L'art des bonsaïs Prunus : Guide des travaux de printemps et d'entretien

Bonsaï Prunus incisa Kojo no Mai en fleurs au printemps

Le bonsaï Prunus, qu'il s'agisse des cerisiers à fleurs emblématiques, des abricotiers du Japon ou d'autres espèces caduques, incarne la beauté et la philosophie du bonsaï. Ces arbres, appartenant à la vaste famille des Rosacées, offrent un spectacle changeant au fil des saisons, depuis leur floraison délicate et souvent parfumée jusqu'à la structure élégante de leurs rameaux dénudés en hiver. La culture de ces joyaux miniatures demande une attention particulière, notamment lors des travaux de printemps, période cruciale pour leur santé et leur esthétique.

Comprendre la diversité des Prunus en bonsaï

La famille des Prunus en bonsaï regroupe une multitude d'espèces, chacune avec ses caractéristiques uniques et ses exigences spécifiques. Parmi les plus prisées, on trouve les cerisiers à fleurs comme le Prunus serrulata et le Prunus incisa, les abricotiers du Japon (Prunus mume), ainsi que des pruniers (Prunus domestica) et des cerisiers fruitiers (Prunus avium, P. cerasus).

Le Prunus incisa 'Kojô no Mai', souvent appelé "cerisier bonsaï" ou "cerisier du mont Fuji", est une variété particulièrement charmante. Sa forme naturellement compacte et ses rameaux en zig-zag lui confèrent un aspect zen et contemporain, rappelant le sophora bonsaï sans aucun lien botanique. Bien qu'il soit désigné comme "bonsaï", le cerisier 'Kojô no Mai' peut atteindre jusqu'à 1,50 m de haut, voire plus sur des sujets âgés. Il séduit tout au long de l'année : par sa légère floraison rose au printemps, ses petites feuilles dentées en été (le nom incisa faisant référence à ces minuscules dents), ses couleurs orangées sublimes à l'automne, et l'entrelacs de ses rameaux en hiver. Il est adapté aussi bien à la pleine terre qu'à la culture en pot.

Différentes variétés de fleurs de Prunus Mume

Le Prunus mume, ou abricot japonais, est un autre spécimen très recherché pour les bonsaïs, chargé d'un profond symbolisme. C'est l'arbre qui annonce la fin de l'hiver, ses fleurs parfumées s'épanouissant souvent en janvier ou février sur des branches nues, parfois sous la neige. Il est apprécié pour son écorce sombre et ridée, ses branches qui poussent à angles vifs et en zigzags naturels, et le parfum enivrant de ses fleurs, dont les teintes varient du blanc au rose foncé et au rouge. Originaire de Chine mais véritable icône culturelle au Japon, le Prunus mume compte des centaines de variétés. La variété 'Yatsufusa' est particulièrement prisée en bonsaï pour ses entre-nœuds courts et sa floraison abondante.

Exposition et protection contre les éléments

L'exposition au soleil est un facteur crucial pour la plupart des bonsaïs Prunus. Il est recommandé de placer votre prunus en plein soleil pendant la majeure partie de l'année. Cette exposition est indispensable pour assurer une floraison abondante et, pour les espèces fruitières, une bonne maturation des fruits. Toutefois, il faut veiller à ce que l'arbre ne soit pas exposé à des vents trop forts, qui pourraient dessécher le substrat rapidement.

La rusticité des Prunus varie selon les espèces. Le cerisier du Japon (Prunus serrulata) et le prunier peuvent supporter des températures allant jusqu'à -15 °C. Le Prunus incisa 'Kojô no Mai' résiste parfaitement au froid, même en pot. Cependant, l'abricotier du Japon (Prunus mume), bien qu'apprécié pour sa floraison hivernale parfumée, est légèrement moins rustique et nécessite une protection en dessous de -10 °C. En hiver, il est essentiel de protéger le pot et les racines contre les gels sévères. Des méthodes classiques peuvent être utilisées, telles que l'enfouissement du pot, l'utilisation d'un voile d'hivernage, ou l'abri dans un endroit non chauffé mais lumineux, comme une serre froide. Le Prunus mume, fleurissant remarquablement tôt, parfois dès janvier-février et même sous la neige, est particulièrement vulnérable aux fortes gelées lorsque ses bourgeons sont prêts à s'ouvrir ou que les fleurs sont épanouies, car cela peut "brûler" les fleurs. Si les températures sont inférieures à -2°C, il est préférable de le conserver dans une serre. Il est également possible de le garder à l'intérieur pendant 2 ou 3 jours pendant la floraison, pour le montrer ou profiter de son parfum, mais pas plus longtemps.

