Techniques de Bassinage et Auxiliaires en Maraîchage Biologique : Vers une Approche Intégrée

Maraîchage biologique intégré

Le maraîchage biologique, avec son orientation vers des pratiques durables et respectueuses de l'environnement, s'appuie sur une compréhension approfondie des écosystèmes agricoles. Au cœur de cette démarche se trouvent des techniques essentielles de bassinage et l'intégration des auxiliaires, qui contribuent à la vitalité des sols, à la protection des cultures et à la résilience face aux défis climatiques. Cette approche holistique vise à créer des systèmes de production autonomes, où la nature elle-même devient le principal régulateur.

La Gestion de l'Eau : Un Pilier du Maraîchage Biologique

La gestion de l'eau est cruciale, surtout après des années difficiles d'un point de vue climatique, notamment à cause de la sécheresse. L'objectif est de piloter au mieux son irrigation, en adoptant des "trucs et astuces" permettant d’économiser de l’eau tout en irriguant suffisamment pour permettre un bon développement des cultures.

Préparation du Sol et Conservation de l'Humidité

Un travail du sol avant la mise en place de la culture permet une exploration optimale du sol par les racines, et ainsi un meilleur développement des plantes et un rendement optimisé. Lors de printemps secs, le fait de travailler le sol au dernier moment permet de garder la terre fraîche. La couverture du sol avec des paillages (plastiques ou naturels) ou la couverture des cultures avec des voiles permettent de garder de la fraîcheur dans le sol car ils limitent l’évaporation directe. Les pratiques d’occultation des terres en hiver permettent d’avoir un sol frais au moment du débâchage au printemps.

Le binage, souvent résumé par le dicton « Un binage vaut deux arrosages », mérite une explication. En émiettant la terre, le binage referme les fissures du sol, limite la remontée d’eau par capillarité et donc l’évaporation de l’humidité contenue dans le sol. Le binage aère également le sol.

Stratégies d'Irrigation Adaptées aux Besoins des Cultures

L’irrigation est souvent importante pour permettre une bonne levée d’un semis direct ou une bonne reprise de plantation en période sèche et sur beaucoup de cultures (carotte, céleri rave, pomme de terre….) en fin de cycle pour permettre le grossissement. Il est fondamental de noter que toutes les plantes n’ont pas les mêmes besoins en eau, et que les besoins en eau d’une plante évoluent au fil de sa croissance. Ces besoins sont définis par leurs coefficients culturaux (Kc), disponibles notamment sur le site de l’ardepi.

La nature du sol influence également les pratiques d'irrigation. En sol sableux, où l’eau percole rapidement, des apports à dose modérée et fréquence élevée sont nécessaires. En sol argileux, on peut réaliser des apports assez importants au départ et pendant un temps suffisant pour bien humidifier le sol. Si l'on apporte peu d’eau avec des apports fréquents, l’eau reste en surface. Le plein en eau de ce type de sol est atteint plus lentement qu’en sol sableux. Les cultures à enracinement superficiel comme la salade ou le radis sont particulièrement sensibles au manque d’eau.

Systèmes d'irrigation goutte-à-goutte

Pour limiter les maladies cryptogamiques, il est conseillé d’arroser le matin, après le séchage de la rosée pour limiter le temps d’humectation des feuilles et permettre un séchage rapide de celles-ci. Les cultures peu sensibles aux maladies cryptogamiques peuvent être arrosées le soir ou la nuit, quand l’évaporation est la plus faible. L’arrosage la nuit par enrouleur nécessite d’avoir un matériel fiable dont on est certain de l’arrêt en bout de ligne ou de se lever la nuit pour l’arrêter.

Matériel d'Irrigation et Économies d'Eau

En se focalisant sur les économies d’eau, l’irrigation au goutte-à-goutte est plus économe en eau que l’irrigation par aspersion, qu'elle se fasse à l’enrouleur ou à l’asperseur. L’aspersion est sensible au vent et donc moins précise, et les pertes en eau par évaporation peuvent être importantes. Elle permet une meilleure répartition de l’eau dans le sol, notamment en sol sableux où l’eau diffuse en profondeur et peu latéralement. Le débit des asperseurs est fonction de la pression de l’installation et du diamètre de débit des asperseurs. Les enrouleurs fonctionnant à pression basse avec des petites buses permettent une pluie fine et consomment moins d’eau, et les apports réalisés sont moins importants. L’aspersion augmente la zone d’exploration possible du sol par les racines et apporte ainsi plus d’eau et d’éléments minéraux utiles à la croissance des plantes.

