L’Art de la Vannerie Sauvage et le Chèvrefeuille des Montagnes

La vannerie est une activité très ancienne, même si elle laisse peu de traces archéologiques car elle utilise des matériaux très périssables. Elle est attestée depuis le mésolithique mais elle est probablement antérieure ; après tout, même les chimpanzés pratiquent la vannerie pour faire leur couche. Pour beaucoup, cette pratique représente une manière idéale de meubler mes temps morts en hiver. Je n'avais jamais pratiqué cette occupation, mais cela me tentait. À travers les ateliers d’initiation, les stages, et les cours réguliers, il est possible de découvrir ces savoir-faire au rythme du végétal. Observer, explorer, découvrir chaque matière - chacune avec son caractère, ses forces et ses fragilités.

Parmi toutes les matières végétales, les lianes et la massette occupent une place de choix. Deux styles, deux ambiances, deux saisons. L’hiver, lorsque la nature se repose, les lianes - clématite, lierre, ronce, chèvrefeuille - offrent de belles longueurs, de la souplesse et de la solidité. Elles permettent de créer des paniers, des corbeilles, des besaces. Un jeu de couleurs et de texture s’invite alors. L’été, la massette prend le relais pour façonner des cabas, des chapeaux, des boîtes ou des dessous de plat.

Artisanat de vannerie utilisant des lianes naturelles

La quête du matériau : le chèvrefeuille des montagnes

Le chèvrefeuille des haies est cette plante vivace grimpante aux fines lianes et aux fleurs blanches et jaunâtres, qui habillent nos haies champêtres. Il s'agit d'une liane (de 1 à 2 mètres) qui pousse le long des talus et en bordure des bois. Je savais que l'on pouvait l'utiliser en vannerie depuis de nombreuses années mais n'avais jamais essayé. Le processus commence par le stade de la recherche des matériaux. Il faut savoir identifier et récolter les végétaux, les préparer et les stocker.

La recherche des matériaux est une étape cruciale. Il faut éviter les lianes trop tirebouchonnées et cassantes. L'idéal est de privilégier les tiges qui ont été coupées l'année précédente. Pour le glanage, il est possible de solliciter les services de la voirie débroussaillant les bords de chemins à longueur d'année, car les endroits épargnés sont rares. C’est un moment privilégié pour se reconnecter à la nature, mais il conviendra de demander les autorisations ad hoc si vous êtes amené à couper des branchages.

Préparation et transformation des lianes

Une fois la récolte effectuée, la préparation est indispensable. Sa préparation nécessite de le faire bouillir pendant une vingtaine de minutes ; pour cela, j'enroule les lianes dépourvues de leur feuillage et les dispose dans une casserole d'eau. À l'aide d'un gant ou d'un morceau de tissu, il est alors très facile de les peler, laissant apparaître de belles lanières d'un blanc-jaunâtre et très souples. Il suffit de tirer dessus pour la dépouiller.

L'objectif est d'obtenir de belles éclisses bien lisses et rondes. Ces matériaux, une fois travaillés, permettent de réaliser des ouvrages variés. J'avais pour exemple un mini panier venant du Portugal où les arceaux sont distants de 5 mm tout au plus. Cinq tours de forme circulaire et de diamètres égaux deux à deux sont alors formés avec ce chèvrefeuille et rassemblés au niveau de la future poignée. Un gabarit - fait de carton pour pouvoir être ôté après - permet de conserver la symétrie et l'alignement de chacun d'eux.

Schéma illustrant la préparation des lianes de chèvrefeuille

Diversité des matériaux de vannerie buissonnière

La vannerie paysanne est une vannerie buissonnière ancestrale qui consiste à tresser des plantes sauvages, utilisant des végétaux de proximité glanés dans la nature. Lierre, chèvrefeuille, clématite des haies, glycine ou ronce, la vannerie « de cueillette » fait feu de tout ce que l’on peut tresser. Cependant, pour des aménagements de jardin suffisamment pérennes - clôtures, jardinières, tontines pour grimpantes - il est préférable d'utiliser des essences comme le noisetier ou le châtaignier.

Le châtaignier, très tannique, a l’avantage d’être imputrescible. C’est le matériau roi pour la fabrication des armatures et aussi pour tresser des lattes. Le noisetier, quant à lui, forme souvent des cépées d’où on peut prélever une tige longue de l’année sans départ de branche, car les nœuds sont des points de fragilité. Le noisetier est utilisé surtout pour les anses ou les hauts de panier. Le lierre est très souple, on teste la souplesse en faisant le tour de son doigt. La ronce, quant à elle, offre des liens très solides qui ne se rétractent pas ; il faut la fendre en cinq, car la tige est pentagonale, et enlever la moelle immédiatement après la récolte.

Techniques de tressage et vannerie aléatoire

Si vous n’avez aucune expérience du tressage, les plessis constitueront une bonne entrée en matière. Dans leur forme basique, ces petites barrières qui permettent de délimiter un espace, parterres ou carrés potagers, sont simples à mettre en œuvre. Pour les piquets, utilisez du châtaigner. Une autre approche est la vannerie aléatoire, un enchevêtrement plus ou moins irrégulier pour obtenir la forme désirée.

L’art de la vannerie est souvent perçu comme porteur de mystère avant d'être pratiqué. Pourtant, c'est une compétence qui permet de créer plein de choses diverses et variées à partir de matériaux trouvés à portée de main. Les ateliers abordent en général l’ensemble du processus : de la plante brute à l’objet fini. Si besoin, nous fabriquons ensemble des moules, puis vous vous initiez au tressage de vos ouvrages.

Le tressage du jonc

Au-delà du tressage : sculpture et autonomie

La sculpture sur bois vert au couteau est une pratique simple, accessible et captivante. Avec très peu d’outils, elle permet de créer partout : glisser une branche dans son sac, s’asseoir en pleine nature et laisser apparaître une forme, copeau après copeau. Étape après étape, les outils deviennent familiers - la scie, la hachette, le couteau, le couteau croche - et le regard s’affine. On apprend à observer le bois, à anticiper ses réactions et à repérer les zones plus délicates.

Cette philosophie de l'autonomie s'étend également à la connaissance des plantes médicinales. Mon approche est simple, empirique et profondément ancrée dans le quotidien. Lors des ateliers, nous prenons le temps d’observer les plantes, d’apprendre à les récolter, puis de choisir la forme de transformation la plus adaptée : infusion, macérat huileux, baume, cataplasme, alcoolature. Nous travaillons avec des gestes simples, des ingrédients courants et des méthodes éprouvées.

Ces savoir-faire, qu'il s'agisse de vannerie ou de transformation végétale, nous permettent de nous reconnecter à un rythme plus lent. Que ce soit pour créer une bordure, un brise-vue tressé, ou simplement pour meubler mes temps morts en hiver, la nature offre une ressource inépuisable. Comme le souligne Babeth Ollivier dans son ouvrage Vannerie grandeur nature, il s'agit d'un monde qui permet de créer des objets utiles tout en respectant le cycle des saisons et la fragilité des écosystèmes locaux.

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