
Les fumiers, les lisiers et les composts sont des ressources précieuses en agriculture, agissant comme des amendements organiques essentiels pour la fertilité des sols. Cependant, leur gestion et leur application doivent être méticuleuses afin de prévenir la pollution environnementale et de maximiser leur valeur fertilisante. Une compréhension approfondie de leurs caractéristiques et des régulations en vigueur est cruciale pour les agriculteurs.
Caractéristiques et valeur fertilisante des amendements organiques
Les amendements organiques et calciques jouent un rôle fondamental dans l'amélioration des propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols. Les fumiers et composts, par exemple, enrichissent le sol en matière organique stable, formant de l'humus, plus facilement assimilable par les plantes. Certains effluents, comme les boues chaulées, peuvent également servir d'amendements calciques. Les engrais organiques, majoritairement représentés par les lisiers et les fientes, apportent des éléments nutritifs essentiels tels que l'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K) aux cultures. Il est primordial pour l'agriculteur de connaître les caractéristiques spécifiques de chaque effluent pour optimiser son utilisation.
Le rapport Carbone/Azote (C/N) comme indicateur clé
Le rapport Carbone/Azote (C/N) est un indicateur essentiel qui permet d'évaluer la vitesse de minéralisation d'un produit organique dans le sol et la disponibilité de l'azote. Plus ce rapport est élevé, plus le produit se minéralise lentement. Un rapport C/N élevé caractérise également l'effet amendant d'un produit. Lorsque le rapport C/N est supérieur à 20, et parfois même 15, le processus de décomposition du fumier ou du compost dans le sol peut entraîner une immobilisation de l'azote, où l'amendement absorbe l'azote du sol pour abaisser son rapport C/N. À l'inverse, plus le rapport C/N est faible, plus l'azote est rapidement disponible. Cette règle s'applique dans la plupart des cas, bien que des exceptions puissent exister, notamment avec certains composts. La cinétique de minéralisation en laboratoire peut également fournir des indications précieuses.

Adaptation aux besoins des cultures
Certaines espèces végétales, comme le brocoli, l'épinard ou le maïs sucré, requièrent de l'azote tôt en saison et en quantité significative. Dans ce cas, un fumier ou un compost à faible C/N, appliqué en fin d'été avant un engrais vert, peut s'avérer bénéfique. D'autres cultures, telles que les solanacées, les cucurbitacées, les choux d'hiver ou les choux de Bruxelles, nécessitent une minéralisation graduelle tout au long de la saison. Pour ces dernières, un compost qui minéralise de façon régulière durant tout l'été est plus approprié et peut être appliqué au printemps ou selon la même approche que précédemment. Si la quantité d’azote disponible dans l’amendement utilisé est élevée, il est important de cultiver un légume exigeant après l'application, comme les grosses brassicacées, le maïs sucré, les solanacées ou les cucurbitacées.
Réglementation et conditions d'épandage
L'épandage des matières fertilisantes est encadré par des réglementations strictes visant à protéger l'environnement et la santé publique. Les fumiers, lisiers et composts doivent être épandus de manière à ne pas polluer l’environnement ni perdre leur valeur fertilisante.
Choix des parcelles et périodes d'application
Lors du choix des parcelles à amender, il est impératif de respecter les distances des puits et des cours d’eau prescrites dans le Règlement sur les exploitations agricoles (REA). Ce choix s'inscrit dans le plan de rotation des cultures et doit se conformer au cadre réglementaire pour prévenir la pollution.La période d’application doit principalement viser à synchroniser les besoins des plantes et la libération de l’azote des engrais. Les applications peuvent être effectuées pendant la saison de croissance (printemps, été) ou en post-récolte, avant de semer un engrais vert, pour les cultures de l'année suivante. L’épandage doit être réalisé sur un sol non gelé et non enneigé. De plus, le REA (article 31) stipule que l’épandage de matières fertilisantes n’est autorisé qu’entre le 1er avril et le 1er octobre. Cependant, un épandage après le 1er octobre est possible sous certaines restrictions.
Impacts de cette chaleur et du sec sur les cultures, tour de plaine - 2022
Restrictions sanitaires et agronomiques
Pour des raisons sanitaires, les normes en agriculture biologique exigent que les fumiers et lisiers soient appliqués au moins 90 jours avant la récolte des cultures qui ne sont pas en contact avec le sol (par exemple, tomates, choux, haricots) et au moins 120 jours avant la récolte pour celles qui le sont (par exemple, carottes, betteraves, céleri-rave). Par conséquent, ces amendements doivent presque toujours être appliqués l'année précédente, sauf pour les légumes à longue saison de croissance (choux de Bruxelles, pommes de terre tardives, courges d’hiver, etc.). Il n’existe pas de restrictions similaires pour les composts conformes aux normes biologiques.Sur le plan agronomique, la période d'application optimale dépend du type d'amendement et du rapport C/N. Plus le rapport C/N d’un amendement est élevé, plus il faut de temps pour qu’il se décompose et libère l’azote qu’il contient, et plus l’application doit se faire longtemps avant l’établissement de la culture prévue. Les composts à rapports C/N très élevés, supérieurs à 25-30, devraient être évités car ils peuvent provoquer une faim d’azote, bloquant l’azote nécessaire à la nutrition des cultures. Pour les applications effectuées tard à l’automne ou au printemps, il est nécessaire d'ajouter une source d’azote rapidement disponible au printemps. À l’automne, l'application de petites doses est recommandée en raison du risque de pertes d’azote et, par conséquent, d'un risque environnemental, bien que ce risque soit plus faible qu'avec le fumier.
Épandages après le 1er octobre
Dans certaines conditions, un épandage après le 1er octobre peut être préférable, tant sur le plan agronomique qu'environnemental. Lorsque l’exploitation est soumise à un Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), une recommandation d'un agronome est alors indispensable (REA, article 28) et doit être inscrite dans le PAEF. L’agronome devra se baser sur la ligne directrice concernant les épandages post-récoltes des déjections animales pour formuler sa recommandation. De façon générale, cette ligne directrice fournit une explication claire des enjeux à considérer lors d'applications après le 1er octobre. Un engrais organique à C/N ≤ 15, dont l’azote devient disponible rapidement, devrait être épandu en octobre pour bénéficier du ralentissement de la nitrification qui favorise la libération de nitrates. Inversement, un fumier pailleux aura avantage à être épandu plus tôt à l’automne pour initier la phase d’immobilisation nette de l’azote, causée par un rapport C/N plus élevé, qui risquerait d’interférer avec l’établissement de la culture le printemps suivant.

