Pourquoi vos poireaux s'affaissent après le repiquage : comprendre les causes et agir efficacement

Chaque hiver, alors que les jardins paysagers se parent de brume et que la pelouse repose sous la rosée, un étrange spectacle frappe nombre de potagers à la française : de superbes rangs de poireaux, verts et vigoureux la veille, soudain affaissés sur le sol comme fauchés par un vent invisible. Erreur de débutant ou simple caprice de la météo ? Pas si vite… Ce phénomène intrigue chaque année plus d'un jardinier, même aguerri. Sa véritable cause se cache là où on l'attend le moins : quelques centimètres sous terre, là où la vie grouille, parfois aux dépens de votre prochaine soupe aux poireaux.

Illustration d'un potager avec des rangs de poireaux affaissés et des signes de ravageurs

Les causes liées aux pratiques de culture et aux conditions de sol

Dans l'imaginaire collectif, la chute soudaine des poireaux en hiver rime souvent avec grands froids. Pourtant, ces légumes robustes résistent parfaitement aux coups de gel, leur fût charnu supportant allègrement les nuits les plus froides. Si vos poireaux s'effondrent sans que le thermomètre ne soit passé en dessous de zéro, cherchez déjà la faille ailleurs que dans le climat.

Chaque hiver, des jardiniers voient leurs poireaux s’affaisser sans prévenir. La scène inquiète, surtout après vent et pluie. Le point faible se joue au collet et aux racines. Un trou de plantation non comblé reste comme une cheminée d’air. Ainsi, l’eau s’y accumule puis la base ramollit. Autre facteur, un repiquage trop haut ou des racines taillées très court. De plus, un sol détrempé compacte les mottes et étrangle les radicelles. En bref, les poireaux tiennent mal si la base manque de support.

Pour remédier à cela, commencez par redresser la tige sans forcer. Ainsi, ramenez de la terre légère au pied et formez un petit talus de 10 à 12 cm. Aussi, ajoutez un mélange terreau, sable et compost pour caler. Une butte souple stabilise la base sans étouffer le fût. Tassez à la main, puis arrosez légèrement pour souder les particules. De plus, installez un paillage de 5 à 8 cm qui limite la battance. Ainsi, la base reste sèche en surface et active en profondeur.

L'impact des rongeurs : une menace invisible

Oubliez la neige, oubliez la glace : ce sont souvent les rongeurs - campagnols, mulots et autres petits gourmands - qui orchestrent cette chute. Leur festin se déroule dans l'ombre, à quelques centimètres sous la surface, là où ils grignotent le bas du fût et le plateau racinaire.

Comment reconnaître le problème ? Un plant soudain couché, à l'aspect sain, se décolle sans effort du sol lorsqu'on le soulève délicatement. Si le bas du fût paraît grignoté ou que les racines ont disparu, le verdict est sans appel. Les poireaux offrent, pour les rongeurs, un buffet d'hiver idéal : leurs racines tendres sont particulièrement appréciées quand le reste de la nature est au ralenti. L'humidité excessive et les sols argileux ou compacts créent un cadre rêvé pour ces rongeurs : non seulement leurs galeries restent intactes, mais la plante, fragilisée, y développe des racines moins robustes.

La teigne du poireau : le prédateur aux ailes fragiles

Un matin, tout semble aller pour le mieux dans le potager : les poireaux lèvent, fiers et prometteurs, bien alignés comme sur le marché. Mais il suffit d'un regard distrait pour manquer la menace qui rôde. Car en moins de 48 heures, une attaque éclair de teignes peut transformer ces beaux rangs en un spectacle de feuilles jaunies et de tiges creusées.

La teigne du poireau, aussi appelée ver du poireau est un insecte parasite qui s’attaquent aux plantes du potager. Cette chenille s’en prend à différentes plantes : poireau, ail, oignon, échalote et bulbes d’ornement. C’est lorsqu’elle est à l’état de larve qu’elle crée des problèmes. Identifier la teigne du poireau est assez simple car les dégâts s’observent facilement. Pour les plantes qui ont des feuilles plates comme le poireau, on peut observer les galeries des chenilles à l’intérieur des feuilles centrales. Celles-ci sont enroulées et ont de nombreux petits trous et de traces. Les jeunes feuilles sont celles qui sont le plus attaquées.

