
Le bonsaï, un art millénaire, transcende la simple culture d'arbres en pot pour devenir une forme d'expression artistique où la taille joue un rôle central. Loin d'être une pratique aléatoire, la taille est une étape incontournable, non seulement pour la création, mais également pour l'entretien de bonsaïs déjà formés au cours de leur évolution dans le temps. Elle permet de contrôler la croissance, de sculpter la forme et de révéler l'essence de l'arbre en miniature. Cette étape est certainement la plus compliquée dans les premiers temps de la pratique du bonsaï, mais elle vient naturellement avec l'expérience. Les progressions de bonsaïs montrent toutes des photos avant/après de bonsaïs mis en forme par des experts, illustrant la transformation spectaculaire que permet la taille.
Une idée fausse très répandue est que les plantes utilisées en bonsaï sont des plantes génétiquement "nanifiées". Les arbres bonsaï sont des plantes normales, multipliées comme n'importe quelle autre plante, mais cultivées selon des techniques sophistiquées pour les maintenir à une taille miniature. Chaque espèce d'arbre a des exigences spécifiques pour sa culture, sa formation et son entretien. Cela implique que sélectionner l'espèce adaptée à votre environnement (ou identifier quelle espèce d'arbre vous possédez déjà) est crucial pour garder l'arbre en bonne santé. Des espèces variées sont utilisées, telles que l'érable trident, une espèce d'érable asiatique avec une résistance limitée au gel, l'aubépine, une plante qui pousse comme un arbuste la plupart du temps et prend plusieurs années pour développer des troncs épais, les azalées Satsuki, de plus en plus populaires parmi les amateurs, et le mélèze, un conifère caduc offrant de belles couleurs d'automne et une belle apparence sans feuillage en hiver. Les essences européennes, japonaises et hybrides sont utilisées en bonsaï, chacune apportant ses propres défis et récompenses en matière de taille.
Les fondements de la taille : Comprendre la croissance des arbres
Avant d'aborder les techniques de taille en détail, il est important de rappeler quelques fondamentaux sur la manière dont les arbres grandissent. Les arbres ont une tendance naturelle à distribuer davantage de croissance vers le sommet de l'arbre et la périphérie, ce qui est appelé la « dominance apicale ». Ce mécanisme naturel encourage les arbres à pousser plus haut pour se prémunir de la concurrence d'autres arbres et éviter de se retrouver à l'ombre. Comprendre ce phénomène est essentiel pour orienter la croissance du bonsaï et obtenir la forme désirée.
Lors d'une taille, un arbre réagit différemment de nous lorsque nous nous coupons. Le corps humain cherche à régénérer les tissus coupés, même profondément : c'est la cicatrisation. Un arbre ne possède qu'une zone de croissance active du tronc et des branches : le cambium. Lors d'une coupe, il cherche d'abord à se protéger des attaques des insectes et des maladies en sécrétant des substances protectrices qui viennent imbiber les autres zones ; c'est la compartimentation. La zone coupée ne peut se refermer qu'avec le développement de nouvelles cellules au niveau du cambium.
Lorsqu'une branche se développe, elle crée un cône d'insertion sur la branche (ou le tronc) sur laquelle elle pousse. Ce mode de croissance est bien visible sur les planches de bois avec des nœuds : ce sont des fractions de ces cônes. Au-dessus de la branche se situe une zone de compression des tissus qui se traduit par des rides sur l'écorce. En dessous, les tissus ont plus de place pour se développer. Sauf à vouloir délibérément créer un bois mort, l'objectif de la taille d'une branche est de faire disparaître, à terme, la trace de son ancienne présence.
L'arbre ne possède qu'une seule zone apte à créer de nouvelles cellules sur les branches : le cambium. Pour recouvrir une plaie de manière homogène, il est donc nécessaire que celui-ci soit activé de manière homogène tout autour de la zone à recouvrir. Seule une taille perpendiculaire à l'axe de la branche à supprimer le permet, tout en minimisant la surface à recouvrir. Les parties contenant les rides et le col constituent des espaces de transition. En taillant à travers elles, on risque de créer une discontinuité dans l'anneau de cambium.
