L'Art de la Bouture de Cep de Vigne Bonsaï : Une Méthode Ancestrale et Innovante

La vigne, qu'elle soit cultivée au jardin ou sur une terrasse, est une plante relativement facile à cultiver en amateur. Après quelques années, il est possible de bénéficier d'une récolte de raisins honorable et souvent goûteuse. Tous les ceps de vigne qui produisent du raisin appartiennent au genre Vitis vinifera, ce qui signifie qu'ils peuvent potentiellement donner du vin. Au sein de ce genre, de nombreuses variétés existent, se distinguant notamment par leur cycle de récolte : précoce ou tardive. Dans les régions plus froides, il est préférable de privilégier les variétés à fructification précoce et d'éviter celles à vendange tardive.

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Les Défis de la Culture de la Vigne et les Solutions

Un point d'attention majeur concerne la sensibilité de la vigne à de nombreuses maladies, particulièrement les maladies cryptogamiques (champignons) comme l'oïdium, le botrytis, l'anthracnose et le mildiou. Néanmoins, certaines variétés y sont moins sensibles. L'INRA (Institut National de Recherche Agricole) a développé, par hybridation (croisement de variétés), des variétés plus résistantes destinées aux particuliers. On les retrouve en jardineries sous des noms comme Aladin, issue de la variété Ampelia®, qui produit de belles grappes de raisins noirs, et Amandin Ampelia®, qui donne de belles grappes de raisins blancs fermes et croquants de forme ovale. Ces deux variétés ont une maturité tardive, vers le mois d'octobre, et sont donc plutôt réservées aux régions douces, voire chaudes. Perdin, une autre variété de l'INRA, est de maturité précoce et convient à toutes les régions.

Le choix d'une vigne à raisins est tel que partout en France, jusqu'à 1500 m d'altitude, il est possible de cultiver sa vigne en pleine terre. Les cépages anciens résistants, demandant peu ou pas de taille et de traitements, sont très appréciés des jardiniers. Heureusement, certains ont conservé des pieds de ces variétés pour les faire connaître aux amateurs, pour la consommation familiale. Un retour des cépages hybrides est également observé. Ces hybrides, notamment américains et canadiens, sont très bien adaptés aux climats nordiques et produisent de grosses grappes très sucrées et savoureuses. Ces climats rigoureux ont incité les vignerons canadiens à rechercher de nouvelles espèces de vigne, apportant ainsi au monde d'autres vins et de nouvelles saveurs, ainsi que de très bons raisins de table, avec des variétés très hâtives ou tardives, très résistantes aux maladies, qui donnent une bonne production de fruits.

Ces cépages tolèrent mieux que les autres les sols mal drainés ou pauvres. La vigne craint l'excès d'humidité en été et préfère une certaine sécheresse. Ce type de vigne produit des raisins fruités, avec un goût et une saveur légèrement tropicale ou d'ananas, de fraise épicée, ou parfumés au goût de framboise, de litchi, de miel. Ils offrent des fruits de toutes les tailles, de toutes les couleurs et avec ou sans pépins. Les anciens hybrides étaient décriés pour donner aux vins des goûts foxés. En général, elles ne diffèrent guère des cépages européens traditionnels sur le plan organoleptique, surtout pour les raisins de table.

types<em>de</em>raisins

Le Phylloxéra : Un Ennemi Redoutable

Le phylloxéra de la vigne (Phylloxéra vastatrix) est l'ennemi le plus redoutable. Il s'agit d'un puceron dont le seul hôte connu est la vigne. Le phylloxéra se présente sous trois formes : « gallicole », « radicicole » et « ailée et sexuée ». Il est important de noter que les variétés européennes sont résistantes au phylloxéra gallicole, qui se développe sur les feuilles, tandis que les variétés américaines le sont au phylloxéra radicicole, qui s'installe dans les racines. La greffe devient pertinente si le sol est infesté de phylloxéra ou si l'on cultive des cépages sensibles de grande valeur. Le bouturage, quant à lui, reproduira uniquement le porte-greffe (ex : SO4, 110 Richter), pas le cépage greffé. Pour conserver le cépage, il faut prélever des sarments sur le greffon.

phylloxéra_vigne

La Technique de Bouturage de la Vigne

Le bouturage est une technique ancestrale qui permet de multiplier à l'identique les cépages favoris, sans matériel compliqué ni budget démesuré. Cette méthode présente un avantage économique certain et garantit de reproduire fidèlement les caractéristiques de la vigne d'origine : goût du raisin, résistance aux maladies, vigueur. Un sarment bien prélevé peut donner un plant productif dès la deuxième année.

