Le démarrage des veaux est toujours un moment difficile, les trois premiers mois de vie étant souvent marqués par divers soucis de santé. Parmi ces préoccupations, la diarrhée se positionne comme une pathologie dominante des jeunes bovins. Cette affection, d'origines variées, peut affecter les animaux dès les premières heures après la naissance et jusqu’au sevrage. Un veau qui a eu des diarrhées aura une croissance plus juste et sera plus fragile pendant l’élevage. Comprendre ses mécanismes, ses impacts et les stratégies pour y faire face est donc crucial pour la rentabilité et le bien-être de l'élevage.

Comprendre la diarrhée du veau : Un défi majeur pour l'élevage
La diarrhée chez le veau est une problématique complexe, pouvant résulter de diverses causes. Ces origines peuvent être digestives, infectieuses ou parasitaires. La cryptosporidiose, par exemple, à ne pas confondre avec la coccidiose, reste la maladie la plus répandue chez les jeunes veaux laitiers. Quelle que soit son étiologie, la diarrhée se manifeste par des symptômes aisément repérables, tels qu'une hausse de la température corporelle, une modification du comportement et, surtout, une déshydratation prononcée. La couleur et la consistance de la diarrhée peuvent même orienter sur le germe en cause, ce qui aide à établir un traitement.
Le principal danger de la diarrhée réside dans la perte massive d'eau par le veau, conduisant à une déshydratation rapide et potentiellement fatale. De plus, les aliments ne sont plus absorbés correctement car la muqueuse intestinale est dégradée. Cette malabsorption entraîne une dénutrition, affaiblissant davantage l'animal déjà éprouvé. Face à cette situation, un traitement curatif est souvent établi par l’éleveur conjointement avec son vétérinaire. Cependant, il est important de noter qu'un traitement curatif allopathique peut, dans certains cas, affaiblir le veau. C'est pourquoi soutenir l’immunité et l’appétit par des traitements naturels est une solution efficace pour rétablir rapidement le veau, pouvant être appliquée en préventif ou en parallèle d'un soin curatif.
L'approche naturelle : Soutenir la santé et l'immunité du veau
Dans leur état sauvage, les animaux sont capables de se réguler seuls et savent ce qui est bon pour eux. Cette observation soulève une question pertinente : pourquoi ne pas les laisser le faire à la maison ? L'adoption de traitements naturels s'inscrit dans cette logique, en cherchant à renforcer les capacités intrinsèques du veau à se défendre et à se rétablir. Les traitements naturels peuvent être appliqués de manière préventive pour éviter l'apparition des diarrhées, mais aussi en complément d'un soin curatif pour en maximiser l'efficacité et minimiser les effets secondaires des traitements allopathiques.
Le principe est de fournir au veau les outils dont il a besoin pour soutenir son immunité et stimuler son appétit, des facteurs clés dans sa capacité à lutter contre les infections et à récupérer. Ces méthodes visent à rétablir l'équilibre digestif, à protéger la muqueuse intestinale et à apporter des nutriments essentiels.
L'argile, un allié essentiel et polyvalent contre la diarrhée
L'argile est presque indispensable dès la naissance du veau pour sa capacité à agir comme absorbeur et régulateur du transit intestinal. Ses fortes propriétés absorbantes permettent de réduire les risques de diarrhées en créant un pansement gastrique protecteur. En outre, l'argile améliore la cicatrisation et protège les muqueuses intestinales contre les agressions, notamment celles des coccidies, en réduisant la perméabilité du tube digestif. Elle apporte également des minéraux essentiels au veau.
Deux types d'argile sont particulièrement recommandés : l'argile illite ou montmorillonite. Il est conseillé de distribuer de l’argile illite ou montmorillonite dans un seau à volonté. Cette approche en libre-service aide les veaux en diarrhées à ralentir le transit digestif, à améliorer la cicatrisation et à protéger les muqueuses.

Des produits spécifiques intègrent l'argile pour une action ciblée. Par exemple, le Phoscargil Plus est une pâte qui s’utilise chez le veau dès les premiers signes de diarrhée. Sa composition est riche et diversifiée : elle se compose de levures (saccharomyces cerevisiae) choisies pour capter les pathogènes, activer l’immunité et accélérer le renouvellement des cellules de l’intestin. Elle contient également des substances aromatiques comme le piment ou le curcuma, reconnues pour leur effet médiateur de l’inflammation. En complément, du sélénium, des prébiotiques et probiotiques, du charbon et de l’argile, cette dernière pour son pouvoir couvrant et cicatrisant, complètent cette formule. Phoscargil Phyto est une autre pâte spécifiquement composée d’argile et de substances aromatiques, offrant une solution naturelle pour le soutien digestif.