Arrosage : un équilibre délicat

L'arrosage du bonsaï Prunus demande une attention particulière, car cette famille est sensible à la fois à l'excès et au manque d'eau. Une humidité constante est très importante pour ces espèces. Il faut absolument éviter d'alterner les périodes d'humidité et de sécheresse, car cela entraîne un dessèchement de l'arbre et une perte de ses feuilles. En cas d'oubli d'arrosage prolongé pour le cerisier bonsaï en pot, il perdra ses feuilles pour se protéger, mais en formera d'autres aussitôt dès la reprise des arrosages.

Pendant la période de croissance (avril à septembre), il faut arroser copieusement dès que le premier centimètre de substrat est sec au toucher. En été, un arrosage quotidien est la norme, et il peut même être biquotidien lors des fortes chaleurs. Pour le cerisier bonsaï 'Kojô no Mai', un arrosage hebdomadaire en été est conseillé, sauf si le terrain est frais. Il est important d'arroser toute la motte jusqu'aux racines, en veillant à ce que l'eau s'évacue par les trous de drainage sous le pot. Le bassinage (immerger le pot dans l'eau pendant quelques minutes) est une méthode efficace pour s'assurer que toutes les racines sont bien hydratées. Il est fortement déconseillé de laisser une coupelle ou un récipient sous le pot, car l'eau stagnerait et pourrait provoquer un pourrissement des racines.

Schéma des différents types d'arrosage pour bonsaï

Au printemps, pendant la floraison, l'arrosage doit être effectué avec précaution. Il ne faut pas mouiller directement les fleurs, surtout celles du Prunus mume, qui sont extrêmement délicates. Un arrosage au pied est préférable pendant cette période. Pour le Prunus mume, il faut être vigilant : lorsque les bourgeons se gonflent en hiver, il ne faut jamais laisser l'eau s'écouler, car ils avorteraient et tomberaient avant de s'ouvrir. Les Prunus aiment l'eau, surtout pendant la floraison et la croissance végétative au printemps. Il faut arroser abondamment lorsque la surface du sol commence à se dessécher.

Les excès d'eau sont particulièrement dangereux pour les prunus, car ils sont très sensibles à l'asphyxie racinaire. Un substrat constamment gorgé d'eau favorise rapidement la pourriture des racines et le développement de maladies fongiques. C'est pourquoi un substrat parfaitement drainant est absolument essentiel pour cette famille.

En hiver, les besoins en eau sont très réduits. L'arbre étant sans feuilles et en dormance, il suffit d'arroser juste assez pour empêcher le dessèchement complet du substrat, environ une fois par semaine selon les conditions. Il est important de noter que le prunus est sensible à l'eau trop calcaire, surtout les espèces japonaises. L'utilisation d'eau de pluie ou d'eau du robinet décantée est préférable.

Rempotage : une étape cruciale et délicate

Le rempotage du bonsaï Prunus est une opération délicate qui exige soin et timing précis. Pour les jeunes sujets, le rempotage s'effectue tous les 2 ans, et tous les 3 à 4 ans pour les arbres matures. Pour le Prunus mume, le moment du rempotage est très spécifique : il doit être effectué immédiatement après la floraison (février-mars), avant que les feuilles ne s'ouvrent. Pour les jeunes Prunus mume, le rempotage se fait tous les 1 à 2 ans, et tous les 2 à 3 ans pour les plantes plus âgées.