Quand Bouturer ? Le Calendrier Idéal

Le calendrier du bouturage varie selon la région et la méthode choisie. En hiver, les sarments aoûtés (devenus ligneux) concentrent leurs réserves nutritives. C'est le moment idéal pour prélever des boutures vigoureuses. Dans le sud de la France, il est préférable de privilégier décembre-janvier. Entre juin et août, il est possible de tenter les boutures de rameaux tendres. La bouture aoûtée se pratique sur rameaux aoûtés, donc à partir de la fin août et jusqu’à la fin de l’automne, voire au début du printemps. Le bois est dur à la base et ne se plie pas facilement, mais l’extrémité des rameaux est encore un peu tendre. La plantation des boutures s'effectue en automne avant les premières gelées.

Choisir et Préparer les Sarments

Il ne faut pas couper n'importe quelle branche. Il est essentiel de sélectionner des rameaux de l'année, bien aoûtés, d'un diamètre de 8 à 12 mm (l'épaisseur d'un crayon). La couleur doit être homogène, brune, sans taches suspectes. L'orientation compte aussi : les sarments exposés sud accumulent davantage de réserves glucidiques, ce qui favorise l'enracinement.

Pour réussir, il faut réaliser des boutures à crossette, comme pour le figuier par exemple, sur des bois de 2 à 3 ans qui portent des départs de branches de 1 à 2 ans. Ce sont ces branches qui serviront de bouture, avec une crosse, ce petit morceau de la branche originale de 2 à 3 ans.

Bouturage de bourgeons : un exemple avec la vigne | Jardins et Loisirs

Les Différentes Techniques de Bouturage

Trois techniques principales se partagent les faveurs des vignerons amateurs :

  1. La bouture simple : C'est la technique la plus répandue. Il s'agit de couper un tronçon de sarment de 30 à 40 cm portant 3 à 4 bourgeons. Cette méthode affiche un taux de réussite de 60 à 70% dans de bonnes conditions.
  2. La bouture à crossette : On conserve ici un morceau du bois de deux ans (la crossette) à la base du sarment. Les vignes anciennes ou les cépages réputés difficiles à bouturer (comme le Muscat d’Alexandrie) répondent mieux avec cette technique.
  3. La bouture à talon : On prélève le sarment avec un fragment d’écorce du rameau porteur (le talon).

Le bouturage de la vigne n'est pas compliqué à réaliser et s'effectue en deux opérations. Il faut d'abord prélever et préparer les boutures après la chute des feuilles, puis les planter dans un pot ou en pleine terre. Pour effectuer ces opérations, il faut se munir d'un sécateur, d'un bon couteau qui coupe et d'une hormone de bouturage. Pour bouturer, la technique consiste à tremper le fragment de végétal dans un mélange d'hormone afin de favoriser la croissance des racines. Le sachet de poudre d'hormone est prêt à l'emploi. Il existe de nombreuses solutions pour faire soi-même son hormone de bouturage. Les puristes s’en passent, mais tremper la base des boutures dans de l’hormone de bouturage (auxine) booste l’enracinement de 15 à 20%. Il est préférable de privilégier les formulations en poudre qui adhèrent mieux. On peut tailler 2 à 5 boutures par sarment, suivant sa longueur. Il suffit ensuite de tremper le biseau dans l'hormone de bouturage.

La Plantation des Boutures

Après avoir coupé les sarments, regroupez les boutures en bottes de 10 à 15 pièces, toutes orientées dans le même sens. Enterrez-les aux deux tiers dans du sable humide, exposition nord, à l'abri du gel violent. La stratification dans du sable humide pendant l'hiver permet aux boutures de développer un cal cicatriciel favorable à l'enracinement. Cette étape augmente le taux de reprise de 30%. Mars-avril sonne l'heure de la plantation.

L'enracinement en pot offre un meilleur contrôle. Il est recommandé d'utiliser un mélange 50% terreau, 50% sable pour assurer drainage et nutrition. Il faut arroser régulièrement sans détremper et placer les pots en situation abritée, à mi-ombre. Les racines apparaissent généralement après 6 à 8 semaines. Le bouturage en pot est possible hors saison, mais avec un taux de réussite réduit (30-40%). Utilisez des boutures semi-aoûtées en serre chauffée (18-22°C) avec un substrat 70% sable/30% tourbe. L'enracinement prend 6 à 8 semaines.