Une panoplie de remèdes naturels pour la prévention et le soutien
Au-delà de l'argile, une série de pratiques et de compléments naturels peuvent être mis en place pour prévenir et accompagner le traitement de la diarrhée chez le veau. Ces approches visent à renforcer la résilience de l'animal et à améliorer son environnement et son alimentation.
Le bar à minéraux en libre-service : Éduquer le veau dès le plus jeune âge
Trop souvent, nous utilisons des aliments complets « veaux » et nous pensons qu’il y a suffisamment de minéraux présents dedans, qu'il s'agisse de minéraux majeurs, d'oligo-éléments ou de vitamines. Certes, ces derniers y sont incorporés, mais les quantités sont parfois insuffisantes. En effet, pour obtenir les couvertures minérales recommandées, il faudrait que le veau consomme la quantité recommandée par le fabricant, qui est souvent assez élevée et pas toujours distribuée et consommée effectivement. L'instauration d'un bar à minéraux en libre-service permet au veau de s'autoréguler et de combler ses besoins spécifiques, développant ainsi de bonnes habitudes dès son plus jeune âge. Plus on met en place ce système de bonne heure, plus vite on éduque le veau à prendre une bonne habitude.

Plusieurs éléments peuvent composer ce bar à minéraux :
- Charbon actif : Particulièrement efficace en cas de diarrhées fréquentes chez le veau, souvent détectées trop tard. Il agit comme un puissant détoxifiant. Un avantage pratique est qu’un veau qui va lécher le charbon sera détecté dès son entrée en nurserie par son nez noir, permettant une intervention précoce.
- Vinaigre de cidre : Permet d’éviter le toc des buveurs d’urine, une habitude parfois observée chez les veaux.
- Sel : Permet l'autorégulation des besoins en sodium et incite à boire de l’eau, un élément crucial pour l'hydratation.
- Pierre d’oligo-éléments ou minéral plus complet : En complément des apports de la ration, cela permet de faire face aux forts besoins de certains animaux. C'est un véritable « boosteur » de l’immunité et de la croissance.
Si les veaux se jettent sur le bicarbonate, cela peut être un indicateur qu'il est nécessaire de revoir la distribution du concentré, soit en trop grande quantité, soit non séquencée sur 24 heures. Il est également pertinent de revoir la mise à disposition de fibre.
Fourrage de qualité : Le foin, socle d'une bonne digestion
Le foin est un élément fondamental pour le développement digestif du veau. Il doit être distribué à volonté jusqu’à 6 mois d’âge. Pour assurer sa fraîcheur et son appétence, le foin doit être quotidiennement agité et renouvelé régulièrement. Il doit être disposé dans un râtelier accessible aux animaux, en évitant les râteliers en hauteur, car un veau mange du fourrage la tête en bas.
Un foin de première coupe est un excellent fourrage pour les veaux. Les deuxièmes coupes et les regains ne sont pas assez fibreux pour stimuler le développement du rumen, élément clé de la digestion des ruminants. Une paille de céréale appétente et bien conservée peut également être utilisée comme complément.
Optimiser la buvée : Tétine et habitudes de consommation
La manière dont le veau tète et boit son lait est essentielle pour une bonne digestion et pour éviter certains troubles. Il est recommandé d'utiliser une tétine résistante et neuve par veau. La tétine Peach Teat, en caoutchouc naturel, est un exemple de modèle efficace. Si les tétines que vous avez s’ouvrent avec des ciseaux, il est conseillé de changer de modèle de tétine, car il faut un embout en croix et non un trou rond pour réguler le débit.
Il est important de placer la tétine à 60 cm de hauteur pour que le veau relève la tête. Cette position stimule la fermeture de la gouttière œsophagienne, permettant au lait de passer directement dans la caillette sans s'accumuler dans le rumen, ce qui pourrait causer des troubles digestifs. Un veau de 2 semaines devrait boire 4 litres en 7 minutes, tandis qu'un veau de 8 semaines devrait le faire en 5 minutes. Un veau qui a bu assez de lait et pendant la durée nécessaire ira se coucher après son repas, signe d'une buvée satisfaisante. De plus, un veau qui boit lentement et longtemps aura moins tendance à téter ses congénères, réduisant ainsi les risques de transmission de germes et de blessures.