Méthodes d'application des amendements
Une application efficace des amendements implique de limiter les pertes d’éléments fertilisants (nitrates, phosphore, potassium) par lessivage ou ruissellement. Pour y parvenir, plusieurs aspects doivent être pris en compte, de la calibration des épandeurs à l'incorporation des matières dans le sol.
Calibration des équipements d'épandage
Calibrer un épandeur consiste à déterminer la distance à parcourir avec un chargement donné afin d'atteindre la dose de fertilisant ciblée (en t/ha ou kg/m²). La calibration peut être réalisée à l'aide de mesures et de calculs simples. Si une analyse de densité n’est pas disponible, une méthode simple consiste à peser quelques échantillons d’un même volume. Pour déterminer le volume d'un contenant, on peut le remplir d'un liquide dont on connaît la masse volumique, puis le peser. L'eau, avec une densité d'un kilogramme par litre (1 kg/l), est la plus pratique. Il suffit ensuite d'ajuster la vitesse d'avancement du tracteur pour parcourir la distance nécessaire avec un chargement. Alternativement, il est possible de modifier la quantité de fumier ou de compost chargée dans un épandeur pour atteindre la dose visée sur une surface donnée. Il est essentiel de noter les divers paramètres pour pouvoir reproduire les opérations ultérieurement.

Équipements d'épandage et leurs spécificités
Dans le cas des épandeurs à fumier, il est courant que les maraîchers utilisent de petits équipements usagés, datant de l'époque où les fermes d'élevage étaient moins grandes. Les épandeurs sont équipés de divers systèmes d’épandage, généralement des batteurs qui distribuent le fumier vers l’arrière, ainsi que des émotteurs. Un modèle courant distribue environ 50 % du fumier ou du compost directement derrière l’épandeur, tandis qu’environ 25 % sont lancés de chaque côté sur une distance d’environ 1,50 m. On se retrouve ainsi communément avec une dose de compost à l’arrière de l’épandeur et une demi-dose de chaque côté. Il n'est pas nécessaire de s'inquiéter du compost épandu sur toute la largeur, car l'azote est mobile dans le sol et les systèmes racinaires s'étendent souvent sur un ou deux mètres de largeur, atteignant les racines sous les allées et même dans les planches voisines.