La plantation en pleine terre est plus risquée mais moins chronophage, elle convient aux jardins aux sols légers et bien drainés. Il faut espacer les boutures de 30 à 40 cm. Cette méthode évite le stress du repiquage mais demande une vigilance accrue contre les adventices et le dessèchement. Pour cela, repiquez vos boutures en pépinière dans une bonne terre bien humide. Laissez sortir le bourgeon supérieur de 5 cm du niveau du sol. Faites un trou de 20 à 25 cm de profondeur, selon la longueur de la bouture. Mettez le plant dans le trou, et laissez sortir le bourgeon supérieur juste à 5 cm au niveau du sol.

Les Pièges à Éviter

Même avec la meilleure volonté, certains pièges guettent les jardiniers. La première erreur est de prélever des sarments en sève montante (avril-mai). À cette période, les réserves migrent vers les feuilles et le bois se dessèche rapidement. Le deuxième piège est de négliger l'hygiène des outils. Des sécateurs sales transmettent maladies et champignons. Il faut désinfecter systématiquement à l'alcool à 70° entre chaque pied. La désinfection des sécateurs et greffoirs réduit les risques de transmission de maladies (esca, black rot) de 90%. La troisième bévue est de planter trop superficiellement. Une bouture enfoncée de seulement 10-15 cm manque d'ancrage et se dessèche. Le quatrième faux pas est d'arroser à outrance. Un excès d'eau provoque la pourriture des tissus avant l'apparition des racines. Le substrat doit rester frais, pas détrempé.

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Le Suivi des Jeunes Plants de Vigne

Les premiers mois déterminent la vigueur future de la vigne. Dès l'apparition des premières feuilles (mai-juin), il faut commencer un arrosage hebdomadaire. Il est préférable d'arroser tôt le matin pour limiter l'évaporation. Paillez généreusement le pied avec 10 cm de tontes séchées ou de BRF (Bois Raméal Fragmenté). Dès que la tige atteint 50 cm, installez un tuteur solide et attachez sans serrer avec du raphia ou des liens souples. Les matériaux rigides blessent l'écorce et créent des portes d'entrée aux maladies.

La première année, laissez pousser librement pour favoriser le développement racinaire. La taille de formation ne commencera que l'hiver suivant. Une bouture de vigne ne produit pas instantanément. Certains plants vigoureux offrent quelques grappes dès la deuxième année, mais il est préférable de les supprimer. À partir de la cinquième année, le pied atteint sa pleine production : 5 à 10 kg de raisins selon le cépage et les conditions de culture. Les cépages de table comme Chasselas, Italia ou Muscat de Hambourg se montrent particulièrement généreux.

L'Astuce du Tournesol pour l'Enracinement

Une astuce ancestrale peut s'appliquer à toute sorte de bouture, y compris celle de la vigne : l'insertion de graines de tournesol ou de blé. En mai 2010, un expérimentateur a ramassé sur une parcelle de vigne arrachée, à Rustiques dans le Languedoc-Roussillon, près de Carcassonne, un cep sans racine ni verdure. Après l'avoir trempé plus d'une semaine dans de l'eau, il a glissé quelques graines de tournesol dans les 3 moignons racinaires, entre l'écorce et le bois dur, afin que le cep profite des racines lorsque les graines auraient germé. Il a également saupoudré la partie à enterrer avec de la poudre d'hormone. Après l'avoir planté dans une caisse en plastique dans un mélange de chabazai, pouzzolane et terreau, en l'ayant solidement attaché, ce cep de vigne a repris vie. Un plan de tournesol est apparu ainsi qu'un raisin, vert puis bleu foncé.

Le fait de glisser des graines de tournesol ou autres, favorise la nutrition de l'arbre ou du cep de vigne, par l'intermédiaire des racines de ces graines qui germent très rapidement. Quand une graine germe, elle produit elle-même des racines qui se mélangent aux autres racines du prélèvement et aide donc à l'enracinement du sujet. Si le prélèvement n'a pas de racine, ou très peu, on peut en créer avec des graines que l'on insère entre l'écorce et le bois. Des graines de blé seraient l'idéal, car plus petites, et cela devrait marcher pour tous les plants, de préférence en automne, voire au printemps.

racines<em>vigne</em>tournesol

Le "Semis de Bourgeons" : Une Approche Novatrice

Face à la fragilisation croissante de la vigne, de nouvelles techniques sont explorées pour enrayer cette dégénérescence. Une technique encore en expérimentation, mais qui pourrait apporter une vraie solution aux problématiques de dépérissement rencontrées sur le terrain, est le semis de bourgeons. L'idée est de modifier le mode de multiplication du matériel végétal. Dans le monde végétal, pour développer la robustesse, il faut confronter les variétés aux conditions du milieu : climat, pathogènes, etc. Lors de la germination, un phénomène de nettoyage et d'adaptation s'opère.

