Le greffage est une technique de multiplication fondée sur l’union des tissus végétaux de deux sujets, parfois différents, mais compatibles entre eux, car d’espèces proches. Cela revient à associer un «système» végétal aérien (greffon) et un autre système végétal en partie souterrain (porte-greffe). Le greffage est intéressant pour la production des bonsaï, car il permet précisément la transmission de caractères spécifiques, ce qui n’est jamais garanti par semis. Mais surtout, il permet d’obtenir rapidement une forme et donc un style voulu. Enfin, certains sujets ne peuvent être obtenus que de cette façon.

Fondements et préparation du greffage
Les techniques que je vais décrire ici sont connues de tous et pourtant, à part les professionnels qui les emploient couramment, la plupart des amateurs semblent encore hésiter à les utiliser. Au Japon, il est très courant d’utiliser la greffe pour améliorer les arbres. On peut commencer à greffer les conifères à la mi-février ou mars. Questionnant Oyakatta sur le bon moment pour commencer les greffes, il m’a répondu qu’il suffisait d’observer les érables: « Dès qu’ils commencent à débourrer, on peut débuter les greffes sur les conifères ». Ce travail pourra s’étaler jusqu’au mois de juin, mais il est préférable de ne pas le faire trop tard dans la saison.
Le greffage consiste à réunir deux plantes différentes pour en former une nouvelle, apte à se développer seule. Outre ces avantages, le greffage permet également de rectifier la silhouette jugée imparfaite de certains exemplaires en y adjoignant, aux points choisis, des branches ou des racines de la même espèce. Toute médaille ayant son revers, il nous faut parler des inconvénients du greffage. Le principal est son aspect souvent disgracieux que lui reprochent avec raison les amateurs. Il faut reconnaître que, dans le "tout-venant" des bonsaï importés, certains sujets présentent des bourrelets de greffe très évidents du plus vilain effet. C'est qu'il s'agit là de sujets greffés à la va-vite. Il est très possible en effet de rendre une greffe sinon invisible, du moins très discrète.
La greffe par approche : Une méthode de précision
Elle se distingue de toutes les autres formes de greffe en ce que les deux arbres conservent leurs racines jusqu’à la reprise. De plus, ils appartiennent tous deux, du moins pour les bonsaï, à la même espèce. Vous disposez d’un bonsaï auquel il manque une branche ? Pour y remédier, procurez-vous un jeune plant, bien vigoureux, de la même espèce que le bonsaï. Il doit être cultivé en pot et se présenter sous forme de scion. Pratiquez dans le tronc du bonsaï à corriger un trou de l’épaisseur du tronc du jeune plant, dans l’axe que vous souhaitez donner à la future branche. Vous pouvez vous aider d’une gouge ou d’un greffoir dont vous aurez auparavant passé le fil à l’alcool. Fixez la tige du jeune plant à l’aide d’une pointe et mastiquez le tout.
Greffe par approche : Comment greffer un érable du Japon ? - Monjardindansleslandes
Une variante très spectaculaire de cette technique est actuellement à l’honneur au Japon. Si les résultats sont remarquables, les risques en sont élevés. Vous ne conserverez sur celui-ci que quelques feuilles de la tête et vous les roulerez serré dans une feuille de plastique, afin qu’elles passent sans peine. Ensuite, passez ce jeune sujet dans le trou puis tirez jusqu’à ce qu’il s’y coince, évitant ainsi les poches d’air. Mastiquez soigneusement. La reprise est parfaite au bout de deux ou trois ans et ne laisse aucune trace. L'effet est quasi immédiat s'il s'agit d'une racine que l'on veut implanter.
La technique du greffon simple et insertion
En général, si l’arbre est déjà bien avancé d’un point de vue esthétique, et que ses branches principales sont déjà en place, on va plutôt opter pour l’utilisation de greffons, pour un travail plus fin. C'est la même technique que pour la greffe par approche, mais avec un simple greffon. Comme le greffon va être inséré dans le sillon, il faut le tailler des deux côtés. Il est très important de bien mettre les cambium en contact. Il est possible d’effectuer autant de perçages que nécessaire au cours de la même opération.
L’emplacement de l’incision doit être choisie avec soin: le flux de sève doit être le plus important possible à cet endroit, pour donner toutes les chances au greffon de prendre. Sur les genévriers, on peut souvent suivre les lignes de vie de l’arbre, qui mettent en connexion directe les racines et les branches. Évidemment, l’emplacement sur l’arbre, d’un point de vue esthétique est primordial. Tout de suite après avoir pratiqué l’entaille sur la branche qui recevra le greffon, on termine la préparation de celui-ci. Une longue coupe est pratiquée sur la partie la plus irrégulière du greffon. Notez bien l’emplacement de la lame au début de l’opération: on va pratiquer la coupe en déplaçant la lame en diagonale.