Mécanisation pour les fermes maraîchères
Pour un système peu mécanisé, le plus simple et le plus efficace pour appliquer une quantité déterminée de fumier ou de compost est de calculer le volume requis par planche ou par unité de longueur de planche (par exemple, mètre-planche). Le volume, en litre (l), de chaque équipement d’épandage doit être connu. Il est important de noter que même si le fumier ou le compost est concentré sur la surface utile de la planche, le volume à épandre est calculé sur l'ensemble de la surface (surface utile + allées), c'est-à-dire la largeur totale ou la distance centre-à-centre des planches.Les brouettes et les seaux sont fréquemment utilisés sur les fermes de petite taille pour mesurer et épandre les amendements plus volumineux comme le compost. Cette stratégie est tout à fait fonctionnelle. L’efficacité du transport est accrue si la réserve de compost est proche du lieu d'application et si l'on dispose de suffisamment d'équipements. Selon la nature du compost et le type de contenants choisis, une pelle ronde ou une pelle à neige en plastique ou en aluminium conviendront pour les remplir. Pour l'épandage, le compost peut être déversé directement des seaux sur la planche, ou les brouettes peuvent être vidées à l'aide de pelles ou basculées. Il est recommandé d'éviter de fertiliser dans les allées. L’étape la plus exigeante de cette technique est sans aucun doute le chargement initial des brouettes. Il est possible de réduire l’effort et d’accélérer le travail en plaçant des brouettes côte à côte et en y déversant le compost avec un chargeur frontal de tracteur. Pendant que des ouvriers transportent le compost sur les planches, l’opérateur du tracteur peut recharger.

Pour une échelle un peu plus grande, il peut devenir intéressant de mécaniser davantage l’opération. Certaines fermes se sont équipées de boîtes en bois ou d’une remorque pour déplacer et épandre le compost à l'aide d'un petit tracteur ou d'un véhicule tout terrain. Dans ce cas, il devient possible d’utiliser un chargeur frontal sur tracteur, voire même une petite pelle mécanique, pour les remplir rapidement. La location de ces équipements pour une ou quelques journées pour effectuer la majeure partie de la fertilisation en compost en un seul chantier est également une option. Il est bien entendu essentiel de connaître le volume de ces équipements pour s'assurer de respecter le plan de fertilisation.

Il existe un petit épandeur adapté aux planches de 30 pouces et pouvant être tracté par un tracteur à deux roues ou une autre unité motrice. Le mécanisme est entraîné par les roues d’avancement de l’outil, ce qui évite d'avoir recours à une prise de force. Cet outil permet de gagner en rapidité, de réduire l'effort lors de l'amendement de plusieurs planches et ne nécessite qu'une seule personne. De plus, la couverture en compost est généralement plus uniforme qu'avec une brouette ou des seaux. Il est à noter qu'un compost commercial tamisé, plus léger et de texture plus fine, passera mieux dans l’épandeur. Cependant, il peut être difficile de régler le dosage avec précision, l'ouverture arrière se faisant par incréments d’un demi-pouce. Cet outil est considéré comme un véritable coup de cœur par certains, permettant d'économiser beaucoup d’énergie et un temps précieux, réduisant le temps d’épandage de compost de moitié par rapport à la méthode de la brouette.

