Le buis bonsaï face à la pyrale : stratégies de protection et de traitement

Depuis les années 2000, la pyrale du buis, ou Cydalima perspectalis, une espèce invasive originaire d’Asie orientale, a colonisé une grande partie du territoire français, ravageant les buis sans relâche, y compris les buis destinés à la pratique du bonsaï. Cette chenille vorace s’attaque exclusivement aux feuilles des buis, entraînant un affaiblissement précipité de l’arbuste et pouvant même causer sa mort. La lutte contre cet insecte ravageur est donc essentielle, tant de manière préventive que curative.

Cycle de vie de la pyrale du buis

Comprendre la pyrale du buis

La pyrale du buis est un lépidoptère dont le cycle de vie comprend plusieurs stades. Le papillon adulte est principalement nocturne, avec des ailes blanches aux pourtours noirs ou marron aux reflets dorés ou irisés. Les femelles pondent en moyenne entre 200 et 300 œufs par ponte, qui éclosent sous 48 heures. Les chenilles qui en sortent dévorent les feuilles des buis.

La chenille, facilement reconnaissable, a une tête noire luisante et un corps vert clair, strié longitudinalement de vert foncé, avec de nombreuses taches noires. Elle arbore également des verrues noires et de longs poils blancs isolés, qui ne sont pas urticants, ce qui signifie qu'elle peut être manipulée sans risque.

Le développement de la chenille se déroule en plusieurs stades :

  • 1er stade : Les chenilles mesurent 3 mm et sont à peine visibles. Elles se nourrissent de la cuticule sous la feuille du buis.
  • 2ème stade : Elles commencent à ronger le dessus et le dessous des feuilles.
  • 3ème stade : Les pyrales du buis sont capables de manger entièrement les feuilles.
  • 4ème stade : Les chenilles dévorent toute la verdure, puis, quand elles ne trouvent plus rien, elles s’en prennent à l’écorce. Elles atteignent alors leur taille maximale, 4 cm, au bout d’un mois de vie et se métamorphosent par la suite en chrysalide.

Les papillons finissent par éclore au bout de 3 semaines. La pyrale du buis se reproduit tout au long de l’année, avec jusqu’à trois générations successives de mars à novembre. Même si le rythme diminue pendant l’hiver, les jeunes chenilles (stade 1 et 2) se créent un cocon pour survivre aux températures hivernales, reprenant leur activité dès mars-avril.

La vulnérabilité des buis bonsaïs face à la pyrale

Le buis commun (Buxus sempervirens), ainsi que d'autres variétés comme le buis de Chine (Buxus harlandii), sont très prisés pour la création de bonsaïs en raison de leur tolérance à la taille fréquente et de leur capacité à bourgeonner même sur le vieux bois. Cependant, cette sensibilité à la taille fréquente les rend également plus vulnérables aux attaques de la pyrale. Les buis bonsaïs, souvent en pot, peuvent être affaiblis par des conditions de culture spécifiques (arrosage, engrais, rempotage), ce qui les rend potentiellement plus sensibles aux ravages.

Buis bonsaï infesté par la pyrale

Stratégies préventives contre la pyrale du buis

La prévention est la première ligne de défense contre la pyrale du buis, d'autant plus que détecter une infestation est souvent laborieux. Les petites chenilles se cachent au cœur du buis et se réfugient sous les feuilles. Lorsque des chenilles apparaissent sur les feuilles extérieures, l'infestation est déjà bien avancée et les ravages sont significatifs.

Favoriser la biodiversité et les prédateurs naturels

La première des protections peut provenir de la biodiversité. Si la pyrale du buis ne compte que peu de prédateurs spécifiques en Europe, les mésanges sont de grandes consommatrices de chenilles et de papillons. Les moineaux et les rouges-queues peuvent également participer à la régulation du nombre de chenilles, tandis que les chauves-souris peuvent aider à réguler le nombre de papillons adultes.

  • Installation de nichoirs : L'installation de nichoirs à mésanges et d'abris en hauteur constitue d'excellents refuges pour ces petits oiseaux territoriaux. En retour, ils peuvent limiter la prolifération de la pyrale du buis.
  • Maintenir l'équilibre au jardin : Miser sur la biodiversité et privilégier l'équilibre au jardin peut être une bonne approche pour éviter les invasions.

Utilisation de pièges à phéromones

Très efficaces également, les pièges à phéromones constituent un moyen de détection précoce et de limitation de la reproduction. Ils captent les papillons mâles en diffusant une phéromone sexuelle spécifique à l'espèce.

  • Détection et surveillance : En plaçant ces pièges à proximité des buis à partir du mois d’avril, vous serez informé des premiers vols de papillons de la pyrale. Cela permet de savoir quand les papillons sont de retour sur vos arbustes et de cibler les périodes optimales de traitement.
  • Limitation de la reproduction : En capturant les papillons mâles avant la fécondation, ces pièges minimisent les pontes, réduisant ainsi le nombre de chenilles de la génération suivante.
  • Utilisation : Il suffit de déposer la capsule de phéromone sur le fond du piège, sans trop la toucher pour préserver son odeur, puis de suspendre le piège près de la zone à protéger. Un piège couvre environ 5 à 10 m². Il est conseillé de vérifier chaque semaine les nouvelles captures et d’enlever les insectes pris au piège. Cependant, il est important de noter que les pièges à phéromones ne sont pas efficaces directement contre les chenilles, qui proviennent des pontes hivernées de novembre.

