Guide complet des techniques de jardinage écologique : Restaurer la biodiversité au cœur de nos espaces verts

Réchauffement climatique, pollution des sols, disparition des espèces… nous sommes aujourd’hui à un tournant en matière d’environnement. Rien qu’en termes de biodiversité, 16,7% des espèces sont menacées d’extinction en France d’après une récente étude de l’UICN. Et tous les groupes sont concernés : les plantes comme les animaux. Et si les jardins étaient l’une des solutions face à cette crise ? Avec quelques dix-sept millions de jardiniers (les jardins couvrent en effet près d’un million d’hectares, soit 2% du territoire Français), nous pouvons tous activement préserver notre environnement. Mises bout à bout, toutes les actions écologiques menées au jardin peuvent donc avoir un réel impact.

Illustration d'un jardin biodiversifié avec des nichoirs et des zones de fleurs sauvages

Les fondements de la santé du sol : Le socle nourricier

La richesse du sol et sa fertilité sont la base d’un jardin sain où l’on peut quasiment se passer de traitements et d’entretien. Connaître son sol est une étape essentielle pour créer un jardin sain et écologique. Chaque type de plante a des besoins spécifiques en termes de pH, de drainage, de fertilité et de texture. Le test du slip est une méthode simple et ludique pour évaluer la fertilité biologique d’un sol. Il repose sur le principe suivant : la vitesse de dégradation d’un slip en coton enterré dans le sol est un indicateur de l’activité microbienne du sol. Le protocole est simple : il vous suffit d’enterrer un slip 100% coton blanc (bio de préférence) à environ 10 cm de profondeur dans le sol.

La matière organique est essentielle à la santé du sol. Tous les jardins nécessitent des apports importants, qu’il s’agisse de potager, de jardin ornemental ou de culture en serre. Elle améliore la structure du sol, augmente la rétention d’eau mais améliore aussi la fertilité. Le compost « maison » est probablement la meilleure source naturelle de matière organique. Il est facile à réaliser et peut être utilisé à tout moment de l’année. Pour ce faire, il suffit de choisir un composteur adapté à ses besoins et d’y déposer les déchets compostables : épluchures de fruits et légumes, marc de café, feuilles mortes, etc. En quelques mois, le compost se transformera en un humus que vous pourrez utiliser pour enrichir la terre du jardin et les plantes en pot.

Schéma explicatif du processus de compostage domestique

Stratégies de gestion de l'eau et paillage

L'eau est une ressource précieuse qu'il faut savoir économiser. En éco-jardinage, on privilégie l'arrosage tôt le matin ou tard le soir pour minimiser l'évaporation. Cela permet d'optimiser chaque goutte, en fournissant l'eau dont les plantes ont besoin sans gaspillage. On peut aussi récupérer l'eau de pluie pour l'arrosage du jardin. Installer un système de récupération d'eau de pluie est un investissement durable qui vous permettra de réduire votre consommation d'eau potable. De plus, l'eau de pluie est généralement plus douce et contient moins de minéraux, ce qui est bénéfique pour les plantes.

Un bon paillage limite les mauvaises herbes, maintient l’humidité, protège le sol des intempéries et l’enrichit en se décomposant lentement. Utilisez les paillis organiques tels que : paille, tontes de gazon, feuilles mortes, aiguilles de pin, etc. en couche de 5 à 10 cm d’épaisseur. La technique du paillage consiste à couvrir le pied de vos arbustes, rosiers, massifs, jardinières ou votre potager avec des matériaux organiques ou minéraux. L’intérêt du paillage, c’est qu’il permet de retenir l’eau dans la terre, en réduisant son évaporation, de limiter la repousse des mauvaises herbes, de faire fuir les rongeurs et de nourrir votre sol.

Protection des cultures et biocontrôle

Plutôt que de lutter contre les maladies et les agresseurs une fois qu’ils sont présents, le mieux est donc de chercher à prévenir leur apparition. Pour se faire, il suffit de revenir à des méthodes de jardinage au naturel, plus respectueuses de l’environnement. Les pesticides même naturels restent des pesticides. Ils sont rarement sélectifs et privent de nourriture certains auxiliaires qui se nourrissent et dépendent des insectes nuisibles sur vos cultures.