Les rythmes de réaction des arbres sont variables. En particulier, les conifères possèdent des couches végétatives moins différenciées que les caducs et prennent plus de temps pour réagir. Il en est ainsi pour la compartimentation qui peut prendre plus d'une saison pour les pins. Pour ces derniers, il est plus que prudent de procéder en deux temps. Une première coupe laisse un moignon de 1 à 2 cm en place. Dépourvue d'aiguille, la branche mourra mais l'arbre pourra développer une compartimentation qui touchera le moins possible le tronc, ou la branche à laquelle était attachée l'ancienne.

Les différentes catégories de taille
La taille est un des travaux de base pour l'entretien des bonsaïs et certainement le plus emblématique de tous pour les néophytes. Oui, on taille, mais pas si souvent que ça finalement et surtout pas n'importe comment. On peut distinguer plusieurs types de taille, chacun ayant un objectif précis et étant réalisé à des moments différents de la vie de l'arbre.
Taille de formation (ou taille de structure)
La taille de formation est la première approche pour aborder la transformation d'un arbre en bonsaï. Elle permet de déterminer l'avancement de l'arbre vers un bonsaï abouti. En fonction du résultat de la réflexion, les axes de travail principaux peuvent alors être identifiés. Il est également possible de dessiner l'image que l'on peut avoir du futur bonsaï. Cette taille se réalise sur des arbres généralement jeunes, car elle sert à corriger la structure primaire de votre arbre, c'est-à-dire le tronc et les premières branches. Comme les corrections sont importantes, il faut utiliser du mastic pour protéger les grosses cicatrices laissées par votre travail.
Décider quelle branche doit rester ou doit être coupée peut être difficile, non seulement parce que c'est une action irréversible, mais aussi parce que cette décision impactera directement l'aspect visuel de l'arbre. Poser l'arbre sur une table à hauteur des yeux est une bonne pratique. La première étape est de retirer toutes les branches mortes de l'arbre. Ensuite, il faut prendre un peu de temps pour observer son arbre et décider quelles sont les branches qui ne conviennent pas à la forme projetée et doivent être supprimées.
Quelques lignes directrices peuvent être utiles, mais décider de la future forme de l'arbre est un processus créatif, qui n'est pas soumis à des « règles » strictes. Le tableau ci-dessous présente des indications de distance (en centimètres) entre les branches essentielles et le départ des racines. Elles répondent à des principes d'esthétique, mais ne doivent pas être considérées comme normatives : à chacun de les interpréter selon les caractéristiques propres à chaque bonsaï et à son style. Les branches indiquées sont celles qui sont directement visibles à partir de la face de l'arbre.
| Élément | Distance (cm) |
|---|---|
| Première branche | 5-10 |
| Deuxième branche | 8-15 |
| Troisième branche | 12-20 |
| Sommet | Variable selon la hauteur désirée |

Un arbre sain ne devrait avoir aucun problème suite à l'élagage de son feuillage jusqu'à 1/3. En tout cas, avec une taille significative, il est important de tailler les racines dans des proportions équivalentes. Ainsi, l'on évite que l'arbre ne développe une croissance trop rapide pour compenser le déséquilibre entre feuillage et racines. Pour finir, on conseille de mastiquer les grosses plaies avec une pâte cicatrisante, disponible dans la plupart des magasins (en ligne) de bonsaï.
Les tailles de structure sont habituellement réalisées en hiver. À partir de mi-novembre, dans les climats tempérés, l'ensemble des espèces passe en dormance hivernale pendant laquelle les caducs n'ont pratiquement plus d'activité tandis que les persistants et les conifères réduisent fortement la leur. Plus la taille est réalisée à un moment éloigné du printemps, plus l'application de mastic est pertinente : elle apporte une barrière de protection supplémentaire principalement face aux maladies (les insectes sont moins présents à cette époque de l'année). Les périodes de gel ne sont pas favorables à la réalisation de tailles de structure : les branches sont cassantes et l'activité végétale est totalement à l'arrêt. Pour les arbres à floraison printanière, la taille de structure est en général effectuée au moment où les fleurs fanent, pour ne pas supprimer les bourgeons florifères avec les branches. La taille est également possible en hiver pour conserver les avantages de cette période, en particulier pour les plus grosses branches.