Suivi et Contrôle de l'Irrigation

L’utilisation de deux tensiomètres, positionnés le premier en surface à la base de l’horizon facilement exploité par les racines, et le second en profondeur (15-20 cm plus bas), permet de suivre la progression du front d’humectation après une irrigation et d’évaluer le moment où la plante aura consommé une partie des réserves. Les valeurs mesurées par les deux tensiomètres doivent évoluer en parallèle.

Sans tensiomètres, deux outils simples permettent de contrôler facilement ses pratiques en termes d’irrigation. Le pluviomètre permet de connaître les doses d’eau apportées par aspersion. La réalisation de mini profils de sol à l’aide d’une tarière permet de visualiser l’humidité du sol sur l’horizon de terre exploré par les racines et vérifier les manques d’eau en surface. L’objectif est d’obtenir un sol humide sur toute la zone de développement des racines. Enfin, un programmateur couplé à une électrovanne par unité d’arrosage permet des apports d’eau précis, bien répartis dans le temps et sans risque d’oubli.

Le sol est l'interface entre l'agriculteur et la plante. C'est un milieu vivant : nourrir le sol revient à nourrir les micro-organismes et la faune du sol afin que la dynamique des nutriments soit la meilleure possible. Avec la terre, le soleil et l’air, l’eau fait partie des éléments de base pour toute vie végétale ; un bon équilibre de chacun de ces éléments, cumulé au savoir-faire et à la technicité humaine, permet une production en quantité et en qualité. L’observation régulière de son sol, l’adaptation au climat, la connaissance des besoins des cultures et l’utilisation d’un équipement fonctionnel permet d’appliquer une irrigation de qualité. Bien connaître et maîtriser son système d’irrigation permettra de répondre en temps voulu aux besoins des cultures, par rapport aux objectifs de production, mais également en fonction de la disponibilité en eau, ce bien commun qui n’est pas intarissable. Les informations tirées de ces observations peuvent aider à bien dimensionner son système d’irrigation en fonction des besoins et contraintes.

Les différents systèmes d'irrigation en agriculture et leurs avantages

La Lutte Biologique : Un Écosystème au Service de la Culture

La gestion des ravageurs est une des grandes préoccupations des maraîchers, particulièrement en agriculture biologique. Une attaque d’araignées rouges sur une culture d’aubergines ou de tomates peut diminuer considérablement les récoltes. C’est pourquoi les populations de ravageurs sont gérées de façon réfléchie, en amont, avant l’apparition du ravageur lui-même et, dans un second temps, avant d’atteindre le seuil de nuisibilité. Certains produits phytosanitaires sont autorisés en agriculture biologique, ils sont souvent efficaces mais restent chers et sont pour certains nuisibles à la faune indigène.

La lutte biologique, qui permet de réduire, voire de supprimer l’utilisation des produits phytosanitaires, se traduit par l’utilisation d’organismes vivants, faune et flore, et notamment l’introduction et l’utilisation d’insectes auxiliaires dans les cultures.

Les Auxiliaires Naturels : Acteurs Clés de la Protection des Cultures

Les auxiliaires sauvages restent l’un des leviers les plus fiables pour contenir les pucerons sans dépendre des lâchers coûteux. Mais toutes les fleurs n’ont pas le même impact : certaines attirent réellement syrphes, coccinelles et chrysopes, d’autres n’apportent presque rien. Pour clarifier ce qui fonctionne vraiment en conditions professionnelles, un classement strict des 15 espèces les plus attractives, basé sur leur capacité éprouvée à nourrir et maintenir les auxiliaires au plus près des cultures, a été établi.