Ces produits de biocontrôle utilisent des mécanismes naturels pour protéger les plantes contre les attaques de ravageurs, les maladies et les mauvaises herbes. L’huile de colza est un insecticide qui agit par étouffement sur des insectes comme les pucerons, les thrips et les aleurodes. Le bicarbonate de potassium est un fongicide naturel qui peut lutter contre plusieurs champignons, dont le mildiou et l’oïdium. Le phosphate ferrique est un biocide efficace contre les limaces (molluscicide). Le pyrèthre est une substance de biocontrôle naturelle issue des fleurs de chrysanthèmes. Le soufre est un minéral utilisé comme fongicide naturel. Le spinosad est une substance de biocontrôle naturelle issue de la fermentation d’une bactérie, Saccharopolyspora spinosa.

Tutoriel : Construire un hôtel pour les insectes

Favoriser la biodiversité et les auxiliaires

Multiplier les habitats est un moyen simple de créer un jardin accueillant pour une grande variété d’espèces. Les insectes sont en très fort déclin à cause de la destruction de leurs habitats naturels. Il n’y a qu’à regarder nos pare-brises pour s’en rendre compte : leur population a chuté de près de 70% en 20 ans ! Attirer des animaux insectivores dans votre jardin est un excellent moyen de lutter contre les nuisibles de manière naturelle et efficace. Ces animaux se nourrissent d’insectes, contribuant ainsi à maintenir un équilibre écologique sain. Pour les attirer, créez des zones refuges : haies, bosquets, bandes enherbées, jachères fleuries, tas de pierres, bois mort, nichoirs.

Diversifiez également la végétation : plus vous augmentez les variétés de plantes, de fleurs et de légumes, plus vous attirerez d’auxiliaires différents. Plusieurs espèces de coccinelles se nourrissent de champignons comme l’oïdium, on les appelle les coccinelles mycophages. Elles constituent un groupe important dans la famille des Coccinellidae, avec plus de 400 espèces réparties dans le monde entier. N’achetez jamais de coccinelle asiatique Harmonia axyridis. Cette espèce est nuisible pour les cultures et les coccinelles indigènes qu’elle tend à remplacer.

Le rôle des plantes sauvages et locales

Les plantes locales (dites sauvages ou indigènes) sont parfaitement adaptées au climat de votre région et au sol de votre jardin. En plus de leur meilleure acclimatation, les variétés indigènes sont souvent plus accueillantes pour la faune locale comme les abeilles et les papillons. Créée en 2015, la marque « Végétal local » permet de reconnaître au moyen d’un simple label les végétaux sauvages et indigènes en jardinerie. En plus d’être parfaitement adaptés au climat local, ces semences et ces plantes labellisées sont issues de collectes raisonnées en milieu naturel.

Les herbes folles et les variétés couramment qualifiées de « mauvaises herbes » (adventices) sont parfaitement adaptées à leur milieu. Elles sont une source de nourriture : de nombreuses mauvaises herbes sont des « plantes hôtes » qui hébergent et servent de nourriture à des insectes, en particulier des chenilles. C’est le cas de l’ortie qui est la plante hôte de la chenille du papillon paon de jour. Cette dernière sert elle-même de nourriture à certains oiseaux. Elles améliorent la santé du sol en le protégeant de l’érosion et en permettant de l’aérer en profondeur. Ne les supprimez pas systématiquement, elles attireront de nombreux insectes qui avaient peut-être disparu de votre jardin et contribueront à reconstituer tout un écosystème.

Infographie montrant les plantes compagnes bénéfiques au potager

Techniques de culture avancées : Compagnonnage et no-dig

Certaines associations de plantes permettent de se passer presque complètement de pesticides. En attirant les insectes prédateurs naturels des insectes nuisibles, comme les coccinelles et les syrphes, vous instaurez une protection biologique durable. Le compagnonnage consiste à faire cohabiter certains végétaux susceptibles de se protéger mutuellement. Par exemple, la tomate et le basilic font bon ménage dans le potager. Les carottes et les poireaux sont aussi d'excellents partenaires car les poireaux repoussent les mouches de la carotte, tandis que les carottes éloignent la teigne du poireau.

La méthode de jardinage sans bêcher (« no dig » en anglais) est une façon attrayante de cultiver. Elle favorise le développement d’un sol naturel, riche en nutriments, dans lequel s’épanouissent les plantes et les fleurs. C’est aussi un moyen très efficace de nettoyer les zones envahies par les mauvaises herbes. Cette méthode est simple : elle consiste à éviter de creuser pour ne pas perturber la vie du sol. Tout le monde peut employer cette méthode de jardinage durable, à condition d’avoir accès à une quantité considérable de matière organique. Le jardin-forêt est une autre méthode qui mérite d’être explorée. Également connu sous le nom de forêt comestible, ce procédé vise à imiter le cycle naturel de l’écosystème d’une grande forêt à une micro-échelle dans un jardin, quelle qu’en soit la taille.