Filets anti-insectes

Pour une protection physique, il est possible d'entourer les buis d’un filet anti-insectes des mois de mars à octobre, ou dès que des adultes sont piégés. Si un buis est touché, le mettre en quarantaine avec un voile anti-insectes permet d'éviter la propagation.

Action sur les œufs

Agir sur les pontes est faisable en hiver de façon ciblée : on peut les repérer et les gratter. Un traitement chimique d’ensemble serait irréaliste en raison de la structure du feuillage du buis et des risques d'endommager la plante avec des produits agressifs.

Comment lutter contre la pyrale du buis ?

Traitements curatifs de la pyrale du buis

Une fois la pyrale du buis installée, il est crucial d'agir rapidement. Plusieurs méthodes de lutte peuvent être combinées pour une efficacité maximale.

Traitement manuel et mécanique

Pour les buis bonsaïs, où l'échelle est réduite, les méthodes manuelles et mécaniques sont particulièrement pertinentes :

  • Élimination manuelle : Les chenilles et les chrysalides ne sont pas urticantes et ne présentent aucun danger pour l'homme. On peut les enlever à la main et les tuer. De même que les cocons dans lesquels les chenilles passent l'hiver. Cette étape est fondamentale pour réduire les populations, surtout aux premiers stades de développement des chenilles.
  • Secouer les arbustes : Placer une bâche au pied des buis et secouer ou frapper les arbustes. Sensibles aux vibrations, les chenilles chuteront des feuilles sur la bâche, facilitant leur collecte.
  • Nettoyage au jet d'eau : Passer le feuillage au jet d’eau, suffisamment puissant pour décoller les chrysalides, endommager les nids et toiles et déloger les chenilles. Il faut également débarrasser les buis des soies accumulées qui empêchent la circulation des prédateurs naturels.
  • Retrait des feuilles infestées : Éliminer les feuilles infestées pour limiter la propagation des œufs et des chenilles.

Traitements biologiques

Les traitements biologiques sont privilégiés pour leur spécificité et leur moindre impact sur l'environnement et les autres insectes.

Bacillus thuringiensis (Bt)

Le traitement par Bacillus thuringiensis s’impose en cas d’infestation. Cette substance d’origine naturelle, un tissu d’une bactérie bien connue pour ses propriétés insecticides contre les chenilles, n’est pas nocive pour les autres insectes ni contre les abeilles. Le Bacillus thuringiensis ssp. kurstaki souche ABTS-351 est particulièrement efficace sur les chenilles de lépidoptères.

  • Mode d'action : La bactérie produit une toxine mortelle pour les chenilles. Une fois la bouillie pulvérisée sur le feuillage, les chenilles de pyrale qui mangent les feuilles traitées ingèrent la toxine Bt. Celle-ci se fixe sur les parois de l'intestin des chenilles, y entraînant des lésions graves, les empêchant de manger et les tuant en quelques jours.
  • Application : Pulvériser le Bacillus thuringiensis sur le buis dès l’apparition des chenilles. Il est conseillé de traiter le soir de préférence ou lorsque le ciel est couvert, car cette bactérie est sensible au soleil et aux UV. Le produit est d’autant plus efficace qu’il est appliqué lorsque les chenilles sont jeunes (moins de 3 cm). Il faut doser la quantité nécessaire de produit, le diluer avec un peu d’eau, puis le vaporiser partout sur le buis, en mouillant bien les deux côtés des feuilles et le centre de l’arbuste.
  • Fréquence : Les chenilles devraient disparaître sous 2 à 5 jours. Il est recommandé de réitérer l’opération 8 jours après les premières pulvérisations afin d’éliminer toutes les chenilles sans exception, surtout entre mars et octobre, pendant les périodes d'activité de la pyrale. Comme tout produit phytopharmaceutique, le traitement doit être réalisé par temps sec, avec pas plus de deux applications par an, au cours des deux premiers cycles.

Trichogrammes

Les trichogrammes sont de minuscules auxiliaires de jardin (très petites guêpes) qui parasitent les œufs de la pyrale du buis.

  • Mode d'action : Dès les premiers papillons capturés par les pièges à phéromones, il est possible d'installer des diffuseurs contenant les trichogrammes. Ces micro-guêpes pondront dans les œufs de la pyrale, qui n'écloront pas. Ce traitement biologique est spécifique et ne s'attaque qu'aux œufs du papillon ravageur du buis.
  • Utilisation : Le diffuseur cartonné contient des trichotop buxus, des micro-insectes ailés qui élimineront les pyrales infestant les buis.