Greffe de racines et perfectionnement du nebari
Les meilleures greffes sont de loin les « greffes de racines ». Le scion n’est pas vraiment greffé aux racines, mais plutôt aux tissus de la tige sous le « collet » qui se forme quand la graine germe. C’est un petit anneau de tissus sur la tige qui marque clairement la limite entre les tissus des racines et la vraie tige qui est capable de produire du feuillage. Pour le bonsaï, le porte-greffe issu de semis est placé haut dans le pot de façon à ce que la portion de tige des « racines » soit placée plusieurs centimètres au-dessus du pot.

Cela facilite une greffe basse. La greffe peut être placée juste sous l’anneau du collet et après que la greffe ait pris, environ un an plus tard, l’ensemble est enterré de façon à ce que la greffe se situe juste au ras du sol. Puisque la portion de tige enterrée est constituée de tissus radiculaires, l’arbre supporte cette opération et a la possibilité de former des racines. Greffé de cette façon, la jonction va fusionner parfaitement dans le nebari. Si votre greffe est sous cet anneau de tissus, vous pouvez l’enterrer juste au niveau de la greffe. Si elle est au-dessus de cet anneau vous pouvez aussi l’enterrer, mais vous devez être beaucoup plus précautionneux. C’est apparenté à un marcottage.
Variétés d’érables et particularités botaniques
Le travail sur les érables du Japon (Acer palmatum) demande une connaissance fine des variétés pour réussir les greffes esthétiques :
- Deshojo : feuilles rouge vif.
- Nomura, Bloodgood : feuilles rouge carmin.
- Katsura, Akane et Orange Dream : feuilles orangées au printemps.
- Arakawa : appelé communément érable à écorce de liège.
- Ukon : feuilles vert tendre au printemps ; le bois est vert vif.
- Seigen, Beni Chidori : feuilles rose crevette au printemps, vert en été et orangé rouge à l’automne.
- Okushimo : petites feuilles légèrement crispées sur le bord.
- Kiyo hime, Kashima, et Murasaki kiyo hime : feuilles bordées de rouge, se prédestine au style hokidachi.
- Higasayama : bourgeons de printemps jaune d’or en forme de bec de perroquet, feuillage panaché vert et blanc.
- Shishigashira : feuillage crispé vert tendre au printemps, vert sombre tout l’été, puis rouge orangé à l’automne.
- Acer shirasawanum aureum : feuilles plus grandes, beau jaune citron de printemps et orangé rouge feu en automne.
Parmi les plus rares et originaux dans les acer palmatums panachés : fujuinami nishiki, taimin nishiki, hana matoi. Pour les écorces décoratives, l'acer p. sango kaki est l'érable corail au bois rose orangé en hiver, tandis que l'acer p. bi hoo offre un bois jaune d’or durant tout l’hiver.
Défis techniques et précautions
Il faut reconnaître que les plantes greffées pour bonsaï présentent souvent des problèmes en cours de formation, ou plus tard quand les plantes deviennent âgées, à cause de la différence de vitesse de croissance entre le porte-greffe et le scion et aussi à cause des écorces aux aspects différents. J’essaye d’éviter les greffes en bonsaï chaque fois que c’est possible. Il vaut presque toujours mieux avoir une plante avec ses propres racines qu’une plante greffée sur un porte-greffe. Les problèmes de drageons peuvent se produire avec les genres comme Liquidambar, Malus (pommier), Pyrus (poirier), Prunus (cerisier, prunier, abricotier), Crataegus (aubépine), et d’autres # Les Diverses Techniques de Greffage pour Bonsaï : Un Art de Précision et de Créativité
Le greffage est une technique fondamentale et fascinante dans le monde du bonsaï, permettant de sculpter et d'améliorer ces arbres miniatures. Il s'agit d'une méthode de multiplication basée sur l'union de tissus végétaux de deux sujets, parfois différents, mais compatibles entre eux car d'espèces proches. Cela revient à associer un « système » végétal aérien (le greffon) et un autre système végétal en partie souterrain (le porte-greffe). Cette approche est particulièrement intéressante pour la production de bonsaïs, car elle garantit la transmission de caractères spécifiques, ce qui n'est jamais assuré par semis. Plus encore, le greffage permet d'obtenir rapidement une forme et un style désirés, et certains sujets ne peuvent d'ailleurs être obtenus que de cette façon.

