seront plus faibles, permettront d’avoir des entre-nœuds plus courts et des feuilles plus petites. Le pincement ne se pratique que sur un bonsaï qui est en « phase de finition », c’est-à-dire que la structure est bien établie, que les branches sont bien ramifiées.

La taille d’entretien, quant à elle, consiste à couper le rameau dès qu’il a commencé à lignifier, c’est-à-dire qu’il se transforme en bois (sa couleur est passée du vert au marron). Il faut toujours tailler en laissant deux feuilles ; il va alors se former deux bourgeons qui donneront naissance à des rameaux. À chaque taille, le nombre de rameaux est multiplié par deux. La taille d’entretien permet de créer la ramification, et sur des bonsaïs tels que les ormes de Chine cela suffit à créer de beaux plateaux bien denses.

#3 TAILLE D'ENTRETIEN - Tutoriel

Précautions et santé de l'arbre

Ne taillez jamais un arbre faible. Comment le savoir ? Sur un pin, vous devez avoir des aiguilles bien rigides qui piquent au bout. Peut-être qu’il a été malade, qu’il a subi une attaque de parasites, qu’il a eu un problème d’arrosage, qu’au rempotage vous avez coupé beaucoup de racines, ou tout simplement vous avez l’impression qu’il ne pousse pas de façon vigoureuse. Pourquoi ne pas tailler un arbre faible ? Plus de photosynthèse, c’est aussi plus de circulation de la sève dans les vaisseaux du xylème et du phloème, entre les racines et les feuilles. Alors que plus il y a de feuilles, plus il y a de photosynthèse, pourquoi tailler peut-il améliorer ce processus ? Il faut comprendre une chose essentielle : pour que les feuilles puissent faire la photosynthèse, il faut qu’elles soient à la lumière. Les parties qui se trouvent plus à l’intérieur de l’arbre vont se retrouver à l’ombre. Même en taillant les longues pousses qui dépassent du profil du bonsaï, il peut y avoir tellement de feuillage que l’intérieur se trouve complètement à l’ombre.

La gestion des plaies et la cicatrisation

Lorsque l’on coupe complètement une branche, ou que l’on raccourcit une branche, on se retrouve avec une grosse cicatrice. Sur un conifère, il est toujours possible de créer du bois mort pour rendre cette coupe moins artificielle. Une bonne technique pour fermer une grosse cicatrice est de laisser filer un rameau au niveau de la coupe. Souvent, vous verrez que là où vous avez coupé, plusieurs bourgeons vont apparaître. Si la cicatrice est vraiment grosse, il faudra peut-être faire l’opération en plusieurs fois. En effet, le tire-sève que vous allez laisser pousser peut devenir lui aussi très gros, et en le coupant vous allez créer une nouvelle cicatrice. Pour éviter cela, taillez chaque hiver ce tire-sève en laissant un centimètre de bois. Pour finir, on conseille de mastiquer les grosses plaies avec une pâte cicatrisante, disponible dans la plupart des magasins de bonsaï. Un arbre sain ne devrait avoir aucun problème suite à l’élagage de son feuillage jusqu'à 1/3. En tout cas, avec une taille significative, il est important de tailler les racines dans des proportions équivalentes. Ainsi, l’on évite que l’arbre ne développe une croissance trop rapide pour compenser le déséquilibre entre feuillage et racines.

Cas particulier : Le Bonsaï Carmona

L’essentiel à retenir pour le Carmona : la densification repose sur la règle du 6-8/2, consistant à rabattre les rameaux à deux feuilles pour stimuler les bourgeons arrière. Cette taille d’entretien, couplée à une structure aérée en fin d’hiver, garantit un arbre vigoureux et esthétique. Après avoir admiré la floraison blanche de votre Carmona, il est temps de passer à sa structure. La fin de l’hiver est le moment parfait. L’arbre sort de son repos et s’apprête à exploser. Une précision chirurgicale est requise. Une pince concave est votre meilleure alliée. L’hygiène des lames est capitale. Un coup d’alcool évite les maladies. Une fois bien équipé, on s’attaque au cœur de l’esthétique du Carmona : le volume de ses feuilles. Appliquez la méthode du 6-8/2. Laissez le rameau s’allonger jusqu’ six ou huit feuilles. Puis, coupez pour n’en garder que deux. Cette logique de ramification est similaire à la manière de couper du basilic en pot. Observez bien la réaction de votre bonsaï. S’il profite d’un plein soleil, il va pousser très vite. La lumière joue un rôle majeur ici. Une faible luminosité produit des entre-nœuds trop longs.

Illustration de la méthode de taille 6-8/2 sur un rameau de Carmona

Ne pincez jamais un sujet affaibli. Si les feuilles jaunissent, stoppez tout immédiatement. Soyez patient. Le feuillage, c’est bien, mais sans une charpente solide, votre Carmona n’aura jamais l’allure d’un vénérable ancêtre. Regardez l’arbre de face. Supprimez les branches qui poussent verticalement ou vers l’intérieur. On veut que l’air et la lumière circulent partout. Prenez du recul régulièrement. Couper trop vite est une erreur classique. Attention, le bois du Carmona est traître. Il devient très cassant avec l’âge. Privilégiez la ligature sur les jeunes pousses. Elles sont encore souples. Vérifiez le fil chaque semaine. Tailler, c’est créer des plaies. Sortez le mastic cicatrisant. Appliquez-en une fine couche sur chaque plaie de plus de cinq millimètres. Surveillez l’arrosage de près. Moins de feuilles signifie moins d’évaporation. Placez l’arbre dans un endroit lumineux mais sans soleil direct. L’erreur fatale : tailler trop fort un arbre déjà stressé. Si votre Carmona perd ses feuilles, ne le taillez pas pour « l’aider ». Vous ne feriez que l’achever. Gardez l’œil sur les pucerons. Ils adorent les jeunes pousses tendres qui sortent après une taille. Maîtriser la taille du bonsaï Carmona demande de la patience, des outils propres et un pincement régulier pour densifier son feuillage. Agissez dès maintenant pour sculpter sa silhouette et appliquer le mastic protecteur nécessaire.

tags: #taille #bonsai #qui #grimpe