Taille d'affinage (ou taille de maintien)
Cette taille se réalise sur des arbres qui ont déjà subi des interventions amenant votre arbre à devenir un bonsaï. Votre arbre possède déjà une première silhouette, mais il faut encore la corriger pour favoriser le système secondaire, c'est-à-dire la mise en place des branches et la préparation à la ramification des branches. Le but de la taille d'entretien est de maintenir et d'affiner la forme d'un arbre. Comme mentionné précédemment, la taille d'entretien est nécessaire pour maintenir la forme de l'arbre. Pour ce faire, il faut simplement tailler les branches / les pousses qui ont dépassé la taille désirée de couronne ou de forme, en utilisant des ciseaux fins ou un ciseau normal.
Si l'on souhaite que le bonsaï grossisse car on le trouve trop fin, il faut le laisser pousser et limiter la taille en l'empêchant simplement de trop pousser vers le haut. On limitera simplement les grandes tiges qui montent trop et on laissera les branches basses pousser et tiger très fortement. La conséquence est simple, l'arbre en pot va avoir des branches dont le diamètre va grossir. Si l'on souhaite que le bonsaï reste comme il est actuellement car on trouve qu'il est à la bonne dimension, on veut simplement éviter qu'il perde sa silhouette en intervenant pour corriger les branches qui ont tendance à sortir de la canopée de l'arbre. La conséquence est encore simple, le fait d'empêcher l'arbre de pousser en éliminant les branches qui poussent trop, va favoriser la fine ramification. Il est indispensable cependant que l'arbre ait une jolie forme pour réaliser ce travail.
Taille de finition
Cette taille se réalise sur des arbres devenus matures dans un seul but, favoriser la fine ramification et augmenter la densification du feuillage du bonsaï. Clairement, l'on va bientôt pouvoir exposer l'arbre, car il atteint le but fixé. Pour la taille d'entretien, il faut supprimer les nouvelles branches formées à partir des différents nuages. Couper ces nouvelles grandes tiges, assez court, en laissant seulement quelques feuilles. On peut le faire plusieurs fois dans l'année. Ensuite, dégager un nuage de l'autre, en coupant très court entre les deux. Enlever aussi les branches qui repartent vers le bas.
Techniques de taille spécifiques
La taille de l'extrémité d'une branche est plus simple que celle consistant à la supprimer : il n'y a pas besoin d'anticiper les réactions de l'arbre par rapport au cône d'insertion. Cependant, les mécanismes de compartimentation sont toujours mobilisés. La taille s'effectue toujours perpendiculairement à l'axe de la branche, pour minimiser la surface mise à nu et, lorsque c'est possible, le plan de coupe est orienté à l'opposé du bourgeon.
Pincement
Le pincement est une technique de taille douce, généralement réalisée à la main ou avec des ciseaux fins, pour contrôler la croissance des jeunes pousses. Contrairement aux arbres caducs, les pins, les conifères, doivent être pincés à la main. Utiliser des ciseaux pour tailler des conifères mènerait à un feuillage sec et brun à l'endroit des coupes. Cette technique permet de densifier la ramification et de maintenir la taille du feuillage.
Défoliation
La défoliation est une autre méthode de taille des bonsaïs, qui consiste à retirer les feuilles d'un caduc pendant l'été pour obliger l'arbre à faire pousser de nouvelles branches. Cette technique conduit au final à la réduction de la taille des feuilles et à la densification de la ramification. Elle est particulièrement utile pour améliorer l'aspect des érables matures. Les érables matures peuvent être effeuillés de manière totale ou partielle pour améliorer le bourgeonnement arrière et aider à obtenir une ramification fine.
Taille de l'année
Raccourcir les longues pousses de l'année est essentiel. Si on doit tailler, c'est parce que les arbres poussent à chaque saison et souvent plusieurs fois pendant une même saison. Cela permet de lutter contre l'allongement perpétuel de la plante, mais aussi d'améliorer l'esthétique de celle-ci en lui permettant d'avoir un aspect plus mature grâce à une végétation dense ou une ramification fine.
Cas spécifiques par espèce
La période à laquelle il faudra tailler dépend de la technique de taille mais aussi de l'espèce d'arbre que l'on taille.
- Tambaho - pin noir du Japon : Taille des chandelles en commençant par les plus faibles puis en remontant vers les plus fortes petit à petit au cours du printemps.