Incorporation des amendements
L’incorporation des fumiers, lisiers et composts permet de maximiser leur valeur fertilisante en diminuant les pertes d’azote par volatilisation. Les fumiers doivent être incorporés immédiatement après l’épandage, sinon la fraction ammoniacale de l’azote est perdue, ces pertes pouvant atteindre 30 % ou plus. En ce qui concerne le compost, les pertes sont faibles ou nulles, car l’azote ammoniacal aura été soit perdu lors du compostage de matériaux à faible rapport C/N, soit transformé en azote organique. Certains composts (jeune compost de fumier de poulet) conservent toutefois un taux non négligeable de NH4+. L’incorporation au sol des composts est tout de même recommandée pour limiter les pertes par ruissellement et par conséquent la pollution par le phosphore.
Lorsque les sols sont compactés, ce qui arrive souvent lorsqu’ils sont mal drainés, les conditions sont anaérobiques, ce qui entraîne une mauvaise décomposition des fumiers et des composts, un faible apport d'azote aux plantes et potentiellement une toxicité. En général, les fumiers, lisiers et composts peuvent être incorporés superficiellement, à une profondeur d’environ 5-15 cm, par des outils à dents ou à disques, tels qu'un vibroculteur, une déchaumeuse, une herse ou des équipements de planches permanentes. Ils peuvent être incorporés plus en profondeur par un labour, à condition que ce dernier soit dressé, ce qui permet de répartir la matière fertilisante dans toute la couche de labour. Un labour à plat n’est pas idéal car le fumier se retrouve à la base du labour où il se décomposera mal. Dans un tel système, l’utilisation de la houe sur roue est probablement la solution la plus efficace, en travaillant à reculons dans un axe en diagonale avec la planche, à une profondeur d’environ 10 cm.
Impacts de cette chaleur et du sec sur les cultures, tour de plaine - 2022
Le compost épandu à l’automne en vue des cultures du printemps suivant peut être recouvert durant l’hiver par une toile de plastique imperméable (par exemple, toile d'ensilage). L’incorporation peut alors se faire au printemps lors de la préparation de planche avant l’implantation des cultures. Dans un système comportant un tracteur à deux roues, les deux outils pour l'incorporation sont le rotoculteur et la herse rotative. L’outil le plus souvent utilisé est la herse rotative car il permet un travail en surface sans inversion des couches de sol. Il est important de s'assurer qu'elle travaille assez profondément, soit à environ 10 cm, pour préparer un lit de semence adéquat pour le passage du semoir ou faciliter le travail de transplantation. Il est possible d'utiliser un rouleau pour contrôler la profondeur de travail du rotoculteur et plomber le sol derrière, en faisant ainsi un outil de travail final de préparation de planche.

Le compostage comme méthode de valorisation
Le compostage est un processus de dégradation organique qui transforme le fumier et/ou les déchets organiques en amendements organiques pour fertiliser les sols. La matière organique se transforme en humus, plus facile à assimiler pour les plantes, grâce à l’oxygène et à des communautés microbiennes, ce qui réduit son volume initial de 30 à 50 %. Le compost de fumier est particulièrement intéressant à valoriser sur les prairies pendant l'hiver.
Gestion du compostage au champ
Le compostage au champ est autorisé après maturation du fumier en fumière ou sous les animaux pendant au moins deux mois. Le fumier doit alors être disposé en andains en longueur, ne dépassant pas 1m50 en hauteur. Il faut également prévoir entre chaque andain un passage pour les engins agricoles qui les retourneront au moins deux fois dans le cycle de compostage, qui dure environ 6 mois. Pour ne pas dégrader le sol de la parcelle où le compostage a lieu, la quantité stockée ne doit pas excéder les besoins annuels de la parcelle ni des parcelles voisines sur une période maximale de 10 mois. De plus, afin de ne pas altérer la qualité du sol sur le long terme, les andains doivent changer d'emplacements chaque année. Pour le matériel, un tracteur, un retourneur d'andain et un épandeur sont nécessaires pour gérer un compostage. La location, un prestataire ou une CUMA (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole) peuvent être des solutions pour pallier le manque de matériel.
Facteurs clés pour un bon compost
Les facteurs indispensables pour obtenir un bon compost sont multiples :
- Une température suffisante pour réduire la présence de pathogènes et de graines d’adventices.
- Un taux d’humidité de 50% minimum.
- Une bonne aération des andains.
- Un rapport C/N du produit de départ autour de 15 à 30.
- Un pH neutre situé entre 6,5 et 8.
- La date de la mise en andain dépend de la possibilité d'entrée dans les parcelles.
- Les andains ne doivent pas dépasser une certaine taille, ne pas excéder 1,50 m de hauteur pour permettre une bonne circulation de l’air.
- Un cycle de compostage dure en moyenne 6 mois.

