L'Art du Désherbage Alternatif en Chine : Vers une Agriculture Durable

Le contrôle des adventices, ou mauvaises herbes, constitue un pilier fondamental pour la performance économique et environnementale des exploitations agricoles. Loin d'être une simple corvée, le désherbage est une pratique complexe qui vise à limiter le développement des plantes indésirables afin de réduire leur nuisibilité sur les cultures de valeur. L'expression "contrôle de l'enherbement" suggère une approche plus nuancée et intégrée, s'inscrivant dans une stratégie globale de défense des cultures, souvent appelée lutte intégrée. En Chine, comme ailleurs, la recherche de techniques alternatives au désherbage chimique prend une importance croissante, motivée par des préoccupations environnementales, sanitaires et la nécessité d'une agriculture plus résiliente.

Champ de riz en Chine

Le Désherbage Mécanique : Une Tradition Renouvelée

Le désherbage mécanique, qui consiste à détruire physiquement les adventices, est une méthode ancestrale dont l'efficacité et la pertinence sont aujourd'hui réévaluées et optimisées grâce aux avancées technologiques. L'usage optimal de ces outils est conditionné à une compréhension fine de divers facteurs, qui doivent orienter leur choix :

  • Le type de culture et son stade de croissance : Chaque culture a des besoins spécifiques et une sensibilité différente aux interventions mécaniques. Par exemple, certaines cultures de céréales sont désormais semées avec un inter-rang élargi pour permettre le passage d'outils entre les rangs.
  • Les conditions météorologiques : L'humidité du sol (ressuyage) et la météo avant et après l'intervention sont cruciales. Un sol trop humide peut entraîner un labour inefficace ou un compactage, tandis qu'un sol trop sec peut rendre l'arrachage des adventices moins probant.
  • Le type de sol : Les sols caillouteux, par exemple, peuvent nécessiter des outils plus robustes et adaptés.
  • Les adventices présentes : La nature des adventices (graminées annuelles, dicotylédones annuelles, vivaces) et leur stade de développement sont déterminants pour choisir l'outil et le moment de l'intervention. Les adventices juvéniles sont généralement plus faciles à éradiquer.

Le désherbage mécanique de plein champ, réalisé indépendamment des rangs des cultures, est souvent préconisé pour les stades précoces des adventices. Les outils les plus couramment utilisés dans ce contexte incluent :

  • La herse étrille : Souvent considérée comme l'outil le plus agressif, elle est particulièrement adaptée aux sols caillouteux. Elle agit en "brossant" le sol, arrachant les jeunes adventices et aérant la couche superficielle. Elle nécessite un sol bien ressuyé et un bon enracinement de la culture pour ne pas l'endommager.
  • La houe rotative : Cet outil est adapté à une plus grande diversité de conditions de passage. Ses dents rotatives pénètrent le sol et désagrègent les adventices.
  • La herse rotative : Similaire à la houe rotative, elle utilise des éléments rotatifs pour travailler le sol et éliminer les adventices.

Herse étrille en action dans un champ

Pour le désherbage entre les rangs des cultures, la bineuse est l'outil le plus répandu. Elle offre la possibilité d'intervenir sur des stades de croissance de la culture plus avancés. La bineuse permet de détruire des adventices mieux implantées que celles visées par les solutions en plein champ, la rendant ainsi adaptée à des passages plus tardifs. Elle permet également d'aérer le sol et de favoriser la pénétration de l'eau.

Le déchaumage, réalisé après la récolte, peut également être mis à profit pour éviter la multiplication des adventices et détruire les espèces vivaces. De même, la technique du faux semis consiste à travailler le sol en surface pour faire germer les adventices avant de les détruire par un second travail du sol. Cette méthode, autrefois pratiquée sur les jachères, est aujourd'hui raccourcie à quelques semaines, notamment entre deux cultures.

Le Désherbage Chimique : Un Outil à Utiliser avec Discernement

Historiquement, l'introduction des herbicides organiques à partir de 1945 a marqué une rupture majeure dans la lutte contre les adventices. Ces produits ont permis un contrôle efficace des populations, visant à maintenir leur présence en dessous d'un seuil de nuisibilité. Cependant, l'usage répété des mêmes produits a conduit à une sélection de flores résistantes, posant un défi croissant pour les agriculteurs. Par ailleurs, les préoccupations environnementales et sanitaires liées à l'emploi des herbicides de synthèse ont entraîné une réévaluation de leur utilisation.

Le raisonnement de la lutte chimique implique de prendre en considération la voie de pénétration des produits, leur sélectivité en fonction du stade de développement de la culture et de la nature des adventices, ainsi que les risques de développement de résistances. Différents types d'herbicides existent, certains ciblant davantage les monocotylédones (comme la folle avoine) et d'autres les dicotylédones (comme la morelle noire).

