Le Bonsaï : Un Art Millénaire à la Portée Universelle

Bonsai majestueux

L'art du bonsaï, ces arbres miniatures sculptés avec patience et expertise, transcende les frontières culturelles et linguistiques pour captiver un public mondial. Autrefois considéré comme un passe-temps de niche, il est aujourd'hui une composante unique et appréciée de la culture japonaise, dont l'influence s'étend bien au-delà de ses origines asiatiques. Cependant, cette popularité grandissante a également ses revers, notamment une augmentation des vols qui témoigne de la valeur, parfois estimée à des millions de yens, de ces œuvres d'art vivantes.

Des Racines Anciennes : L'Origine Chinoise du Penzai

Bien que le terme "bonsaï" soit aujourd'hui intrinsèquement lié au Japon, l'art qu'il décrit trouve ses origines en Chine, il y a plus de deux mille sept cents ans. Vers 700 av. J.-C., l'élite de la société chinoise pratiquait le "pun-sai", terme qui se prononce "penzai" en chinois et signifie simplement "plante en pot". À l'origine, cette pratique impliquait des arbres prélevés dans la nature sauvage, souvent dotés de formes particulières et tordues, considérés comme "sacrés" par opposition aux arbres "profanes" utilisés pour le bois de charpente. Ces créations luxueuses étaient disséminées à travers la Chine comme des cadeaux précieux.

Les premières descriptions écrites de ces "pun wan" (jouets en plateau) datent d'environ 706 av. J.-C., avec des peintures tombales pour le prince héritier Zhang Huai représentant des dames d'honneur offrant des paysages de rocailles miniatures avec de petites plantes dans des plats peu profonds. L'idée de reproduire un paysage, une montagne par exemple, à une échelle réduite, permettait à l'étudiant de se focaliser sur ses propriétés magiques et d'y accéder. Plus la reproduction était en proportion avec l'original, plus elle était censée porter le potentiel magique.

Deux cents ans plus tard, sous l'empereur Han, l'ouverture de nouveaux commerces avec les voisins permit l'importation de nouveaux produits aromatiques et d'encens. Cela mena à la création de nouveaux supports, tels que des brûleurs d'encens en forme de pics de montagne qui s'élevaient au-dessus des flots. Ces objets symbolisaient les demeures des Immortels et l'idée alors en vogue des mythiques îles des bienheureux. Fabriqués à l'origine en bronze, en céramique ou en bronze doré, certains de ces brûleurs reposaient sur de petits plats à rebords, soit pour récupérer les cendres brûlantes, soit pour contenir un océan miniature symbolique.

À travers les siècles, divers styles régionaux se développèrent dans le vaste pays chinois, à l'image de ses nombreux paysages variés. Des récipients en terre et en céramique remplacèrent ceux en porcelaine présentés sur des tablettes en bois, et des tentatives furent faites pour mettre en forme les arbres avec des cadres de bambous, du fil de laiton ou des bandes de plomb. De nombreux poètes et écrivains ont chacun fait au moins une fois une description d'un arbre ou de paysages miniatures, et nombreux furent aussi les peintres qui ont introduit un petit arbre en pot comme symbole d'un style de vie d'homme instruit. Après le XVIe siècle, ces compositions furent nommées "pun tsaï" ou "plantation en plateau".

L'Adoption et l'Évolution Japonaise

Arbre bonsaï japonais traditionnel

L'art de cultiver des arbres en pot fut introduit au Japon vers l'époque de Kamakura, période où d'autres éléments de la culture chinoise ont commencé à être activement adoptés. On pense que les premiers paysages en plateau furent amenés au Japon depuis la Chine il y a au moins mille deux cents ans comme souvenirs religieux. Tout ce qui venait de Chine fascinait les Japonais. Dans une certaine mesure, le Bouddhisme chinois Chan, un croisement du Dyhana bouddhiste méditatif indien avec le Taoïsme originel chinois, fut aussi importé au Japon pour devenir le Bouddhisme Zen.