Illustration des outils et étapes du rempotage d'un bonsaï

Le substrat doit être très drainant, car les prunus ne tolèrent pas l'eau stagnante. Il est conseillé d'éviter d'ajouter trop de matière organique, qui retient l'eau et peut favoriser les maladies fongiques auxquelles les prunus sont sensibles. Lors du rempotage, il faut tailler les racines avec modération - ne pas retirer plus d'un quart à un tiers de la masse racinaire. Les prunus sont plus sensibles que la moyenne à une taille racinaire sévère. Les racines des prunus sont charnues et fragiles, il faut donc les manipuler avec précaution.

Après le rempotage, il est essentiel de placer l'arbre à l'abri du vent et du soleil direct pendant environ trois semaines. L'arrosage doit être parcimonieux pendant la période de reprise pour éviter la pourriture des racines fraîchement taillées.

Taille : sculpter la forme et optimiser la floraison

La taille du bonsaï Prunus est une technique essentielle pour maîtriser sa forme et favoriser une floraison abondante. Il est crucial de bien différencier les bourgeons à fleurs des bourgeons à feuilles.

Taille de structure : Pour les espèces à fleurs, la taille de structure se pratique juste après la floraison. Pour les espèces fruitières, elle a lieu en fin d'hiver. Cette taille consiste à supprimer les branches mortes, faibles ou mal placées. Il est important de noter que le prunus cicatrise lentement et que ses plaies de taille sont vulnérables aux infections. Il faut donc appliquer systématiquement un mastic cicatrisant sur toutes les coupes de plus de 5 mm de diamètre.

Cerisier à fleurs japonais : le prunus incisa 'kojo no mai' - Truffaut

Taille d'entretien pour la floraison : C'est la clé pour obtenir une belle floraison. Après la floraison, il faut laisser les nouvelles pousses se développer jusqu'à 5-6 nœuds, puis les raccourcir à 2-3 nœuds. Cette taille stimule la ramification et permet la formation de courts rameaux florifères (appelés "brindilles couronnées") qui porteront les fleurs l'année suivante. Pour le Prunus mume, la taille se fait dès que les fleurs se fanent. Il faut tailler les branches qui ont fleuri en ne laissant qu'un ou deux bourgeons foliaires (les petits bourgeons pointus à la base). De ces bourgeons naîtront de nouvelles branches qui porteront des fleurs l'année suivante. Pour le Prunus incisa 'Kojô no Mai', aucune taille n'est nécessaire, sauf si l'on souhaite limiter au maximum son développement. Cependant, il est impératif de ne jamais utiliser un taille-haie ou une cisaille sur ce cerisier nain, car cela serait très préjudiciable à l'arbre.

Taille pour les espèces fruitières : Si le but est de récolter des fruits, il faut éclaircir les fruits en formation pour ne conserver que 2 à 3 fruits par rameau.

Effeuillage : Un effeuillage partiel est possible en juin sur les espèces vigoureuses comme Prunus incisa, mais il doit rester modéré.

Liage : Le liage doit être pratiqué avec précaution car l'écorce du prunus est fine et se marque facilement. Il est recommandé d'utiliser du fil d'aluminium anodisé et d'envelopper éventuellement la branche de raphia avant de ligaturer. Les branches de prunus sont raides, anguleuses et cassantes, elles se brisent facilement si on les force. Le liage se fait sur les jeunes branches au printemps. Pour les vieilles branches, l'utilisation de baguettes est absolument nécessaire.

Fertilisation : nourrir pour la croissance et la floraison

La fertilisation du bonsaï Prunus doit être mesurée et adaptée aux différentes phases de son cycle annuel afin de soutenir sa croissance et sa floraison.

Tableau des besoins en engrais (NPK) pour bonsaïs selon les saisons

Après la floraison (mars-mai) : C'est une période de reprise de croissance. Il faut appliquer un engrais organique solide équilibré à légèrement azoté (NPK 5-5-5 ou 6-5-5). L'arbre a puisé dans ses réserves pour fleurir et a besoin de se reconstituer pour former son nouveau feuillage. Pour le Prunus mume, une fertilisation forte après la floraison (février-avril) est conseillée.

En été (juin-août) : Il faut continuer la fertilisation avec un engrais équilibré, mais réduire les apports pendant les fortes chaleurs.