Typologie de la Lutte Biologique :

  • Lutte biologique classique : Plusieurs entreprises commercialisent des insectes auxiliaires (coccinelles, parasitoïdes, acariens prédateurs…). L’avantage de cette méthode est que l’auxiliaire est directement réceptionné au stade prédateur et peut directement attaquer les ravageurs. Pour exemple, la chrysope est vendue au stade larve prédatrice. Cet approvisionnement s’avère parfois onéreux mais indispensable.
  • Lutte biologique par conservation : Elle vise à favoriser la présence et l'activité des auxiliaires naturels déjà présents dans l'environnement de la ferme.

Les Principaux Auxiliaires et Leurs Actions :

  • Les punaises prédatrices : Elles mangent des acariens tétranyques, des aleurodes, des thrips.
  • Les syrphes : Les adultes ressemblent à de petites guêpes avec des yeux de mouche. On les reconnaît facilement grâce à leur vol stationnaire. Les adultes se nourrissent de nectar et de pollen mais ce sont les larves qui mangent les pucerons, quelques thrips et aleurodes.
  • La chrysope ou demoiselle aux yeux d’or : Les adultes sont de jolis insectes vert clair aux ailes transparentes très nervurées, vivants la nuit surtout, qui se nourrissent de pollen, de miellat et de nectar. Les larves peuvent manger jusqu’à 50 pucerons, des thrips, des chenilles, des aleurodes… Grâce à leurs crochets, elles attrapent leur proie, injectent un venin qui liquéfie le puceron de l’intérieur, et aspire le tout pour manger.
  • La coccinelle : Les larves et les adultes dévorent les pucerons.
  • Les oiseaux : Même si ce ne sont pas des insectes, les oiseaux sont aussi considérés comme des auxiliaires.
  • Le parasitoïde ou micro-guêpe : Les adultes volent jusqu’aux fleurs pour se nourrir de nectar et de pollen. Les femelles pondent à la surface ou à l’intérieur des proies. Les larves se nourrissent des tissus et des organes internes et entraînent la mort de l’hôte. Les parasitoïdes sont parasites de pucerons et de chenilles surtout, mais peuvent pour certaines espèces aussi attaquer des punaises. Pour les pucerons, il est très facile de reconnaître si un parasitoïde est passé par là. Le puceron parasité prend la forme d’une momie. Il est même possible de déterminer, en fonction de la couleur de la momie, l’espèce de parasitoïde concerné (dorée pour Aphidius sp. ou blanche sur un socle pour Praon sp.).

Insectes auxiliaires et leur rôle

Aménagements pour Favoriser la Biodiversité Auxiliaire

La biodiversité auxiliaire est de plus en plus utilisée en maraîchage. Le maraîchage sur petite surface, caractérisé par la polyculture (diversité de ressources et d’abris), et sur sol vivant (riche en ressources alimentaires et stimulant l’activité biologique) avec une utilisation limitée de pesticides (notamment de ceux qui ont une action non ciblée), favorise déjà la biodiversité dans son système. Cependant, les cultures ne favorisent pas un établissement durable de population, car elles ont une durée de végétation définie dans le temps. Il est donc nécessaire de garder des milieux naturels autour des cultures, pour que les prédateurs y trouvent les ressources nécessaires à leur survie. Cela leur permettra notamment d’être présents et actifs dès le commencement du printemps, à l’apparition des premiers nuisibles.

