Guide Complet sur la Gestion des Adventices et la Santé des Pâturages

La maîtrise de la flore adventice, souvent désignée sous le terme générique de « mauvaises herbes », constitue un enjeu majeur pour la pérennité des cultures et la sécurité des animaux au pâturage. Pour lutter durablement contre la flore adventice, il est primordial de les identifier afin d'adapter les moyens de lutte. Cette approche repose sur une compréhension fine de la biologie des plantes, de leurs cycles de vie et de leur rôle en tant qu'indicateurs de l'état des sols.

Schéma illustrant le cycle de vie des graminées annuelles et vivaces

Identification et Biologie des Graminées Adventices

La diversité des graminées impose une stratégie spécifique pour chaque espèce. Comment reconnaître et identifier les principales graminées ?

L’agrostis jouet du vent est une graminée annuelle avec une germination hivernale. Elle lève préférentiellement durant les hivers doux (entre 2 et 13°C) et exerce un impact conséquent sur le rendement du blé. Parallèlement, le brome stérile possède la capacité de germer toute l’année. Le pâturin annuel, quant à lui, possède un cycle rapide ; il fait partie du fond de salissement, germe dès que les conditions climatiques sont clémentes et boucle en général son cycle en moins de 3 mois.

Le ray-grass peut germer toute l’année. Le taux annuel de décroissance élevé et la faible dormance de cette adventice facilitent la mise en place d’une stratégie de désherbage efficace à court terme. Le vulpin est une graminée annuelle avec deux périodes de levée préférentielle (l’une à l’automne et l’autre au printemps). Enfin, le jonc-des-crapauds, à ne pas confondre avec le pâturin annuel, est une monocotylédone ne faisant pas partie de la famille des graminées. Cette plante est pionnière du type de sol humide, battant et légèrement tassé, mais elle est devenue commune également dans de nombreux types de sols et de rotations.

Maîtrise des Dicotylédones : Annuelles, Vivaces et Toxicité

La gestion des dicotylédones se divise entre les espèces annuelles à reproduction principalement sexuée et les vivaces se multipliant par voie végétative.

Les adventices annuelles et leur nuisance

Le datura est présent sur tout le territoire dans les cultures d’été mais aussi en zones non agricoles ; de par sa toxicité, cette adventice peut être problématique sur les différents débouchés du maïs. La fumeterre, caractérisée par des feuilles divisées en trois segments, lève principalement à l’automne, mais peut également être observée dans des cultures de printemps.

Les sanves et ravenelles sont des adventices à croissance rapide et des hôtes de nombreux insectes, de nématodes et de maladies. Leur nuisibilité indirecte oblige à une vigilance accrue pour une bonne maîtrise dans la rotation. Le séneçon possède un cycle très court et lève toute l’année dans tous les types de sol et indépendamment des conditions climatiques, pouvant ainsi réaliser 3 ou 4 cycles par an ; attention aux résistances. Le sicyos, quant à lui, présente une forte nuisibilité dans le maïs : à l’âge adulte, il a l’aspect d’une liane qui peut atteindre plusieurs mètres. Cette liane, résistante et difficile à combattre, peut rendre impossible la récolte du maïs. Enfin, les véroniques (à feuilles de lierre, des champs et de Perse) sont particulièrement présentes dans les rotations de l’Ouest, la véronique de Perse étant capable de lever en toute saison.

Champ de Datura, un an après ! Et introduction aux plantes bio-indicatrices.

La gestion des vivaces

Les vivaces se distinguent par leur multiplication végétative. Le chardon des champs, une vivace redoutée, possède une capacité de dissémination importante et exerce une forte concurrence sur les cultures. Le liseron des haies est une vivace problématique lors des récoltes ; certaines techniques comme le travail du sol sont donc à éviter en présence de cette adventice. Le rumex possède une capacité de grenaison importante ; la prolifération des rumex est assurée par voie végétative et leur fort pouvoir de grenaison, ce qui complexifie la lutte. Facile à détruire sitôt la levée, la lutte contre les souches nécessite au contraire de la persévérance.

Risques d'Intoxication chez les Équidés

Les intoxications aux plantes restent relativement fréquentes chez le cheval, mais contrairement à ce qu’on imagine, elles touchent plus les chevaux au foin et en paddock que ceux vivant au pré. En effet, si les humains ont parfois du mal à identifier les plantes toxiques, les chevaux les évitent naturellement la plupart du temps. Cependant, ces intoxications peuvent être très graves voire mortelles.