Gestion des espèces invasives

Bien qu’elles puissent être très attrayantes, certaines espèces invasives (pas toujours exotiques) peuvent causer d’énormes dégâts chez vous et dans le milieu naturel lorsqu’elles s’échappent du jardin. Premièrement, ces espèces peuvent rapidement proliférer et menacer la biodiversité locale en étouffant les plantes indigènes jusqu’à les faire disparaître. C’est le cas de Buddleia de David, un arbuste ornemental à fleurs violettes qui attire les papillons mais peut devenir envahissant et menacer la biodiversité locale. D’autant que les abeilles sont incapables de le butiner. Autre exemple : la griffe de sorcière, une plante succulente rampante qui colonise désormais de larges zones côtières de Bretagne et de Corse.

Deuxièmement, les espèces invasives peuvent causer des dommages importants aux infrastructures et peuvent envahir les murs en occasionnant de gros dégâts et causer des coûts de réparation conséquents. Enfin, certaines espèces invasives peuvent être nuisibles pour la santé. C’est le cas de l’ambroisie, une plante invasive originaire d’Amérique du Nord, qui est devenue une menace pour la santé publique en Europe. Son pollen est extrêmement allergisant et peut provoquer des symptômes respiratoires graves chez les personnes sensibles. Si vous constatez la présence de plantes invasives, éliminez-les en les arrachant méticuleusement. Jetez-les ensuite à la déchèterie en prenant soin de correctement les emballer dans un sac pour éviter tout risque de dispersion dans la nature.

L'importance de la rotation des cultures

Chaque fois que des plants de légumes sont replantés, il est préférable de les changer d’emplacement. Cette technique s’appelle la rotation des cultures. Cette technique peut éviter les ravages, les maladies et les mauvaises herbes. De plus, chaque plante de légumes a des besoins nutritifs différents. En variant les plantes cultivées chaque année, vous rompez le cycle de développement des parasites et limitez leur contact avec les cultures auxquelles ils s’attaquent.

Les engrais verts sont des plantes cultivées pour être ensuite incorporées au sol. Véritables fertilisants naturels, les engrais verts enrichissent le sol en matière organique et améliorent sa structure. Veillez à choisir l’engrais vert adapté aux besoins de votre sol et à le semer au bon moment pour maximiser ses bienfaits. En particulier les légumineuses, comme les haricots, les pois et les trèfles, ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique dans le sol. Un excès d’azote risque de favoriser la croissance des feuilles au détriment des fruits, et favorisera le développement des pucerons. L’excès de fertilisants risque également d’être entraîné vers les nappes phréatiques.

Illustration montrant le cycle de rotation des cultures au potager

Vers un éco-jardinage durable

L'éco-jardinage, c'est un engagement pris envers la nature, c'est une nouvelle démarche à adopter dans sa manière de s'occuper de son jardin. Vous pouvez devenir éco-jardinier en révolutionnant totalement votre manière de jardiner ou en ne vous contentant que de petits gestes au quotidien. Planter des oeillets d'Inde près de ses pieds de tomates, accrocher un nichoir dans un arbre, laisser un coin de jardin en friche : c'est de l'éco-jardinage ! Car ces gestes vous permettent de limiter votre utilisation de pesticides, et de favoriser la biodiversité en accueillant dans votre jardin oiseaux, abeilles, papillons, hérissons et autres auxiliaires du jardinier.

Vous êtes 13 millions de jardiniers, vous possédez plus d'un million d'hectares soit 4 fois la superficie des réserves naturelles. Protégez la nature à votre échelle, c'est aussi protéger la planète. Le printemps est là. Si vous faites partie des 17 millions de français adeptes du jardinage, il est temps de retrouver votre potager et vos jardinières. Avec la prise de conscience liée au dérèglement climatique, il est possible que vous souhaitiez vous mettre au jardinage écologique. Pas de magie, mais du concret pour aider la planète. Un jardin écologique est un jardin pensé, organisé et géré selon des pratiques durables. Il présente de nombreux avantages, pour vous comme pour la planète, car il est conçu pour respecter l’environnement, protéger la biodiversité, être économe en ressources naturelles, limiter votre production de déchets et favoriser vos économies.

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