En agriculture conventionnelle intensive, la tendance est d'éradiquer toutes les mauvaises herbes pour minimiser la compétition. En agriculture raisonnée, on tolère la présence d'adventices tant que le gain financier lié à l'augmentation de rendement est inférieur ou égal au coût du désherbage. Cette approche permet une réduction significative de la quantité d'herbicides utilisés, offrant une image plus positive de l'agriculteur auprès du grand public. Une réduction de 60 à 80 % de la quantité habituelle de produits phytosanitaires peut être atteinte.

Les dangers des pesticides

Le Désherbage Mixte et Alternatif : Vers une Approche Intégrée

Le désherbage mixte combine les approches chimique et mécanique tout au long de la rotation culturale. La désherbineuse, principalement utilisée pour le maïs, est un exemple de combinaison de ces deux techniques en un seul passage.

Le désherbage thermique représente une alternative en développement prometteuse. Il consiste à appliquer un choc thermique à haute température (par flamme directe ou infrarouge) sur une très courte durée (3 à 5 secondes). Ce choc détruit les cellules végétales, rendant cette méthode particulièrement adaptée aux interventions avant semis ou sur les jeunes adventices (stade prélevée). Cependant, cette technique peut également affecter une partie de la vie du sol superficielle, comme les champignons, bactéries et la mésofaune.

D'autres méthodes alternatives gagnent du terrain, notamment dans le contexte du renforcement de la réglementation phytosanitaire, comme la loi Labbé en France qui vise à encadrer l'utilisation des pesticides.

  • Le binage : Idéal pour racler les surfaces dures, désherber les caniveaux, les bordures, et entre les pavés.
  • Les brosses de désherbage : Adaptables sur débroussailleuses, elles permettent d'éliminer rapidement les mauvaises herbes sur de grandes surfaces.
  • Le désherbeur thermique : Efficace en milieu urbain, il dessèche la partie aérienne des plantes par la chaleur.
  • Les oies : Dans certaines cultures, l'utilisation d'oies, qui consomment volontiers de l'herbe, est une méthode de désherbage biologique.

La Stratégie Globale de Lutte Intégrée

Au-delà des techniques d'intervention, le désherbage peut être raisonné à différentes échelles de temps. À l'échelle stratégique, il s'intègre dans le choix de la composition de la rotation culturale. La lutte intégrée vise à planifier des interventions variées et à influencer l'itinéraire cultural dès l'observation de la flore, parfois dès la récolte précédente.

La diversification des saisons de semis, des types de travail du sol, de la fertilisation, des familles d'herbicides utilisées et des techniques de désherbage mécanique permet de multiplier les perturbations subies par les adventices, rendant leur environnement plus imprévisible et compliquant leur implantation.

L'introduction de plantes pérennes comme la luzerne ou le trèfle dans la rotation peut faciliter le contrôle des adventices, ces cultures étant particulièrement compétitives et introduisant une nouvelle perturbation, la fauche. D'autres cultures dites "nettoyantes", comme le chanvre textile, jouent également un rôle.

Dans les cultures associées, comme le système des "trois sœurs" (maïs, haricot grimpant, courge), la courge, en couvrant le sol et en captant le rayonnement solaire, limite la croissance des adventices. Le phénomène d'allélopathie, où certaines plantes libèrent des substances qui ralentissent la croissance d'espèces voisines, est également une piste explorée.

Les méthodes de prévention, ou contrôle agronomique, visent à empêcher la dissémination des plantes indésirables. Le choix d'espèces ou de variétés à développement rapide, dites "étouffantes", peut précéder la croissance des adventices. L'incorporation d'engrais-starter ou de lisier entre les lignes de culture peut également avoir un effet similaire. Des pratiques comme le drainage, le décompactage profond et l'ombrage contribuent également à limiter la prolifération des adventices.

L'augmentation de l'efficacité du désherbage, notamment via les herbicides, a entraîné une forte régression de certaines espèces d'adventices, certaines étant même en danger de disparition. Cette diminution de la diversité des adventices a des conséquences négatives sur les populations d'oiseaux granivores et l'ensemble de la biodiversité des agroécosystèmes.

Les Enjeux Environnementaux et Sanitaires

L'usage intensif des herbicides a des répercussions environnementales notables. Ils sont responsables de contaminations des eaux de surface et souterraines, en particulier par des molécules comme les triazines (simazine, terbuthylazine). Les produits de dégradation du glyphosate (AMPA) et de l'atrazine sont également fréquemment observés. Ces pollutions entraînent une hausse des coûts de potabilisation de l'eau et posent des risques sanitaires potentiels.

L'interdiction ou la réduction des herbicides de synthèse est souvent jugée possible mais coûteuse par les agriculteurs conventionnels. Le développement et l'adoption de techniques de désherbage alternatif, qu'elles soient mécaniques, thermiques ou basées sur des pratiques culturales intelligentes, apparaissent donc comme une voie essentielle pour une agriculture plus durable et respectueuse de l'environnement en Chine et dans le monde. Ces approches, bien qu'exigeantes en termes de maîtrise des paramètres techniques, offrent un potentiel considérable pour réduire la dépendance aux produits chimiques et préserver la biodiversité des agroécosystèmes.

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