Les techniques de greffage, bien que connues de tous, sont encore souvent l'apanage des professionnels au Japon, où elles sont couramment employées pour améliorer les arbres. Les amateurs, en revanche, hésitent souvent à les utiliser. Pourtant, comme le souligne Nobuichi Urushibata de la pépinière Taisho-en, ces techniques sont accessibles aux amateurs, bien qu'elles requièrent précision et rigueur. Le taux de réussite, même chez les professionnels, n'atteint pas 100%, ce qui ne doit pas décourager les débutants.
Quand et Comment Greffer : Une Question de Timing et de Stratégie
Le greffage des conifères peut débuter à la mi-février ou en mars. Un conseil simple pour déterminer le bon moment est d'observer les érables : « Dès qu’ils commencent à débourrer, on peut débuter les greffes sur les conifères ». Ce travail peut s'étaler jusqu'au mois de juin, mais il est préférable de ne pas le faire trop tard dans la saison. Pour les pins, le greffage est généralement réalisé avant l'ouverture des bourgeons au printemps, en utilisant des pousses de l'année précédente comme greffons.
Le choix de la technique de greffage dépend de l'état esthétique de l'arbre. Si l'arbre est déjà bien avancé et que ses branches principales sont en place, l'utilisation de greffons est préférée pour un travail plus fin. S'il est encore en construction, la greffe par approche peut être privilégiée, permettant de travailler dès le début sur une branche assez épaisse et de construire l'arbre plus rapidement.
Greffe par approche : Comment greffer un érable du Japon ? - Monjardindansleslandes
Les Greffes de Racines
Les « greffes de racines » sont de loin les meilleures greffes pour les bonsaïs. Le greffon n'est pas réellement greffé aux racines, mais plutôt aux tissus de la tige sous le « collet », un petit anneau de tissus sur la tige qui marque la limite entre les tissus des racines (la radicule de la graine) et la vraie tige capable de produire du feuillage.
Pour le bonsaï, le porte-greffe issu de semis est placé haut dans le pot, de manière à ce que la portion de tige des « racines » soit située plusieurs centimètres au-dessus du pot, facilitant ainsi une greffe basse. La greffe peut être placée juste sous l'anneau du collet. Un an plus tard, une fois la greffe prise, l'ensemble est enterré de sorte que la greffe se situe juste au ras du sol. Puisque la portion de tige enterrée est constituée de tissus radiculaires, l'arbre supporte cette opération et a la possibilité de former des racines, permettant à la jonction de fusionner parfaitement dans le nebari (collet et racines de surface).
Si la greffe est sous cet anneau de tissus, elle peut être enterrée au niveau de la greffe. Si elle est au-dessus, des précautions supplémentaires sont nécessaires, comme pour le marcottage. On peut enterrer la section de tige dans du sable après avoir fait quelques incisions verticales et appliqué des hormones d'enracinement. Cette méthode est efficace pour les pins « greffés bas », dont la greffe se trouve au maximum 25 mm au-dessus de l'anneau du collet.
Cette technique est particulièrement importante pour les cultivars de pin noir du Japon (Pinus thunbergii) à écorce rugueuse, car elle permet aux morceaux d'écorce rugueuse de se mélanger parfaitement dans le nebari, évitant l'aspect ridicule d'un beau Nishiki Kuromatsu avec des rubans d'écorce flottant sur un porte-greffe à écorce lisse. Les meilleurs pins noirs à écorce rugueuse ou subéreuse sont cultivés à partir de boutures, garantissant un aspect subéreux même aux racines, comme l'Acer palmatum 'Arakawa' qui a de telles racines de surface avec une écorce rugueuse issues de boutures.
Identification de l'Anneau du Collet
Pour identifier l'anneau du collet, il faut regarder à la base de la tige, ou dégager la tige en retirant de la terre, à la recherche d'un point où l'écorce change de texture. Pour les pins et les cèdres, la portion des racines est généralement lisse, à l'exception de petites protubérances. Au-dessus de l'anneau, qui forme habituellement un léger renflement, l'écorce forme normalement un anneau. Il est conseillé de s'exercer d'abord sur des cèdres, où l'anneau est plus évident, puis sur un pin.
Espèces Recommandées pour le Greffage et Variétés Spécifiques
Genévriers
À Taisho-en, la totalité des greffes sur genévriers sont réalisées avec du Juniperus chinensis itoigawa. Cette variété de chinensis, reconnaissable à son feuillage vert clair et très dense, est très vigoureuse. Il est à noter que « itoigawa » désigne une zone géographique au Japon, où des chinensis aux caractéristiques génétiques intéressantes ont été trouvés. Des différences peuvent exister entre les plantes étiquetées comme itoigawa, car le nom a été appliqué à des plantes aux caractéristiques approchantes provenant d'autres régions.