Les Japonais développèrent le bonsaï selon des lignes propres, fortement influencées par le bouddhisme Zen. Les moines zen, reconnaissant la beauté dans une sévère austérité, avec moins de formes terrestres en modèle, développèrent leurs paysages en plateau d'une manière dans laquelle un simple arbre dans un pot pouvait représenter l'univers. Les pots japonais étaient en général plus profonds que ceux du continent, et la forme de culture ainsi obtenue fut nommée "hach-no-ki", littéralement, l'arbre du bol. Au Japon, l'art du bonsaï était une tradition culturelle, mais fut un temps où il était considéré comme "réservé aux personnes âgées" et "un passe-temps d'amateurs".

Au fil des siècles, cette pratique s'est enracinée dans la société japonaise. Chacun, du chef militaire shogun jusqu'au peuple ordinaire, a cultivé une forme d'arbre ou d'azalée dans un pot ou une coquille d'ormeau. À la fin du XVIIIe siècle, une exposition annuelle de pins miniatures commença à se tenir dans la capitale, Kyoto. Les connaisseurs de cinq provinces et des régions voisines amenaient un ou deux plants chacun pour les présenter au regard et au jugement des visiteurs.

Aux environs de l'an 1800, un groupe de chercheurs en Arts Chinois se réunit près de la ville d'Osaka pour étudier les styles d'arbres miniatures les plus récents. Leurs arbres en pot furent renommés "bonsaï", la prononciation japonaise du terme chinois "pun-tsai", pour les différencier des "hachi-no-ki" ordinaires que plusieurs personnes cultivaient. Le "bon" ou "pen" est moins profond que le bol "hachi". Ceci démontre qu'au moins quelques producteurs avaient plus de succès avec des pots plus petits, pour répondre aux besoins horticoles des arbres nains en pot.

Divers styles et tailles furent développés durant le siècle suivant. Des catalogues et des livres sur les arbres, les outils et les pots furent publiés, tandis que quelques expositions formelles furent organisées. Les fils de cuivre et d'acier remplacèrent les fibres de chanvre pour mettre en forme les arbres.

Le Village Bonsaï d'Omiya : Un Centre d'Excellence

À la suite du grand tremblement de terre qui dévasta Tokyo en 1923 (Great Kanto Earthquake), un groupe de trente familles de producteurs professionnels s'installèrent à une quarantaine de kilomètres d'Omiya et fondèrent ce qui deviendrait le centre de la culture japonaise du bonsaï : le village Bonsaï d'Omiya. L'art du bonsaï a atteint sa maturité et est devenu un art autochtone important suite à la Guerre du Pacifique. Des programmes d'apprentissage, de plus en plus d'expositions, de livres et de magazines, ainsi que des formations pour étrangers se sont multipliés.

Visite du musée d'art bonsaï d'Omiya

La Renommée Mondiale et les Défis Contemporains

Le bonsaï a conquis un public international après sa présentation au monde entier lors de l'Exposition universelle de 1970. Aujourd'hui, il suscite un intérêt grandissant, au point d'être devenu une cible pour les voleurs. Les pépinières sont la cible de vols qui alimentent un trafic en Chine et en Asie du Sud-Est. La répétition de ces actes inquiète les artisans comme les autorités nippones.

Tatsuharu Takeshita, de la maison de bonsaïs Koyo-en, à Inazawa, s'est désolé auprès de l'agence Kyodo : « Ces derniers temps, tout le monde ne parle que de vols dans le secteur. C'est insupportable ». L'artisan a perdu quinze bonsaïs au cours de deux vols, les voleurs ayant percé l'enceinte de protection au cœur de la nuit. Certaines des pièces disparues appartenaient à des clients de Koyo-en, qui avaient laissé les bonsaïs en dépôt pour entretien. Le 8 mai, trente-trois bonsaïs d'une valeur totale de 18,8 millions de yens (soit environ 110 200 euros) ont été dérobés chez Gasho-en. Yusei Sasaki, patron de troisième génération de la maison, installée à Mifune, dans le sud-ouest du Japon, et qui cultive près de cinq cents arbres miniatures, a réagi avec colère : « Je suis tellement en colère que je suis prêt à frapper les voleurs s'ils reviennent ici. Mais, surtout, je veux que les arbres reviennent sains et saufs, car le bonsaï est une œuvre d'art qui prend un temps infini à réaliser ». Objets d'art et d'attention au Japon, ces arbres miniatures sont aussi très convoités, leur valeur atteignant parfois des millions de yens.