Choix des fumiers pour le compostage
De manière générale, tous les fumiers peuvent être compostés, à condition de respecter les critères mentionnés ci-dessus pour une bonne décomposition. Un équilibre entre carbone, azote, air et humidité est essentiel à la décomposition. Le fumier idéal pour un bon compostage est un fumier assez souillé et assez humide, avec une base de paille ou de copeaux. Un fumier pur se composte mal seul, car il a tendance à s’assécher. Dans le cas d'un fumier pur, il est préconisé de le mélanger à des déchets verts, et/ou de la paille, et/ou des déchets d’usine. Inversement, pour un fumier très pailleux, un broyage permettrait de faciliter la décomposition. Au sein du label EquuRES, c'est le critère FD3 qui est concerné par la valorisation du fumier.
Réduction des émissions d'ammoniac et équipements moins émissifs
Parmi les sources d’émissions d’ammoniac de l’élevage bovin, celles liées à l’épandage des déjections représentent 29 % du total, d'après l’Institut de l’élevage (Idele). Pour les réduire, le principal levier est de limiter au maximum le temps et la surface de contact des effluents avec l’air au moment de l’épandage en employant des équipements spécifiques.
Le Plan matériels d’épandage moins émissifs
Le Plan matériels d’épandage moins émissifs 2020-2025, adopté en 2021 par le ministère de l’Agriculture, prévoit notamment la mise en place d’une réglementation plus contraignante sur les buses palette, au profit de pratiques comme l’incorporation ou l’injection des fertilisants azotés les plus émissifs, avec des aides à la conversion des équipements. En raison de leur coût élevé, ces équipements sont en général acquis par des Cuma ou des ETA (Entreprises de Travaux Agricoles). À l’échelle nationale, plus de 60 % des tonnes achetées par les Cuma en 2022 étaient équipées d’un outil moins émissif. Les Cuma de l’Ouest, dans le cadre de leur programme Val’OR visant à mieux valoriser les engrais organiques, s'efforcent de faire connaître cette offre de matériels déjà disponibles sur le territoire, par des démonstrations, des portes ouvertes, etc.
Impacts de cette chaleur et du sec sur les cultures, tour de plaine - 2022
Hervé Lesné, président de la Cuma Agribocage à Iffendic, constate cette mutation : « Ce n’est plus la même agriculture qu’il y a dix ans. Chez les éleveurs de la Cuma, il y a aujourd’hui six méthaniseurs. » Cette évolution est en partie liée au développement de la méthanisation, puisque la forte émissivité du digestat interdit l’usage de la buse palette. Hervé Lesné lui-même fait partie d’un projet collectif entre quatre éleveurs mis en service en 2023. Autrefois, il devait fournir une partie de son lisier à dix prêteurs de terre en raison des excédents d’azote. Aujourd’hui, il achète 8 tonnes d’ammonitrate pour 115 ha, contre 16 tonnes auparavant pour 75 hectares.
Types d'équipements moins émissifs
La Cuma Agribocage a investi 405 000 € dans un ensemble composé d’une tonne de 25 m³ avec DPA (Doseur Proportionnel Automatique), d’une rampe à pendillards de 24 mètres à double répartition, et d’un enfouisseur de 6 mètres. Le coût de la prestation complète est de 165 € par heure. En 2015, la prestation complète en buse palette était de 78 €/heure.
- Rampes à pendillards : Ce sont les équipements les plus utilisés, notamment en Bretagne. Ils déposent le lisier au sol, sous la végétation, limitant ainsi le contact avec l'air et la volatilisation de l'ammoniac.
- Rampes à patins ou sabots : Ces rampes permettent l’épandage au sol sur prairies en évitant les projections sur l’herbe, ce qui diminue le risque de refus lors du pâturage.
- Enfouisseurs : Les enfouisseurs mélangent le lisier entre 5 et 15 cm de profondeur, supprimant tout contact avec l'air. L’enfouisseur attelé à la tonne permet d’économiser un passage sur chaumes et sols nus avant les semis de colza et de maïs. Il permet aussi de passer à une distance de 5 mètres des habitations, contre 50 mètres pour les pendillards.
La Cuma Agribocage possède également deux tonnes de 16 m³ avec rampe à pendillards de 12 mètres (115 000 € par ensemble) dont le coût de location est de 1,15 €/m³ ; ainsi que deux tonnes de 16 et 11 m³ avec buse palette (de 2 000 à 3 000 m³ épandus par an) pour un coût de 0,95 €/m³. Pour Hervé Lesné, la première raison justifiant l’emploi des outils d’épandage moins émissifs est la disparition des odeurs pour le voisinage. Cette suppression des odeurs découle de la moindre volatilisation d’ammoniac. Selon le type de matériel, les pratiques (délai d’incorporation au sol) et les conditions météo (température, vent), cette réduction peut atteindre 90 %.