  • Bandes fleuries : Elles sont composées de fleurs vivaces ou annuelles. Il faut de préférence proposer une diversité de structures et de feuillages mais surtout garantir une disponibilité constante de nectar et de pollen, en choisissant les fleurs en fonction de leur période de floraison afin de créer une succession. Les fleurs à nectar ou pollen, comme l’achillée, le bleuet, la phacélie, ou toutes les ombellifères sont à privilégier pour attirer les parasitoïdes, syrphes, chrysopes. Le souci (Calendula officinalis) est la principale espèce à avoir dans ses cultures. Il héberge en très grande quantité les punaises Macrolophus. Pour une bonne levée, le semis doit être roulé. Pour les plants, semez 3 à 4 graines/motte. L’entretien de la bande fleurie est important grâce à un nettoyage des mauvaises herbes pour laisser la place aux jeunes plants de fleur de grandir.
  • Haies : Pour qu’elles soient encore plus attractives, sélectionnez des espèces d’arbres et d’arbustes florifères, ainsi que quelques fruitiers pour les oiseaux. Il est important de présenter une diversité d’espèces, environ 10-15, aux ports et feuillages différents. Sur le long terme, les haies et les lisières de bois fournissent aux auxiliaires la nourriture et le refuge. Elles créent également des corridors pour les oiseaux, hérissons, rapaces ou reptiles. Il faudra favoriser les essences à croissance rapide, les essences feuillues, à feuilles persistantes, avec une floraison qui dure toute la saison et qui est source de pollen.La conception d’une haie mellifère est un projet qui doit être réfléchi. Plusieurs questions doivent se poser : à quelle distance des cultures la planter ? À quelle hauteur ? Quelle orientation ? Quelles sont les contraintes liées à la parcelle ? Quel est le type de sol ? Il faut éviter les espèces sensibles aux mêmes ravageurs que les cultures. Après avoir choisi les espèces à implanter, préparez le sol en effectuant un décompactage ou un sous-solage. Prévoyez un paillage, une irrigation si nécessaire, des tuteurs et des manchons pour protéger vos jeunes arbres des sangliers ou cervidés. Plantez vos arbres de novembre à mars.
  • Abris : Il est possible de construire assez facilement, ou de se procurer, des nichoirs à oiseaux ou encore des dortoirs à chauves-souris. De la même façon, des amoncellements de feuilles mortes, branches ou roches feront d’excellents hôtels pour la biodiversité. Le but est de proposer à la faune de nouveaux sites de refuge. Les tas de pierres, les branches mortes, etc. sont des refuges pour les reptiles ou les insectes prédateurs comme les coccinelles qui hivernent dans le bois mort.
  • Mares : Rien de tel pour proposer de l’eau à la faune locale et accueillir les amphibiens. Les mares peuvent être temporaires ou pérennes, selon la volonté du maraîcher.
  • Bandes enherbées : Elles sont surtout utilisées comme corridor pour les araignées, oiseaux, reptiles et servent également de plantes relais aux parasitoïdes. Le trèfle blanc est très utilisé dans les bandes enherbées grâce à sa facilité d’implantation et sa couverture de sol importante. L’objectif de la plante relais est de permettre une installation rapide de l’auxiliaire. Les bandes enherbées sont plus souvent semées à l’extérieur, à la volée.
  • Plantes relais spécifiques : La fève est une excellente plante relais pour attirer les coccinelles au début du printemps. Les espèces appartenant à la famille des Fabacées attirent le puceron noir Aphis fabae. Il ne se nourrit pas de Cucurbitacées, Solanacées ou autres.

Les fleurs et plantes relais seront semées directement en terre, après avoir fait un faux semis si possible et après avoir préparé le lit de semences, dehors ou dans les tunnels, dans un sillon et à raison d’une graine tous les 5 à 10 cm. Il est possible de semer à la volée en mélangeant les graines à du sable. La plupart des fleurs se sèment au début du printemps jusqu’à mi-mai au plus tard. Le souci et le bleuet peuvent être semés en septembre ou octobre. Il est nécessaire d’installer un goutte-à-goutte pour votre bande fleurie et, de préférence, prévoir un paillage type toile tissée pour éviter du travail supplémentaire de désherbage.

Lutte Contre les Ravageurs Spécifiques

Moins utilisées du fait que leurs actions soient moins connues et efficaces, certaines plantes permettent de limiter les populations de ravageurs. C’est le cas notamment des tagètes. Elles dégagent dans le sol des composés répulsifs de nématodes. Quelques plants seront mis aux pieds des cultures sensibles. Également, le sorgho, plus considéré comme une plante piège et broyé à 3 semaines après semis, est connu pour diminuer ces mêmes ravageurs du sol.