L'Expansion Internationale et les Événements Mondiaux

Le Congrès mondial du bonsaï, qui a lieu tous les quatre ans, est très populaire auprès des amateurs de bonsaï. Les expositions de bonsaï se multiplient à l'étranger, témoignant de l'engouement universel pour cet art.

Voici quelques événements à venir qui illustrent cette effervescence internationale :

  • Exposition de bonsaï - Quarteira, Algarve (Portugal) - 16 & 17 mai 2026, Praça do Mar, 8125-406 Quarteira, Portugal.
  • Exposition de Bonsaï en Périgord - Biron (Bergerac) - 16 et 17 mai 2026, Château de Biron, 24540 Biron, France.
  • Bonsaï Festival 3 Nations - Mertzwiller (Strasbourg) - 23 et 24 mai 2026, 14 Rue Louis Pasteur, 67580 Mertzwiller, France.
  • Stage L'Art du Bonsaï - St Jean en Royans (Romans sur Isère) - 24 mai 2026, 1 Rue des Écoles, 26190 Saint-Jean-en-Royans, France.
  • Exposition du bonsaï - club de Lorraine - Stiring-Wendel (Sarreguemines) - 30 mai 2026, 10:00 - 31 mai 2026, 18:00, La Halle de Wendel, Place de Wendel, 57350 Stiring-Wendel, France.
  • Exposition de bonsaï - Thouaré sur Loire (Nantes) - 30 & 31 Mai 2026, Salle de Homberg, 32 Rue de Carquefou, 44470 Thouaré-sur-Loire, France.
  • 5ème exposition de bonsaï - Grande braderie - Marcoussis - 30-31 Mai 2026, Campus Saint Antoine Marcoussis, 53 Av. Massenat Deroche, 91460 Marcoussis, France.
  • Exposition de bonsaïs - Abbaye de Lubiaz (Pologne) - 4-7 Juin 2026, Cistercian monastery. Ecomuseum, plac Klasztorny 1, 56-100 Lubiąż, Pologne.
  • Exposition régionale de bonsaï - La Rochelle - 6 & 7 Juin 2026, Serres Municipales, 26 Rue de la Bergerie, 17000 La Rochelle, France.
  • Atelier expert bonsaï - Croissy-Beaubourg - 6 & 7 juin 2026, 77183 Croissy-Beaubourg, France.
  • Exposition Bonsaï - Thorigny s/ Marne (Île de France) - 6 & 7 Juin 2026, Centre Culturel Le Moustier, 1ter Rue du Moustier, 77400 Thorigny-sur-Marne, France.
  • Exposition Bonsaï - St Apollinaire (Côte d’or) - 6 & 7 juin 2026, 21850 Saint-Apollinaire, France.
  • Exposition bonsaï - Bagnoles de l'orne (Normandie) - 6 & 7 Juin 2026, All. Aloïs Monnet, 61140 Bagnoles de l'Orne Normandie, France.
  • Bonsaï Sho 2026 - Maulévrier (Cholet) - 13-14 juin 2026, 8 Pl. de la Mairie, 49360 Maulévrier, France.
  • Bonsai Expo Brocante - Tournai (Belgique) - 20 & 21 Juin 2026, Chem. Joseph Lacasse 1, 7500 Tournai, Belgique.
  • Exposition de bonsaïs - Court St Etienne (Belgique) - 20 Juin 2026, Rue de l'Eglise de Sart 10, 1490 Court-Saint-Étienne, Belgique.
  • Exposition biennale de bonsaï - Audincourt - 19 & 20 septembre 2026, 15 All. de la Filature, 25400 Audincourt, France.
  • Exposition nationale Mame/Shohin 2026 - COUZEIX (Limoges) - 26 & 27 Septembre, Centre Culturel Municipal, 87270 All.

