La gestion des déjections animales, et plus particulièrement du fumier, constitue un enjeu majeur pour les exploitations agricoles et équestres. Entre impératifs environnementaux, contraintes sanitaires et opportunités de valorisation, la maîtrise des flux de fumier nécessite une compréhension fine des textes réglementaires et des bonnes pratiques agronomiques.
Le statut réglementaire et les obligations de stockage
En matière de stockage et épandage, le fumier équin est soumis au Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Il est formellement interdit de le brûler à l’air libre. Concernant les capacités de stockage, les tableaux de référence permettant le calcul des besoins de stockage des effluents d'élevage ont été définis précédemment par une note conjointe datée du 23 octobre 1995 de la direction des exploitations, de la politique sociale et de l'emploi du ministère de l'agriculture et de la direction de la prévention des pollutions et des risques du ministère de l'environnement. Ces tableaux constituent la seule référence à utiliser par les services pour le calcul ou la vérification des capacités des ouvrages de stockage d'effluents d'élevage.

Les durées minimales qui s'appliquent systématiquement en la matière sont celles prévues par la réglementation des installations classées, à savoir au minimum 4 mois comme dans la plupart des départements et 6 mois dans quelques-uns d'entre eux. Cette détermination doit être effectuée bâtiment par bâtiment en prenant en compte la conduite d'élevage, l'âge des animaux et leur type de production. Il y a lieu également de considérer le nombre potentiel d'animaux que peut contenir le bâtiment et l'effectif maximal d'animaux susceptibles d'être hébergés.
Techniques de gestion et amélioration de la consistance
Les fumiers mous et très mous sont difficiles à stocker et à épandre en l'état. Des solutions techniques existent pour gérer ces produits sur l'exploitation et améliorer leur consistance en vue de réaliser un épandage de qualité. Ces solutions nécessitent la connaissance des produits en sortie de bâtiment mais s'attachent avant tout à caractériser les déjections en sortie de stockage, avant l'épandage.
Pour les modes de logement avec un seul couloir raclé ou deux couloirs produisant les mêmes déjections, il convient, si les couloirs sont suffisamment larges, d'effectuer un raclage et un stockage séparés de la partie liquide et de la partie solide. Lors d'une mécanisation du raclage et acheminement des déjections en bout de bâtiment, l'éleveur peut dans certains cas intervenir lors de la reprise en raclant séparément la partie liquide de la partie solide vers des ouvrages de stockage distincts. L'aire de transfert en bout de bâtiment peut être à plat ou présenter une faible chute pour faciliter la séparation. Une « grille » dont la largeur des fentes est à adapter au type de déjections en sortie de bâtiment peut être installée au niveau de l'aire de transfert.
À la sortie du bâtiment, l'éleveur peut réaliser, sur une période de plusieurs jours, une mise en andain des fumiers raclés quotidiennement. Cette mise en andain effectuée avec un raclage mécanisé ou un raclage tracteur permet un égouttage du produit avant la phase de stockage. Périodiquement, l'éleveur reprend le fumier égoutté et procède à la mise en tas. La fumière, qui dispose dans ce cas d'une pente vers l'avant, assure la fonction d'égouttage et de stockage.
Le stockage au champ : conditions et modalités
Tous les fumiers ne peuvent pas être stockés au champ et ceux qui le sont ne sont pas déposés n’importe où. Les fumiers compacts et non susceptibles d’écoulement ayant séjourné au moins 2 mois sous les animaux et/ou sur une fumière peuvent être stockés au champ. Pour les fumiers très compacts de litière accumulée curés au moins deux mois après leur mise en place, ou les fumiers compacts de bovins ou de porcins issus d'autres modes de logement, mais ayant subi une maturation de plus de deux mois, la mise en dépôt en tas au champ est autorisée dans des conditions précisées par la circulaire du 24 mai 1996 relative au stockage sur la parcelle d'épandage.
Les fumiers avicoles non susceptibles d’écoulement et les fientes de volailles de plus de 65% de matière sèche (MS) peuvent être directement stockés au champ, sans obligation d’être d’abord stockés en fumière. Il est crucial d'enregistrer la localisation des dépôts dans votre cahier de fertilisation et de respecter les bonnes pratiques ainsi que les distances réglementaires. Avoir de bonnes conditions de portance facilite les déstockages des fumières vers les champs, à distance des cours d’eau et des tiers.
Valorisation agronomique et méthanisation
En matière d’utilisation, le fumier brut et le compost n’ayant pas subi de transformation restent sous le statut de « déchet ». Ils peuvent être utilisés en agriculture, y compris en maraîchage biologique, comme engrais organique pour amender les sols agricoles. L’utilisation du fumier ou du compost équin en tant qu’amendement organique présente plusieurs avantages : apport de matières organiques important, avec une teneur en potasse élevée par rapport aux autres effluents d’élevage, amélioration de la structure et de la rétention en eau du sol.

L’utilisation du fumier équin en méthanisation permet la production de biogaz et d’un fertilisant organique (digestat). Pour l’utilisation en méthanisation, le fumier équin est mélangé à d’autres intrants organiques pour optimiser la production de biogaz. Le fumier équin à base de litière de paille a un pouvoir méthanogène de 220 L CH4 / kg MV. Il est plutôt riche en paille et présente l’intérêt de posséder des teneurs en matière organique et en matière sèche élevées.
Outils de mise en relation et calendrier d'interculture
La plateforme de mise en relation « Val’fumier.fr », actuellement déployée sur plusieurs territoires en France, permet d’identifier par l’intermédiaire d’une cartographie des offres de fumier déposées gratuitement par des structures équines pour des valorisateurs potentiels.
Concernant la gestion des sols après récolte, la réglementation PAR7 impose des dates précises pour l'implantation des CINE (Couvert végétal d’Interculture Non Exporté). Après les cultures récoltées après le 10 septembre, le couvert doit être mis en place au plus tard le 1er novembre. Après culture de maïs-grain, la couverture peut être obtenue par un broyage fin des cannes de maïs-grain suivi d’un enfouissement superficiel des résidus dans les 15 jours suivants la récolte.
Le calcul des besoins de stockage doit tenir compte de la spécificité des effluents. Pour le fumier, il n'y a pas proportionnalité car le tassement et la fermentation provoquent, au cours du temps, une réduction du volume de fumier en stock. Il est donc souhaitable de privilégier, lors de l'examen de dossiers d'aide au financement des ouvrages de stockage, les pratiques limitant la production d'effluents mous ou très mous.
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