Exemples de Ravageurs et Leurs Moyens de Gestion en Maraîchage Biologique :

  • Campagnol terrestre (ou rat taupier) : Rongeur trapu, végétarien, mange l'équivalent de son poids en racines de légumes ou d'arbres fruitiers chaque jour.
  • Altise : Diptère dont les larves consomment de manière négligeable les racines puis les adultes les feuilles. S'attaque aux brassicacées et parfois aux pommes de terre.
  • Mouche de la carotte : Diptère de 4,5 à 6 mm. Moyens de gestion : filets spécifiques posés dès le semis et jusqu’à la fin des vols vers septembre-octobre.
  • Mouche du poireau : Petite mouche grisâtre d'environ 3 mm. La femelle se nourrit en pompant la sève. Le premier vol a lieu entre avril et juin. Moyens de gestion : placer des filets, en évitant le contact avec le feuillage en période de vol, c’est-à-dire en fin d’hiver et à l’automne. Il n’est pas nécessaire de laisser les filets durant la période de récolte hivernale.
  • Limace : Gastéropode sans coquille externe. Très variée, son alimentation comprend principalement des tissus végétaux endommagés. Elle ingurgite 30 à 40 fois son propre poids en 24 heures. Dans des conditions idéales, une limace peut vivre jusqu’à 18 mois. Moyens de gestion : usage de molluscicides autorisés en AB comme Sluxx et Ferramol, dont le composé actif est le phosphate ferrique.
  • Doryphore : Coléoptère phytophage qui consomme surtout des solanacées, notamment la pomme de terre, dévorant feuilles, tiges et tubercules. Il se reproduit très vite, une femelle peut pondre jusqu’à 2500 œufs. Prédateurs : carabes et staphylins pour les larves.
  • Puceron : Petit insecte ailé ou non, de 1 à 3 mm. Il suce la sève des plantes, appréciant particulièrement la sève riche en substances solubles présente dans les jeunes plants ainsi que les légumes ayant une nutrition déséquilibrée. Un puceron vit un ou deux mois. Moyens de gestion : une biodiversité bien installée à proximité.
  • Mildiou : Maladies cryptogamiques causées par différentes espèces d’oomycètes pathogènes. Moyens de gestion : respecter des rotations pour les cultures sensibles, sélectionner des variétés résistantes, favoriser une bonne aération des cultures (abris, arrosage au sol, circulation de l’air entre les plantes), réduire les arrosages en période pluvieuse, faire l’entretien des plants (taille, récolte, effeuillage) en bonnes conditions météo avec destruction des débris de culture et des plants atteints. Surtout en préventif, l’utilisation de purin, de décoction et d’huiles essentielles peut donner des résultats (petit lait de chèvre dilué, purin de prêle, huiles essentielles de romarin à cinéole). Si la maladie se développe de manière inquiétante, l’utilisation de fongicide comme la bouillie bordelaise peut endiguer la maladie (attention, effets secondaires non négligeables).
  • Taupin : Coléoptère dont il existe plus de 8000 espèces. Les adultes sont attirés par les légumineuses et les graminées. C’est sous la forme de larves que le taupin cause le plus de dégâts, surtout en été. Moyens de gestion : la présence de poules peut résoudre le problème à court terme.
  • Tipule : Se développe surtout en été. De l’humidité et de la matière organique mal aérée favorise l’apparition des larves.
  • Piéride : Papillon présent partout, qui apprécie surtout les crucifères et les capucines. Ses œufs sont déposés au revers des feuilles nourricières, par lots de 20 à 50 unités. La chenille se contente des feuilles périphériques. Moyens de gestion : on privilégie les filets et en cas de pullulation, on les écrase à la main.
  • Noctuelle : Papillon nocturne. Les larves vivent sur et dans le sol. Les noctuelles sont en majorité polyphages. Les chenilles hivernent en hiver et se développent en mars-avril. Les larves apparaissent de juin à juillet. Moyens de gestion : dès l’observation des premiers dégâts, rechercher les larves dans la terre dans un périmètre de 20 cm autour de la plante à l’aide d’un couteau et les détruire.
  • Araignée rouge : Les acariens piquent les feuilles à la face inférieure provoquant des dessèchements du feuillage et de la plante entière. Moyens de gestion : la lutte biologique est complexe car le développement des auxiliaires en milieu sec et chaud est ardu.