Nématodes auxiliaires

Des études scientifiques sont en cours pour développer des traitements à base de nématodes, de minuscules auxiliaires de jardin.

  • Mode d'action : Ces nématodes peuvent être appliqués sur le feuillage des buis dès lors que la température affiche plus de 15 degrés en continu. Ils sont agrémentés d'un adjuvant naturel (comme le Squad de Nufarm) qui permet une meilleure efficacité.

Autres traitements de biocontrôle

Plusieurs solutions de biocontrôle existent et doivent être combinées pour une lutte efficace contre la pyrale du buis, en accord avec les principes de la loi Labbé.

  • Insecticides de biocontrôle à base de pyrèthrines d’origine végétale : Des produits à base de pyrèthre (extraits de fleurs) d’huile de colza, comme le Spruzit® EC PRO de Compo Expert, peuvent être utilisés. Il est important de les employer avec beaucoup de parcimonie car cette méthode n’est en rien sélective et peut affecter d'autres insectes.
  • Lutte par confusion sexuelle : Des produits comme le Box T Pro Press® de M2i Life Sciences, distribué par Syngenta, permettent de déposer une phéromone au cœur du buis, deux fois par an (avril-mai et juillet-août), en amont des périodes de vols des pyrales. Cette technique vise à perturber la reproduction des papillons.
  • Piégeage de masse : En complément des pièges à phéromones de détection, le piégeage de masse peut être réalisé avec des pièges spécifiques comme le piège Funnel associé aux capsules de phéromones dédiées Box T Pro Caps® de Syngenta, ou le piège sec BUXatrap® proposé par Koppert, développé, validé et breveté par l’Inrae.
  • Insecticide de biocontrôle à base de bactéries type Saccharopolyspora spinosa : Des produits comme le Conserve, UAB, proposé par Nufarm, sont également une option. Comme tout produit phytopharmaceutique, le traitement doit être réalisé par temps sec, avec pas plus de deux applications par an, au cours des deux premiers cycles.

Après l'élimination de la pyrale

Une fois la pyrale du buis éliminée :

  • Nettoyage : Lavez vos buis au jet d’eau pour les débarrasser des fils laissés par les chenilles ainsi que des feuilles séchées.
  • Revitalisation : Placez un peu de compost au pied de vos buis pour les nourrir et les rebooster, leur permettant ainsi de repartir rapidement.
  • Taille : C’est également l’occasion de tailler vos buis pour les aider à redémarrer dans de bonnes conditions. Pour les bonsaïs, la taille est une opération délicate qui doit être effectuée avec précision pour maintenir la forme et la santé de l'arbre. Les buis supportent bien les importantes tailles de racines lors du rempotage (tous les 2 à 5 ans selon l'âge et la taille, dans un substrat avec un pH d'environ 7 à 8). La taille des nouvelles pousses en laissant une ou deux paires de feuilles est recommandée. Si la canopée devient trop dense, la masse doit être éclaircie pour laisser passer la lumière, éviter que des tiges meurent et encourager le bourgeonnement en arrière.

Taille d'un bonsaï de buis

Surveillance continue et collaboration

La pyrale du buis est très envahissante et tenace. Même avec toutes ces précautions, elle risque de revenir. Une vigilance constante est nécessaire.

  • Surveillance : Pensez à vérifier régulièrement vos buis pour détecter tout nouveau signe d'infestation.
  • Communication avec les voisins : Informer vos voisins d'une attaque de pyrale peut les inciter à prendre également leurs précautions, et en retour, ils pourront vous alerter s'ils constatent le début d'une invasion. Cela permet une lutte plus collective et efficace à l'échelle d'un quartier ou d'une région.

Alternatives au buis

Dans les cas où les buis sont trop touchés par les bioagresseurs, il est parfois nécessaire de les remplacer par d’autres végétaux à l’aspect proche. Des alternatives incluent le houx crénelé (Ilex crenata), l’if (Taxus baccata), ou encore le chèvrefeuille à feuille de buis (Lonicera nitida). Ces espèces peuvent offrir une esthétique similaire pour les aménagements paysagers ou même pour la pratique du bonsaï, tout en étant moins sensibles à la pyrale.

Houx crénelé en alternative au buis

Recherches scientifiques en cours

Des études scientifiques, comme le programme SaveBuxus, sont en cours pour rechercher des solutions de biocontrôle pour lutter contre la pyrale du buis. Les jardiniers ont pu participer à ce programme en envoyant les pontes récoltées sur les buis infestés afin de rechercher de nouveaux parasitoïdes de la pyrale présents en France. Des différences génétiques probables quant à la résistance à la pyrale sont également étudiées. Bien qu'il n'existe pas encore de test clair pour déterminer la résistance d'un buis, des observations suggèrent que le buis des Baléares (Buxus balearica) pourrait être moins sensible. Cependant, des cas d'attaques sur cette espèce ont été signalés.

Ces recherches visent à mieux comprendre l'écologie de la pyrale du buis et à développer des méthodes de lutte plus durables et efficaces pour l'avenir.

tags: #traitement #pyrale #du #buis #bonsai