L'hydratation, pilier de la santé digestive
Des veaux déshydratés sont des candidats privilégiés aux maladies, la déshydratation étant une conséquence majeure de la diarrhée. Dès 2 jours d’âge, de l’eau propre doit être proposée à volonté. Une bonne hydratation réduit par cinq le risque de diarrhées. Il est crucial de ne pas diluer le lait avec de l’eau, car le caillé risquerait de ne pas se faire correctement dans la caillette, compromettant la digestion du lait.
Pour éviter l'effet de dilution du lait par une ingestion d'eau immédiatement après une buvée lactée, il est conseillé de remplir les seaux d’eau avec de l’eau chaude. Les veaux ne s’aventureront pas de si tôt pour s’abreuver après leur buvée. Par contre, quelques heures plus tard, l’eau sera revenue à température ambiante et le veau pourra s’abreuver selon ses besoins. Il est également primordial de vérifier au moins une fois par an la qualité de votre eau d’élevage pour s'assurer de sa potabilité. Pour une hygiène optimale et un accès constant, préférez des abreuvoirs en inox, à niveau constant, anti-gel et anti-gaspillage.
Tisanes et infusions : Des bienfaits insoupçonnés
En cas de diarrhée, le principal risque réside dans la déshydratation du veau. La tisane ou thé de foin permet non seulement d’hydrater le veau, mais aussi de le minéraliser et de booster sa prise alimentaire, des actions essentielles pour sa récupération.
Comment le préparer ?Dans un grand seau, versez 1 à 2 litres d’eau très chaude. Plongez-y deux grosses poignées de foin. Si possible, ajoutez 2 cuillères à soupe de gros sel. Laissez infuser jusqu’à ce que l’eau soit tiède. Une fois l'infusion prête, retirez le foin et donnez le liquide aux veaux. Si des orties poussent sur votre exploitation, coupez-les pour les ajouter dans l’infusion. Les orties sont riches en fer et en vitamine C, offrant un apport nutritif supplémentaire.
Stimuler l'appétit pour briser le cercle vicieux
Un veau qui ne s’alimente plus n'a que quelques heures à vivre si rien n’est fait. Stimuler l’appétit est donc une priorité absolue. Pour ce faire, et pour enrichir le peu de buvée et les bouchées de fourrages et concentrés que le veau malade pourrait ingérer, il est conseillé de lui administrer directement dans la bouche :
- Du miel : Pour son côté sucré et ses propriétés anti-bactériennes et anti-inflammatoires. Une à deux cuillères à café, deux fois par jour, peuvent faire une différence.
- Du café : Pour son apport en antioxydants et sa richesse en magnésium. Un stick de café soluble par jour peut aider.
Il est important de noter qu'il ne sert à rien de distribuer un yaourt périmé. En effet, au-delà de la date limite de consommation (DLC), les ferments lactiques vivants d’un yaourt (Streptococcus thermophilus, Lactobacillus bulgaricus) ne le sont plus. Il n'y a donc aucun intérêt à distribuer un produit laitier sans bactéries vivantes, car c'est précisément leur action qui est recherchée.
Les super-aliments pour veaux : Huile de foie de morue et Kéfir
Ces deux compléments alimentaires offrent des avantages significatifs pour le soutien et la récupération des veaux.
Un complément d’huile de foie de morueL’huile de foie de morue est bien connue pour ses apports en énergie et en vitamines. Elle stimule l’immunité grâce à une teneur élevée en vitamines A et D3. La vitamine A est essentielle à la croissance des jeunes animaux, favorisant le développement des muscles et des os. Sa composition en acides gras poly-insaturés lui confère également des propriétés de régénération des cellules du corps. Distribuer une cuillère à soupe par jour aux veaux malades peut les soutenir efficacement dans leur phase de guérison.
Distribuer du kéfir maisonLe kéfir de lait est une boisson dont la quantité de levures et de probiotiques est abondante, exerçant un impact positif sur la flore intestinale. Il aide à la digestion, soulage les inflammations, renforce le système biliaire et booste l’immunité. Son apport en sucre est très faible, mais les teneurs en vitamine B et C, en calcium et en protéines sont élevées, en faisant un excellent support nutritionnel. Le kéfir peut être administré dès la naissance et même quotidiennement à chaque buvée.