- Nettoyage et taille des genévriers : Tout le feuillage faible est systématiquement à retirer sur les genévriers. Si ce n'a pas été fait au printemps ou en automne, peu importe la saison, il faudra le faire. Il ne faut pas tailler les flèches de végétation avant l'hiver car ce sont elles qui donnent la vigueur de l'arbre au printemps.
- Suppression de la pousse au-delà des 2 premières feuilles sur les érables palmés : Sur des arbres en finition, lorsque les premières feuilles sortent au printemps, il faut immédiatement enlever la tige centrale pour éviter qu'elle ne s'allonge.
- Taille d'automne des Chojubai : Les Chojubai sont laissés à pousser librement toute la saison. Au début de l'automne, il faut alors les tailler à deux feuilles pour leur redonner la forme souhaitée.
Les outils de la taille et leur utilisation
Chaque outil est conçu pour permettre la taille de branches d'un certain diamètre. C'est en respectant cette spécification que la coupe est franche et facilite le travail de l'arbre dans le développement de cambium. Les qualités mécaniques et le tranchant de l'outil sont également préservés. Si le diamètre de la branche est trop important pour un outil, il est nécessaire de passer à la taille supérieure du même outil, ou d'en utiliser un autre. Quand on est arrivé au bout de la capacité de nos pinces disponibles, c'est la scie qui s'impose. Elle ne laisse cependant pas une surface suffisamment nette pour nos besoins.
Il n'est pas nécessaire de disposer de beaucoup d'outils pour tailler les bonsaïs. Au Japon, aucun professionnel ne dispose d'une trousse à outils énorme et flambant neuve en inox. Un ciseau et une pince concave sont souvent suffisants pour débuter. Ajouter du fil de ligature et l'équipement est complet.
Tailler avec une pince dont les branches sont sur un plan horizontal, outre le fait que la position n'est pas très ergonomique, présente le risque que l'extrémité supérieure des lames vienne entamer l'écorce du tronc, ou de la branche, sur lequel est insérée celle qui doit être coupée. Par ailleurs, avec une pince concave, la forme de la partie taillée risque d'être plus proche d'un ovale allongé dans l'axe du tronc. La meilleure approche consiste à tenir la pince de manière à positionner ses branches l'une au-dessus de l'autre. L'extrémité des lames est alors orientée en dehors du tronc, éloignée de l'écorce. Sur les tailles qui ont supprimé totalement une branche, l'application de mastic sur son ancien point d'insertion est une bonne précaution.
Quand tailler ?
La période à laquelle il faudra tailler dépend de la technique de taille mais aussi de l'espèce d'arbre. Les tailles en vert sont à effectuer au printemps pendant la croissance des tiges. On taille simplement avec des ciseaux. Il est important de réaliser cette taille au bon moment. Tailler trop tôt va retarder l'arrivée de la pousse suivante car les bourgeons ne sont pas encore assez matures. À l'inverse, si vous taillez trop tard, c'est-à-dire lorsque la pousse a quasiment fini sa croissance, l'arbre ne réagira pas en produisant une pousse supplémentaire.
Après la taille : Soins et conseils
Après la taille, il faudra bien arroser le bonsaï et le mettre à l'ombre quelques temps, dans un endroit plus ombragé au jardin, ou plus loin de la fenêtre à l'intérieur. Garder un bonsaï en vie n'est vraiment pas si compliqué. Mais comme les bonsaïs sont plantés dans de petits pots, ils ont moins de réserves en termes d'eau et de nutriments. Cela implique que vous deviez arroser et appliquer de l'engrais régulièrement, ainsi que placer votre arbre à un endroit approprié.
La ligature, bien que n'étant pas une taille à proprement parler, est une technique complémentaire essentielle pour donner à un bonsaï sa forme. Quand la branche est fine et souple, on met un fil de ligature, pour la forcer à prendre une direction donnée. On entoure la tige et on lui donne la forme que l'on veut. Quand elle aura évolué, on supprimera l'attache.
Cultiver un arbre depuis la graine vous donne le contrôle total sur la forme de votre bonsaï, mais cela vous demandera au moins cinq ans avant que vous ayez quelque chose qui ressemble à un arbre. Il y a différentes méthodes de propagation des arbres, certaines requièrent beaucoup de patience et certaines donnent des résultats immédiats.