La grande majorité des maraîchers bio enquêtés sont orientés exclusivement vers les circuits courts, et moins d’un tiers commercialise tout ou partie de sa production en circuits longs. Les principaux ennemis des cultures sont des insectes et des rongeurs. Or, ceux-ci ont de nombreux ennemis parmi les micro-organismes, les mammifères, les oiseaux (notamment les rapaces), les amphibiens et même les insectes. Ainsi, afin d'autoréguler ravageurs et prédateurs, il semble souhaitable de faire vivre la biodiversité sur la ferme.

Les différents systèmes d'irrigation en agriculture et leurs avantages

La Santé des Sols et des Plantes : Fondements de la Résilience

En maraîchage biologique, la qualité du sol est le fondement de la productivité et de la résilience des cultures. En bio, il y a très peu de produits de traitements curatifs.

La Litière Forestière Fermentée (LiFoFer)

La Litière Forestière Fermentée (LiFoFer) s’impose comme une technique innovante pour restaurer la fertilité biologique des sols, réduire les maladies et limiter les intrants externes. Contrairement aux amendements classiques, la LiFoFer agit comme un bioactivateur microbien, enrichissant le sol en micro-organismes bénéfiques (bactéries lactiques, champignons mycorhiziens, levures) qui améliorent la structure, la disponibilité des nutriments et la résistance des plantes.

Préparations Végétales : Tisanes et Extraits Fermentés (Purins)

Dans la pratique du maraîchage biologique, les préparations végétales occupent une place croissante, mais leur utilisation reste souvent floue. Tisanes et extraits fermentés (purins) sont régulièrement confondus, employés de manière interchangeable ou parés de vertus qu'ils ne possèdent pas.

Les extraits fermentés de plantes constituent des outils précieux pour le maraîcher biologique, offrant des solutions naturelles et polyvalentes pour la fertilisation, la stimulation de croissance et la protection des cultures. Ces préparations ancestrales, élaborées par macération de végétaux frais dans l'eau, libèrent une diversité de composés actifs - éléments nutritifs, molécules élicitrices, substances antifongiques ou insectifuges - qui agissent en synergie pour renforcer la vitalité et la résistance des plantes cultivées. Leur utilisation s'inscrit dans une approche globale de gestion agroécologique, privilégiant l'activation des mécanismes naturels de défense et la stimulation de la vie microbienne du sol plutôt que l’intervention curative.

Schéma de préparation d'un purin

Le Rôle de la Nutrition Végétale dans la Résistance aux Ravageurs

Les travaux d'Olivier Husson montrent l’importance de l’état de santé de la plante, mesurable par le pH et le potentiel d’oxydo-réduction (Eh), sur le développement des ravageurs. La figure ci-dessous montre la zone de pH-Eh du développement des pathogènes et de l'équilibre de la plante.

Diagramme pH-Eh et santé des plantes

John Kempf montre que la plante fabrique d’abord des sucres simples puis, si elle a besoin de se défendre et si elle est bien nourrie, des chaînes carbonées de plus en plus complexes : protéines (étage 2), lipides (3) et métabolites secondaires (4 : huiles essentielles et tanins). Or, les protéines sont difficilement digestes par les larves et insectes suceurs. Les lipides protègent des bactéries et oomycètes (tel le mildiou). Et les huiles essentielles et tanins offrent une résistance contre les nématodes, virus, coléoptères et champignons. Kempf décrit donc avec une autre approche les mécanismes de défenses naturels des végétaux. Ainsi Olivier Husson et John Kempf expliquent qu’il est possible via une bonne nutrition de la plante d’empêcher le développement des ravageurs.

La mauvaise santé d’une plante peut se mesurer par : son pH, son potentiel redox Eh, et ses carences en minéraux (mesures foliaires de Novacrop - 20 €). Un travail conséquent reste à faire pour établir les références de bonne santé (pH, Eh, minéraux) de chaque légume.

Itinéraires Techniques et Optimisation de la Production

Les itinéraires techniques (ITK) sont la recette de cuisine à suivre décrivant toutes les étapes de la réussite d’une culture. Dans le Guide MSV 2022, plusieurs retours d’expériences de fermes faisant partie du réseau de l'association MSV Normandie ont été recensés. Ce guide essaie de donner une vision synthétique de ce qui se fait sur le terrain, mais il ne faut pas oublier que les variations sont nombreuses ! Il faut faire des essais pour trouver l’itinéraire technique qui nous convient le mieux : tester différents matériaux, différentes épaisseurs. Ces essais peuvent prendre place sur la même planche de légumes, en laissant quelques mètres entre les modalités. Jouer sur les paramètres permet de savoir lesquels ont réellement un rôle pour atteindre ses objectifs de réduction de l’enherbement, de l’irrigation, du travail tout en augmentant les rendements.