Bénéfices agronomiques des équipements moins émissifs
Dans un essai réalisé en 2023 par la chambre d’agriculture, du lisier de porc a été épandu sur des repousses d’orge avec une buse palette, des pendillards ou un enfouisseur à dents, puis incorporé cinq heures après (pour buse palette et pendillards) avec le semis de colza. Début novembre, le gain de biomasse atteignait 0,8 t de MS/ha avec les pendillards par rapport à la buse palette (pour une absorption d’azote améliorée de 30 unités) et 1 t de MS/ha pour l’enfouisseur (+ 50 unités d’azote absorbé). L'agriculteur Hervé Lesné confirme : « À l’époque où j’épandais du lisier avec ma tonne équipée d’une buse palette, j’avais observé un meilleur rendement du maïs quand je préparais le sol juste après pour le semis. Dans mon système actuel, toutefois, le principal levier pour économiser l’azote minéral est le digestat de méthanisation plus facile à gérer que les lisiers et fumiers pour la fertilisation. »

Équipements d'épandage sans tonne
Sur cultures en place ou prairies, les injecteurs déposent le lisier dans un sillon creusé par un disque tranchant ou conique. Ces sillons n’étant pas refermés, une partie du lisier demeure toutefois au contact de l’air. Les tuyaux sont suspendus à 20 cm au-dessus du sol, ou dans l’idéal traînent sur le sol. Elle peut être utilisée sur des cultures en place. Sur chaumes ou sol nu, une incorporation rapide avec le semis est conseillée afin de réduire davantage la volatilisation. L’azote minéral est utilisé seulement pour le troisième apport sur blé, le deuxième apport soufré sur colza, et un apport de printemps sur prairies.Pour parfaire encore son offre, un équipement pour l’épandage sans tonne arrivera au printemps 2026 à Agribocage. Cet équipement, fruit d'un investissement de 415 000 € via l’Union Armorique regroupant quatre Cuma, comprend une pompe motorisée, les tuyaux, le DPA et une rampe à pendillards de 24 mètres avec double répartition. L’objectif est d’épandre en sortie d’hiver sur céréales sur des sols encore humides, jusqu’à 1,5 km autour des fosses, et éventuellement au-delà avec un caisson de ravitaillement de 70 m³ en bord de champ. Le coût sera de 150 € de mise en place puis 2,80 €/m³. Renforcer les épandages sur céréales en substitution de la fertilisation minérale fait partie des actions prioritaires du programme Val’OR mené par les Cuma de l’Ouest. Les épandages en sortie d’hiver correspondent aux besoins des cultures, apportent de la souplesse dans la gestion des capacités de stockage et allègent les plannings de printemps.

Valorisation des effluents d'élevage sur les prairies
Les apports d'effluents de ferme sur prairies garantissent de bons rendements. Mais quand faut-il épandre les lisiers et fumiers ? À quelle dose ? Comment mieux valoriser les effluents d’élevage sur les prairies ? Les experts de l’Institut de l’élevage sont unanimes : il faut cibler en priorité des prairies de fauche où les restitutions de matière organiques sont plus faibles. Tout dépend du produit, de sa fraction ammoniacale et de l’effet recherché (azote par le lisier ou engrais de fond avec les fumiers ou composts). Une attention particulière doit être portée à la valeur fertilisante de chaque produit pour déterminer sa dose.
Valeurs repères de composition des principaux fertilisants organiques
- Fumier de bovin vieilli : Respecter un délai de trois semaines avant pâturage si nécessaire.
- Compost de fumier de bovin : Épandage possible toute l’année, mais l’apport de fin d’automne est plus intéressant. Si le compost a bien été effectué, les risques sanitaires sont faibles.
- Fumier de volaille : À proscrire dans certaines applications.
L'épandage de fumier de volaille a lieu fin août et est suivi d’un semis d’engrais vert d’avoine et de vesce commune.