Une "Manifestation internationale autour du bonsaï et des arts culturels japonais", sous le patronage de la Fédération française de Bonsai, propose également des animations, des démonstrations, plus de 20 stands professionnels et une exposition de plus de 60 arbres issus de clubs français, allemands, et luxembourgeois.

La Diffusion du Savoir : Littérature et Digital

Les premières mentions de ces arbres nains dans des récits de voyage datent du XVIe siècle. En 1604 parut une description en espagnol sur la manière dont les immigrants chinois, dans les Îles Philippines, entretenaient de petits figuiers dans des pièces de corail de la taille d'une main. Le témoignage anglais le plus récent connu décrivant des arbres nains en pots, plantés sur une roche dans un plateau en Chine/Macao, date de 1637. Les mentions du siècle suivant concernèrent également des plantations sur roche au Japon. Des douzaines de voyageurs rapportèrent des mentions concernant ces arbres nains dans leurs récits sur le Japon et la Chine. Plusieurs d'entre eux furent repris dans des revues bibliographiques et des éditoriaux de magazines à grands tirages.

Le premier livre en langue européenne (le français) entièrement consacré aux arbres nains japonais a été publié en 1902, et le premier en anglais le fut en 1940. « Miniature Trees and Landscapes » de Yoshimura et Halford, publié en 1957, est devenu la « Bible du Bonsaï en Occident ». Yuji Yoshimura, en lien direct entre l'art du bonsaï classique japonais et l'approche progressiste occidentale, a décliné cet art en une adaptation élégante et raffinée au monde moderne. C'est à cette époque que l'Occident découvrit les paysages venant du Japon, connus sous le nom de "saikei" et de leur pendant chinois, les "penjing".

Livre ancien sur l'art du bonsaï

Au fil des années, de légères innovations et améliorations se développèrent, principalement dans les anciennes et vénérables pépinières de bonsaïs au Japon, et furent rapportées petit à petit dans nos contrées par des enseignants en visite et d'enthousiastes voyageurs réguliers. À chacun de leurs retours du Japon, des enseignants essayaient immédiatement une ou deux nouvelles techniques devant des étudiants lors de workshops planifiés d'avance. Les premiers livres en langues européennes se penchèrent le plus souvent davantage sur les connaissances et techniques horticoles de base permettant de maintenir les arbres en vie. La science occidentale augmenta notre attention sur les besoins et interactions des arbres vivants et autres plantes de nos compositions. Parallèlement, la littérature a évolué vers des explications esthétiques pour la mise en forme et le maintien des styles. À cette époque, les « pots en mica » venaient de Corée et des potiers indépendants formèrent leurs mains à produire des pots en céramique, et des designs non-standard.

Avec l'avènement de l'ère numérique, la diffusion du savoir sur le bonsaï a explosé. En 1992, le premier site internet sur le bonsaï fut lancé avec le newsgroup « alt.bonsai » et l'année suivante vit naître « rec.arts.bonsai », le précurseur de l'Internet Bonsaï Club. Il existe aujourd'hui plus de 1200 livres en 26 langues à propos du bonsaï et de ses arts connexes. Plus de 50 périodiques imprimés dans diverses langues ont existé, et cinq magazines en ligne, seulement en anglais, sont disponibles. Des centaines de sites web, plus d'une centaine de discussions sur chaque forum de discussion, des lettres d'information de clubs et des blogs peuvent être visités. Il y a constamment des références à la télévision, dans les films et les publicités, et dans les fictions et non-fictions.

Les vidéos de bonsaï sont également très populaires. Une simple recherche avec le mot-clé « BONSAÏ » sur YouTube permet de trouver de nombreuses vidéos expliquant clairement les étapes pour transformer un arbre acheté dans une pépinière de bonsaïs en un bonsaï, notamment la mise en pot, la taille des branches et la création d'une forme.

Il s'agit vraiment d'un intérêt mondial avec un millier de réunions de clubs estimées qui se répètent partout entre une fois par année à deux ou trois fois par mois, toutes avec leur lot de politique, de personnalités et de passions. Ainsi, la prochaine fois que vous coupez une branche de votre arbre, vous poursuivez une tradition de plus de mille ans.

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