La tonte des brebis et des agneaux ne constitue pas une simple opération esthétique ou une corvée agricole ; c’est une pratique millénaire, fondamentale pour le bien-être animal et la gestion sanitaire des troupeaux. Depuis la domestication de son ancêtre le mouflon il y a des milliers d’années, le mouton a conservé une pousse de laine continue qui, sans intervention humaine, conduit inévitablement à des situations de détresse physiologique.

Les motivations sanitaires et le bien-être animal
La tonte est avant tout une condition du bien-être animal, indispensable à sa bonne santé. Une laine non tondue se transforme en cocon de laine feutrée, humide, qui moisit et accueille de nombreux parasites : tiques, larves de mouches… En retirant la laine trop épaisse, on limite l’humidité, les parasites et les infections cutanées. Il deviendrait très dangereux pour l’animal si on ne le débarrassait pas de ce pesant vêtement chargé d’humidité et de parasites.
L’économie d’aliments concentrés et le bien-être des agneaux sont les deux principales motivations des éleveurs qui pratiquent la tonte des agneaux d’herbe à la rentrée en bergerie. Au total, 448 agneaux ont été répartis en deux lots, l’un étant tondu et l’autre non. Si les agneaux tondus ne présentent aucune salissure à l’arrière-train, plus de la moitié du lot affiche des impuretés autour de la queue lorsqu’ils sont toujours « en laine ». L’écart est majoré avec les salissures des flancs : trois semaines après la tonte, seulement 15 % des agneaux non tondus sont propres contre 89 % pour l’autre lot. Enfin, lors de fortes chaleurs, la tonte améliore le confort des agneaux.
En moyenne, pour un même poids de carcasse (18,1 kg), l’écart de durée de finition en faveur des agneaux tondus a été limité à trois jours. Cependant, cette moyenne cache des disparités. Ainsi, dans quatre des sept essais, la tonte a induit une augmentation du poids de carcasse. En revanche, dans les trois autres essais, elle a eu peu d’effets.
La tonte hivernale et la gestion des bâtiments
La tonte maintient des conditions ambiantes plus confortables dans la bergerie où les brebis sont hivernées. En effet, des brebis tondues dégagent de la chaleur, cela va permettre de ventiler plus adéquatement et sortir l'humidité libérée par les animaux. Chez des brebis non tondues, la capacité isolante de la laine permet à celles-ci de conserver leur chaleur et le taux d'humidité grimpe, ce qui est néfaste pour les animaux.
Pour les âmes sensibles qui penseraient que nos brebis grelottent de froid, les brebis en février sont hivernées dans des bâtiments et elles ne sortent à cette époque de l'année que lorsque les conditions sont réunies : soleil, absence de vent et toujours dans des parcelles abritées, quelques heures l'après-midi. Elles ne restent pas couchées, "espatouflées" dans l'herbe mais se remuent, gambadent. Toutes les parcelles de l'exploitation sont d'ailleurs bordées de haies. Et puis, les brebis sont malignes, quand elles veulent rentrer, elles nous le font savoir en bêlant devant la porte de la bergerie.

Au-dessus de 10°, un mouton fraîchement tondu et en bonne santé n’a pas froid, à condition qu’il ne soit pas mouillé ou en plein vent. La laine est thermorégulante, elle protège du chaud comme du froid. Elle est donc utile toute l’année pour protéger les troupeaux de l’humidité, mais aussi des intempéries, du vent et du soleil, des températures basses ou élevées.
La période de tonte et l'organisation de l'élevage
Pourquoi les brebis ne sont pas tondues un peu plus tard en avril par exemple ? Tout simplement parce qu'en avril démarre la période de mise bas et donc on ne va certainement pas les embêter avec ça. Par ailleurs, tondre les brebis avant l'agnelage permet à l'agneau de trouver plus facilement les mamelles et lui évite de téter en vain des mèches de laine. Des études scientifiques ont démontré que l'augmentation du poids à la naissance (en particulier des jumeaux) permettait une survie accrue des agneaux (modification de la gestion du glucose par le placenta et le fœtus).
La meilleure période de tonte, pour la qualité de la laine, va encore une fois dépendre des pratiques d’élevage. La laine peut-être fragilisée par les périodes d’élevages car les brebis vont consacrer la majeure partie de leur énergie dans la lactation pour nourrir leurs agneaux. Une belle laine est avant tout issue d’un troupeau en bonne santé.
La filière laine : une économie complexe
Une dernière chose, la tonte est un soin qui coûte de l'argent aux éleveurs, on ne fait pas d'argent avec la laine. Depuis 2020, les ballots s'entassent dans les hangars des paysans, personne n'en veut ! En 2020, la Chine qui importait 70% de la production française de laine a bloqué ses importations. Elle a en outre relevé ses quotas d'importation pour l'Australie en 2021, l'autre grand pourvoyeur restant la Nouvelle-Zélande. Il y a très peu de filatures en France et selon les races de mouton (laitière, à viande, à laine comme le mérinos) la qualité n'est pas la même. Quelques éleveurs, avec des tout petits troupeaux, font traiter à façon leur laine et la récupèrent ensuite pour proposer des pelotes de laine teintes avec des végétaux, qu'ils vendent ensuite sur les marchés; ou qui ont trouvé un contrat avec une filature locale.
Maîtrise technique et méthode néo-zélandaise
La tonte requiert une pratique assidue et beaucoup de savoir-faire. Plus la manipulation des brebis sera précise (et ça s’apprend!), plus la tonte sera fluide. La méthode de tonte la plus utilisée, et préconisée par l’ATM, est la méthode «bowen» dite «méthode néo-zélandaise». Elle permet d'agir rapidement et d'être indolore pour le mouton qui n'aime pas trop ce moment. Cette méthode allie au mieux l’efficacité du travail sur toutes les races ovines, le respect de l’animal et l’aisance du tondeur (diminution de la fatigue).
La tonte du mouton vue par un champion
Le tondeur n’utilise pas la force pour contenir l’animal et on constate que le mouton est tranquille. La méthode de tonte pratiquée par les professionnels permet à l’animal de se laisser aller et de ne pas trouver d’appuis pour se relever. Le mouton n’est pas entravé. Il est donc libre de ses mouvements. Les moutons doivent être tondus à jeun. Cela évite que la panse ne comprime les poumons et rende la position du mouton inconfortable. Les coupures sont rares et, pour la plupart, superficielles.
La tonte comme discipline sportive et professionnelle
La tonte professionnelle relève d’une véritable performance sportive. La préparation physique intègre du foncier avec de la natation, du football et, lors des compétitions, les tondeurs y ajoutent du cardio. Le métier de tondeur ne demande pas spécialement une force phénoménale mais, plutôt, une bonne endurance au travail physique, une souplesse du dos et de toutes les articulations et un bon contact social.
En 1958, en Nouvelle-Zélande, un groupe de jeunes éleveurs de moutons a eu l’idée d’organiser un concours de tonte. Depuis, tous les 2 ans, un Championnat du monde de tonte est organisé. Des tondeurs français, sous la bannière de l’ATM, participent à ces championnats. La tonte est une pratique physique, et il existe des championnats organisés en France et au niveau mondial.
Formation et apprentissage
Faire appel à un professionnel pour les premières fois est recommandé. Pour perfectionner votre technique, n'hésitez pas à participer à des formations ou à solliciter l'aide d'un tondeur professionnel qui saura vous transmettre les gestes justes. Les stages initiation se déroulent, en partie, dans des structures d’enseignement national agricole et dans des centres de formation pour adultes.