Schéma explicatif du cycle de vie de la teigne du poireau et ses stades larvaires

Le cycle de vie des larves est très rapide car en seulement 15 jours elles accèdent au fût du poireau. Le papillon dépose ses œufs au mois d’avril et mai pour la 1ère vague. La 2ème apparaît entre juin et juillet et la dernière entre fin août et fin septembre. Une femelle peut pondre une centaine d’œufs en 15 jours. Les œufs commenceront à éclore une semaine après. Les larves vont ensuite dévorer les feuilles de la plante durant 15 jours et vont ensuite creuser des galeries pour accéder au fût du poireau.

La mineuse du poireau : une nouvelle venue invasive

La mineuse du poireau est une bestiole certes petite mais pas très sympathique, en tout cas elle ne l’est pas dès lors qu’elle s’aventure dans le potager et vient pondre ses œufs dans vos poireaux afin que ses larves s’en nourrissent. Phytomyza gymnostoma est une petite mouche (diptère) grisâtre dont la larve vient s’attaquer aux poireaux deux fois par an, au printemps et en automne. Cela fait depuis 2003 qu’elle est présente en France.

Il est assez facile de repérer la présence de larves de mineuses dans des plants de poireaux. L’arrêt de la croissance est en effet manifeste, de plus vous pourrez voir que les feuilles des jeunes poireaux touchés sont entortillées, tordues, et elles tombent vers le sol. Outre les galeries que les larves creusent le long des fûts, elles laissent également derrière elles leurs excréments, ce qui rend d’emblée les poireaux impropres à la consommation. Sans compter les pupes qui parsèment la base des poireaux.

COMMENT PROTÉGER VOS POIREAUX DES VERS

Stratégies de prévention et méthodes de lutte

La rotation des cultures permet de limiter les maladies. Elle consiste à ne pas planter une plante au même emplacement deux années à la suite. Varier les cultures permet de bénéficier des spécificités de chaque plante du potager et d’éviter les nuisibles et les maladies. Vous pouvez aussi utiliser la technique du compagnonnage en associant les poireaux avec des plantes hostiles à la teigne du poireau comme des semis de carottes ou du céleri. En effet, l’odeur des carottes repousse la teigne du poireau.

Pour toutes les cultures, il faut savoir qu’au plus des odeurs fortes sont mélangées et diversifiées, au plus les odorats vont être perturbés. Donc si vous plantez des aromates très parfumés, des fleurs ou d’autres légumes, la mouche aura plus de difficultés à repérer les poireaux. Avant le début de l’activité des papillons, vous pouvez installer un filet anti-insectes. Il va empêcher les papillons de se poser sur les poireaux et de pondre des œufs qui forment ensuite des chenilles. Pour être vraiment efficace, le filet anti-insectes doit être posé avant la période de ponte. Couvrez vos plantes dès les semis et laissez le filet du printemps jusqu’à l’automne.

En ce qui concerne les traitements biologiques, le Bacillus thuringiensis est un produit bio spécialement conçu pour le ver du poireau. Il faut le pulvériser sur les larves avant qu’elles n’atteignent la tige du poireau où elles seront protégées. Il faudra l’appliquer entre 7 et 10 jours suivant les vols de noctuelles ce qui oblige à répéter les traitements.

Infographie comparant les méthodes de protection : filets, compagnonnage et traitements naturels

Si vous parvenez à voir un début d’attaque, vous pouvez essayer de ralentir la progression des chenilles en enlevant les vieilles feuilles et en coupant le bout de celles qui sont infestées. Si les fûts de vos poireaux sont déjà ravagés par des vers et que les dégâts sont visibles, coupez-les au ras du sol. Il est important de noter que les traitements comme les produits répulsifs ne seront pas utiles si le ver est déjà dans le fût. Enfin, évitez autant que possible l’usage d’insecticides, même doux. Ils sont en effet non sélectifs et peuvent donc éliminer, en même temps que le ravageur, des insectes qui en sont les prédateurs naturels. Un jardin vivant, où la faune utile est la bienvenue, l’entretien régulier et l’observation attentive offrent la meilleure défense naturelle.

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