Pour le Juniperus sabina, souvent appelé « sabina rastrera » (rampant) par les Espagnols, des variations importantes de feuillage peuvent être observées, allant du feuillage très tombant et clairsemé à celui qui le devient au fil du temps. Dans ces cas, il est fortement recommandé de greffer un meilleur feuillage, comme de l'itoigawa. Gabriel Romero suggère que les sabinas « femelles » ont toujours une bonne qualité de feuillage, identifiables par de minuscules pousses en forme de crochets parmi le feuillage normal. Bjorn Bjorholm, quant à lui, recommande de greffer tous les sabinas avec de l'itoigawa, reconnaissant la validité de leur système racinaire mais jugeant leur feuillage inférieur, même s'il est parfois dense.

Pins
Toutes les techniques de greffes présentées sur les genévriers peuvent être employées de la même façon sur les pins. Cependant, les pins sont un défi plus grand pour la multiplication par boutures. Le pin blanc du Japon (Pinus parviflora) produit des greffes particulièrement mauvaises, surtout les cultivars nains, car le porte-greffe grossit beaucoup plus vite que le greffon, entraînant un amincissement abrupt. Parfois, ils sont greffés sur un pin noir du Japon (P. thunbergii), qui a bien sûr une écorce totalement différente. Si cela est fait pour un effet stylistique, la greffe est habituellement réalisée à 10 cm de la base avec le tronc courbé à la jonction pour donner une apparence de grand âge, bien que la transition abrupte entre les types d'écorce puisse être inesthétique. Hormis pour ce style, les greffes devraient toujours être basses. Il est très difficile d'obtenir des greffes basses. 99% des pins greffés sont produits pour un usage paysager et non pour le bonsaï, il est donc essentiel de chercher auprès d'une pépinière spécialisée.
Érables du Japon (Acer Palmatum)
De nombreuses variétés d'érables du Japon offrent des caractéristiques esthétiques exceptionnelles pour le bonsaï, et le greffage peut être utilisé pour les propager ou les améliorer. Parmi les variétés notables, on trouve :
- Deshojo : aux feuilles rouge vif.
- Nomura, Bloodgood : aux feuilles rouge carmin.
- Katsura, Akane et Orange Dream : aux feuilles orangées au printemps.
- Arakawa : communément appelé érable à écorce de liège.
- Ukon : aux feuilles vert tendre au printemps.
- Seigen, Beni Chidori : aux feuilles rose crevette au printemps, vertes en été et orangé-rouge en automne.
- Okushimo : aux petites feuilles légèrement crispées sur le bord.
- Kiyo Hime, Kashima, et la variété Murasaki Kiyo Hime : aux feuilles bordées de rouge, prédestinées au style hokidachi (balai).
- Higasayama : aux bourgeons de printemps jaune d’or en forme de bec de perroquet, puis au feuillage panaché vert et blanc.
- Kara Ori Nishiki, Karasu Gawa et Asahi Zuru : panachés de trois couleurs : crème, rose et vert.
- Shishigashira : feuillage crispé vert tendre au printemps, vert sombre tout l’été, puis rouge orangé à l’automne (splendide).
- Tsuma Gaki : aux feuilles marginées de rouge.
- L'Acer shirasawanum Aureum : aux feuilles plus grandes mais d'un beau jaune citron au printemps et orangé-rouge feu en automne.
Parmi les plus rares et originaux dans les Acer palmatums panachés, on trouve : Fujuinami Nishiki, Taimin Nishiki, Hana Matoi.
Des variétés à écorces décoratives incluent :
- Acer p. Sango Kaki (érable corail) : au bois rose orangé en hiver.
- Acer p. Arakawa : érable à écorce de liège.
- Acer p. Ukon : feuillage vert tendre et bois vert vif.
- Acer p. Bi Hoo : une des dernières nouveautés au bois jaune d’or durant tout l’hiver (splendide).
Les variétés dissectum, comme D. Red Dragon, sont également très appréciées.

L'Importance du Mastiquage et de la Précision
L'importance du mastiquage est trop souvent négligée. Il est vital pour la réussite de la greffe et la discrétion de la jonction. Il existe des mastics clairs, fluides et absolument parfaits. À défaut, des mastics à greffer classiques feront l'affaire. Un mastiquage soigneux permet d'éviter les poches d'air et de garantir une reprise durable et esthétique.
La précision est la clé du succès. Chaque coupe, chaque insertion doit être réalisée avec le plus grand soin. Les erreurs sont inévitables au début, mais la persévérance est récompensée. Le greffage est un processus qui demande de la patience et de l'observation pour maîtriser les subtilités de chaque espèce et chaque technique.
