La petite ville de Sancoins, nichée dans le département du Cher, non loin de Nevers, est depuis le Moyen-Âge un épicentre des foires et des marchés, une tradition profondément ancrée dans son identité. Cette histoire millénaire a culminé en 1974 avec la création du marché des Grivelles, un événement qui a marqué durablement le paysage agricole européen. Avec ses 3080 habitants, Sancoins est, depuis près de cinq décennies, le théâtre d’un défilé impressionnant d’éleveurs et de leur bétail, témoignant de son rôle stratégique et fondamental pour tous les vendeurs de bestiaux de la région.

Le Marché des Grivelles : Un Carrefour Européen du Bétail
Le marché des Grivelles, qui fut le premier marché européen dans les années 80, a bien que légèrement perdu de son influence au fil des ans, conservé son statut de place incontournable. Au cœur du parc des Grivelles, le marché s’étend sur près de 30 000 m², offrant un espace suffisant pour accueillir un nombre considérable d'animaux. Il peut ainsi recevoir jusqu’à 3000 bovins, 4000 taurillons, 3000 veaux et 7000 moutons, soulignant l'ampleur de ses activités. L’effervescence débute dès 5h30 du matin avec les premières ventes, créant une ambiance unique et dynamique.
En 2011, dans un souhait de redynamiser le marché et de moderniser l’organisation des ventes, la SA des Grivelles a entrepris une refonte de son fonctionnement. Cette démarche visait à fidéliser sa communauté d’éleveurs et à toucher un plus grand nombre de vendeurs. Suivant cette stratégie de modernisation, le marché de Sancoins a récemment adopté la vente par vidéo. Cet ajout technique représente pour le marché un symbole de l'envie de créer un lien indéfectible avec ses éleveurs. Que l'on soit vendeur, acheteur, ou simple curieux, le marché de Sancoins est ouvert à tous, offrant une expérience immersive au cœur du monde de l'élevage.
Les Tontons Éleveurs : Une Initiative Locale pour la Valorisation des Productions
En face du marché des Grivelles, une initiative novatrice a vu le jour : Les Tontons Éleveurs. Cette structure, installée dans un ancien atelier de mécanique de 700 m², est le fruit de l'association de cinq agriculteurs et de trois investisseurs qui ont décidé de créer un atelier de découpe de viande à Sancoins, dans le Cher. L'atelier emploie quatre salariés, dont deux bouchers, et incarne une démarche de circuits courts et de valorisation locale.
L'idée fondamentale des Tontons Éleveurs est de transformer la viande produite localement par les éleveurs afin de leur dégager une marge plus forte. Les animaux sont abattus à l'abattoir de Saint-Amand-Montrond, puis leurs carcasses sont récupérées par l'atelier. Franck, l'un des deux bouchers embauchés, participe à ce processus essentiel. L'investissement total pour ce nouvel atelier de découpe de viande s'élève à 1,3 million d'euros. Cet outil est mis à disposition des éleveurs qui souhaitent développer la vente directe, offrant une solution concrète pour un meilleur rendement de leurs produits.
Odette Riboud, gestionnaire des Tontons Éleveurs, explique le fonctionnement : « Des éleveurs qui font de la vente directe nous ont déjà rejoints. Ils viennent chercher leurs 40 ou 50 caissettes et après, ils les commercialisent en direct. En revanche, si nous, nous vendons une caissette, il y aura une prestation de vente, mais au nom de l'éleveur. Chaque bête reste au nom de l'éleveur. » Cette approche garantit la traçabilité et l'authenticité des produits.
La valorisation de la viande est considérablement augmentée grâce à cette transformation. Une bête vendue quatre ou cinq euros le kilo sur pied peut être vendue, une fois transformée et en tenant compte des frais de découpe facturés, 50 ou 60% de plus. Cette augmentation de la marge est significative pour les éleveurs. De plus, cette initiative répond à une demande croissante des consommateurs pour les produits locaux : « Et les clients savent ce qu'ils mangent, les gens veulent du local et en ont marre de tout ce qui vient du bout du monde, sans garantie de qualité », ajoute Odette Riboud.
Le développement des Tontons Éleveurs ne s'arrête pas là. D'ici six mois, l'atelier proposera du saucisson et du jambon, et d'ici deux ans, il envisage de produire des plats cuisinés avec l'ouverture d'une boutique. La capacité de travail de l'atelier est de quatre grosses bêtes par semaine et d'une dizaine de petites bêtes, comme des veaux ou des porcs. Odette Riboud insiste sur la volonté de maintenir une production artisanale et locale : « On ne veut pas que cet atelier devienne une industrie. On veut que ça reste local et que d'autres ateliers comparables se créent dans d'autres régions. Nous, on veut travailler avec des éleveurs dans un rayon de 45 kilomètres, on est au cœur d'une région d'élevage bovin en charolais et en limousine. » Grâce à cette initiative, Les Tontons Éleveurs espèrent apporter une centaine de tonnes de viande supplémentaires à l'abattoir de Saint-Amand-Montrond.