La réflexion sur le semis de bourgeons a commencé en 2000 sous l'impulsion de Pierre Masson et de Michel Grisard, avec des vignerons et des pépiniéristes. Les premières expérimentations ont eu lieu en 2003 chez des vignerons. En 2015, l'association Soin de la Terre a commencé à se pencher sur le sujet, sur pinot noir et chardonnay, afin de définir une méthodologie. Les résultats montrent une plus grosse puissance racinaire, une racine pivot plus importante et davantage de pousse sur le bois par rapport à une bouture à trois yeux classique effectuée à la même date et dans les mêmes conditions. De plus, on obtient des grappes correspondant aux ceps initiaux, avec des qualités de puissance et de complexité intensifiées.

Pour réaliser les boutures de bourgeons, il faut prélever 5 mm de sarment en-dessous de l'œil et 5 mm au-dessus. Puis fendre le bois en deux. Une fois que le vigneron a déterminé des ceps d'intérêt après plusieurs années d'observation, il sélectionne les bois et les conserve dans les meilleures conditions possibles. Il coupe ensuite le bois dans le sens de la longueur et jette l'arrière, puis il plante le bois dans un terreau à la composition précise. L'idée est ensuite de laisser croître ce nouveau plant jusqu'à ce que le diamètre des bois soit suffisant pour refaire un semis d'œil, car les études sur la pomme de terre ont montré que les mutations positives se produisaient lors de cette seconde génération.

Le terme "semis" peut sembler inapproprié, il s'agit plutôt d'un bouturage avec peu de bois. Il y a plusieurs façons de procéder : soit en laissant la section entière, soit en fendant en deux le vieux bois. Cette technique peut être intéressante dans le cas de génotypes rares, car elle permet d'utiliser peu de bourgeons pour leur multiplication. On constate aussi une différence au niveau des émissions de racines. Dans un bouturage à trois yeux, les racines partent en faisceau du talon. Avec un seul bourgeon, on obtient un chevelu racinaire beaucoup plus dense. Cependant, il ne faut pas en attendre des résistances, notamment au phylloxéra. Cette technique n'a rien à voir avec la culture des méristèmes et ne permet pas d'assainir les pieds. Les mutations sont toujours aléatoires et provoquées par un agent mutagène (soleil par exemple) ou par un stress (greffage, etc.). Au final, cette technique peut être intéressante pour multiplier un matériel végétal en très faible quantité, ou pour obtenir des racinés francs de pieds à planter dans des terrains sableux.

La Vigne en Bonsaï : Un Art à Part Entière

La culture de la vigne en bonsaï est une pratique fascinante qui permet de recréer l'esthétique d'un vieux cep de vigne à une échelle réduite. L'exemple du cep de vigne ramassé à Rustiques, puis transformé en bonsaï, illustre la capacité de résilience de cette plante et l'ingéniosité des techniques de bouturage.

Le processus de création d'un bonsaï de vigne commence souvent par la récupération d'un cep intéressant, comme ce fut le cas pour le cep de Rustiques, ramassé sans racine ni verdure. La réactivation de la vie dans un tel cep nécessite des soins attentifs. Le trempage dans l'eau pendant plus d'une semaine est une étape cruciale pour réhydrater les tissus. L'astuce d'insérer des graines de tournesol (ou de blé) dans les moignons racinaires, entre l'écorce et le bois dur, est une technique ingénieuse pour favoriser la nutrition du cep. Ces graines germent rapidement et leurs racines naissantes peuvent stimuler le développement d'un nouveau système racinaire pour le cep de vigne. L'application d'hormone de bouturage en poudre sur la partie à enterrer est également une aide précieuse.

La plantation dans un mélange de substrats bien drainant, comme le chabazai, la pouzzolane et le terreau, est essentielle pour la reprise du cep. Le fait d'attacher solidement le cep pour le maintenir stable dans son nouveau contenant est également important. La patience est de mise, car la reprise peut prendre du temps. Dans l'exemple du cep de Rustiques, un plan de tournesol est apparu, suivi d'un raisin, signe de la reprise de la vie du cep.

La vigne possède une racine pivot qui peut mesurer plusieurs mètres de profondeur pour puiser l'eau dont elle a besoin, surtout sur les terres rocheuses. Cependant, un cep arraché peut avoir son pivot central rompu. Le rempotage permet d'observer la formation d'un nouveau système racinaire après plusieurs années en bac.

L'objectif de transformer un cep de vigne en bonsaï implique des techniques de taille et de ligature spécifiques à l'art du bonsaï pour sculpter sa forme et contrôler sa croissance. La vigne, en tant qu'arbre fruitier, peut ainsi être cultivée de manière esthétique, offrant en plus la satisfaction de récolter des raisins.

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