Impact sur les systèmes de culture en Afrique de l'Ouest et du Centre
La sédentarisation et l'intensification progressives des systèmes de culture des savanes d'Afrique de l'Ouest et du Centre exigent des techniques de gestion de la fertilité des sols. La baisse du taux de matière organique est l'une des causes principales de la dégradation de la productivité des terres de culture pluviale dans ces régions. Une attention particulière doit être portée à la diffusion des techniques permettant d'y remédier, c'est-à-dire l'utilisation des déchets animaux pour transformer les résidus de culture en fumier ou en compost. Dans la zone des savanes, la réalisation des plans de fumure organique pour une agriculture durable est possible à deux conditions : un assolement optimal comprenant 20-25 % de sorgho à paille longue ; présence sur l'exploitation de 1,3 bovin par hectare cultivé.
Connaître son milieu et son produit pour des épandages optimaux
Les effluents d’élevage, digestats de méthanisation, effluents industriels, boues urbaines, composts et produits importés sont majoritairement recyclés en agriculture. En tant qu’agriculteur, il est primordial de connaître les caractéristiques de ces matières organiques pour épandre vos effluents de façon optimale. En effet, les effluents épandus sur les sols agricoles ont des compositions très variables. Certains ont des propriétés amendantes et d’autres sont plutôt des fertilisants qui apportent des éléments nutritifs aux plantes.
Paramètres à considérer
Vous devez prendre en considération d’autres caractéristiques telles que :
- La nature des produits et les conditions d’apports (climat, date, culture fertilisée, …), car ils influent sur la disponibilité des éléments fertilisants pour la plante.
- Le rapport carbone/azote qui permet d’apprécier la vitesse de minéralisation d’un produit organique dans le sol et la disponibilité de l’azote. Plus il est élevé, moins le produit se minéralise vite. Le C/N permet aussi de caractériser l’effet amendant d’un produit.
- La cinétique de minéralisation au laboratoire peut également être un bon indicateur.
Études complémentaires
Pour optimiser l’utilisation des effluents, vous devez avoir une bonne connaissance du milieu dans lequel se dérouleront les épandages. Pour vous aider dans cette approche, vous pourrez réaliser si besoin des études telles que :
- Une étude de sol « Aptisole » qui vous permettra de vérifier l’aptitude de vos parcelles à recevoir ou non les effluents et sous quelles conditions.
- Une étude de la zone d’épandage grâce à laquelle vous identifierez les éventuelles contraintes existantes sur votre territoire.
Une fois ces pré-requis réalisés, vous aurez une bonne visibilité des caractéristiques du milieu et du produit à épandre. Mais vous devrez également veiller à utiliser un matériel vous permettant de réaliser vos épandages dans de bonnes conditions. Un équipement adapté vous permettra de respecter la dose d’épandage ainsi que les délais d’enfouissement.
Respect des réglementations d'épandage
Vous devez aussi respecter les règles en vigueur en matière d’épandage. Selon le type et le statut de l’effluent que vous utilisez (statut « déchet » ou statut « produit »), les distances d’épandage à respecter sont différentes. Avant de réaliser vos épandages, vous devez vérifier si vous êtes concernés par la réalisation d’un plan d’épandage selon le classement de votre exploitation. Le plan d’épandage est un document permettant d’identifier le parcellaire de l’exploitation ou des exploitations susceptibles de recevoir des effluents organiques. Les éleveurs non ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement) sont soumis aux règles fixées par le règlement sanitaire départemental (RSD).

Calendrier d'épandage
L’obligation de respecter un calendrier pour l’épandage de vos effluents dépend de votre localisation.
- En zones vulnérables : vous devez respecter un calendrier d’épandage. L'application de la Directive nitrates impose d’autres règles en fonction du type d’effluents épandu et de la localisation de votre parcelle.
- Hors zones vulnérables : vous n’êtes pas obligé de respecter ce calendrier qui reste pourtant recommandé. Si vous êtes situés sur une zone dite vulnérable, vous êtes tenus de respecter certaines obligations.
Effluents exogènes à l'exploitation
Si vous utilisez des effluents exogènes à votre exploitation :
- Certains produits sont soumis à plan d’épandage et nécessitent, de la part du producteur, une démarche administrative pour être autorisés à l’épandage (boues urbaines, effluents industriels,…).
- D’autres produits sont quant à eux normalisés (NFU 44051 - amendement organique, NFU 44095 - compost de boues, NFU 42001 - engrais…) et ne sont donc pas soumis à plan d’épandage : vinasses, composts déchets verts.
tags: #traitement #du #fumier #saulnois