L’objectif est d’apprendre à tondre des brebis selon la méthode Néo-Zélandaise qui s’est avérée la plus adaptée aux outils utilisés et à la collecte de la laine (pour faire un tri bénéfique en vue de la transformation lainière). Malgré tout, trois jours de stage ne suffisent pas pour apprendre à tondre. Pour les tondeurs confirmés, comme dans tout métier, sont proposés des stages de ‘’super perfectionnement’’ où seront surtout étudiés l’aisance et le rythme nécessaires pour gagner en rapidité tout en travaillant proprement, en étant perpétuellement attentif au respect de l’animal et de la laine récoltée.
Dans l’apprentissage de la tonte, la contention de la brebis est l’élément majeur à appréhender avant toute chose, dans le respect perpétuel du bien-être animal. On va alors parler du ‘’toucher’’ lors des formations débutants. En effet, lors de la tonte de l’animal, la contrainte de la machine oblige le tondeur à manipuler la brebis dans différentes positions pour faire le tour de la toison. Vu que la main droite est prise par la machine et que la main gauche doit préparer la peau pour le passage de la tondeuse, il ne reste que les genoux et les pieds du tondeur pour tourner la brebis dans les différentes positions. Pour apprendre l’enchaînement de ces différentes positions, l’instructeur fait longuement s’entraîner les novices avec une brebis entre les jambes avant de leur mettre une tondeuse dans les mains.
Jugement et standards de qualité
Lors d’un concours de tonte de moutons, dans la notation de la tonte, trois facteurs sont pris en compte. Une tonte effectuée rapidement diminue le temps de stress de l’animal. C’est donc un facteur primordial. Toutes les minutes que le tondeur passe à tondre ses brebis, il va concéder 1 point de pénalité toutes les 20 secondes (soit 3 points par minute). Les juges de podium, effectuant une rotation devant chaque compétiteur, pénalisent les recoupes (second cuts), là où la laine est coupée deux fois. Les juges évaluent la quantité de laine coupée deux fois et appliquent une ou plusieurs marques de pénalité.
A l’arrière du podium, des juges évaluent les brebis sur la finition. Ils regardent les coupures, les griffures du peigne et si le tondeur a laissé des mèches et de la laine qui auraient dû être tondues. Sur le podium, le compétiteur doit séparer, lors de la tonte, différentes parties de la toison de la brebis : le ventre, l’écusson (l’entre pattes arrières) et les chaussettes, la casquette, les laines courtes (mèches courtes), les défauts de couleur (laines noires), la laine longue (la majeure partie de la toison). Il doit ensuite les placer dans différentes caisses. Pour les toisons pleine laine, le compétiteur concède des points de pénalité (lors du lancer de la toison sur la table de tri) pour les parties de laine tombées à coté de la table et pour les parties qui se superposent sur la table.
Entretien du matériel et bonnes pratiques
Un équipement adapté et bien entretenu constitue la base d’une tonte efficace et sécurisée. Pour la tonte manuelle, des ciseaux de qualité professionnelle s’imposent. L’entretien régulier du matériel de tonte des moutons prolonge sa durée de vie et garantit des performances optimales. Aujourd’hui, les tondeurs professionnels utilisent des tondeuses électriques ou pneumatiques. Chez Les Moutons de l’Ouest, nous font régulièrement appel à des tondeurs spécialisés dans la tonte “aux forces”, avec des ciseaux manuels.
La tonte des moutons, loin d’être une simple corvée, représente un moment privilégié pour évaluer l’état de santé de chaque animal. Cette pratique millénaire, modernisée par des techniques et équipements performants, reste fondamentale pour le bien-être du troupeau. En appliquant ces conseils et en respectant le rythme naturel de vos animaux, vous garantissez une tonte efficace et sereine.