Une fois séchée et mélangée au fourrage, une plante toxique est beaucoup plus difficile à identifier et à repérer, pour le cheval comme pour l’homme. De nombreux cas d’intoxication par les plantes sont ainsi liées à un fourrage contaminé par des espèces toxiques. Il est donc primordial de toujours regarder le foin de près, au moment d’ouvrir une nouvelle balle comme au moment de la distribution.

Parmi les plantes à haut risque :

  • L'If : La taxine en est l'élément toxique. C'est un mélange complexe d'alcaloïdes qui est rapidement extrait du tube digestif et qui interfère avec l'action du cœur. La taxine reste toxique même si le végétal est sec.
  • L'Érable rouge : L'anémie hémolytique survient dans les 1 à 5 jours de l'ingestion de feuilles fanées. Une fois séchées ou flétries, si elles sont ingérées, elles restent toxiques pendant 30 jours.
  • Le Noyer noir : Des copeaux de noyer noir provoquent une fourbure chronique chez les chevaux. Quelques heures à peine après avoir été sur une litière contenant aussi peu que 20 % de copeaux de noyers noirs, les chevaux montrent des signes de fourbure chronique.
  • La Prèle des champs : Elle contient de la thiaminase, une enzyme qui entraîne une carence en thiamine (B1).

La Fourbure : Pathologie Critique au Pâturage

La fourbure est une maladie grave, souvent citée comme deuxième cause de mortalité dans l'espèce équine, juste derrière les coliques. Elle nécessite un traitement de longue durée et ses conséquences peuvent compromettre la carrière sportive d'un cheval.

Mécanismes et facteurs de risque

La fourbure est une inflammation du pododerme. Elle se produit lorsqu'il y a désagrégement entre le feuillet du kéraphylle et celui du podophylle. Les erreurs alimentaires sont responsables de plus de la moitié des cas de fourbure, particulièrement en prairie. L'herbe "luxuriante" est souvent considérée comme la responsable, mais la teneur en fructanes varie selon l'espèce végétale, le stade de maturation et les conditions de croissance.

La teneur de la plante en fructanes augmente dans toutes les circonstances où son taux de production est supérieur à son taux d'utilisation. Par conséquent, il est essentiel de surveiller le pâturage, non seulement au printemps, mais aussi en automne, lorsque les conditions climatiques stimulent à nouveau la photosynthèse.

Diagramme des mécanismes de déclenchement de la fourbure

Les Adventices comme Bio-indicateurs du Sol

Les adventices entrent en concurrence avec vos plantations, mais leur présence n'est pas entièrement néfaste ! Elles sont des plantes bio-indicatrices qui nous en apprennent beaucoup sur le sol. Leur caractère spontané les rend très intéressantes, révélatrices de la nature et de la qualité de votre terre.

  • Sols fertiles : La présence d'orties indique un sol fertile. Sont également indicatrices : gratteron, lamier, bourrache, véronique, mouron des oiseaux, cirse champêtre, fumeterre, laiteron, pissenlit, séneçon.
  • Sols pauvres ou sableux : Le coquelicot et l'oseille se développent en sols pauvres.
  • Sols acides : Le plantain se multiplie en sol acide. L'espargoutte, l'oseille et la renouée des oiseaux sont également présentes.
  • Sols compactés : Les graminées, la camomille sauvage, la potentille ansérine et le rumex indiquent une terre tassée, souvent piétinée.
  • Sols mal drainés : La prêle des champs, la renoncule rampante, le chardon, le tussilage et la mousse signalent une stagnation d'eau.

Le rôle des adventices est de ne pas laisser un sol sans couvert végétal, évitant ainsi le phénomène d'érosion et le lessivage. Ne cherchez pas à vous débarrasser des adventices que vous avez arrachées ; préférez la méthode écologique et incorporez-les dans votre tas de compost pour restituer les nutriments prélevés.

Précautions dans l'usage des Herbicides

La lutte chimique exige une précision absolue pour éviter d'endommager les cultures ou de provoquer des effets secondaires imprévus. N’appliquez aucun herbicide de la famille des inhibiteurs de l'ALS, comme Varro, après l’apparition du premier nœud afin d'éviter de causer des dommages à la culture.

Il est impératif d'éviter d'appliquer le produit sur une culture subissant un stress causé par des conditions météo défavorables, le gel, une chaleur extrême, un faible degré de fertilité, la sécheresse, une inondation ou la présence de maladies ou d'insectes. Dans des conditions de sécheresse, évitez de pulvériser Varro si la période entre le semis et la pulvérisation dépasse 35 jours, car la sécheresse accélère le développement de la culture. Enfin, ne pas pulvériser le produit dans les trois jours précédant ou suivant du temps froid (3 °C ou moins).

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