Défis et Résilience de la Filière Ovine et Bovine Régionale
La filière ovine et bovine du Berry, comme de nombreuses régions agricoles, est confrontée à des défis importants, notamment sanitaires et économiques. Malgré ces contraintes et les problèmes de concurrence, elle n'entend pas « se laisser tondre la laine sur le dos », faisant preuve d'une résilience notable.
Des mesures de protection sont en place pour faire face à la fièvre catarrhale ovine (FCO), une épizootie toujours présente dans le Cher. Par exemple, depuis le 12 août, les éleveurs indriens peuvent vacciner gratuitement leurs moutons et leurs vaches contre le variant du sérotype 3 de la fièvre catarrhale ovine. Pour les organisations sanitaires, il est crucial d'empêcher sa propagation au département de l’Indre. Le 28/08/2024, il était rappelé l'importance de ces mesures préventives.
En novembre 2024, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a visité Blancafort pour rappeler l'urgence de la situation pour les agriculteurs. Il a notamment souligné le retard dans l'arrivée des prêts à taux bonifiés et l'urgence de dédommager les éleveurs victimes d'épizootie, insistant sur le fait que le choix de Blancafort n'était pas anodin, signalant l'importance de la région dans ces discussions nationales. Le 18/11/2024, la situation restait préoccupante. Même si l'épizootie reste relativement limitée, la surveillance et les actions sont continues pour protéger le cheptel. Le 08/08/2024, des discussions se tenaient sur la résilience de la filière ovine du Berry face à ces multiples défis.

L'Association des Tondeurs de Moutons (A.T.M.) : Un Pilier de la Profession
La tonte des moutons, une pratique ancestrale essentielle à l'élevage ovin, est encadrée et valorisée en France par l'Association des Tondeurs de Moutons (A.T.M.). Créée en 1985, cette association de type loi « 1901 » est la seule structure regroupant les professionnels de la tonte en France, et elle est entièrement indépendante.
Ses principaux buts sont de valoriser la profession de tondeur de moutons et de développer une coordination interprofessionnelle. L'A.T.M. s'articule autour de trois secteurs d’activités majeurs. Le premier est la formation, dispensée par des tondeurs instructeurs, garantissant la transmission des savoir-faire et l'amélioration continue des techniques. Le deuxième est l’organisation de concours de tonte nationaux et internationaux, permettant de mettre en lumière les meilleurs professionnels et de stimuler l'excellence. L'association envoie d'ailleurs une équipe française aux championnats du monde qui se déroulent tous les deux ans. Enfin, le troisième pilier est la publication d’une revue professionnelle bien connue, « Déshabillez-moi », qui sert de lien et de vitrine pour le milieu des tondeurs, diffusant informations, techniques et actualités de la profession. En 2021, l’ATM a été reconnue comme association d’intérêt général, soulignant son rôle crucial.
L'histoire de l'A.T.M. trouve ses racines dans la volonté d'un groupe de tondeurs professionnels de Loire-Atlantique de se réunir une fois par an. L’idée de départ était d’établir un prix commun pour la tonte et de pouvoir s’entraider en cas de surcroît de travail. Ce petit collectif a acheté une baignoire mobile à destination des éleveurs et a envisagé d’élargir l’association au niveau national, ce qui fut fait en 1985.
Cette initiative a pris le relais d'une infrastructure existante, organisant des concours de tonte au Salon de l’Agriculture à Paris et dispensant des formations pour débutants et professionnels. Cette structure était alors sous la houlette de Christian des Touches, expert-lainier à l’I.T.O.V.I.C. (Institut Technique Ovin et Caprin). Christian des Touches, désormais à la retraite, a passé le flambeau à la nouvelle association, espérant qu’elle poursuivrait l'œuvre qui l’a animé tout au long de sa carrière professionnelle. L’association a su créer un véritable lien entre les tondeurs, les concours s’organisent désormais en Province et sont devenus les grands rendez-vous de la profession, et la revue « Déshabillez-moi » est expédiée dans tous les coins de France et même à l’étranger, consolidant ainsi la communauté des tondeurs.