Tableau comparatif d'itinéraires techniques

Facteurs Limitants et Concurrence

En sol vivant, il n’est pas rare que des légumes au calibre important poussent sur les planches, mais ces derniers sont invendables. Pour bien concevoir un ITK, les facteurs limitants doivent être identifiés : est-ce un manque de lumière, d’eau ou de nourriture qui affecte la plante chétive ? De quoi manquera le légume dans la configuration présente ? Apporter suffisamment de lumière, d’eau et de nourriture, c’est aussi être vigilant à limiter la concurrence entre enherbement et légumes puisque ces derniers sont moins puissants que les adventices pour chercher l’eau et les nutriments. Ainsi, il faut viser un minimum de 6 semaines de décalage entre la pousse du légume et celles des éventuelles adventices. Clairement, à partir de la moitié de la vie du légume, la parcelle peut commencer à s’enherber sans dommage pour la culture. Avant, l’enherbement impacte énormément le rendement. Une manière élégante de contrer cette concurrence en cas d’enherbement est de surnourrir la planche afin d’alimenter à la fois le légume et l’herbe génératrice de porosité et de nourriture pour les prochains légumes. Des engrais bouchons, de la fiente de volailles seront alors apportés ainsi qu’un bon suivi de l’hygrométrie de la parcelle.

Matières Organiques et Rotation des Cultures

Les itinéraires techniques décrits utilisent très souvent des matières organiques apportées de l’extérieur. Ces pratiques sont recommandées car ce sont les plus simples à mettre en œuvre pour démarrer. L’idéal est de pratiquer la rotation sur prairie (autonome en matières organiques) ou l’utilisation systématique de couverts végétaux. La rotation sur prairie ne peut s’envisager que si l'on a accès au double de surface cultivée en légume.

La gestion des adventices est le poste technique le plus important en maraîchage. Il convient de se munir du bon matériel : herse étrille, bineuse, houe maraîchère, en fonction des besoins. L'époque de passage, fonction du développement des adventices, est essentielle.

Analyse Économique des Itinéraires Techniques

Une bonne manière de trancher entre deux variantes possibles de légumes est de déterminer le coût de production de ces deux itinéraires. Pour cela, un tableur donnant des coûts moyens pour chaque légume peut être utilisé. Si les données de référence ne conviennent pas, il est possible de les modifier à souhait dans les cases oranges. En utilisant ce fichier, il peut apparaître flagrant que les charges opérationnelles sont généralement très faibles sur petites surfaces, par légumes. Le coût des apports de matières organiques modifie, à la marge, la rentabilité des ITK. De même, travailler beaucoup plus sur un légume n’impacte que peu la rentabilité.

Une modélisation comparant un itinéraire plantation de courges sur bâche avec semis direct permet de bien mettre en avant ce qui constitue le chiffre d’affaires d’un maraîcher. Les différents graphiques permettent de visualiser les cultures les plus rentables, les marges possibles sur chacun des légumes ainsi que le revenu horaire d'un légume, c'est-à-dire la marge brute réalisée en 1 heure. Évidemment, ce sont des modélisations qui doivent être prises avec toutes les précautions nécessaires. Dans le cadre du "GIEE 2024 - 2026 sur la modélisation des coûts de production des itinéraires techniques MSV" porté par l'association MSV Normandie, de nouvelles versions de ces outils sont en cours d’amélioration.

Les différents systèmes d'irrigation en agriculture et leurs avantages

Concernant la maîtrise environnementale, on constate un important manque de connaissances en fertilisation, ce qui peut devenir problématique avec l’augmentation des zones vulnérables aux nitrates. Ces problèmes de maîtrise technique et de maîtrise environnementale font apparaître un besoin en formation et en accompagnement.

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