En fin d'été et automne (août-octobre) : Cette période est cruciale pour la préparation de la floraison future. Il faut passer à un engrais riche en phosphore et en potassium, et pauvre en azote (NPK 2-6-6 ou 0-10-10). Cette fertilisation automnale favorise la formation et la maturation des boutons floraux pour le printemps suivant. Pour le Prunus mume, après une pause estivale, la reprise automnale est également riche en phosphore et potassium.

Les engrais organiques solides, tels que le biogold, le tourteau de colza (rapeseed cake) ou la farine de poisson (fish meal), sont préférables aux engrais chimiques pour les prunus. En pépinière, un engrais bleu pour tomates/fleurs NPK 12 12 17 est parfois utilisé comme complément nutritif, en déposant une poignée sur le substrat, la quantité dépendant de la taille du pot.

Maladies et ravageurs : prévention et traitement

Les prunus sont malheureusement parmi les espèces les plus sensibles aux maladies en bonsaï, nécessitant une vigilance constante et des mesures préventives.

Images des maladies courantes du bonsaï Prunus

Moniliose (Monilinia laxa) : C'est la maladie la plus fréquente. Elle se manifeste par le brunissement et le dessèchement des fleurs, qui restent accrochées aux rameaux. Les jeunes pousses dépérissent et un duvet gris-brun apparaît. Il est impératif de supprimer immédiatement les parties atteintes et de traiter avec un fongicide à base de cuivre ou de soufre.

Gommose : Un exsudat ambré et collant s'écoule des branches ou du tronc. La gommose est souvent une réaction de stress due à une taille trop sévère, une blessure, ou un excès d'eau. Pour y remédier, il faut améliorer les conditions de culture et appliquer du mastic cicatrisant sur les plaies.

Coryneum (criblure) : De petites taches brunes cerclées de rouge apparaissent sur les feuilles. Le centre de la tache tombe ensuite, laissant un trou caractéristique.

Pucerons noirs du cerisier (Myzus cerasi) : Ces ravageurs provoquent l'enroulement des feuilles au printemps.

Chenilles défoliatrices : Plusieurs espèces de chenilles peuvent s'attaquer au feuillage des prunus.

Chancre bactérien : Des plages nécrosées apparaissent sur l'écorce des branches et du tronc. Il est nécessaire de supprimer les parties atteintes et de désinfecter les plaies.

La prévention est la meilleure stratégie avec les prunus. Cela inclut un traitement au cuivre en automne et en fin d'hiver, une hygiène stricte des outils de taille pour éviter la propagation des maladies, l'utilisation d'un substrat parfaitement drainant, et la suppression rapide de toute partie malade dès son apparition.

Styles de bonsaï pour les Prunus

Les Prunus se prêtent à différents styles de bonsaï, chacun mettant en valeur des aspects distincts de leur beauté naturelle.

Exemples des styles Moyogi, Bunjin et Fukinagashi appliqués aux bonsaïs

Droit informel (Moyogi) : C'est le style le plus classique pour les prunus. Le tronc sinueux couvert d'une écorce sombre et rugueuse, associé aux branches tortueuses portant des fleurs délicates au début du printemps, crée l'image emblématique du prunier dans l'art japonais.

Bunjin (lettré) : Ce style, caractérisé par une élégance épurée et souvent un tronc élancé avec peu de branches, sublime particulièrement le Prunus mume. Il évoque la simplicité et la force tranquille.

Penché par le vent (Fukinagashi) : Ce style dynamique donne l'impression d'un arbre façonné par les tempêtes, avec toutes ses branches et son feuillage orientés dans une même direction, comme sous l'effet d'un vent persistant.

Cascade et semi-cascade : Ces styles sont possibles mais moins courants pour les prunus. Ils sont plus adaptés aux cerisiers retombants (Prunus pendula) dont le port naturel se prête à cette esthétique.

Le Prunus mume est considéré comme l'espèce reine en bonsaï pour la Chine et le Japon, et se prête magnifiquement aux styles Bunjin et Moyogi. La culture des prunus en bonsaï demande de la patience et une certaine expérience. Il est conseillé de commencer avec un Prunus incisa ou un Prunus mume greffé, facilement disponibles chez les pépiniéristes spécialisés.

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