Comment faire du kéfir de lait à partir de grains de kéfir - Guide complet
Comment préparer son kéfir ?Mélangez 5 grammes de germes de kéfir de lait (disponibles par exemple chez des fournisseurs comme Comptoir des Plantes) dans 1 litre de lait. Stockez le mélange deux jours à 20°C. Il est crucial de nourrir votre kéfir tous les jours en lui fournissant du lait frais.
Comment l’utiliser ?Remplacez 10% de la quantité de buvée du veau par votre kéfir. Attention, ne mélangez jamais le kéfir et le lait contenant des antibiotiques, car les antibiotiques détruiraient les micro-organismes bénéfiques du kéfir.
Phytothérapie : Le pouvoir des plantes anti-diarrhéiques
De nombreuses plantes possèdent des vertus anti-diarrhéiques, et si toutes ne font pas l’objet d’études scientifiques rigoureuses, certaines ont prouvé leur efficacité chez le veau ou d’autres espèces animales.

Parmi les plantes dont l’effet a été documenté, on retrouve :
- Camomille allemande (Matricaria chamomilla)
- Caroube (Ceratonia siliqua L.)
- Chardon marie (Silybum marianum)
- Tanins de châtaignier (Castanea sativa)
- Curcuma (Curcuma longa)
- Cyprès (Cupressus sempervirens) - particulièrement en cas de diarrhée virale
- Échinacée (Echinacea purpurea L.) - connue pour son action antibactérienne et virale
- Noyer (Juglans regia)
- Origan (Origanum vulgare)
- Vigne (Vitis vinifera L.)
- Réglisse (Glycyrrhiza glabra L.) - utile en cas de diarrhée à rotavirus
- Romarin (Rosmarinus officinalis)
- Thym (Thymus vulgaris)
Ces informations sont notamment issues de travaux de recherche, comme la thèse vétérinaire de Cécile MUTSCHLER (2022), qui contribuent à valider l'usage de ces plantes en élevage.
Approches complémentaires : Le Shiatsu animalier
L’acupuncture, branche de la médecine traditionnelle chinoise, est encore peu répandue en Europe et encore moins utilisée en élevage. Pourtant, elle a fait ses preuves sur le terrain pour diverses affections. Une manipulation simple de shiatsu animalier, basée sur les principes de l'acupuncture, peut être un complément intéressant dans la gestion de la diarrhée chez le veau.
Le point d’acupuncture à activer pour relancer le réflexe de succion est le VG 28, situé sur le bourrelet dur de la mâchoire supérieure. Une étude scientifique a même montré que le meilleur taux de guérison s’obtient quand il y a association d'un traitement antibiotique et de l'acupuncture des trois points spécifiques : Pi yu, Da Chang yu et Wei yu.

Ces points, visualisables sur des schémas d'anatomie vétérinaire, sont des cibles précises dont la stimulation peut avoir un impact significatif sur la physiologie du veau et sa capacité à récupérer.
Gérer la déshydratation : L'importance de la réhydratation orale
La déshydratation est la complication la plus critique de la diarrhée et peut rapidement entraîner la mort du veau. Un réhydratant efficace corrige les troubles liés à la diarrhée. Sa teneur en ions (Na+, K+, etc.) favorise l’absorption d’eau par le tube digestif. Les apports de lactose stimulent les enzymes de digestion, appelées lactases, et produisent du glucose qui limite la dénutrition et permet la réabsorption de l'eau. La présence de lactosérum favorise la capacité à digérer le lait et donc un retour au lait sans transition à la fin des soins.
Des aliments complémentaires complets, comme ENERLYTE® PLUS, participent également à améliorer la consistance des selles, grâce à des farines de riz et de caroube. La réhydratation orale seule n’est adaptée qu’en cas de déshydratation légère.
Pour une réhydratation efficace, suivez ces étapes :
- Évaluez le niveau de déshydratation du veau. Une évaluation rapide permet de déterminer la gravité et l'approche nécessaire.
- Vérifiez le réflexe de succion et donnez de 4 à 6 litres de solution par jour en fractionnant les repas. Il est crucial de s'assurer que le veau est capable de téter pour absorber la solution.
- Préparez le réhydratant avec une eau potable et tiède (environ 38°C) et mélangez bien la poudre à l’eau. Pour simplifier ce travail, certains produits comme ENERLYTE® PLUS sont effervescents et se solubilisent sans effort, facilitant la préparation rapide et précise.
Ces mesures, combinant prévention et intervention rapide avec des outils naturels et des protocoles de réhydratation, sont essentielles pour minimiser l'impact de la diarrhée et assurer un bon départ dans la vie des veaux.